



{"id":4550,"date":"2015-11-19T18:03:32","date_gmt":"2015-11-19T16:03:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4550"},"modified":"2015-11-19T18:56:40","modified_gmt":"2015-11-19T16:56:40","slug":"soins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4550","title":{"rendered":"Adolescents: pour une m\u00e9decine sur-mesure"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20151119.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large20151119.jpg\" alt=\"Large20151119.jpg\" \/><\/p>\n<p>La plupart du temps, elle d\u00e9marre par une pouss\u00e9e de petits boutons et de poils, une odeur corporelle nouvelle, puis enclenche des changements physiques marquants et quelques fluctuations d\u2019humeur\u2026 Loin d\u2019\u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne anodin, la pubert\u00e9 refl\u00e8te une \u00e9tape critique de l\u2019adolescence. \u00abC\u2019est l\u00e0 que tout d\u00e9marre, souligne Anne-Emmanuelle Ambresin, m\u00e9decin-cheffe de la Division interdisciplinaire pour la sant\u00e9 des adolescents (DISA) au CHUV. C\u2019est une g\u00e2chette hormonale qui se couple \u00e0 des changements tant au niveau cognitif, biologique, que comportemental.\u00bb Une transformation qui am\u00e8ne aussi les jeunes adolescents &#8212; qui ne sont plus des enfants, mais pas encore des adultes &#8212; sur la voie de l\u2019autonomisation, de leur recherche d\u2019identit\u00e9 sexuelle mais aussi personnelle et professionnelle.<\/p>\n<p>Tous ne traversent pas cette p\u00e9riode de grands remaniements de la m\u00eame mani\u00e8re. Pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux, elle est propice \u00e0 l\u2019apprentissage, \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 et \u00e0 l\u2019affirmation de soi. Mais pour 10 \u00e0 20% de ces jeunes, selon les estimations des sp\u00e9cialistes, l\u2019adolescence peut \u00eatre synonyme de grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de prise de risques.<\/p>\n<p>D\u00e9crochage scolaire, exc\u00e8s d\u2019alcool, attitudes violentes et tentatives de suicide sont quelques exemples de d\u00e9rapages possibles. \u00abLes adolescents qui vont mal demandent une attention et une approche m\u00e9dicale particuli\u00e8res\u00bb, remarque Susan Sawyer, directrice de la Chair of Adolescent Health de l\u2019Universit\u00e9 de Melbourne (Australie). Cette \u00e9minente sp\u00e9cialiste de la prise en charge des adolescents estime qu\u2019ils \u00abrepr\u00e9sentent une population longtemps n\u00e9glig\u00e9e dans les \u00e9tudes de sant\u00e9.\u00bb Anne-Emmanuelle Ambresin abonde dans ce sens: \u00abIl y a 30 ans, les scientifiques commen\u00e7aient \u00e0 discuter de la sp\u00e9cificit\u00e9 des adolescents, ce n\u2019est que depuis quelques ann\u00e9es seulement que leur prise en charge est devenue une priorit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est au Canada, en Australie, en Am\u00e9rique du Nord puis en Europe que des centres m\u00e9dicaux et des h\u00f4pitaux d\u00e9di\u00e9s aux adolescents ont d\u2019abord vu le jour. La m\u00e9decin-cheffe de la DISA cite une \u00e9tude men\u00e9e par l\u2019\u00e9pid\u00e9miologiste australien George Patton en 2011, qui a fait parler d\u2019elle \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale et qui a permis de mettre en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019int\u00e9resser davantage aux jeunes et \u00e0 leur sant\u00e9. \u00abCette recherche a montr\u00e9 que la mortalit\u00e9 des enfants avait chut\u00e9 ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, mais que la courbe de mortalit\u00e9 des jeunes de 14 \u00e0 19 ans, elle, n\u2019avait pas boug\u00e9. C\u2019est ainsi que l\u2019on a constat\u00e9 qu\u2019il y avait un effort suppl\u00e9mentaire \u00e0 faire pour r\u00e9pondre aux besoins des adolescents.