



{"id":4457,"date":"2015-07-07T17:35:08","date_gmt":"2015-07-07T15:35:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4457"},"modified":"2015-07-08T12:07:25","modified_gmt":"2015-07-08T10:07:25","slug":"ingenierie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4457","title":{"rendered":"La sant\u00e9 des ponts: un projet b\u00e9ton"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20150707.jpg\" alt=\"Large20150707.jpg\" title=\"Large20150707.jpg\" border=\"0\" width=\"468\" height=\"311\" \/><\/p>\n<p>\u00abLes humains ne sont pas les seuls \u00e0 tomber malade. Les ouvrages b\u00e9tonn\u00e9s peuvent \u00e9galement souffrir de diverses pathologies.\u00bb Tel un m\u00e9decin qui ausculte son patient, Alexis Kalogeropoulos, fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 Bridgology, \u00e9tablit des bilans de sant\u00e9 approfondis des infrastructures en b\u00e9ton. Ce diagnostic s\u2019effectue \u00e0 titre pr\u00e9ventif. Le but? Identifier si l\u2019\u00e9difice &#8211; pont, viaduc ou barrage &#8211; menace de s\u2019endommager et planifier les travaux n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, alors jeune ing\u00e9nieur civil passionn\u00e9 par les ponts, Alexis Kalogeropoulos apprend que ces derniers souffrent d\u2019un mal r\u00e9current, le cancer du b\u00e9ton. \u00abCette maladie est caus\u00e9e par le sel, qui provient de deux sources: le d\u00e9givrage des routes en hiver et les embruns marins\u00bb, explique le sp\u00e9cialiste. Le sel s\u2019accumule dans le b\u00e9ton et finit par atteindre les armatures de l\u2019\u00e9difice. Celles-ci, en rouillant, vont prendre du volume et causer des d\u00e9formations de la chauss\u00e9e, mettre \u00e0 nu des pans entiers de la structure ou, dans les cas extr\u00eames, provoquer son effondrement.<\/p>\n<p>\u00abOutre le cancer du b\u00e9ton, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 un second probl\u00e8me: une part importante des \u00e9difices arrivent en m\u00eame temps en fin de vie, poursuit Alexis Kalogeropoulos. Nous entrons dans une p\u00e9riode charni\u00e8re.\u00bb La plupart des infrastructures routi\u00e8res b\u00e9tonn\u00e9es d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique ont \u00e9t\u00e9 construites dans les ann\u00e9es suivant la Seconde Guerre mondiale. L\u00e9ger, r\u00e9sistant et peu co\u00fbteux, le b\u00e9ton arm\u00e9 est venu massivement remplacer les structures en acier et pierre de taille qui dominaient le march\u00e9. Or, selon les conditions (m\u00e9t\u00e9o, densit\u00e9 du trafic, etc.) et avec un mauvais entretien, sa dur\u00e9e de vie peut \u00eatre inf\u00e9rieure \u00e0 50 ans.<\/p>\n<p><strong>Comme un radiologue<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la suite de ce constat qu\u2019Alexis Kalogeropoulos d\u00e9cide de se lancer dans le secteur de l\u2019inspection des ponts. Il d\u00e9veloppe une nouvelle technologie pour d\u00e9mocratiser l\u2019utilisation du g\u00e9oradar &#8212; un outil non-invasif qui permet de scanner rapidement un pont de 100 m\u00e8tres &#8212; dans le cadre d\u2019une th\u00e8se \u00e0 l\u2019EPFL, puis fonde Bridgology \u00e0 Lausanne en 2013.<\/p>\n<p>\u00abLe g\u00e9oradar est peu utilis\u00e9 par les ing\u00e9nieurs civils car les donn\u00e9es qu\u2019il r\u00e9colte sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 d\u00e9chiffrer, rel\u00e8ve Alexis Kalogeropoulos. J\u2019ai donc con\u00e7u un nouveau proc\u00e9d\u00e9 permettant de les interpr\u00e9ter plus facilement.\u00bb La technologie de Bridgology produit des cartes 2D et 3D qui synth\u00e9tisent l\u2019\u00e9tat de l\u2019ouvrage examin\u00e9 &#8211; \u00e9paisseur, d\u00e9fauts et anomalies de l\u2019asphalte et du b\u00e9ton, contamination par le sel &#8211; et permettent de cibler les interventions n\u00e9cessaires. \u00abIl est ainsi possible de parer aux r\u00e9parations les plus urgentes et de limiter les d\u00e9penses\u00bb, poursuit l\u2019ing\u00e9nieur. L\u2019auscultation ne dure que quelques heures, l\u2019analyse des donn\u00e9es, une semaine. Le co\u00fbt moyen d\u2019une op\u00e9ration de scannage s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 une dizaine de milliers de francs.<\/p>\n<p>Pour Eugen Br\u00fchwiler, du Laboratoire de maintenance, construction et s\u00e9curit\u00e9 des ouvrages de l\u2019EPFL, le proc\u00e9d\u00e9 offre des perspectives int\u00e9ressantes. \u00abLes m\u00e9thodes conventionnelles sont invasives. Elles demandent des pr\u00e9l\u00e8vements par carottages qui endommagent les structures, une technique lente et co\u00fbteuse qui n\u00e9cessite souvent la fermeture de l\u2019infrastructure avant m\u00eame de savoir si des travaux sont n\u00e9cessaires.