


{"id":4553,"date":"2015-11-24T18:38:33","date_gmt":"2015-11-24T16:38:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4553"},"modified":"2015-11-24T18:41:20","modified_gmt":"2015-11-24T16:41:20","slug":"technologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4553","title":{"rendered":"Les nouvelles fronti\u00e8res de la robotique japonaise"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large24112015.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large24112015.jpg\" alt=\"Large24112015.jpg\" \/><\/p>\n<p>Le Japon a-t-il besoin d\u2019une \u00abr\u00e9volution robotique\u00bb? C\u2019est en ces termes que le Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie a encourag\u00e9 en f\u00e9vrier dernier les acteurs-cl\u00e9s du secteur \u00e0 r\u00e9agir face \u00e0 une \u00e9rosion pr\u00e9occupante de leurs parts de march\u00e9. Dans le domaine de l\u2019automation, l\u2019Archipel demeure le num\u00e9ro 1 mondial tant par ses volumes de vente que par le nombre de ses robots op\u00e9rationnels. Selon un rapport du Mitsubishi Research Institute (MRI), les entreprises japonaises comptaient en 2014 pour quelque 60% des 9,5 milliards de dollars que repr\u00e9sente le march\u00e9 global de la robotique industrielle.<\/p>\n<p>Cette supr\u00e9matie, n\u00e9anmoins, est aujourd\u2019hui remise en question par la croissance r\u00e9guli\u00e8re des producteurs europ\u00e9ens et la mont\u00e9e en puissance d\u2019autres pays asiatiques. La part du Japon sur l\u2019\u00e9chiquier des ventes mondiales s\u2019\u00e9levait \u00e0 78% en 2004, contre 84% en 1994, toujours selon le MRI.<\/p>\n<p>La Chine, en particulier, affiche ses ambitions en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quipement robotique. Selon les projections de la F\u00e9d\u00e9ration internationale de robotique (IFR), le parc chinois de robots industriels en service passera devant celui de l\u2019Archipel en 2016, avec environ 330\u2019000 unit\u00e9s contre 299\u2019000. En 2004, les achats de la R\u00e9publique populaire repr\u00e9sentaient seulement 4\u2019000 pi\u00e8ces. Reste que, parmi les quatre entreprises leaders qui se partagent 70% du march\u00e9 international, deux sont japonaises, Fanuc et Yaskawa (en plus de l\u2019allemand Kuka et du suisse ABB). Kawasaki Heavy, juste derri\u00e8re, compl\u00e8te le trio de t\u00eate nippon. Les producteurs chinois, eux, ne repr\u00e9sentent pour l\u2019instant que 5% du march\u00e9. Mais la situation \u00e9volue vite, et d\u2019autres concurrents (la Cor\u00e9e du Sud, les Etats-Unis) sont entr\u00e9s dans la course.<\/p>\n<p>\u00abDepuis 2010, il y a effectivement une stagnation tr\u00e8s nette au niveau du nombre de robots et des volumes de vente au Japon\u00bb, confirme Takayoshi Kitada, chef de projet au MRI en charge de la strat\u00e9gie industrielle. Cette tendance \u00e0 la baisse va-t-elle mettre un terme au leadership japonais? Pour Tom Green, r\u00e9dacteur en chef de \u00abRobotics Business Review\u00bb, la r\u00e9ponse est non. Outre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00abquestion de survie nationale\u00bb, r\u00e9f\u00e9rence au vieillissement tr\u00e8s rapide de la population et \u00e0 la contraction du nombre de personnes actives qui en d\u00e9coule, l\u2019avantage comparatif du Japon se situe au niveau de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. <\/p>\n<p>\u00abLes Chinois vont continuer \u00e0 devoir acheter \u00e9norm\u00e9ment de pi\u00e8ces aux Japonais parce que ces derniers ont d\u00e9pos\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre de brevets, notamment sur des \u00e9l\u00e9ments de pr\u00e9cision.\u00bb Parmi les dix compagnies qui d\u00e9tiennent le plus de patentes dans le domaine de la robotique industrielle, on trouve sept entreprises japonaises, note Takayoshi Kitada. Dans le domaine de la robotique de service (transport, \u00e9lectrom\u00e9nager, sant\u00e9, etc.), trois acteurs cor\u00e9ens (LG, Samsung et Eterne) viennent modifier un peu la donne.