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un cerveau qui grandit<\/strong><\/p>\n<p>Une des principales d\u00e9couvertes qui a amen\u00e9 les sp\u00e9cialistes \u00e0 mieux comprendre les adolescents et leur d\u00e9veloppement porte sur leur cerveau. L\u2019avanc\u00e9e de l\u2019imagerie m\u00e9dicale de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es a permis de d\u00e9montrer que si cette population agit parfois avec impulsivit\u00e9 et \u00e9motion, la raison r\u00e9side dans le fait que leur cerveau n\u2019est pas encore mature.<\/p>\n<p>Directeur de diff\u00e9rentes unit\u00e9s de soins pour adolescents au CHUV, le p\u00e9dopsychiatre Laurent Holzer explique que la maturation c\u00e9r\u00e9brale n\u2019est effectivement pas encore termin\u00e9e \u00e0 ce stade de vie, et que la partie qui mature en dernier (ce, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans!), le cortex pr\u00e9frontal, est celle qui permet au jeune adulte de planifier ses actions, g\u00e9rer ses ressentis et contr\u00f4ler ses r\u00e9actions. \u00abLa part biologique de la pubert\u00e9 et tous les nouveaux m\u00e9canismes qui s\u2019activent \u00e0 ce moment-l\u00e0 vont pousser le jeune adolescent \u00e0 prendre des risques, \u00e0 tester simplement o\u00f9 il en est et jusqu\u2019o\u00f9 il peut aller. C\u2019est aussi son environnement social qui l\u2019aidera \u00e0 ma\u00eetriser ces nouveaux d\u00e9fis. Alors que pour l\u2019enfant, la socialisation s\u2019effectue sur des bases explicites, pour l\u2019adolescent, tout passe par l\u2019implicite: il doit saisir le second degr\u00e9, comprendre pourquoi il rougit, quels sont les signes d\u2019interactions en lien avec la sexualit\u00e9\u2026 L\u2019adolescent doit \u00eatre stimul\u00e9 et soutenu par ses pairs durant cette p\u00e9riode critique pour la socialisation.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une meilleure compr\u00e9hension de l\u2019adolescent<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019adolescence signe le d\u00e9but des grandes pathologies adultes. \u00ab80% des maladies psychiatriques adultes \u00e9mergent \u00e0 l\u2019adolescence, note Olivier Halfon, p\u00e9dopsychiatre et directeur du Service universitaire de psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent (Supea). La schizophr\u00e9nie et les conduites addictives se r\u00e9v\u00e8lent souvent durant cette tranche d\u2019\u00e2ge, mais aussi les troubles bipolaires ou les troubles du comportement alimentaire, avec des cons\u00e9quences se poursuivant \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Un enfant peut aller tr\u00e8s bien et montrer petit \u00e0 petit des sympt\u00f4mes d\u2019une telle maladie au moment de la pubert\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Le sp\u00e9cialiste remarque que les recherches en neurobiologie ont bouscul\u00e9 sa vision du d\u00e9veloppement du cerveau de l\u2019adolescent: \u00abElles nous ont permis de mieux comprendre les troubles psychiatriques survenant \u00e0 cette p\u00e9riode de la vie.\u00bb Les recherches ont montr\u00e9 que les jeunes r\u00e9pondent \u00e0 un processus hormonal en marche. La pubert\u00e9 affecte leur corps, leur cerveau et de cela d\u00e9coulent des comportements exploratoires qui peuvent les mettre en danger et provoquer des pathologies.