



{"id":4584,"date":"2016-01-13T12:45:58","date_gmt":"2016-01-13T10:45:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4584"},"modified":"2016-01-13T19:13:20","modified_gmt":"2016-01-13T17:13:20","slug":"investissement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4584","title":{"rendered":"Mettre un peu de soi dans le projet d\u2019un autre"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/large130116.jpg\" alt=\"large130116.jpg\" title=\"large130116.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une simple parka bleue. Mais pas seulement. Dot\u00e9e d\u2019une quinzaine de poches, elle poss\u00e8de un coussin gonflable, des gants et un masque pour les yeux int\u00e9gr\u00e9. Cela lui a valu le surnom de \u00abcouteau suisse de la veste\u00bb. Post\u00e9 sur la plateforme de crowdfunding <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.kickstarter.com\">Kickstarter<\/a> en juillet par un \u00e9tudiant am\u00e9ricain, ce v\u00eatement a lev\u00e9 9 millions de dollars. Plus pr\u00e8s de nous, la boulangerie genevoise Eric Emery a r\u00e9uni 1,2 million de francs, rien qu\u2019en sollicitant l\u2019aide de ses clients par le biais d\u2019une feuille pos\u00e9e sur le comptoir. Cela lui a permis de financer son d\u00e9m\u00e9nagement et un salon de th\u00e9.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui pousse tous ces gens \u00e0 donner leurs \u00e9conomies \u00e0 un inconnu? Il s\u2019agit souvent d\u2019un choix tout \u00e0 fait rationnel. \u00abLes produits qui marchent le mieux sur ces plateformes sont ceux qui r\u00e9pondent \u00e0 un besoin d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9\u00bb, fait remarquer Calin Ionescu, professeur \u00e0 la HEG Arc Neuch\u00e2tel. Cela explique le succ\u00e8s de la veste couteau suisse. Ou celui de <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/coolest.com\/\">The Coolest<\/a>, une glaci\u00e8re permettant de fabriquer des gla\u00e7ons ou de m\u00e9langer des boissons qui a lev\u00e9 13,3 millions de dollars sur Kickstarter. De m\u00eame, des habitants de Winterthour ont contribu\u00e9 \u00e0 hauteur de 60\u2019000 francs sur la plateforme suisse WeMakeIt pour construire un terrain de foot couvert.<\/p>\n<p><strong>B\u00e9n\u00e9fice garanti<\/strong><\/p>\n<p>Cette envie de retour sur investissement est encore plus \u00e9vidente dans le cas des portails qui sollicitent des pr\u00eats pour les entreprises, \u00e0 l\u2019image de l\u2019am\u00e9ricaine <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.prosper.com\/\">Prosper<\/a> ou de la genevoise <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/wecan.fund\/\">WeCan.Fund<\/a>. \u00abLes firmes obtiennent une estimation de leur taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, calcul\u00e9e sur la base de leur solvabilit\u00e9 et de leur positionnement par rapport \u00e0 leurs concurrents, et s\u2019en servent pour solliciter des pr\u00eats de la part des internautes, explique Vincent Pignon, son fondateur, qui est \u00e9galement chercheur \u00e0 la Haute \u00e9cole de gestion de Gen\u00e8ve &#8212; HEG-GE. Pour ces derniers, cela repr\u00e9sente une fa\u00e7on de r\u00e9mun\u00e9rer leur \u00e9pargne.\u00bb Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat peuvent atteindre 6%.<\/p>\n<p>La m\u00eame logique pr\u00e9vaut pour les plateformes participatives qui permettent de prendre des parts dans une entreprise. Lorsque Thomas Steinemann, un ancien de la marque de v\u00eatements et d\u2019accessoires Fossil, a d\u00e9cid\u00e9 de redonner vie \u00e0 la marque horlog\u00e8re du Locle Dubois &#038; Cie en 2013, il a assorti chaque action, vendue 500 francs, d\u2019un rabais de 50% sur une montre valant 9\u2019000 francs. Un b\u00e9n\u00e9fice garanti.<br \/>\n<strong><br \/>\nFacteur \u00e9motionnel<\/strong><\/p>\n<p>Mais les donateurs ne sont pas tous mus par des motifs \u00e9go\u00efstes. \u00abBeaucoup de gens ont l\u2019impression de rejoindre une communaut\u00e9, d\u2019a\u00adcheter le ticket d\u2019entr\u00e9e d\u2019un club compos\u00e9 de gens avec les m\u00eames passions qu\u2019eux\u00bb, rel\u00e8ve Elizabeth Gerber de la Northwestern University, dans l\u2019Illinois, qui s\u2019est pench\u00e9e sur cette question. Elle cite le cas d\u2019une chercheuse sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019anatomie des queues de baleine qui a lanc\u00e9 une campagne de crowdfunding pour financer ses recherches et a eu l\u2019agr\u00e9able surprise de d\u00e9couvrir tout un groupe de gens fascin\u00e9s par ce sujet. \u00abLes liens nou\u00e9s ainsi se prolongent parfois dans la vraie vie, ajoute-t-elle. Certains donateurs deviennent amis avec leur b\u00e9n\u00e9ficiaire.