



{"id":4491,"date":"2015-08-25T18:02:00","date_gmt":"2015-08-25T16:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4491"},"modified":"2015-08-25T18:02:33","modified_gmt":"2015-08-25T16:02:33","slug":"medecine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4491","title":{"rendered":"La bataille des g\u00e9ants a commenc\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/geants.jpg\" alt=\"geants.jpg\" title=\"geants.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>En juillet 2013, Eric Schadt, un professeur de g\u00e9nomique \u00e0 la Mount Sinai Icahn School of Medicine, cherchait des participants pour mener une nouvelle \u00e9tude sur l\u2019asthme. Le chercheur et son \u00e9quipe ont envoy\u00e9 300 lettres \u00e0 diff\u00e9rents candidats potentiels. Au final, 50 personnes ont \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9es. \u00abCela nous a pris un an pour les recruter\u00bb, explique le professeur. Un processus fastidieux qui s\u2019est vite av\u00e9r\u00e9 d\u00e9clencheur d\u2019une petite r\u00e9volution dans le monde de la recherche.<\/p>\n<p>En mars de cette ann\u00e9e, un nouvel outil qui pourrait radicalement changer ces m\u00e9thodes de recrutement a vu le jour. Apple a sorti un nouveau syst\u00e8me, nomm\u00e9 Research Health Kit, qui permet \u00e0 des chercheurs de trouver des participants et de r\u00e9aliser des \u00e9tudes gr\u00e2ce \u00e0 des smartphones. Et l\u2019un des scientifiques ayant collabor\u00e9 avec la marque \u00e0 la pomme dans ce projet n\u2019est autre que\u2026 Eric Schadt. Et quand le professeur a lanc\u00e9 un nouvel appel quelques semaines plus tard au moyen de ce kit, il a recrut\u00e9 3\u2019500 participants en moins de 72 heures. \u00abSans l\u2019outil d\u2019Apple, cela nous aurait pris des ann\u00e9es\u00bb, note-t-il.<\/p>\n<p>Comment cela marche? Le Research Health Kit est une plateforme qui permet aux \u00e9quipes scientifiques de cr\u00e9er des apps dot\u00e9es d\u2019outils de r\u00e9colte de donn\u00e9es particuli\u00e8rement adapt\u00e9s au monde de la sant\u00e9. Celle d\u2019Eric Schadt se nomme Asthma Health App. Elle permet aux patients de s\u2019auto-monitorer et leur rappelle comment suivre correctement leur traitement. Quand un patient a une crise d\u2019asthme aigu\u00eb, il la rapporte. Le programme envoie aussi une multitude d\u2019autres donn\u00e9es aux chercheurs. \u00abOn va, par exemple, demander \u00e0 l\u2019app de nous transmettre des informations sur les facteurs qui pourraient d\u00e9clencher une crise \u00e0 un moment donn\u00e9, comme l\u2019humidit\u00e9 ambiante ou le taux de pollution d\u2019une r\u00e9gion\u00bb, explique Eric Schadt.<\/p>\n<p>Il existe quatre autres produits de ce genre: le Massachusetts General Hospital a d\u00e9velopp\u00e9 GlucoSuccess, qui analyse le taux de sucre dans le sang; le d\u00e9partement de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Stanford a cr\u00e9\u00e9 MyHeartCounts, qui surveille les maladies cardiovasculaires; Sage Bionetworks et l\u2019Universit\u00e9 de Rochester ont mis au point mPower, qui enregistre les sympt\u00f4mes de la maladie de Parkinson et le Dana-Farber Cancer Institute, l\u2019Universit\u00e9 de Pennsylvannie, Sage Bionetworks et l\u2019Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Los Angeles (UCLA) ont con\u00e7u ensemble Share The Journey, qui \u00e9tudie pourquoi certains patients avec un cancer du sein souffrent moins que d\u2019autres.<\/p>\n<p><strong>L\u2019arriv\u00e9e de Google et de Facebook<\/strong><\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie d\u2019apps marque l\u2019arriv\u00e9e des g\u00e9ants tech de la Silicon Valley dans le monde de la recherche. Pour Eric Schadt, ces firmes vont \u00abtransformer la m\u00e9decine de mani\u00e8re fondamentale et permettre aux patients de vivre mieux tout en r\u00e9duisant les co\u00fbts de la sant\u00e9\u00bb. Leur impact le plus important se fera sentir au niveau de la r\u00e9colte de donn\u00e9es. \u00abGr\u00e2ce aux nouveaux outils dot\u00e9s de senseurs (wearables) et aux r\u00e9seaux sociaux, les patients vont amasser de plus en plus d\u2019informations sur leur \u00e9tat de sant\u00e9, explique le professeur. Cela permettra aux m\u00e9decins et aux chercheurs de mieux comprendre ce qui leur arrive.