<\/p>\n<p><strong>Des besoins diff\u00e9rents<\/strong><\/p>\n<p>On les dit parfois violents, en conflit avec l\u2019autorit\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9, \u00abmais les adolescents ne sont pas contre tout et ne sont pas tout le temps en col\u00e8re\u00bb, affirme Fran\u00e7oise Narring. La responsable de l\u2019Unit\u00e9 sant\u00e9 jeune aux H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG) souligne la complexit\u00e9 de traiter avec des adolescents et de communiquer avec eux pour bien les comprendre. \u00abLoin de se d\u00e9voiler facilement, les jeunes viennent souvent consulter pour un probl\u00e8me physique, comme un mal de t\u00eate ou de ventre qui cache en fait un souci plus profond. Il s\u2019agit de savoir leur parler, de poser les bonnes questions et ainsi d\u00e9pister un adolescent qui se porte plus mal qu\u2019il ne le dit afin d\u2019organiser un suivi.\u00bb<\/p>\n<p>Les parents, l\u2019\u00e9cole et les m\u00e9decins de premiers recours (p\u00e9diatres et m\u00e9decins de famille) sont les premiers acteurs de ce d\u00e9pistage pr\u00e9coce. Les sp\u00e9cialistes des adolescents s\u2019efforcent ainsi de les informer et de les former \u00e0 la prise en charge des jeunes.<\/p>\n<p><strong>Des consultations sp\u00e9cifiques<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement d\u2019unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es dans les h\u00f4pitaux telles que la DISA \u00e0 Lausanne, l\u2019Unit\u00e9 sant\u00e9 jeune \u00e0 Gen\u00e8ve ou encore la Chair of Adolescent Health \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Melbourne d\u00e9montre la prise de conscience et la mobilisation en cours pour offrir aux adolescents des structures et des soins qui leur sont d\u00e9di\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces espaces leur sont essentiels: \u00abUn adolescent ne se sentira pas \u00e0 l\u2019aise dans une salle d\u2019attente chez son p\u00e9diatre, mais il n\u2019est parfois pas encore pr\u00eat non plus \u00e0 \u00eatre soign\u00e9 par un m\u00e9decin pour adultes, explique Franziska Phan-Hug, endocrinologue, p\u00e9diatre et m\u00e9decin responsable au Centre d\u2019endocrinologie et m\u00e9tabolisme du jeune adulte (CEMjA) du CHUV.<\/p>\n<p>Initiative lanc\u00e9e en 2013, le CEMjA se d\u00e9veloppe en tant qu\u2019espace de transition, o\u00f9 se rencontrent m\u00e9decins pour enfants et pour adultes, sp\u00e9cialis\u00e9s dans les maladies chroniques et maladies rares, plus sp\u00e9cifiquement les pathologies endocriniennes (troubles de la croissance, syndrome de Turner, variation de la diff\u00e9renciation sexuelle) et les troubles li\u00e9s au diab\u00e8te. \u00abOn peut penser qu\u2019un enfant qui suit un traitement depuis l\u2019enfance se montrera plus disciplin\u00e9 qu\u2019un autre lors de son passage \u00e0 travers l\u2019adolescence, et pourtant c\u2019est le contraire. Un jeune qui souffre d\u2019une maladie chronique se rebellera et testera davantage ses limites que les autres.\u00bb<\/p>\n<p>Acceptation de la maladie, de sa diff\u00e9rence, nouvelle prise de conscience des enjeux de sa pathologie (ne pas pouvoir avoir d\u2019enfant pour un trouble li\u00e9 \u00e0 la fertilit\u00e9 par exemple): la souffrance d\u2019un adolescent atteint d\u2019une maladie chronique s\u2019accentue. D\u2019autant plus que cette derni\u00e8re peut \u00e9voluer et montrer de nouveaux sympt\u00f4mes ou complications.