



{"id":4504,"date":"2015-09-16T18:27:03","date_gmt":"2015-09-16T16:27:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4504"},"modified":"2015-09-16T18:31:16","modified_gmt":"2015-09-16T16:31:16","slug":"numerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4504","title":{"rendered":"Le pays de l\u2019E-D\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large16092015.jpg\" alt=\"Large16092015.jpg\" title=\"Large16092015.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Heureux hasard que le nom de ce pays commence par un \u00abe\u00bb, car en Estonie, la cinqui\u00e8me lettre de l\u2019alphabet est une star: e-vote, e-fiscalit\u00e9, e-gouvernement, e-m\u00e9decine, e-identit\u00e9. En \u00e0 peine plus d\u2019une d\u00e9cennie, ce petit \u00e9tat balte (1,3 million d\u2019habitants), ind\u00e9pendant depuis la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique en 1991, est devenu l\u2019un des fers de lance de la soci\u00e9t\u00e9 digitale.<\/p>\n<p>L\u2019Estonie, sorte de Silicon Valley du Nord, accueille des startups dont le rayonnement d\u00e9passe largement les fronti\u00e8res du pays. Skype est certainement la plus c\u00e9l\u00e8bre, mais citons aussi TransferWise qui s\u2019est fait une place dans le monde de la finance, ou GuardTime dont la technologie de cybers\u00e9curit\u00e9 est utilis\u00e9e par les militaires am\u00e9ricains pour prot\u00e9ger leurs secrets. Des ruelles \u00e9troites du Tallinn du XIVe si\u00e8cle au tr\u00e8s moderne Technopol qui jouxte l\u2019a\u00e9roport, les entrepreneurs d\u00e9veloppent des projets avec lesquels ils esp\u00e8rent conqu\u00e9rir le monde.<\/p>\n<p>Tout cela repose sur un esprit volontariste, cultiv\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance et pr\u00e9sent jusque dans les plus hautes sph\u00e8res \u00e9conomiques et politiques. En Estonie, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet est un droit et, sauf perdu en pleine for\u00eat ou en kayak dans le golfe de Finlande, difficile d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 hyperconnect\u00e9e. A la naissance, les enfants se voient offrir une adresse e-mail et, d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, ils apprennent \u00e0 utiliser l\u2019informatique. A 15 ans, les Estoniens re\u00e7oivent une carte d\u2019identit\u00e9 \u00e9lectronique qui leur donne acc\u00e8s \u00e0 une pl\u00e9iade de donn\u00e9es personnelles (casier judiciaire, donn\u00e9es m\u00e9dicales ou formulaires fiscaux).<br \/>\n<strong><br \/>\nLa fin du papier<\/strong><\/p>\n<p>Les Estoniens sont fiers d\u2019annoncer que, dans leur pays et gr\u00e2ce \u00e0 leur e-identit\u00e9, il est possible de cr\u00e9er une entreprise ou de payer ses imp\u00f4ts en une demi-heure. Tous les contrats, de l\u2019achat d\u2019une voiture jusqu\u2019au financement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, peuvent \u00eatre sign\u00e9s \u00e9lectroniquement, ce qui r\u00e9duit les besoins en papier et en d\u00e9placements. Karli Suvisild, de l\u2019e-showroom public, ne se lasse pas de raconter qu\u2019il a sign\u00e9 son premier contrat de travail sur son t\u00e9l\u00e9phone portable pendant une journ\u00e9e de p\u00eache.<\/p>\n<p>Cet e-showroom est un centre d\u2019information connect\u00e9 \u00e0 une e-agence gouvernementale cr\u00e9\u00e9e pour exporter la prouesse estonienne vers les voisins europ\u00e9ens, mais aussi la G\u00e9orgie, le Qatar ou Oman. Jeb Bush, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence des Etats-Unis, s\u2019est r\u00e9cemment rendu en Estonie tandis que, l\u2019an pass\u00e9, Barack Obama, en visite \u00e0 Tallinn, avait d\u00e9clar\u00e9: \u00abL\u2019esprit d\u2019entreprise du peuple estonien s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Vos innovations transforment le monde.