



{"id":4497,"date":"2015-09-02T17:35:49","date_gmt":"2015-09-02T15:35:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4497"},"modified":"2015-09-02T17:36:25","modified_gmt":"2015-09-02T15:36:25","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4497","title":{"rendered":"Traiter moins pour mieux soigner"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large020915_1.jpg\" alt=\"Large020915_1.jpg\" title=\"Large020915_1.jpg\" height=\"317\" border=\"0\" width=\"465\" \/><\/p>\n<p>Les m\u00e9decins d\u2019aujourd\u2019hui sont-ils tous des Dr Knock? Ce personnage fictif, n\u00e9 de l\u2019imagination de l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Jules Romains dans les ann\u00e9es 1920, parvient \u00e0 convaincre l\u2019ensemble des habitants d\u2019un village qu\u2019ils sont des malades qui s\u2019ignorent et qu\u2019ils doivent commencer \u00e0 se soigner. A l\u2019image de Moli\u00e8re et de son Malade imaginaire, Romains d\u00e9nonce les d\u00e9rives d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 surm\u00e9dicalis\u00e9e qui transforment les individus en consommateurs de soins, soucieux d\u2019en recevoir toujours plus. Dans l\u2019espoir d\u2019aller toujours mieux.<br \/>\nLa probl\u00e9matique de la surm\u00e9dicalisation traverse les d\u00e9cennies. Mais au XXIe si\u00e8cle, les soins ne se r\u00e9sument plus \u00e0 des saign\u00e9es, des purges et autres rem\u00e8des de grand-m\u00e8re. Toujours plus sophistiqu\u00e9s et nombreux, des instruments et m\u00e9dicaments high-tech viennent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9toffer l\u2019arsenal th\u00e9rapeutique \u00e0 la disposition des m\u00e9decins. \u00abLorsqu\u2019un nouveau produit arrive sur le march\u00e9, et que ses fabricants en louent les vertus, en tant que m\u00e9decins, nous voulons y croire. Tout en restant critiques, nous esp\u00e9rons qu\u2019il va vraiment nous permettre d\u2019am\u00e9liorer la prise en charge de nos patients, note Thomas Bischoff, directeur de l\u2019Institut universitaire de m\u00e9decine de famille de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Faire le tri parmi toutes ces nouveaut\u00e9s n\u2019est pas \u00e9vident pour le corps m\u00e9dical.\u00bb<\/p>\n<p>Les malades aussi esp\u00e8rent qu\u2019une nouvelle technologie ou un traitement de pointe les aide \u00e0 gu\u00e9rir. Et les \u00abbien-portants\u00bb sont encourag\u00e9s \u00e0 rester vigilants. \u00abLes patients baignent en permanence dans un climat qui pr\u00f4ne le recours au d\u00e9pistage et aux soins, par le biais des campagnes de sant\u00e9 publique, des m\u00e9dias et de la publicit\u00e9, remarque Rosemary Gibson, l\u2019auteure d\u2019un ouvrage intitul\u00e9 The Treatment Trap. La croyance que mieux vaut pr\u00e9venir que gu\u00e9rir est profond\u00e9ment ancr\u00e9e chez eux.\u00bb \u00abUne d\u00e9tection pr\u00e9coce et un traitement agressif sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme le signe d\u2019une bonne prise en charge\u00bb, constate David Goodman, professeur de m\u00e9decine communautaire qui enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne.<br \/>\nPatients et professionnels de la sant\u00e9 croient donc fermement aux promesses de la m\u00e9decine moderne. Mais si le Dr Knock finit par triompher dans l\u2019\u0153uvre de Jules Romains, les soignants d\u2019aujourd\u2019hui sont toujours plus nombreux \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 des mouvements qui encouragent, au contraire, une m\u00e9decine plus humble, plus modeste, qui reconna\u00eet ses limites, et qui ose, dans certains cas, en faire moins. \u00abOn assiste \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de mouvements qui pr\u00f4nent le less is more en m\u00e9decine, confirme Arnaud Chiolero, sp\u00e9cialiste de la sant\u00e9 publique \u00e0 l\u2019Institut de m\u00e9decine sociale et pr\u00e9ventive de Lausanne. L\u2019objectif est notamment de prodiguer moins de soins inutiles.