<\/p>\n<p>\u00abLes cas d\u2019arr\u00eats de traitement sont fr\u00e9quents quand ces personnes ne sont pas bien pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 g\u00e9rer leur traitement de mani\u00e8re autonome et \u00e0 se s\u00e9parer de leur endocrinologue p\u00e9diatre\u00bb, poursuit Franziska Phan-Hug. Mettre sur pied des coconsultations, o\u00f9 l\u2019adolescent est \u00e9cout\u00e9 et par son sp\u00e9cialiste p\u00e9diatre et par un m\u00e9decin sp\u00e9cialiste pour adultes est ainsi jug\u00e9 comme une n\u00e9cessit\u00e9 dans le milieu m\u00e9dical, avec un suivi personnalis\u00e9, amenant l\u2019adolescent \u00e0 se prendre en charge de mani\u00e8re volontaire.<\/p>\n<p><strong>Poursuivre les efforts<\/strong><\/p>\n<p>Le CEMjA a r\u00e9alis\u00e9 400 consultations l\u2019ann\u00e9e de son ouverture au CHUV. Il en d\u00e9nombre plus de 1\u2019500 aujourd\u2019hui. Un chiffre qui confirme que ces centres sp\u00e9cialis\u00e9s r\u00e9pondent \u00e0 une vraie demande. Mais refl\u00e8tent-ils un \u00e9tat de sant\u00e9 des adolescents qui s\u2019aggrave? \u00abLes jeunes ne sont en aucun cas \u00abpires\u00bb qu\u2019hier, estime le p\u00e9dopsychiatre Laurent Holzer. Les professionnels et le public sont aujourd\u2019hui simplement plus sensibles \u00e0 leurs probl\u00e8mes, qui \u00e9taient auparavant consid\u00e9r\u00e9s comme sans cons\u00e9quence sur leur devenir. Notre devoir est d\u00e9sormais de continuer \u00e0 rep\u00e9rer ceux qui pr\u00e9sentent des signes pr\u00e9coces de pathologies psychiatriques et de renforcer leur prise en charge.\u00bb Un travail d\u00e9marr\u00e9 il y a dix ans par des \u00e9quipes \u00abmobiles\u00bb au CHUV, telles que l\u2019Equipe mobile adolescents (EMA) qui intervient aupr\u00e8s des jeunes (13-18 ans) du canton de Vaud qui refusent les soins ou \u00e9chappent \u00e0 un suivi ambulatoire et propose un soutien dans leur lieu de vie (\u00e0 domicile, ou en foyer par exemple).<\/p>\n<p>De nouveaux chiffres brisent aussi un clich\u00e9: leur consommation en substances psychoactives comme le cannabis est en nette diminution depuis dix ans. Chercheuse \u00e0 l\u2019Institut universitaire de m\u00e9decine sociale et pr\u00e9ventive \u00e0 Lausanne (IUMSP), Sonia Lucia a r\u00e9cemment men\u00e9, en \u00e9quipe, une enqu\u00eate populationnelle sur la victimisation et la d\u00e9linquance chez les jeunes dans le canton de Vaud (2014). Les r\u00e9sultats, publi\u00e9s cette ann\u00e9e, parlent d\u2019eux-m\u00eames: le taux de jeunes consommant de l\u2019alcool entre 14 et 16 ans, sur une fr\u00e9quence hebdomadaire, est pass\u00e9 de 18 \u00e0 7% en dix ans, ceux consommant du tabac de 18 \u00e0 14% et du cannabis de 9 \u00e0 5%.<\/p>\n<p>\u00abIl reste beaucoup \u00e0 faire pour am\u00e9liorer encore cette m\u00e9decine sp\u00e9cifique aux adolescents, souligne Susan Sawyer, directrice de la Chair of Adolescent Health \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Melbourne: poursuivre nos recherches sur les adolescents, les efforts engag\u00e9s dans le d\u00e9veloppement de structures appropri\u00e9es, \u00e9tablir des mod\u00e8les de prise en charge mais aussi promouvoir l\u2019expertise chez les soignants de l\u2019approche aux adolescents.\u00bb<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRE<\/p>\n<p><strong>L\u2019adolescence, c\u2019est quoi? <\/strong><br \/>\nLes Nations unies d\u00e9finissent un adolescent comme \u00abtoute personne \u00e2g\u00e9e de 10 \u00e0 19 ans\u00bb. Les avis divergent pourtant: se d\u00e9finit-elle uniquement en termes d\u2019\u00e2ge? L\u2019adolescence est aujourd\u2019hui commun\u00e9ment d\u00e9finie par les sp\u00e9cialistes comme une p\u00e9riode de la vie situ\u00e9e entre l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte, qui d\u00e9marre au moment de la pubert\u00e9, soit autour de 12 ans. Quant \u00e0 sa fin, elle varie et correspondrait au moment o\u00f9 le jeune est autonome et ind\u00e9pendant professionnellement. Elle est estim\u00e9e entre 24 et 25 ans.