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019entreprise, l\u2019esprit libre<\/strong><\/p>\n<p>Derni\u00e8re innovation en date, l\u2019e-r\u00e9sidence permet \u00e0 des citoyens \u00e9trangers de profiter de l\u2019infrastructure \u00e9lectronique du pays. Cet ambitieux projet n\u2019offre pas d\u2019avantage physique (de type permis de s\u00e9jour ou compte bancaire), mais permet de poss\u00e9der une signature \u00e9lectronique authentifi\u00e9e. Cela signifie qu\u2019un e-r\u00e9sident br\u00e9silien peut signer un contrat juridiquement contraignant avec un e-r\u00e9sident allemand sans qu\u2019ils soient Estoniens. \u00abC\u2019est absolument formidable car cela \u00e9vite aux investisseurs \u00e9trangers de devoir venir sur place pour parapher, page par page, un document\u00bb, explique Mait M\u00fcntel, fondateur de Lingvist, une startup sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019apprentissage des langues. Et les Estoniens soulignent que ce syst\u00e8me est parfaitement transparent, donc peu pertinent pour qui chercherait \u00e0 blanchir des fonds ou \u00e0 faire de l\u2019\u00e9vasion fiscale.<\/p>\n<p>Certes, il reste des d\u00e9tails \u00e0 r\u00e9gler, mais personne n\u2019est inquiet. \u00abLe gouvernement fonctionne comme une startup: m\u00eame si l\u2019\u00e9chec est brutal, que l\u2019on ne sait pas toujours o\u00f9 l\u2019on va, l\u2019important, c\u2019est d\u2019essayer\u00bb, r\u00e9sume Aman Kumar, jeune dipl\u00f4m\u00e9 de Stanford qui a quitt\u00e9 la Silicon Valley pour conseiller le gouvernement estonien.<\/p>\n<p>Et si les Estoniens ont si bien adopt\u00e9 cet \u00e9tat d\u2019esprit, c\u2019est parce que leur pays est une startup. Sous domination \u00e9trang\u00e8re &#8212; danoise, su\u00e9doise, allemande puis russe &#8212; depuis pr\u00e8s d\u2019un mill\u00e9naire, l\u2019Estonie est n\u00e9e \u00e0 la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique, en 1991, avec ses cerveaux pour seul bagage. La technologie lui a permis d\u2019avancer et de se cr\u00e9er une identit\u00e9. En outre, \u00abla s\u00e9curit\u00e9 est pr\u00e9sente dans tout ce que fait le pays\u00bb, note Aman Kumar. Car les Estoniens sont pleinement conscients du fait que si leur terre leur \u00e9chappe \u00e0 nouveau, leur identit\u00e9, elle, sera prot\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n<p>_______<br \/>\nENCADRES<\/p>\n<p><strong>Un h\u00e9ritage russe<\/strong><\/p>\n<p>Alors que le colosse voisin s\u2019agite \u00e0 nouveau, l\u2019Estonie en est certaine: quoi qu\u2019il arrive, la technologie sera son salut.<\/p>\n<p>De  son demi-si\u00e8cle d\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique, l\u2019Estonie a h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif de qualit\u00e9, o\u00f9 les dipl\u00f4m\u00e9s en ing\u00e9nierie et en informatique sont nombreux, et des infrastructures \u00e0 l\u2019agonie. \u00abNous avons d\u00fb tout reconstruire, raconte Taavi Kotka, entrepreneur devenu Chief Information Officer du gouvernement. Contrairement \u00e0 nos voisins, notamment la Finlande, nous n\u2019avons pas eu \u00e0 nous soucier de la transition de l\u2019analogique au num\u00e9rique.\u00bb Sans argent, l\u2019Estonie n\u2019a pas pu faire appel aux entreprises europ\u00e9ennes ou nord-am\u00e9ricaines, aux logiciels trop chers, et s\u2019est tourn\u00e9e vers ses propres ing\u00e9nieurs informatiques form\u00e9s du temps de l\u2019URSS pour d\u00e9velopper des solutions \u00e0 bas co\u00fbt.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quinze ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, la Russie frappe de nouveau \u00e0 la porte de l\u2019Estonie et lui offre sa toute premi\u00e8re cyberattaque, en repr\u00e9sailles \u00e0 la destruction d\u2019un monument sovi\u00e9tique. Moscou a lanc\u00e9 une attaque de d\u00e9ni de service contre les sites internet des banques et des services publics estoniens, portant un bref coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019activit\u00e9 du pays. Mais les ing\u00e9nieurs ont r\u00e9ussi \u00e0 identifier la faille et ont enti\u00e8rement repens\u00e9 l\u2019architecture de l\u2019e-gouvernement. Ils ont d\u00e9velopp\u00e9 une technologie de type \u00abblockchain\u00bb si s\u00fbre qu\u2019elle est d\u00e9sormais vendue au D\u00e9partement am\u00e9ricain de la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Autre h\u00e9ritage important: Estonie et Russie partagent 294 km de fronti\u00e8re, viol\u00e9e \u00e0 de nombreuses reprises au cours des si\u00e8cles. L\u2019e-gouvernement a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u avec l\u2019objectif affich\u00e9 de permettre \u00e0 l\u2019Estonie de prot\u00e9ger ses archives en cas de nouvelle invasion. Les donn\u00e9es sont sauvegard\u00e9es dans le cloud, mais aussi sur les serveurs d\u2019une demi-douzaine d\u2019ambassades \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00abPour la premi\u00e8re fois de notre histoire, nous pourrons avoir un pays m\u00eame si nous perdons notre territoire, r\u00e9sume Taavi Kotka. Impossible d\u00e9sormais de br\u00fbler nos archives ou de changer arbitrairement les droits de propri\u00e9t\u00e9.