\u00bb<\/p>\n<p><strong>1. Un monde surm\u00e9dicalis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Des campagnes (Smarter medicine en Suisse, Choosing wisely ou Slow medicine aux Etats-Unis) militent pour une m\u00e9decine qui agit avec mod\u00e9ration et gradualit\u00e9. En faire moins ne signifie aucunement qu\u2019il faut remettre en question les traitements n\u00e9cessaires et b\u00e9n\u00e9fiques aux patients. Le concept de \u00abLess is more\u00bb est une invitation \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019un exc\u00e8s de soins peut parfois entra\u00eener plus de risques que de b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>Ses partisans estiment que les populations occidentales sont aujourd\u2019hui surm\u00e9dicalis\u00e9es. \u00abNous sommes dans un syst\u00e8me de sant\u00e9 qui nous pousse constamment vers le \u00abtrop\u00bb de soins, estime Thomas Bischoff. Cela s\u2019explique par la m\u00eame logique qui encourage les autres secteurs de nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales \u00e0 faire toujours plus: l\u2019accumulation et la croissance sont vues comme des signes de progr\u00e8s et de performance.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Patient \u00e0 temps complet<\/strong><\/p>\n<p>Selon le g\u00e9n\u00e9raliste, \u00abla m\u00e9decine prend trop de place dans la vie des gens aujourd\u2019hui. On ne se rend pas chez le m\u00e9decin uniquement lorsque l\u2019on est malade, mais aussi pour des examens de routine et autres d\u00e9pistages, constate-t-il. Cela peut transformer les bien-portants en malades potentiels.\u00bb Au-del\u00e0 des cabinets m\u00e9dicaux et des h\u00f4pitaux, certains individus pensent constamment \u00e0 surveiller leur \u00e9tat de sant\u00e9. \u00abDe nombreuses nouvelles technologies, applications et autres objets connect\u00e9s permettent \u00e0 chacun de mesurer son taux de diab\u00e8te, son pouls ou sa pression art\u00e9rielle \u00e0 tout instant.\u00bb<\/p>\n<p>En cas de sympt\u00f4mes jug\u00e9s suspects, la tentation d\u2019aller se renseigner on line est grande. Selon une \u00e9tude publi\u00e9e par Swisscom en 2012, 84% des Suisses ont d\u00e9j\u00e0 fait des recherches sur des sites m\u00e9dicaux avant ou apr\u00e8s une visite chez le m\u00e9decin. Les informations les plus fr\u00e9quemment recherch\u00e9es concernent les sympt\u00f4mes, les maladies et les possibilit\u00e9s de traitement. \u00abLes patients se sentent rassur\u00e9s lorsqu\u2019ils repartent avec une ordonnance, constate Peter Vollenweider, m\u00e9decin-chef au Service de m\u00e9decine interne du CHUV. Prescrire un m\u00e9dicament prend d\u2019ailleurs moins de temps \u00e0 un m\u00e9decin que d\u2019expliquer pourquoi il ne le fera pas. Ce temps, il faut le prendre lorsque l\u2019on estime que le traitement n\u2019apportera rien de positif \u00e0 la personne en face de nous.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Seniors en premi\u00e8re ligne<\/strong><\/p>\n<p>Particuli\u00e8rement concern\u00e9es par la probl\u00e9matique, les personnes \u00e2g\u00e9es, toujours plus nombreuses, sont de grandes consommatrices de m\u00e9dicaments. Selon une \u00e9tude de la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de g\u00e9riatrie publi\u00e9e en 2013, plus de 90% des personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 80 ans consomment en moyenne dix comprim\u00e9s par jour. Le coordinateur de l\u2019\u00e9tude, Olivier Saint Jean, chef de service en g\u00e9riatrie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Pompidou \u00e0 Paris, s\u2019exprimait alors dans le quotidien Lib\u00e9ration: \u00abAu-del\u00e0 de trois ou quatre mol\u00e9cules prises ensemble, on ne sait plus comment elles r\u00e9agissent. Et, surtout, \u00e0 partir de cinq m\u00e9dicaments, le risque d\u2019accident m\u00e9dicamenteux augmente consid\u00e9rablement.\u00bb<\/p>\n<p>Si les Fran\u00e7ais figurent parmi les plus grands consommateurs de m\u00e9dicaments, les statistiques sont \u00e9galement \u00e9lev\u00e9es dans le reste de l\u2019Europe: selon une enqu\u00eate publi\u00e9e par L\u2019Hebdo en avril 2015, pr\u00e8s de 20% des patients d\u00e8s 80\u202fans ing\u00e9reraient dix m\u00e9dicaments ou plus par jour, alors que 50 \u00e0 60% en consommeraient au moins cinq.