<\/p>\n<p>L\u2019un des axes de d\u00e9veloppement de la robotique industrielle, c\u2019est la collaboration entre humains et machines, \u00e9galement appel\u00e9e \u00abcobotique\u00bb. Kawada, par exemple, a d\u00e9j\u00e0 mis un mod\u00e8le de petite taille sur le march\u00e9; mais il faudra attendre jusqu\u2019\u00e0 2025 au moins pour voir des bras industriels de grand format fonctionner en symbiose avec les ouvriers, sans cages de s\u00e9curit\u00e9, estime Takayoshi Kitada. \u00abL\u2019Europe a l\u2019avantage d\u2019avoir une r\u00e9gulation moins stricte. Le Japon impose des normes de s\u00e9curit\u00e9 pour l\u2019instant tr\u00e8s peu flexibles.\u00bb L\u2019autre axe consistera \u00e0 fabriquer des robots plus agiles, multifonctionnels, capables de travailler ensemble. \u00abPlut\u00f4t que de vendre des unit\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la commercialisation de syst\u00e8mes enti\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9s.\u00bb L\u2019\u00e9change de donn\u00e9es entre les machines constitue donc un enjeu essentiel: la jeune start-up Rapyuta, par exemple, se donne pour mission de lier robotique et cloud computing.<\/p>\n<p><strong>Robotique sociale \u00e0 l\u2019horizon<\/strong><\/p>\n<p>La convergence entre robots et internet des objets est au c\u0153ur de ce que l\u2019on appelle la robotique de service, un domaine dont les Japonais attendent une croissance vertigineuse (de 480 millions de dollars en 2014 \u00e0 61 milliards en 2035 selon le MRI, alors que le secteur industriel passerait de 4,7 \u00e0 16,8 milliards). Ces projections \u00e0 donner le tournis s\u2019articulent principalement sur deux plans: la robotique m\u00e9dicale et la robotique sociale.<\/p>\n<p>Dans le domaine des soins et de l\u2019assistance aux personnes \u00e2g\u00e9es, les projets japonais attirent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 l\u2019attention des investisseurs. Panasonic travaille sur un lit d\u2019h\u00f4pital baptis\u00e9 \u00abReysone\u00bb capable de se transformer en chaise roulante, mais aussi sur \u00abHospi\u00bb, un robot-livreur de m\u00e9dicaments. \u00abParo\u00bb est un robot en forme de phoque utilis\u00e9 pour calmer les patients atteints de d\u00e9mence ou de troubles post-traumatiques. Plusieurs \u00e9tudes men\u00e9es au Danemark, o\u00f9 1\u2019000 \u00abParo\u00bb sont en service, ont d\u00e9montr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 du dispositif. Les exosquelettes \u00abHAL 5\u00bb con\u00e7us par Cyberdyne, destin\u00e9s \u00e0 l\u2019aide \u00e0 la r\u00e9\u00e9ducation voire \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des performances pour des personnes travaillant dans la manutention lourde, feront l\u2019objet d\u2019une impl\u00e9mentation test \u00e0 l\u2019a\u00e9roport Haneda de Tokyo.<\/p>\n<p>\u00abM\u00eame si certains mod\u00e8les sont partiellement commercialis\u00e9s, ils sont encore peu utilis\u00e9s in situ\u00bb, observe Masahiko Hashimoto, en charge du projet de recherche sant\u00e9 du MRI. \u00abCes machines sont encore trop ch\u00e8res; les institutions ne peuvent pas payer. Le challenge des trois prochaines ann\u00e9es va consister \u00e0 r\u00e9duire sensiblement les co\u00fbts de production.\u00bb D\u2019autres pays asiatiques comme Singapour et la Tha\u00eflande ont d\u00e9j\u00e0 signifi\u00e9 leur int\u00e9r\u00eat, ajoute Masahiko Hashimoto.<\/p>\n<p>Si le domaine m\u00e9dical offre des promesses concr\u00e8tes, la robotique sociale en est encore \u00e0 ses balbutiements. C\u2019est pourtant l\u00e0 que les perspectives \u00e0 long terme sont les plus impressionnantes. \u00abLa robotique de service va devenir le segment le plus vaste et le plus rentable, commente Tom Green, devant la cobotique et la robotique industrielle. Ces machines-l\u00e0 seront celles qui accueilleront nos enfants au retour de l\u2019\u00e9cole, qui leur feront faire leurs devoirs, qui nous aideront \u00e0 apprendre une langue ou \u00e0 remplir notre d\u00e9claration d\u2019imp\u00f4ts.\u00bb A l\u2019heure actuelle, seul le robot \u00abPepper\u00bb de SoftBank, d\u00e9velopp\u00e9 par sa filiale fran\u00e7aise Aldebaran, a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le march\u00e9, tr\u00e8s partiellement. Il s\u2019agit d\u2019un petit andro\u00efde blanc capable d\u2019identifier certains \u00e9tats \u00e9motionnels de base chez l\u2019humain et de tenir une conversation simple par le biais de sch\u00e9mas pr\u00e9-programm\u00e9s. Le millier d\u2019unit\u00e9s mis en vente r\u00e9cemment a trouv\u00e9 preneur en une minute!