\u00bb<br \/>\n_______<br \/>\n<strong><br \/>\nProt\u00e9ger les donn\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p><em>Que se passerait-il si le syst\u00e8me de l\u2019Etat estonien \u00e9tait pirat\u00e9, et si quelqu\u2019un de malintentionn\u00e9 mettait la main sur les donn\u00e9es de ses citoyens?<\/em><\/p>\n<p>Dans la plupart des pays, l\u2019Etat poss\u00e8de les donn\u00e9es et les citoyens peuvent les consulter. En Estonie, ce sont les citoyens qui poss\u00e8dent les donn\u00e9es et l\u2019Etat qui peut y acc\u00e9der\u00bb: voici comment Doris P\u00f6ld, de l\u2019Association estonienne des technologies de l\u2019information, d\u00e9crit cette rare confiance mutuelle entre Etat et citoyens. Mais la confiance ne suffit pas \u00e0 prot\u00e9ger les donn\u00e9es. La s\u00e9curit\u00e9 du syst\u00e8me d\u2019e-gouvernement estonien repose sur deux strat\u00e9gies:<\/p>\n<p><strong>1<\/strong> La d\u00e9centralisation des informations<\/p>\n<p>Il n\u2019existe pas de d\u00e9positaire unique des donn\u00e9es relatives aux citoyens estoniens. La police, l\u2019office de la population, les autorit\u00e9s fiscales, le cadastre, tous poss\u00e8dent leurs propres serveurs, prot\u00e9g\u00e9s par un syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 et reli\u00e9s \u00e0 une sorte d\u2019intranet estonien, baptis\u00e9 X-road. Aucune entit\u00e9 ne peut consulter les donn\u00e9es d\u2019une autre sans autorisation. Les citoyens ont acc\u00e8s \u00e0 leurs donn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 leur carte d\u2019identit\u00e9 ou leur t\u00e9l\u00e9phone portable, mais ni la carte ni le t\u00e9l\u00e9phone ne contiennent v\u00e9ritablement les donn\u00e9es: ils font office de dispositifs d\u2019identification crypt\u00e9s qui, associ\u00e9s \u00e0 un code secret, permettent de confirmer l\u2019identit\u00e9 de l\u2019utilisateur.<br \/>\n<strong><br \/>\n2<\/strong> Keyless Signature Infrastructure (KSI)<\/p>\n<p>La cr\u00e8me de la cr\u00e8me de la technologie estonienne. Ce n\u2019est pas un pare-feu, mais bien un syst\u00e8me qui prot\u00e8ge l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des donn\u00e9es partag\u00e9es gr\u00e2ce aux empreintes digitales. A chaque fois qu\u2019une personne consulte ou modifie des donn\u00e9es, un dossier est cr\u00e9\u00e9. Ainsi, si un fonctionnaire consulte votre permis de conduire, vous pouvez conna\u00eetre son identit\u00e9. Et s\u2019il le fait trop souvent, vous pouvez lui demander des comptes. \u00abQuoi qu\u2019on pense d\u2019Edward Snowden, il n\u2019aurait pas pu faire ce qu\u2019il a fait si la NSA avait utilis\u00e9 KSI\u00bb, estime Matthew Johnson, directeur technologique de GuardTime, la soci\u00e9t\u00e9 estonienne qui a cr\u00e9\u00e9 KSI et qui vend d\u00e9sormais sa technologie \u00e0 l\u2019Etat am\u00e9ricain.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 6).<\/p>\n<p>Pour souscrire un abonnement \u00e0 Technologist au prix de CHF 45.- (42 euros) pour 8 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.technologist.eu\/\" target=\"_blank\">technologist.eu<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carnet de sant\u00e9, imp\u00f4ts ou carte d\u2019identit\u00e9: l\u2019Estonie est un pays pionnier en mati\u00e8re de digitalisation. Une multitude d\u2019entrepreneurs ambitieux \u00e9mergent dans ce climat au top de l\u2019innovation.<\/p>\n","protected":false},"author":19397,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-4504","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-technophile","technophile"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4504","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4504"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4504\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4504"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4504"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4504"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}