<br \/>\n\u00abChaque m\u00e9dicament suppl\u00e9mentaire augmente les risques de subir un effet secondaire ou de d\u00e9clencher une interaction avec une autre pr\u00e9paration\u00bb, rel\u00e8ve Robert Vander Stichele, professeur de pharmacologie clinique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ghent (Belgique) et auteur de multiples \u00e9tudes sur la consommation de m\u00e9dicaments des seniors. Lorsqu\u2019on donne une pilule contre le diab\u00e8te \u00e0 une personne dont le taux de glucose est juste au-dessus de la moyenne, on court le risque de la mettre en hypoglyc\u00e9mie et de la faire chuter ou perdre connaissance, surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019une personne \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>2. Les causes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie<\/strong><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux progr\u00e8s technologiques, des anomalies jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent invisibles sont aujourd\u2019hui d\u00e9tect\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t. Un bien pour un mal. \u00abLes tests diagnostiques sont devenus de plus en plus sensibles, rel\u00e8ve Arnaud Chiolero. Les CT scans permettent par exemple de rep\u00e9rer des embolies pulmonaires qui ne sont en fait que de mini-embolies sans cons\u00e9quence.\u00bb De m\u00eame, il n\u2019est pas rare qu\u2019un examen radiologique de routine r\u00e9v\u00e8le une tache sur le rein, une masse dans le sein ou un nodule dans le poumon qui pourraient \u00eatre des l\u00e9sions canc\u00e9reuses, mais sont pour la plupart inoffensifs.<\/p>\n<p>Or, une fois une anomalie identifi\u00e9e, \u00abil est presque impossible, voire non \u00e9thique, de ne pas investiguer et traiter le patient, m\u00eame si la probabilit\u00e9 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 sur-diagnostiqu\u00e9 est forte\u00bb, \u00e9crit le m\u00e9decin lausannois dans un papier de recherche.<\/p>\n<p>\u00abIl existe aussi chez les m\u00e9decins la crainte de regretter, une fois le cancer d\u00e9clar\u00e9, de ne pas avoir anticip\u00e9, note Jacques Cornuz, directeur de la Policlinique m\u00e9dicale universitaire lausannoise (PMU). Comment avoir la certitude qu\u2019une l\u00e9sion est inoffensive? Un d\u00e9pistage appara\u00eet toujours plus attractif qu\u2019il ne l\u2019est en v\u00e9rit\u00e9, et ceci autant aux m\u00e9decins qu\u2019aux patients.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Sensibiliser les jeunes m\u00e9decins<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9tudiants en m\u00e9decine ne sont pas suffisamment sensibilis\u00e9s \u00e0 la probl\u00e9matique tout au long de leur formation. \u00abComme m\u00e9decins, on nous a appris \u00e0 agir, \u00e0 ne pas rester les bras crois\u00e9s face \u00e0 la maladie\u00bb, note David Goodman. \u00abLa m\u00e9decine moderne est bas\u00e9e sur l\u2019action, ajoute Gian Domenico Borasio, professeur titulaire de la chaire de m\u00e9decine palliative de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et chef du Service de soins palliatifs du CHUV. Il devient indispensable de stimuler un changement de culture en encourageant les jeunes m\u00e9decins \u00e0 sortir de ce pi\u00e8ge de l\u2019actionnisme \u00e0 tout prix.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>Certaines interventions sont surexploit\u00e9es pour des raisons \u00e9conomiques. Ce serait le cas de certaines poses de stents, ces petites proth\u00e8ses qui permettent d\u2019\u00e9largir un vaisseau sanguin bouch\u00e9. Leur nombre a doubl\u00e9 en Suisse entre 2002 et 2013, passant de 11\u2019000 \u00e0 22\u2019000. Cette hausse est en partie li\u00e9e au vieillissement de la population et au fait que ces traitements sont aujourd\u2019hui propos\u00e9s de mani\u00e8re extr\u00eamement fr\u00e9quente aux patients de plus de 80 ans, expliquait en avril dernier Urs Kaufmann, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de cardiologie, dans un entretien publi\u00e9 par Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung. \u00abMais cette augmentation laisse aussi penser que, dans certains cas, la premi\u00e8re motivation pour pratiquer l\u2019intervention n\u2019est pas le bien-\u00eatre du patient. Ces interventions sont lucratives et facilement planifiables, il existe le soup\u00e7on que certains h\u00f4pitaux fassent passer des consid\u00e9rations purement \u00e9conomiques avant la m\u00e9decine.