<br \/>\n_______<br \/>\nTEMOIGNAGES<\/p>\n<p><strong>\u00abLes jeunes ont besoin de reconnaissance\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Luna, 18 ans, Lausanne<\/em><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cole primaire, Luna* rencontre quelques difficult\u00e9s, notamment avec ses camarades. \u00abLes autres \u00e9l\u00e8ves m\u2019emb\u00eataient souvent et les enseignants n\u2019intervenaient pas; ils ne m\u2019ont fourni ni soutien ni \u00e9coute. J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019ils \u00e9taient m\u00eame agac\u00e9s par cette situation, qui les faisait sortir de leur confort\u2026 J\u2019\u00e9tais seule la plupart du temps et ne pouvais compter que sur moi-m\u00eame pour r\u00e9ussir mon ann\u00e9e scolaire.\u00bb La jeune fille y parvient et r\u00e9ussit \u00e0 am\u00e9liorer ses r\u00e9sultats pour finalement acc\u00e9der \u00e0 la voie gymnasiale. \u00abJe suis sortie fatigu\u00e9e de cette p\u00e9riode, qui ne m\u2019a pas aid\u00e9e \u00e0 gagner en assurance. Il \u00e9tait difficile d\u2019envisager pouvoir prendre confiance en moi. En 2010, alors que je n\u2019avais que 13 ans, ce malaise s\u2019est manifest\u00e9 par des troubles alimentaires. En quelques mois, j\u2019ai perdu 20 kg.\u00bb<\/p>\n<p>Luna est alors prise en charge par la Division interdisciplinaire de sant\u00e9 des adolescents (DISA) du CHUV. \u00abIl s\u2019agit du seul endroit o\u00f9 je me suis sentie bien, comprise et entendue. Les ados ont besoin de reconnaissance, mais aussi d\u2019\u00e9coute, sans jugement. Beaucoup d\u2019adultes ont tendance \u00e0 dramatiser la situation, ce qui est \u00e0 mon sens une mauvaise fa\u00e7on d\u2019aborder un probl\u00e8me avec un adolescent. Au contraire, il faut apprendre aux jeunes \u00e0 prendre du recul, et aborder les probl\u00e8mes avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Pour les soins, la jeune femme doit en revanche continuer \u00e0 se rendre dans des structures pour enfants. \u00abUn \u00e9pisode m\u2019a marqu\u00e9e lorsque j\u2019avais 16 ans\u2026 je me suis rendue dans un h\u00f4pital p\u00e9diatrique, initialement pour une simple transfusion de potassium. Le personnel soignant a d\u00e9cid\u00e9 que je devais rester sur place. J\u2019avais beau r\u00e9p\u00e9ter les consignes de mon m\u00e9decin traitant, personne ne m\u2019\u00e9coutait, ma parole n\u2019avait aucune valeur. Je voulais \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une adulte, pas comme une enfant. Etre hospitalis\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de b\u00e9b\u00e9s me mettait aussi mal \u00e0 l\u2019aise, les infirmi\u00e8res parlaient de moi comme de \u00abla grande\u00bb et me tutoyaient, comme les autres enfants. Cela ne me plaisait pas.\u00bb<br \/>\nLa jeune femme voulait aussi pouvoir discuter en toute discr\u00e9tion de sa situation avec le personnel soignant. \u00abDans les h\u00f4pitaux p\u00e9diatriques, les m\u00e9decins s\u2019adressaient \u00e0 ma m\u00e8re, en ma pr\u00e9sence. Pourtant, depuis le d\u00e9but de mes probl\u00e8mes de sant\u00e9, j\u2019avais tout \u00e0 fait conscience des enjeux et des risques. Je voulaisavoir mon mot \u00e0 dire.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Luna est en voie de gu\u00e9rison. \u00abMes plaies cicatrisent doucement\u2026 elles \u00e9taient profondes.