



{"id":4576,"date":"2015-12-28T19:35:02","date_gmt":"2015-12-28T17:35:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4576"},"modified":"2015-12-28T19:49:45","modified_gmt":"2015-12-28T17:49:45","slug":"hors-norme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4576","title":{"rendered":"A la rencontre des chercheurs de l\u2019extr\u00eame"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large291215.jpg\" alt=\"Large291215.jpg\" title=\"Large291215.jpg\" border=\"0\" height=\"317\" width=\"465\" \/><br \/>\nPour beaucoup, le mot \u00abchercheur\u00bb \u00e9voque une image st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e m\u00ealant blouse blanche, lunettes de protection et \u00e9prouvettes remplies de solutions bouillonnantes aux couleurs vives, le tout dans des laboratoires aseptis\u00e9s. Pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 est souvent tr\u00e8s diff\u00e9rente. Une multitude de chercheurs travaillent sur le terrain, dans le blizzard ou la fournaise, dans les cieux ou sous terre.<\/p>\n<p>Comme certains athl\u00e8tes, ils ont besoin de patience, de courage et d\u2019endurance pour conduire leurs \u00e9tudes et d\u00e9velopper des technologies r\u00e9volutionnaires.<br \/>\n______<\/p>\n<p><strong>Andreas Mogensen &#8211; Astronaute ing\u00e9nieur<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quoi?<\/strong><br \/>\nLa Station spatiale inter\u00adnationale (ISS) permet aux astronautes de tester de nouvelles technologies en microgravit\u00e9, d\u2019observer la Terre et de r\u00e9aliser des tests de communication orbitale. En septembre 2015, Andreas Mogensen, astronaute \u00e0 l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne (ESA), a effectu\u00e9 ces tests lors d\u2019un vol vers l\u2019ISS. \u00abJ\u2019\u00e9tais heureux d\u2019aller dans l\u2019espace si rapidement\u00bb, raconte celui qui est aussi professeur honoraire \u00e0 la Danmarks Tekniske Universitet (DTU).<\/p>\n<p>Accept\u00e9 en tant qu\u2019astronaute de l\u2019ESA en septembre 2009, il a \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fait de pouvoir s\u2019envoler \u00e0 peine six ans plus tard. \u00ab\u00c7a peut para\u00eetre long, mais pour un astronaute, c\u2019est tr\u00e8s court.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9nieur a\u00e9rospatial voue une admiration sans bornes au vaisseau russe Soyouz des ann\u00e9es 1960 dans lequel il a voyag\u00e9. \u00abLe Soyouz est un vaisseau magnifique \u00e0 bien des \u00e9gards, m\u00eame si l\u2019on ne concevrait plus un vaisseau de la m\u00eame mani\u00e8re aujourd\u2019hui. Ainsi, il poss\u00e8de un vieux panneau d\u2019instruments analogiques qui nous sert encore de back-up aujourd\u2019hui. Il est \u00e0 la fois robuste et fiable.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Comment?<\/strong><br \/>\nAndreas Mogensen a r\u00e9alis\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences \u00e0 bord de l\u2019ISS, qui se d\u00e9place \u00e0 27\u2019600 km par heure \u00e0 400 km de la Terre.<\/p>\n<p><strong>Un exemple? <\/strong><br \/>\nIl a radioguid\u00e9 des robots au laboratoire de Noordwijk, aux Pays-Bas, depuis l\u2019espace, gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9commande avec retour tactile con\u00e7u par l\u2019ESA. En effet, durant les futures missions martiennes, il sera essentiel de savoir t\u00e9l\u00e9commander v\u00e9hicules et robots sur le sol martien pour effectuer des op\u00e9rations automatis\u00e9es d\u2019exploitation mini\u00e8re, voire assembler des habitations pour un \u00e9quipage d\u2019exploration.<\/p>\n<p>Parmi les t\u00e2ches d\u2019Andreas Mogensen: enfoncer une fiche m\u00e9tallique dans un trou pour \u00e9tablir une connexion \u00e9lectrique. Le retour tactile lui a permis de sentir lorsque le bras du robot rencontrait une r\u00e9sistance sur les bords du trou. \u00abAndreas a par deux fois r\u00e9ussi \u00e0 man\u0153uvrer le robot puis \u00e0 enfoncer la fiche, d\u00e9montrant pour la toute premi\u00e8re fois la pr\u00e9cision du retour tactile en orbite\u00bb, indique Andr\u00e9 Schiele, du laboratoire de t\u00e9l\u00e9robotique et de technologie tactile de l\u2019ESA.