<\/p>\n<p>\u00abLes \u00e9tudes montrent que nous percevons les robots diff\u00e9remment des personnages virtuels\u00bb, note Kerstin Sophie Haring, chercheuse en sciences cognitives et en robotique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Waseda. \u00abC\u2019est une question de pr\u00e9sence physique. Si un robot se trouve quelque part dans la pi\u00e8ce, m\u00eame immobile, cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec un \u00e9cran d\u2019ordinateur. Ces robots vont trouver une place dans nos espaces personnels. Nous allons leur parler, interagir avec eux, peut-\u00eatre comme avec un poisson ou un chien. Ils apprendront beaucoup de choses sur nous; en termes de collecte de donn\u00e9es, c\u2019est \u00e9videmment tr\u00e8s int\u00e9ressant pour les entreprises.\u00bb L\u2019op\u00e9rateur japonais SoftBank, le constructeur ta\u00efwanais Foxconn (en charge de la production de \u00abPepper\u00bb) et le g\u00e9ant chinois du e-commerce Alibaba viennent d\u2019ailleurs de conclure un accord, avec l\u2019objectif de faire de la robotique de service un produit accessible, global et incontournable.<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRE<\/p>\n<p><strong>Machines exotiques: ces \u00e9tranges robots qui font parler d\u2019eux<\/strong><br \/>\n<em>La \u00abr\u00e9volution robotique\u00bb voulue par le gouvernement japonais est aussi une histoire de communication et de soft power.<\/em><\/p>\n<p>Des robots qui se disent \u00aboui\u00bb lors d\u2019un mariage pour machines; une star du petit \u00e9cran (le commentateur travesti Matsuko) qui discute dans une \u00e9mission avec son propre jumeau m\u00e9canique con\u00e7u par le fascinant professeur Hiroshi Ishiguro; une autre cr\u00e9ature d\u2019Ishiguro qui accueille et conseille les clients dans le grand magasin de luxe Mitsukoshi; un h\u00f4tel (l\u2019Henn-na dans la pr\u00e9fecture de Nagasaki) o\u00f9 l\u2019on se fait servir par des andro\u00efdes et autres robots transporteurs de bagages; le petit \u00abPepper\u00bb qui vend du caf\u00e9 au supermarch\u00e9, et quelques-uns de ses cousins de chez Aldebaran qui jouent les guides multilingues dans une grande banque de Tokyo; un bras industriel de chez Yaskawa qui apprend l\u2019art du sabre avec un ma\u00eetre du budo, le temps d\u2019une publicit\u00e9; un duel, enfin, pr\u00e9vu entre deux robots g\u00e9ants respectivement japonais et am\u00e9ricain: depuis que le Japon aspire \u00e0 devenir un hub pour l\u2019innovation robotique, les op\u00e9rations \u00e0 forte r\u00e9sonance m\u00e9diatique se suivent et ne se ressemblent pas.<\/p>\n<p>Si certaines semblent un peu vaines, d\u2019autres servent de vitrine \u00e0 des initiatives stimulantes. Ainsi de \u00abKirobo\u00bb, le premier robot de compagnie envoy\u00e9 dans l\u2019espace en 2013, qui donne de la visibilit\u00e9 \u00e0 \u00abRobo Garage\u00bb, le projet de Tomotaka Takahashi, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Tokyo. Celui-ci d\u00e9veloppe de petites machines aux airs de jouets, qu\u2019il esp\u00e8re \u00e0 la fronti\u00e8re entre robots et smartphones. Apr\u00e8s tout, nos t\u00e9l\u00e9phones ne sont-ils pas d\u00e9j\u00e0 en quelque sorte nos confidents les plus intimes?<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Swissquote (n\u00b04\/2015).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de ses voisins asiatiques sur le march\u00e9 des robots, le Japon veut se renforcer sur trois axes: l\u2019automation industrielle bien s\u00fbr, mais aussi les domaines \u00e9mergents de la robotique m\u00e9dicale et sociale. L\u2019Archipel saura-t-il maintenir son leadership?<\/p>\n","protected":false},"author":20172,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4553","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4553","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20172"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4553"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4553\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4553"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4553"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4553"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}