\u00bb Malgr\u00e9 ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, elle a poursuivi sa scolarit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. \u00abJ\u2019ai trouv\u00e9 du soutien aupr\u00e8s de certains profs du gymnase, mais aussi dans la pratique de l\u2019hypnose. Pouvoir m\u2019exprimer \u00e0 travers l\u2019art, la musique en particulier, m\u2019a aussi aid\u00e9e \u00e0 aller de l\u2019avant.\u00bb A 18 ans, elle poursuit sa prise en charge au sein de la DISA. \u00abJe suis tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 mon m\u00e9decin traitant, qui m\u2019a suivie, et comprise, pendant toute mon adolescence.\u00bb<\/p>\n<p>*Pr\u00e9nom d\u2019emprunt<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJe suis pr\u00eate \u00e0 vivre ma vie d\u2019adulte\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Sarah, 22 ans, Lausanne<\/em><\/p>\n<p>Sarah* vit actuellement une p\u00e9riode de transition. \u00abJe suis sur le point de quitter la Division interdisciplinaire pour la sant\u00e9 des adolescents (DISA) du CHUV, qui me suit depuis plus de sept ans.\u00bb A 22 ans, la jeune femme se dit pr\u00eate \u00e0 \u00eatre prise en charge par les services pour adultes. \u00abLa transition se fait progressivement, en douceur, ce qui me convient tr\u00e8s bien. Je pense que ce transfert est m\u00eame n\u00e9cessaire. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s contente d\u2019\u00eatre suivie par des sp\u00e9cialistes de l\u2019adolescence. Cela m\u2019a beaucoup aid\u00e9e \u00e0 surmonter les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de ces derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>Plac\u00e9e en foyer en 2008, loin de sa famille, Sarah prend rapidement beaucoup de poids. \u00abJe suis pass\u00e9e de 56 kg \u00e0 130 kg. J\u2019ai ainsi commenc\u00e9 \u00e0 souffrir de diab\u00e8te et d\u2019apn\u00e9e du sommeil.\u00bb Elle passe quelque temps au sein de l\u2019Unit\u00e9 d\u2019hospitalisation psychiatrique pour adolescents (UHPA) du CHUV. \u00abLe personnel est form\u00e9 \u00e0 la communication avec les jeunes, j\u2019appr\u00e9ciais beaucoup les \u00e9changes avec les infirmiers et infirmi\u00e8res. Et pourtant, ce n\u2019\u00e9tait pas facile d\u2019interagir avec moi! Ado, j\u2019avais une attitude rebelle, de \u00abca\u00efd\u00bb\u2026 parfois, je n\u2019avais tout simplement pas envie de parler. Cela \u00e9tait respect\u00e9. Si j\u2019avais besoin de parler, un adulte \u00e9tait l\u00e0 pour nous. Je parlais librement, sans pression. Cela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible avec l\u2019un de mes parents, j\u2019aurais eu trop peur de leurs r\u00e9actions, de les d\u00e9cevoir.\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette prise en charge sp\u00e9cialis\u00e9e, Sarah a l\u2019impression d\u2019avoir v\u00e9cu une adolescence \u00abnormale\u00bb. \u00abNous faisions plein d\u2019activit\u00e9s avec les \u00e9ducateurs, ils nous emmenaient au bowling, au terrain de sport\u2026 et m\u00eame boire des verres. Ils comblaient le manque affectif cr\u00e9\u00e9 par l\u2019absence de ma famille.\u00bb<\/p>\n<p>Depuis quelques mois, Sarah vit seule et appr\u00e9cie son ind\u00e9pendance. \u00abJe suis pr\u00eate \u00e0 vivre ma vie d\u2019adulte. Il ne me reste plus qu\u2019\u00e0 trouver un apprentissage dans la restauration. Au sein des diff\u00e9rents foyers dans lesquels j\u2019ai v\u00e9cu, j\u2019ai eu l\u2019occasion de cuisiner et j\u2019adore \u00e7a!