<\/p>\n<p>Premier astronaute danois, Andreas Mogensen a aussi test\u00e9 des technologies de son pays: une membrane biomim\u00e9tique novatrice, con\u00e7ue pour filtrer l\u2019eau de l\u2019ISS. Son atout majeur dans un vaisseau o\u00f9 chaque joule d\u2019\u00e9nergie solaire est pr\u00e9cieux: elle ne consomme aucune \u00e9nergie.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Karin Sigloch &#8211; G\u00e9ophysicienne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quoi?<\/strong><br \/>\nL\u2019\u00eele volcanique de La R\u00e9union a-t-elle \u00e9t\u00e9 form\u00e9e par un panache de roche en fusion remontant du noyau de la Terre? Voil\u00e0 la question \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9quipe de g\u00e9o-physiciens dirig\u00e9e par Karin Sigloch \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford essaie de r\u00e9pondre en \u00e9tudiant le noyau terrestre, qui se refroidit progressivement depuis sa formation, il y a 4,5 milliards d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Le myst\u00e8re: La R\u00e9union, situ\u00e9e en plein milieu d\u2019une plaque tectonique, poss\u00e8de un volcan actif, alors que l\u2019activit\u00e9 volcanique se concentre g\u00e9n\u00e9ralement au bord de ces plaques. Alors d\u2019o\u00f9 vient ce volcan? \u00abIl est notre meilleure piste pour tenter de valider l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un panache, une remont\u00e9e de roches mantelliques chauff\u00e9es par le noyau de fer liquide, situ\u00e9 3\u2019000 km plus bas\u00bb, affirme Karin Sigloch. L\u2019hypoth\u00e8se suppose qu\u2019occasionnellement un point chaud du noyau fasse fondre la roche des couches inf\u00e9rieures du manteau, qui remonte alors vers la surface sous forme de ce qu\u2019on appelle un panache.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe pr\u00e9sume que son origine se trouve toujours au m\u00eame point du noyau, mais qu\u2019il perce successivement la cro\u00fbte terrestre \u00e0 diff\u00e9rents emplacements. En effet, si un panache est stationnaire, les plaques tectoniques, elles, se d\u00e9placent. \u00abIl laisse donc des traces et des marques de br\u00fblure sur le fond marin. On pense que le panache est apparu en Inde, puis a form\u00e9 les Maldives,<br \/>\nsuivies de l\u2019\u00eele Maurice et enfin de La R\u00e9union\u00bb, explique Karin Sigloch.<\/p>\n<p><strong>Comment?<\/strong><br \/>\nEn passant plusieurs semaines dans l\u2019oc\u00e9an Indien. Pour confirmer la pr\u00e9sence d\u2019une colonne de magma sous La R\u00e9union, l\u2019\u00e9quipe europ\u00e9enne veut utiliser d\u2019une mani\u00e8re novatrice des images 3D de la cro\u00fbte et du manteau sous l\u2019\u00eele: en utilisant les ondes sismiques naturelles de toute la plan\u00e8te pour r\u00e9v\u00e9ler la structure rocheuse en profondeur. La chaleur d\u00e9formant les ondes sismiques, elles devraient donc \u00eatre influenc\u00e9es par la pr\u00e9sence du panache.<\/p>\n<p>Ainsi a eu lieu une exp\u00e9dition de cinq semaines, \u00e9touffantes et ponctu\u00e9es de temp\u00eates, en octobre 2012. Apr\u00e8s avoir sond\u00e9 le fond marin \u00e0 la recherche de fonds plats, 57 capteurs de mouvements sismiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s dans un carr\u00e9 de 1\u2019500 km de c\u00f4t\u00e9 autour de l\u2019\u00eele. Les capteurs, des cylindres de 30 x 30 cm, ont enregistr\u00e9 les secousses sismiques pendant un an avant d\u2019\u00eatre rapatri\u00e9s au cours d\u2019une exp\u00e9dition de six semaines en novembre 2013. \u00abJ\u2019ai ador\u00e9, m\u00eame si on a subi une temp\u00eate tropicale: on travaille tr\u00e8s dur et personne ne nous d\u00e9concentre, comme c\u2019est le cas au labo\u00bb, confie Karin Sigloch.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Jon Copley &#8211; Ecologiste des profondeurs<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quoi?