



{"id":4487,"date":"2015-08-19T14:31:25","date_gmt":"2015-08-19T12:31:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4487"},"modified":"2015-08-20T09:30:13","modified_gmt":"2015-08-20T07:30:13","slug":"depistage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4487","title":{"rendered":"\u00abIl faut prendre son temps au lieu de se pr\u00e9cipiter sur un traitement\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large190815.jpg\" border=\"0\" height=\"317\" width=\"465\" title=\"Large190815.jpg\" alt=\"Large190815.jpg\" \/><\/p>\n<p>Le Professeur Gilbert Welch \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement des chroniques sur la question du sur-d\u00e9pistage dans \u00abThe New York Times\u00bb et \u00abThe Washington Post\u00bb. Rencontre avec ce m\u00e9decin de famille qui a tra\u00een\u00e9 son st\u00e9thoscope de l\u2019Alaska \u00e0 la Zambie en passant par une r\u00e9serve d\u2019Indiens dans l\u2019Oregon.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019un diagnostic excessif?<\/strong><\/p>\n<p>Cela se produit lorsqu\u2019on informe un patient qu\u2019il a une certaine maladie, alors qu\u2019il ne va jamais en d\u00e9velopper les sympt\u00f4mes. Le surdiagnostic est un effet secondaire de notre obsession \u00e0 vouloir rep\u00e9rer les anormalit\u00e9s le plus t\u00f4t possible pour les soigner avant m\u00eame qu\u2019elles ne se d\u00e9clarent.<\/p>\n<p><strong>Comment lutter contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne?<\/strong><\/p>\n<p>Il faudrait r\u00e9viser et adapter nos m\u00e9thodes diagnostiques. Le meilleur outil de d\u00e9pistage du cancer n\u2019est pas celui qui d\u00e9couvre le plus de cas, mais celui qui rep\u00e8re les cas les plus pr\u00e9occupants, les tumeurs qui comptent.<\/p>\n<p><strong>Et une fois un diagnostic pos\u00e9, comment savoir s\u2019il faut traiter un patient ou pas?<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque cela se produit, on entre dans une zone grise. La cl\u00e9 est de prendre son temps. Au lieu de se pr\u00e9cipiter sur un traitement, il faut examiner toutes les options et leurs cons\u00e9quences, attendre un peu pour voir si le mal \u00e9volue et ne pas h\u00e9siter \u00e0 jeter un second coup d\u2019\u0153il, voire un troisi\u00e8me, avant de se d\u00e9cider. M\u00eame avec une maladie grave comme le cancer, on a souvent bien plus de temps \u00e0 disposition qu\u2019on ne l\u2019imagine.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des pays qui pratiquent plus le surdiagnostic que d\u2019autres?<\/strong><\/p>\n<p>Il se produit davantage dans les cultures qui cherchent \u00e0 anticiper et \u00e0 pr\u00e9dire l\u2019avenir. Ce sont aussi celles qui se montrent excessivement enthousiastes face au d\u00e9pistage, aux examens de routine et \u00e0 la d\u00e9tection pr\u00e9coce des maladies. On retrouve ce sch\u00e9ma dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s disposant de technologies m\u00e9dicales avanc\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer cette d\u00e9rive?<\/strong><\/p>\n<p>Il est devenu plus facile de trouver la maladie. Les nouveaux outils de diagnostic \u00e0 la disposition des m\u00e9decins nous permettent aujourd\u2019hui de rep\u00e9rer des anomalies minuscules, comme d\u2019infimes variations biochimiques ou anatomiques. Cela repr\u00e9sente \u00e9galement une industrie \u00e0 plusieurs millions de dollars. Le march\u00e9 de la d\u00e9couverte de maladies est immense. Et la m\u00e9decine a chang\u00e9 les r\u00e8gles du jeu: la d\u00e9finition de certaines maladies a \u00e9t\u00e9 revue et \u00e9tendue.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous un exemple?