\u00bb<\/p>\n<p>*Pr\u00e9nom d\u2019emprunt<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abTous les ados ne doivent pas \u00eatre pris en charge de la m\u00eame mani\u00e8re\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Leila,18 ans, Lausanne<\/em><\/p>\n<p>L\u2019adolescence pour Leila? \u00abUne p\u00e9riode de transition entre l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte, lors de laquelle il est n\u00e9cessaire de gagner progressivement en libert\u00e9 et en autonomie.\u00bb Cette libert\u00e9, la jeune fille s\u2019en est sentie priv\u00e9e. \u00abDepuis toute petite, je suis une personne ind\u00e9pendante, je me suis d\u00e9brouill\u00e9e seule tr\u00e8s jeune\u2026 lorsque j\u2019avais 14 ans environ, ma m\u00e8re a essay\u00e9 de se rapprocher de moi, de communiquer davantage, mais cela n\u2019a pas fonctionn\u00e9. J\u2019\u00e9tais toujours sur la d\u00e9fensive, d\u00e8s lors notre relation a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9grader et \u00e0 devenir conflictuelle. Parfois, c\u2019\u00e9tait explosif! A 15 ans, je suis partie vivre chez une amie, puis chez mon copain.\u00bb<\/p>\n<p>Suite \u00e0 un nouveau gros conflit, les parents d\u00e9cident de faire appel \u00e0 un p\u00e9dopsychiatre pour aider la jeune femme \u00e0 communiquer, tout en g\u00e9rant ses \u00e9motions. Sans succ\u00e8s. Elle s\u00e9journe ensuite quelques semaines au sein de l\u2019Unit\u00e9 d\u2019hospitalisation psychiatrique pour adolescents (UHPA) du CHUV.<\/p>\n<p>\u00abJe me suis retrouv\u00e9e avec des jeunes de tout \u00e2ge, tout type de probl\u00e8me confondu. Nous devions faire les m\u00eames activit\u00e9s, mais les int\u00e9r\u00eats, ou les go\u00fbts en mati\u00e8re de films par exemple, ne sont pas les m\u00eames \u00e0 12 ou \u00e0 16 ans. Certains ados souffraient de troubles alimentaires, nous n\u2019avions donc pas le droit d\u2019avoir de la nourriture dans nos chambres. D\u2019autres avaient des tendances suicidaires, alors certains produits, comme le dissolvant pour vernis \u00e0 ongles, n\u2019\u00e9taient pas tol\u00e9r\u00e9s. Dans mon cas, je trouvais toutes ces interdictions inutiles, voire frustrantes. Cette privation de libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dure pour moi. Tous les ados qui rencontrent des difficult\u00e9s ne doivent pas \u00eatre pris en charge de la m\u00eame mani\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Leila explique qu\u2019elle avait avant tout besoin d\u2019\u00e9coute. \u00abJe pense qu\u2019il faut laisser les ados s\u2019exprimer, et\u00a0les conseiller, sans leur dire ce qu\u2019ils doivent faire, ni ce qui est \u00abbien\u00bb ou \u00abmal\u00bb. Un ado a besoin de se sentir libre dans ses choix, tout en se sentant soutenu par un adulte.\u00bb<\/p>\n<p>A 18 ans aujourd\u2019hui, la jeune femme a choisi d\u2019arr\u00eater sa scolarit\u00e9 temporairement pour se consacrer\u00a0\u00e0 sa passion, la danse, tout en travaillant pour pouvoir s\u2019auto-<br \/>\nfinancer. \u00abJe me sens une \u00abjeune adulte\u00bb. Je suis contente de pouvoir faire mes propres choix, mais je ressens encore le besoin d\u2019avoir des conseils, de pouvoir m\u2019exprimer, sans \u00eatre jug\u00e9e. Pour l\u2019instant, je n\u2019ai pas trouv\u00e9 la personne avec laquelle je me sens \u00e0 l\u2019aise de discuter.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Collaboration: Melinda Marchese<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 7).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Envahis par des changements physiques, psychologiques et sociaux, les adolescents ont des besoins propres et n\u00e9cessitent une prise en charge sp\u00e9cifique. 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