<\/strong><br \/>\nLe but de Jon Copley, \u00e9cologiste marin de l\u2019Universit\u00e9 de Southampton, au Royaume-Uni, est de comprendre l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces autour des chemin\u00e9es hydrothermales diss\u00e9min\u00e9es dans l\u2019oc\u00e9an. Aussi appel\u00e9es \u00abfumeurs\u00bb, ces sources chaudes sous-marines se forment lors du d\u00e9chirement de la cro\u00fbte terrestre par l\u2019inexorable tectonique des plaques.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude sous-marine de l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces: cela vous dit quelque chose? \u00abC\u2019est similaire \u00e0 l\u2019initiative des naturalistes Alfred Russel Wallace et Charles Darwin, qui ont trouv\u00e9, au XIXe si\u00e8cle, des liens entre des esp\u00e8ces de diff\u00e9rentes \u00eeles et de diff\u00e9rents continents, explique Jon Copley. Ils ont \u00e9tabli la dispersion et l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces. De la m\u00eame mani\u00e8re, les chemin\u00e9es hydrothermales s\u2019apparentent \u00e0 de petites \u00eeles sous-marines foisonnant de vie.\u00bb Une eau de mer riche en min\u00e9raux sort \u00e0 400 \u00b0C des chemin\u00e9es, fournissant un milieu favorable aux esp\u00e8ces aimant la chaleur, tel un crabe poilu surnomm\u00e9 \u00abHoff\u00bb. Sur son torse velu, cet habitant des eaux antarctiques chaudes poss\u00e8de tout un \u00e9cosyst\u00e8me de microbes extr\u00eamophiles, qu\u2019il mange gr\u00e2ce \u00e0 des parties buccales en forme de peigne. C\u2019est \u00e0 ce genre de cr\u00e9atures que s\u2019int\u00e9ressent Jon Copley et ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p><strong>Comment?<\/strong><br \/>\nEn utilisant un sous-marin. En juin 2013, le Shinkai 6500, l\u2019un des seuls vaisseaux habit\u00e9s capables d\u2019atteindre une profondeur abyssale, a emport\u00e9 Jon Copley et des coll\u00e8gues japonais vers les chemin\u00e9es hydrothermales de la fosse des Ca\u00efmans, situ\u00e9e \u00e0 5\u2019000 m de profondeur entre la Jama\u00efque et Cuba. \u00abLe sous-marin fait 7 m de long, mais la partie habit\u00e9e est en fait une sph\u00e8re de 2 m de diam\u00e8tre r\u00e9sistant \u00e0 la pression. Si la paroi en titane, \u00e9paisse de 71,5 mm, n\u2019\u00e9tait pas parfaitement sph\u00e9rique au millim\u00e8tre pr\u00e8s, elle c\u00e9derait sous la pression. C\u2019est un chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019ing\u00e9nierie\u00bb, explique  Jon Copley.<\/p>\n<p>Le Shinkai 6500 plonge jusqu\u2019\u00e0 atteindre le fond marin, puis utilise ses propulseurs pour explorer les environs. La bioluminescence des cr\u00e9atures des fonds marins ponctue l\u2019obscurit\u00e9, m\u00eame \u00e0 5 km de profondeur. Selon Jon Copley, le plus frappant est l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du paysage autour des fumeurs. \u00abLe terrain y a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 par des forces tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles auxquelles nous sommes habitu\u00e9s sur la Terre, qui forment des collines et des vall\u00e9es. Cet immense paysage sombre n\u2019a rien \u00e0 voir avec ce que nous connaissons. Je n\u2019ai pas d\u00e9coll\u00e9 le nez du hublot\u00bb, raconte-t-il.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que leurs capteurs, qui peuvent d\u00e9tecter un mouvement sismique de 1 nanom\u00e8tre, ont enregistr\u00e9 aussi bien les chants de baleines que les fractures d\u2019icebergs, les temp\u00eates et le passage de bateaux. Les donn\u00e9es doivent donc \u00eatre nettoy\u00e9es avant de pouvoir construire l\u2019image 3D. \u00abOn esp\u00e8re que cela nous fournira une preuve concluante de la pr\u00e9sence du panache\u00bb, d\u00e9clare Karin Sigloch.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 7).<\/p>\n<p>Pour souscrire un abonnement \u00e0 Technologist au prix de CHF 45.- (42 euros) pour 8 num\u00e9ros, rendez-vous sur technologist.eu<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des scientifiques et ing\u00e9nieurs s&rsquo;affairent loin du confort des laboratoires traditionnels, comme \u00e0 bord d\u2019un vaisseau spatial, sous une calotte glaciaire ou encore dans le d\u00e9sert \u00e0 proximit\u00e9 des laves d\u2019un volcan. 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