\u00bb<\/p>\n<p>Pour lui, c\u2019est comme si un m\u00e9decin restait en permanence au chevet d\u2019un patient, qu\u2019il soit malade ou pas. \u00abEn moyenne, une personne passe dix minutes par ann\u00e9e avec un docteur, ce qui n\u2019est rien en comparaison avec la quantit\u00e9 de donn\u00e9es que les smartphones et d\u2019autres objets connect\u00e9s vont pouvoir accumuler sur notre sant\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Microsoft a d\u00e9velopp\u00e9 des logiciels de gestion des h\u00f4pitaux, IBM a cr\u00e9\u00e9 un super ordinateur surnomm\u00e9 Watson qui assiste les m\u00e9decins lors de la pose d\u2019un diagnostic et Facebook a annonc\u00e9 la cr\u00e9ation de groupes de soutien pour les patients sur son r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Mais parmi les g\u00e9ants de la tech, un acteur a des ambitions qui vont au-del\u00e0 de la r\u00e9colte de donn\u00e9es: Google. \u00abLa firme a mis en place une politique ambitieuse en mati\u00e8re de sant\u00e9, explique Thomas Gauthier, un sp\u00e9cialiste de la sant\u00e9 et des nouvelles technologies \u00e0 la HEG Gen\u00e8ve. Ils ont la volont\u00e9 et les capacit\u00e9s financi\u00e8res de changer beaucoup de choses.\u00bb<\/p>\n<p>En mars 2015, Google a par exemple annonc\u00e9 une collaboration avec Johnson &amp; Johnson pour cr\u00e9er des robots m\u00e9dicaux capables de r\u00e9aliser des op\u00e9rations chirurgicales avec une infinie pr\u00e9cision. Le groupe californien va aussi mettre en place un syst\u00e8me qui permet de visualiser les vaisseaux sanguins et d\u2019autres structures anatomiques difficiles d\u2019acc\u00e8s en direct sur un \u00e9cran.<\/p>\n<p>Mais son projet le plus imposant est Calico, une unit\u00e9 de recherche sp\u00e9ciale qui a pour but de d\u00e9velopper des traitements contre les maladies li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2ge. Son objectif avou\u00e9: rendre l\u2019humain immortel. L\u2019homme \u00e0 la t\u00eate de Calico n\u2019est autre qu\u2019Arthur D. Levinson, une star de l\u2019alliance entre tech et m\u00e9decine, un scientifique sp\u00e9cialiste de g\u00e9n\u00e9tique qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident d\u2019Apple et CEO de Genentech. En 2015, la firme a annonc\u00e9 qu\u2019elle allait investir 1,5 milliard de dollars dans ce projet.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9fis en vue<\/strong><\/p>\n<p>Mais le succ\u00e8s n\u2019est pas assur\u00e9 pour ces entreprises. Le premier projet m\u00e9dical de Google, lanc\u00e9 en 2008, fut un \u00e9chec flagrant. Nomm\u00e9 Google Health, il avait pour but d\u2019archiver des dossiers m\u00e9dicaux en ligne. Trop peu utilis\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 en 2013. \u00abL\u2019entreprise ne s\u2019\u00e9tait pas assez investie dans ce projet, explique Thomas Gauthier. Aujourd\u2019hui, c\u2019est diff\u00e9rent. Elle a depuis mis en place un vaste programme officiel orient\u00e9 autour de la sant\u00e9 et montr\u00e9 son engagement en cr\u00e9ant des unit\u00e9s concr\u00e8tes et ind\u00e9pendantes comme Calico. Ce type d\u2019erreur ne devrait plus se reproduire.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019une des principales menaces qui plane sur ces ambitions sont les r\u00e9glementations gouvernementales. \u00abLa sant\u00e9 et la long\u00e9vit\u00e9 sont un domaine tr\u00e8s excitant, a d\u00e9clar\u00e9 Larry Paige, l\u2019un des fondateurs de Google lors d\u2019un panel en 2014. Mais c\u2019est un domaine tellement r\u00e9gul\u00e9. J\u2019ai peur que les Etats-Unis ne mettent en place trop de r\u00e8gles et tuent dans l\u2019\u0153uf toutes les possibilit\u00e9s que les nouveaux outils technologiques vont leur offrir.