



{"id":4481,"date":"2015-08-11T12:21:33","date_gmt":"2015-08-11T10:21:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4481"},"modified":"2017-08-02T16:05:24","modified_gmt":"2017-08-02T14:05:24","slug":"suisse-444","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4481","title":{"rendered":"Les faiseurs d\u2019\u00e9lecteurs"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20150811.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large20150811.jpg\" alt=\"Large20150811.jpg\" \/><\/p>\n<p>Lors des \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de 2011, Smartvote a \u00e9tabli 1,2 million de recommandations de vote. Plus de 3\u2019000 candidats ont r\u00e9pondu au questionnaire en ligne de l\u2019organisation, et renseign\u00e9 ainsi les \u00e9lecteurs sur leur ouverture \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, l\u2019importance qu\u2019ils portent \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 ou encore leur attachement \u00e0 l\u2019Etat social. Les \u00absmartspiders\u00bb, ces graphiques en forme de toiles d\u2019araign\u00e9es bas\u00e9s sur les r\u00e9ponses des politiciens, ont prolif\u00e9r\u00e9 dans les m\u00e9dias romands et al\u00e9maniques. A l\u2019origine de cet influent outil d\u2019aide au vote (ou \u00abvoting advice application\u00bb, en anglais) sont les politologues Daniel Schwarz et Jan Fivaz.<\/p>\n<p>La quarantaine naissante, le duo occupe de petits bureaux sous les toits \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne et arbore un style vestimentaire d\u00e9contract\u00e9. Ils racontent avec modestie que le projet Smartvote est n\u00e9 \u00abautour d\u2019une bi\u00e8re\u00bb. En 2001, les deux fondateurs se connaissent d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps. Originaires de Baden (AG), ils se sont c\u00f4toy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole secondaire, puis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne, o\u00f9 Daniel Schwarz a \u00e9tudi\u00e9 la science politique et le droit, Jan Fivaz, l\u2019histoire. Le premier occupe, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un poste de collaborateur scientifique pour la fondation Swisspeace, le second \u00e0 l\u2019Administration f\u00e9d\u00e9rale des finances. \u00abL\u2019id\u00e9e de Smartvote nous est venue devant un match de foot, se rem\u00e9more Jan Fivaz. Nous parlions d\u2019\u00e9lections et nous ne savions pas vraiment pour qui voter, surtout avec le nombre croissant de nouveaux candidats. Nous avons alors imagin\u00e9 de soumettre un questionnaire \u00e0 tous ceux en lice afin de mieux les conna\u00eetre et de rep\u00e9rer ceux dont les id\u00e9es \u00e9taient les plus proches des n\u00f4tres.\u00bb<\/p>\n<p>Pendant plusieurs mois, le duo laisse de c\u00f4t\u00e9 son id\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 sa rencontre d\u00e9cisive avec un autre ami d\u2019\u00e9cole, Albert Waaijenberg. Cet \u00e9tudiant en design industriel, emball\u00e9 par le projet, souhaite s\u2019occuper de la partie graphique du site. Puis, c\u2019est finalement avec un quatri\u00e8me copain de la cit\u00e9 argovienne, Serge Konter, que l\u2019initiative se concr\u00e9tise. \u00abIl \u00e9tudiait l\u2019informatique, raconte Jan Fivaz. Quand je lui ai parl\u00e9 de notre id\u00e9e autour d\u2019un verre, il s\u2019est mis \u00e0 dessiner sur une serviette en papier la structure de la base de donn\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abIls s\u2019imaginent que je roule sur l\u2019or\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>En 2003, les fondateurs se lancent corps et \u00e2mes dans leur projet. Ils y travaillent b\u00e9n\u00e9volement, plusieurs jours par semaine, en poursuivant parall\u00e8lement leurs \u00e9tudes et activit\u00e9s de recherche. Ils peuvent n\u00e9anmoins s\u2019appuyer sur les membres de l\u2019association \u00e0 but non lucratif Politools, cr\u00e9\u00e9e pour g\u00e9rer la plateforme. Au fil des ann\u00e9es, ils affinent leur mode de financement: \u00abNous n\u2019avons jamais re\u00e7u d\u2019enveloppe d\u2019une universit\u00e9, d\u2019une fondation ou de l\u2019Etat, comme c\u2019est le cas pour d\u2019autres \u2018voting advice applications\u2019 en Europe, explique Daniel Schwarz. A chaque \u00e9lection, nous devons trouver des soutiens.\u00bb Les co\u00fbts d\u2019une \u00e9lection sont couverts en grande partie par des partenariats avec plusieurs m\u00e9dias suisses, ainsi que par les partis eux-m\u00eames. \u00abChaque candidat qui remplit le questionnaire doit s\u2019engager \u00e0 verser une certaine somme s\u2019il remporte l\u2019\u00e9lection, entre 100 et 150 francs au niveau cantonal et communal, 300 francs au niveau f\u00e9d\u00e9ral. Ainsi, plus un parti obtient de si\u00e8ges, plus il paie.\u00bb Une mani\u00e8re pour la plateforme de ne pas d\u00e9savantager les petites formations.<\/p>\n<p>\u00abQuand ma m\u00e8re raconte \u00e0 ses amis enseignants que j\u2019ai cofond\u00e9 Smartvote, ils s\u2019imaginent que je roule sur l\u2019or, s\u2019amuse Jan Fivaz. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, rien n\u2019existerait si nous n\u2019avions pas travaill\u00e9 dix ans b\u00e9n\u00e9volement.\u00bb En 2013, les politologues deviennent finalement salari\u00e9s \u00e0 80% de la plateforme. Cinq mille francs bruts par mois, ce n\u2019est pas mirobolant quand on est titulaire d\u2019un doctorat ou d\u2019un master, mais cela leur permet de poursuivre Smartvote et de \u00abfinancer leur vie\u00bb. Mari\u00e9, Daniel Schwarz, est devenu, entre temps, p\u00e8re de deux enfants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s douze ann\u00e9es de collaboration, se sont-ils lass\u00e9s? \u00abNous avons eu un bon feeling d\u00e8s le d\u00e9part, souligne Daniel Schwarz. Il y a des gens avec qui l\u2019on sait que l\u2019on peut travailler.\u00bb Le tandem Schwarz-Fivaz ob\u00e9irait plut\u00f4t \u00e0 la r\u00e8gle du \u00abqui se ressemble s\u2019assemble\u00bb. \u00abNous sommes tous les deux relativement organis\u00e9s, mais ouverts aux changements.\u00bb Jan Fivaz nuance: \u00abNous sommes aussi compl\u00e9mentaires. Daniel est plus dou\u00e9 pour les m\u00e9thodes statistiques. Cela vient certainement de sa formation. Pour ma part, comme je n\u2019ai pas d\u2019enfant, je peux assurer des horaires plus flexibles.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un outil influent<\/strong><\/p>\n<p>Un sixi\u00e8me des votants aux \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales ont utilis\u00e9 Smartvote en 2011. \u00abDeux tiers des utilisateurs d\u00e9clarent que l\u2019outil influence leur vote, pr\u00e9cise Jan Fivaz. Mais cela ne signifie pas pour autant qu\u2019ils changent d\u2019avis sur un parti. Le plus souvent, ils ajoutent ou biffent simplement le nom d\u2019un candidat sur une liste.\u00bb Seuls 6 \u00e0 8% des utilisateurs reprennent exactement les recommandations de la plateforme sur leur bulletin. \u00abNous d\u00e9conseillons cette mani\u00e8re de faire. Smartvote ne doit pas \u00eatre l\u2019unique crit\u00e8re de choix.\u00bb<\/p>\n<p>Cette large pr\u00e9sence de Smartvote dans le paysage politique suisse est parfois raill\u00e9e. L\u2019ancien pr\u00e9sident des Verts, Ueli Leuenberger, avait ainsi d\u00e9clar\u00e9 en 2011 \u00e0 l\u2019hebdomadaire b\u00e2lois \u00abTagesWoche\u00bb que \u00able dieu tout-puissant Smartvote\u00bb d\u00e9ciderait o\u00f9 son parti se situait sur l\u2019\u00e9chiquier politique gauche-droite.<\/p>\n<p>Andreas Ladner, professeur \u00e0 l\u2019Institut de hautes \u00e9tudes en administration publique (IDHEAP) et sp\u00e9cialiste de l\u2019e-d\u00e9mocratie, reconna\u00eet le pouvoir de Smartvote: \u00abNous avons men\u00e9 un travail de recherche pour \u00e9valuer son influence et observ\u00e9 une augmentation de la participation aux \u00e9lections chez les jeunes et une incidence sur la d\u00e9cision des votants.\u00bb Mais il r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e d\u2019une plateforme surpuissante. \u00abEn mati\u00e8re de \u2018voting advice applications\u2019, la ligne entre influence et manipulation est fine. Mais Smartvote a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre transparent sur les algorithmes utilis\u00e9s et son financement.\u00bb Andres Ladner et une vingtaine de scientifiques europ\u00e9ens ont \u00e9tabli en mai 2013 une liste de standards de qualit\u00e9 pour les outils d\u2019aide au vote, intitul\u00e9e The Lausanne Declaration on Voting Advice Applications. \u00abSmartvote r\u00e9pond \u00e0 ses normes d\u00e9ontologiques, notamment en mati\u00e8re de construction des questionnaires\u00bb, note le professeur.<\/p>\n<p>Pour la troisi\u00e8me fois depuis son lancement, la plateforme s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 pr\u00e9parer au mieux le terrain pour les \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de cet automne. Six personnes ont travaill\u00e9 sur les questions propos\u00e9es aux \u00e9lecteurs. \u00abApr\u00e8s en avoir \u00e9crit des centaines, nous avons identifi\u00e9 les 70 plus pertinentes, rel\u00e8ve Daniel Schwarz. Nous les avons ensuite traduites en italien, en fran\u00e7ais, en romanche et en anglais.\u00bb Les candidats peuvent y r\u00e9pondre depuis le mois de juin. Quant aux \u00e9lecteurs, depuis le 5 ao\u00fbt.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jan Fivaz et Daniel Schwarz joueront un r\u00f4le important durant les \u00e9lections f\u00e9d\u00e9rales de cet automne. Leur invention, Smartvote, a d\u00e9j\u00e0 g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des millions de recommandations de vote en Suisse. Portrait.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1301],"class_list":["post-4481","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-innovation","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4481"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4481\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6170,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4481\/revisions\/6170"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}