<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant en m\u00e9decine, une attaque c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait d\u00e9crite comme un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 la suite duquel le patient \u00e9prouvait des effets secondaires neurologiques, comme de la difficult\u00e9 \u00e0 parler, \u00e0 marcher ou \u00e0 mouvoir un c\u00f4t\u00e9 de son corps. Aujourd\u2019hui, la d\u00e9finition de ce mal a \u00e9t\u00e9 \u00e9largie pour inclure des attaques \u00absilencieuses\u00bb, sans sympt\u00f4mes. Une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 de Boston a montr\u00e9 que si on fait subir un IRM c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 2\u2019000 personnes d\u2019\u00e2ge moyen en bonne sant\u00e9, on d\u00e9couvre les signes d\u2019une telle attaque \u00absilencieuse\u00bb chez 10% d\u2019entre eux. Si on cherche suffisamment, on finit toujours par trouver une anomalie. Les corps humains en sont remplis.<\/p>\n<p><strong>Quelle est l\u2019ampleur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne?<\/strong><\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s difficile de le savoir. La seule fa\u00e7on d\u2019\u00eatre \u00e0 100% s\u00fbr que quelqu\u2019un a \u00e9t\u00e9 sur-diagnostiqu\u00e9 serait de ne pas le traiter une fois la maladie rep\u00e9r\u00e9e, puis de regarder s\u2019il la d\u00e9veloppe de son vivant. Si ce n\u2019est pas le cas, son diagnostic \u00e9tait excessif. Mais dans la pratique, il ne serait pas \u00e9thique de proc\u00e9der ainsi.<\/p>\n<p><strong>N\u2019y a-t-il vraiment aucun moyen de savoir combien de personnes sont dans ce cas?<\/strong><\/p>\n<p>Le surdiagnostic est comme un trou noir en astronomie: pour les mesurer, il faut observer ce qui se passe autour. Lorsqu\u2019on voit soudain \u00e9merger un groupe de nouveaux patients l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en avait pas, c\u2019est un signe qu\u2019il y a sans doute eu une instance de surdiagnostic.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous un tel cas en t\u00eate?<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la Cor\u00e9e du Sud a connu une \u00e9pid\u00e9mie de cancers de la thyro\u00efde. En 2011, le nombre de tumeurs diagnostiqu\u00e9es au sein de cette population \u00e9tait 15 fois plus important qu\u2019en 1993. Mais le taux de mortalit\u00e9 li\u00e9 au cancer de la thyro\u00efde, qui a traditionnellement toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bas, est rest\u00e9 compl\u00e8tement stable durant cette p\u00e9riode. Que s\u2019est-il pass\u00e9? En 1999, le gouvernement a initi\u00e9 un programme de d\u00e9pistage national portant sur diverses formes de cancer. Celui de la thyro\u00efde n\u2019\u00e9tait pas inclus, mais de nombreux praticiens l\u2019ont tout de m\u00eame propos\u00e9 \u00e0 leurs patients.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat, le nombre de Cor\u00e9ens subissant un ultrason du cou a cr\u00fb massivement. Cela a men\u00e9 \u00e0 la trouvaille de nombreux nodules suspects, qui ont ensuite fait l\u2019objet de biopsies. Diagnostiqu\u00e9s avec un cancer, deux tiers des patients ont choisi de se faire op\u00e9rer pour retirer une partie ou l\u2019ensemble de leur thyro\u00efde. Or, la plupart de ces tumeurs n\u2019auraient peut-\u00eatre jamais provoqu\u00e9 de sympt\u00f4mes chez ces patients. Ces derniers ont donc \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s inutilement aux risques d\u2019une intervention chirurgicale et devront d\u00e9sormais prendre des m\u00e9dicaments de substitution de l\u2019hormone thyro\u00efdienne pour le restant de leur vie.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Gilbert Welch est l\u2019auteur de \u00abLess Medicine, More Health\u00bb, \u00abOverdiagnosed: Making People Sick in the Pursuit of Health\u00bb et \u00abShould I Be Tested for Cancer? \u2013 Maybe Not and Here\u2019s Why\u00bb.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo Magazine (no 6).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/invivomagazine.com\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeur de m\u00e9decine communautaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Dartmouth, Gilbert Welch est un sp\u00e9cialiste de la question du surdiagnostic.<\/p>\n","protected":false},"author":19062,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4487","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19062"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4487"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4487\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}