\u00bb Lors du d\u00e9veloppement d\u2019un nouveau produit, le processus administratif \u00e0 suivre pour que les autorit\u00e9s l\u2019autorisent sur le march\u00e9 est trop compliqu\u00e9, selon lui.<\/p>\n<p>Et la communaut\u00e9 m\u00e9dicale n\u2019accueille pas forc\u00e9ment ces nouveaux acteurs \u00e0 bras ouverts. Certains craignent que l\u2019argent priv\u00e9 investi dans la recherche m\u00e9dicale ne distorde les priorit\u00e9s de recherche. Preston Estep, le directeur de g\u00e9rontologie du Personal Genome Project lanc\u00e9 par la Harvard Medical School, a accus\u00e9 les g\u00e9ants de la tech \u00abde financer des projets \u2018pseudo-scientifiques\u2019\u00bb, visant particuli\u00e8rement Calico.<\/p>\n<p>Pour contourner ces obstacles, plusieurs compagnies ont commenc\u00e9 \u00e0 collaborer directement avec le monde m\u00e9dical, comme Apple et Eric Schadt. Calico a form\u00e9 un partenariat avec le groupe pharmaceutique AbbVie afin de b\u00e9n\u00e9ficier \u00abde sa profonde expertise m\u00e9dicale\u00bb. Et Google a nou\u00e9 un partenariat avec Novartis pour cr\u00e9er des lentilles qui mesurent les taux de glucose des patients. \u00abNovartis est l\u2019un des plus importants producteurs de lentilles de contact, a d\u00e9clar\u00e9 Joe Jimenez, le CEO de Novartis. Mais nous ne connaissons rien aux microprocesseurs et aux senseurs.\u00bb Des collaborations qui vont permettre aux entreprises d\u2019exploiter au mieux les points forts de chacun, et de gagner la confiance du monde de la sant\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Swisscom et La Poste se lancent dans la sant\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, ce sont La Poste et Swisscom qui s\u2019immiscent dans le monde m\u00e9dical. Le groupe postal a mis sur pied une \u00e9quipe de 30 personnes pour cr\u00e9er un syst\u00e8me de gestion du dossier \u00e9lectronique du patient. Sa longue exp\u00e9rience en mati\u00e8re de traitement de donn\u00e9es confidentielles et de transmission d\u2019informations a permis au g\u00e9ant suisse de se lancer dans la circulation d\u2019informations m\u00e9dicales. Le CHUV va \u00e9tudier le syst\u00e8me d\u00e9velopp\u00e9 par La Poste dans le cadre d\u2019un projet pilote \u00e9tabli par la cellule eHealth du canton de Vaud. Pour Pierre-Fran\u00e7ois Regamey, le directeur des syst\u00e8mes d\u2019information au CHUV, ce nouvel outil s\u2019annonce extr\u00eamement utile: \u00abLes h\u00f4pitaux utilisent encore beaucoup de papier. Etablir un dossier \u00e9lectronique permettra de rapidement conna\u00eetre son historique m\u00e9dical. On \u00e9vitera aussi de r\u00e9aliser les m\u00eames examens plusieurs fois.\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Swisscom a lanc\u00e9 une nouvelle division \u00abHealth\u00bb compos\u00e9e de 300 personnes. Elle propose divers services comme un syst\u00e8me de dossier \u00e9lectronique du patient, des logiciels de gestion pour les cabinets de m\u00e9decin, ainsi qu\u2019un programme intitul\u00e9 Evita, qui permet au patient de se cr\u00e9er une sorte de dossier de sant\u00e9 personnel au moyen des donn\u00e9es qu\u2019il r\u00e9colte avec son smartphone. \u00abC\u2019est un domaine tr\u00e8s prometteur, explique Stefano Santinelli, le CEO de Swisscom Health. Les h\u00f4pitaux pourraient \u00e9conomiser jusqu\u2019\u00e0 90% de leurs frais administratifs s\u2019ils parvenaient \u00e0 digitaliser ce domaine.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 6).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur invivomagazine.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019arriv\u00e9e de Google, d\u2019Apple et de Facebook dans le monde m\u00e9dical suscite aussi bien l\u2019enthousiasme que la m\u00e9fiance. Voici pourquoi.<\/p>\n","protected":false},"author":19990,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19990"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4491"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4491\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4491"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}