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abOn pose de plus en plus de stents, alors qu\u2019un traitement conservateur \u00e0 base de m\u00e9dicaments et de changement de style de vie (cesser de fumer et perdre du poids, ndlr) serait souvent suffisant\u00bb, ajoute Arnaud Chiolero.<\/p>\n<p><strong>3. Trouver des rem\u00e8des<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019heure est \u00e0 la recherche de solutions pour rem\u00e9dier \u00e0 la surm\u00e9dicalisation. Les g\u00e9n\u00e9ralistes ont un r\u00f4le capital \u00e0 jouer. \u00abLe m\u00e9decin de famille doit consid\u00e9rer un patient dans sa globalit\u00e9, pr\u00e9cise Thomas Bischoff. Un sp\u00e9cialiste va prescrire un traitement destin\u00e9 \u00e0 soigner une affection en particulier; une personne atteinte de plusieurs pathologies va ainsi accumuler les traitements. Le g\u00e9n\u00e9raliste doit pouvoir prioriser les soins et trouver un \u00e9quilibre qui soit tol\u00e9rable pour le patient.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le tri de m\u00e9dicaments<\/strong><\/p>\n<p>En 2000, la Su\u00e8de s\u2019est dot\u00e9e d\u2019une \u00abliste sage\u00bb. Etablie par un comit\u00e9 scientifique ind\u00e9pendant, elle recense les 200 m\u00e9dicaments jug\u00e9s essentiels pour soigner la plupart des maladies. En 2012, 90% des ordonnances \u00e9tablies \u00e0 Stockholm y \u00e9taient conformes. La France veut \u00e9tablir une liste semblable d\u00e8s 2016. Un document pr\u00e9liminaire comprend 151 m\u00e9dicaments, alors que plus de 5\u2019000 sont sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abEn Suisse, chaque h\u00f4pital dresse sa propre liste de m\u00e9dicaments essentiels, explique Pierre Voirol, le responsable de l\u2019Unit\u00e9 assistance pharmaceutique et pharmacie clinique du CHUV. La n\u00f4tre en comprend 1\u2019000, sur les 2\u2019200 stock\u00e9s par l\u2019h\u00f4pital.\u00bb Ce qui d\u00e9termine le placement d\u2019un m\u00e9dicament sur la liste? \u00abSon efficacit\u00e9, sa tol\u00e9rance chez les patients et ses formes gal\u00e9niques (s\u2019il est disponible en comprim\u00e9, liquide, poudre, etc., ndlr). Le crit\u00e8re du co\u00fbt n\u2019entre en ligne de compte que dans un deuxi\u00e8me temps.\u00bb<\/p>\n<p>Pierre Voirol coordonne \u00e9galement une commission des m\u00e9dicaments qui vise \u00e0 \u00e9mettre des recommandations pour \u00e9viter les doublons et les soins inutiles. Il cite le cas des benzodiaz\u00e9pines souvent prescrits \u00e0 double pour soigner l\u2019insomnie et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, alors qu\u2019un seul suffirait. Ou les antibiotiques administr\u00e9s par voie intraveineuse, alors qu\u2019il serait plus s\u00fbr pour le patient et moins co\u00fbteux de les prendre par voie orale une fois l\u2019\u00e9tat du patient stabilis\u00e9. \u00abSi un nouveau m\u00e9dicament arrive sur le march\u00e9, nous allons aussi pr\u00e9ciser les indications pour lesquelles il vaut la peine de l\u2019utiliser et celles pour lesquelles il faut privil\u00e9gier un traitement existant\u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n<p>Des pharmaciens de l\u2019unit\u00e9 de Pierre Voirol se chargent en outre d\u2019accompagner les m\u00e9decins lors de leur tourn\u00e9e des patients pour examiner leur traitement m\u00e9dicamenteux et \u00e9mettre des recommandations. \u00abOn va, par exemple, rappeler qu\u2019administrer un m\u00e9dicament contre les ulc\u00e8res de l\u2019estomac n\u2019est plus forc\u00e9ment n\u00e9cessaire une fois le patient sorti des soins intensifs.