\u00bb<\/p>\n<p>Calin Ionescu a vu l\u2019importance de cet aspect \u00e9motionnel lorsqu\u2019il a \u00e9tudi\u00e9 la possibilit\u00e9 de lancer une campagne de crowdfunding pour financer un projet de gestion de l\u2019eau en Tanzanie. \u00abNous avons tr\u00e8s vite compris qu\u2019il fallait cr\u00e9er une communaut\u00e9 de gens concern\u00e9s par le projet et les impliquer dans sa r\u00e9alisation, note-t-il. Mais cette implication tr\u00e8s personnelle engendre aussi son lot de probl\u00e8mes. \u00abLes contributeurs ont parfois l\u2019impression que le projet leur appartient et vous le font sentir\u00bb, souligne Elizabeth Gerber. \u00abLe rapport entre le donateur et celui qui re\u00e7oit est plus proche de l\u2019actionnariat que du don, rappelle Calin Ionescu. On ach\u00e8te des parts dans le projet de quelqu\u2019un.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Economie locale<br \/>\n<\/strong><br \/>\nIl existe aussi des donateurs purement altruistes. \u00abIls donnent pour soutenir une cause qui leur tient \u00e0 c\u0153ur et n\u2019attendent rien en retour, d\u00e9taille Ivo Blohm, qui dirige le Centre de comp\u00e9tences sur le crowdfunding de l\u2019Universit\u00e9 de St-Gall. Ils vont notamment fournir des fonds \u00e0 des projets que le march\u00e9 ne financerait pas normalement.\u00bb Cela les am\u00e8ne par exemple \u00e0 soutenir des artistes qui refusent de se plier aux contraintes d\u2019Hollywood ou des grandes maisons de disques. Le cin\u00e9aste Spike Lee, l\u2019\u00e9crivain Bret Easton Ellis ou l\u2019artiste Marina Abramovic ont tous financ\u00e9 des projets par le biais du crowdfunding. En Suisse, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/wemakeit.com\/\">WeMakeIt<\/a> a permis \u00e0 un collectif d\u2019artistes de r\u00e9unir 71\u2019000 francs pour ouvrir un espace de travail collectif \u00e0 B\u00e2le. \u00abM\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e8re du t\u00e9l\u00e9chargement, les gens sont pr\u00eats \u00e0 payer pour de la musique ou un film, estime Melina Roshard, sa porte-parole. Mais ils pr\u00e9f\u00e8rent donner l\u2019argent directement \u00e0 l\u2019artiste plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un interm\u00e9diaire.\u00bb<\/p>\n<p>Certains de ces donateurs altruistes veulent soutenir l\u2019\u00e9conomie locale. Comme ceux qui ont financ\u00e9 la boulangerie Emery. \u00abLa plupart \u00e9taient des clients de l\u2019\u00e9tablissement, rel\u00e8ve Vincent Pignon. Ils ont voulu donner un coup de pouce \u00e0 leur boulangerie de quartier.\u00bb La m\u00eame logique a pouss\u00e9 265 personnes \u00e0 r\u00e9unir pr\u00e8s de 62\u2019000 francs sur WeMakeIt pour permettre \u00e0 un paysan des Grisons d\u2019acheter une ferme. Cette dimension de proximit\u00e9 est si importante que la plateforme a introduit un bouton \u00abrecherche\u00bb qui permet de filtrer les projets en fonction de leur localisation g\u00e9ographique.<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRE<\/p>\n<p><strong>Un sauna financ\u00e9 par des contributeurs<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque Louis Papadopoulos, le patron du Maya Boutique H\u00f4tel en Valais, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019installer un sauna photovolta\u00efque au milieu des pr\u00e9s, il s\u2019est tourn\u00e9 vers le crowdfunding. Son appel, post\u00e9 sur le site 100-Days, lui a permis de r\u00e9colter 23\u2019000 francs en moins de quatre mois, de la part de 64 contributeurs. Vincent Gr\u00e8zes, adjoint scientifique au sein de l\u2019Institut Entrepreneuriat &#038; Management de la HES-SO Valais-Wallis HEG, a analys\u00e9 leurs motivations. \u00abLa plupart des donateurs avaient envie de participer au d\u00e9veloppement local de leur r\u00e9gion, \u00e0 un projet qui se d\u00e9roulait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez eux\u00bb, note-t-il, pr\u00e9cisant que 50% \u00e9taient des r\u00e9sidents locaux. Ils ont aussi appr\u00e9ci\u00e9 les contreparties. \u00abLe montant le plus souvent choisi a \u00e9t\u00e9 celui de 300 francs, car il donnait droit \u00e0 une nuit\u00e9e gratuite \u00e0 l\u2019h\u00f4tel\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Un quart des fonds a \u00e9t\u00e9 fourni par des entreprises du cru. \u00abElles y ont vu un moyen d\u2019accro\u00eetre leur visibilit\u00e9, puisque leur nom sera affich\u00e9 sur le sauna\u00bb, note-t-il. Certaines ont d\u2019ailleurs choisi de participer en offrant des prestations en nature.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De plus en plus de gens sont pr\u00eats \u00e0 financer une id\u00e9e par le biais du crowdfunding. 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