\u00bb La g\u00e9n\u00e9ralisation du dossier \u00e9lectronique du patient simplifiera encore ce processus. \u00abToutes ces donn\u00e9es seront regroup\u00e9es \u00e0 un seul endroit\u00bb, se r\u00e9jouit-il.<\/p>\n<p><strong>Une m\u00e9decine plus honn\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Dans de nombreux pays, des associations de m\u00e9decins se sont r\u00e9unies pour \u00e9tablir des recommandations visant \u00e0 diminuer la prescription d\u2019examens ou m\u00e9dicaments jug\u00e9s peu ou pas utiles. Jacques Cornuz a r\u00e9alis\u00e9, \u00e0 la demande de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de m\u00e9decine interne (SSMI), une liste d\u2019interventions \u00e0 \u00e9viter. \u00abCertains examens ou traitements sont parfois appliqu\u00e9s sans que l\u2019on sache vraiment s\u2019ils apportent une am\u00e9lioration significative \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du patient, reconna\u00eet le m\u00e9decin. Lorsque des recherches cliniques et \u00e9pid\u00e9miologiques confirment l\u2019absence d\u2019impact b\u00e9n\u00e9fique, la m\u00e9decine doit avoir l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de le reconna\u00eetre.\u00bb<\/p>\n<p>Depuis fin 2014, la SSMI consid\u00e8re donc cinq interventions couramment pratiqu\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent comme \u00abinutiles\u00bb en Suisse (www.smartermedicine.ch). Elles concernent notamment les investigations lors de certaines douleurs lombaires, la prise d\u2019antibiotique en cas de bronchite et autres infections des voies a\u00e9riennes sup\u00e9rieures, le bilan radiographique avant certaines op\u00e9rations et les traitements \u00e0 base d\u2019inhibiteurs de la pompe a\u0300 proton (contre l\u2019acidit\u00e9 au niveau de l\u2019estomac). Aux Etats-Unis, une liste (www.choosingwisely.org) similaire compte une cinquantaine de consignes. Rien n\u2019exclut donc qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir de nouvelles recommandations viennent s\u2019ajouter au listing helv\u00e9tique.<\/p>\n<p>Parmi elles figure \u00e9galement le dosage du PSA dans le sang pour d\u00e9pister le cancer de la prostate. Le d\u00e9pistage devrait \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une information neutre sur ses avantages et inconv\u00e9nients et ne devrait pas \u00eatre fait au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de 75 ans, selon la SSMI. \u00abDe nombreuses l\u00e9sions canc\u00e9reuses d\u00e9couvertes gr\u00e2ce au d\u00e9pistage de personnes asymptomatiques ne vont jamais \u00e9voluer vers la maladie, du moins pas de leur vivant\u00bb, explique Arnaud Chiolero.<\/p>\n<p>\u00abUn taux de PSA \u00e9lev\u00e9 ne signifie pas forc\u00e9ment que le patient est atteint d\u2019un cancer, ajoute Peter Vollenweider. Mais cela va nous pousser \u00e0 effectuer d\u2019autres examens, qui potentiellement peuvent \u00eatre lourds et stressants pour le patient. Si finalement un diagnostic de cancer est pos\u00e9, une op\u00e9ration, non sans cons\u00e9quences sur sa vie sexuelle et parfois sociale, ne va pas forc\u00e9ment augmenter son esp\u00e9rance de vie. Vaut-il donc la peine de subir ce traitement? La d\u00e9cision ne doit pas \u00eatre prise par le m\u00e9decin uniquement. Le patient doit conna\u00eetre tout cela et pouvoir donner son avis.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Projet th\u00e9rapeutique<\/strong><\/p>\n<p>Int\u00e9grer davantage le patient dans la prise de d\u00e9cision sur son traitement fait d\u2019ailleurs partie des mesures fortement encourag\u00e9es pour r\u00e9duire la surconsommation de soins. \u00abIl faut pr\u00e9senter le pour et le contre de chaque option au malade, pour qu\u2019il puisse choisir en connaissance de cause\u00bb, souligne Jessica Otte, un m\u00e9decin de famille canadien qui a cr\u00e9\u00e9 un blog consacr\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 intitul\u00e9 Less is more. Une \u00e9tude du Group Health Research Institute de Seattle a d\u00e9montr\u00e9 que lorsque les patients b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019une aide \u00e0 la d\u00e9cision sous forme de vid\u00e9os informationnelles, ils \u00e9taient 38% \u00e0 renoncer \u00e0 se faire op\u00e9rer du genou et 26% en moins \u00e0 choisir un remplacement de la hanche.<\/p>\n<p>La collaboration avec le patient et sa famille est d\u2019autant plus importante quand celui-ci est atteint d\u2019une maladie chronique et \u00e9volutive. \u00abTr\u00e8s t\u00f4t dans sa prise en charge, il est primordial de discuter avec lui de ses valeurs et de ses priorit\u00e9s, insiste Gian Domenico Borasio. Pr\u00e9f\u00e8re-t-il \u00eatre soign\u00e9 \u00e0 la maison? Dans une institution? Quelles sont ses craintes? Qu\u2019est-ce qu\u2019il ne veut absolument pas? Cette planification anticip\u00e9e permet de mettre en place ensemble un projet th\u00e9rapeutique qui sera congruent avec sa personnalit\u00e9 et ses pr\u00e9f\u00e9rences.\u00bb<\/p>\n<p>Gian Domenico Borasio souligne que depuis octobre 2014, tous les \u00e9tudiants en m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne suivent un cours pratique et un cours th\u00e9orique sur l\u2019approche palliative. \u00abDans certaines situations, elle se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s b\u00e9n\u00e9fique pour le patient. Les soins prodigu\u00e9s ne tentent pas de rallonger la vie du patient, mais visent \u00e0 am\u00e9liorer sa qualit\u00e9 de vie. Etonnamment, diverses \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 que les soins palliatifs permettent aussi de rallonger la vie de la personne, tout en rendant son quotidien plus confortable. Voil\u00e0 pourquoi je pense que chaque clinicien doit avoir des connaissances de base de la m\u00e9decine palliative pour pouvoir en parler suffisamment t\u00f4t avec ses patients atteints d\u2019une ou plusieurs maladies chroniques et \u00e9volutives.\u00bb<\/p>\n<p>Le sp\u00e9cialiste estime que les propos du philosophe danois S\u00f8ren Kierkegaard r\u00e9sument parfaitement l\u2019attitude qu\u2019un m\u00e9decin doit adopter dans sa pratique quotidienne: \u00abSi je veux r\u00e9ussir \u00e0 accompagner un \u00eatre vers un but pr\u00e9cis, je dois le chercher l\u00e0 o\u00f9 il est et commencer l\u00e0, justement l\u00e0. C\u2019est le secret de tout art de l\u2019aide. Quiconque en est incapable est dans l\u2019illusion quand il croit pouvoir \u00eatre utile \u00e0 autrui.\u00bb Et de conclure: \u00abIl faut, pour bien accompagner les malades, d\u2019abord conna\u00eetre et respecter leurs priorit\u00e9s. A aucun moment nous n\u2019abandonnons une personne, mais parfois, il faut savoir faire de l\u2019abstention bienveillante.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRES<\/p>\n<p><strong>Rep\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p><strong>200<\/strong><br \/>\nEn milliards de dollars, le co\u00fbt annuel des soins superflus dans le monde, selon une estimation de l\u2019Institut universitaire Darmouth.<\/p>\n<p><strong>50<\/strong><br \/>\nEn pourcent, le nombre de m\u00e9dicaments inutiles, dont 5% potentiellement dangereux, selon Le Guide des 4000 m\u00e9dicaments utiles, inutiles ou dangereux, publi\u00e9 par un chirurgien et un pneumologue fran\u00e7ais.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Collaboration: Melinda Marchese<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 6).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/invivomagazine.com\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour lutter contre la surm\u00e9dicalisation. 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Quitte \u00e0 renoncer \u00e0 certaines certitudes.<\/p>\n","protected":false},"author":19062,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4497","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4497","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4497"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4497\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4497"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4497"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4497"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}