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des milliards en jeu<\/strong><\/p>\n<p>\u00abBridgology est actuellement en phase de d\u00e9veloppement sur le march\u00e9 Suisse, note Alexis Kalogeropoulos. Aujourd\u2019hui, l\u2019objectif est de prouver la viabilit\u00e9 \u00e9conomique du mod\u00e8le.\u00bb Depuis les d\u00e9buts de son projet (d\u00e9marr\u00e9 en 2008 avec sa th\u00e8se), le fondateur de Bridgology a scann\u00e9 une vingtaine d\u2019\u00e9difices, dont six ces cinq derniers mois, ce qui d\u00e9montre \u00e0 quel point le probl\u00e8me prend de l\u2019ampleur. L\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des routes (OFROU), les cantons, les villes ainsi que les administrations publiques propri\u00e9taires figurent parmi ses clients.<\/p>\n<p>\u00abAlexis Kalogeropoulos est l\u2019un des rares experts de ce domaine, note Eugen Br\u00fchwiler de l\u2019EPFL. Aujourd\u2019hui, seules deux soci\u00e9t\u00e9s en Suisse utilisent le g\u00e9oradar. Ses principaux concurrents appliquent encore les m\u00e9thodes d\u2019auscultation conventionnelles.\u00bb Alexis Kalogeropoulos voit dans cette concurrence de futurs clients potentiels: il souhaite \u00e9tablir des partenariats avec des entreprises d\u2019inspection et des bureaux de mesure et d\u2019analyse en leur offrant ses services de traitement de donn\u00e9es. \u00abIl s\u2019agit d\u2019accompagner les soci\u00e9t\u00e9s qui souhaitent acc\u00e9der \u00e0 notre technologie en tenant des workshops, en les formant ou en faisant intervenir des employ\u00e9s de Bridgology en leur sein. Au final, je souhaite que Bridgology devienne un label et que sa technologie puisse \u00eatre utilis\u00e9e par d\u2019autres.\u00bb<\/p>\n<p>En Suisse, plusieurs r\u00e9fections de ponts sont actuellement en cours, dont celle du viaduc de Chillon, sur l\u2019autoroute A9. \u00abCes travaux occasionnent un important engorgement du trafic. Nous r\u00e9alisons alors \u00e0 quel point nos soci\u00e9t\u00e9s sont d\u00e9pendantes de ce type d\u2019ouvrages\u00bb, souligne Alexis Kalogeropoulos. L\u2019ORFOU rappelait derni\u00e8rement dans un communiqu\u00e9 que les routes nationales suisses comptent pr\u00e8s de 3000 ponts et 240 tunnels, et que nombre d\u2019entre eux devront prochainement faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9fection du fait de leur anciennet\u00e9. Rien qu\u2019en 2015, la Conf\u00e9d\u00e9ration pr\u00e9voit d\u2019investir 1,24 milliard de francs pour l\u2019am\u00e9nagement et l\u2019entretien du r\u00e9seau existant via le Fonds pour les routes nationales et le trafic d\u2019agglom\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Probl\u00e9matique mondiale<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019ampleur des travaux \u00e0 venir, la Suisse fait figure de bonne \u00e9l\u00e8ve. Sa politique de maintenance des infrastructures a notamment \u00e9t\u00e9 cit\u00e9e en exemple dans un rapport du World Economic Forum publi\u00e9 en 2014. \u00abMais dans d\u2019autres pays, comme aux Etats-Unis, la situation devient critique\u00bb, rel\u00e8ve Alexis Kalogeropoulos. Un rapport de la Soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine des ing\u00e9nieurs civils paru en 2013 estimait qu\u2019un investissement de 1700 milliards de dollars serait n\u00e9cessaire d\u2019ici \u00e0 2020 pour conserver l\u2019infrastructure du \u00abtransport de surface\u00bb (routes, rail, voies navigables) en \u00e9tat de fonctionnement.<\/p>\n<p>La situation actuelle promet un bel avenir \u00e0 Bridgology au-del\u00e0 des fronti\u00e8res helv\u00e9tiques: \u00abLa soci\u00e9t\u00e9 va s\u2019agrandir par \u00e9tapes, explique Alexis Kalogeropoulos, qui n\u2019a encore aucun employ\u00e9. Je suis en train de constituer une assise stable en Suisse, qui me permettra d\u2019embaucher et de former de premiers experts.\u00bb Alexis Kalogeropoulos entend profiter de la r\u00e9putation d\u2019excellence suisse dans la construction et le maintien des infrastructures pour s\u2019exporter. Il esp\u00e8re montrer l\u2019exemple \u00e0 d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s pour les inciter \u00e0 s\u2019ouvrir au march\u00e9 de l\u2019inspection des infrastructures b\u00e9tonn\u00e9es. \u00abMais pour cela, il est aussi n\u00e9cessaire de former une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019ing\u00e9nieurs civils sp\u00e9cialis\u00e9s dans la m\u00e9decine des structures. Une mobilisation scientifique et politique sur le sujet permettrait de d\u00e9velopper de nouveaux outils.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La majorit\u00e9 des 3000 ponts de Suisse devront faire l\u2019objet de r\u00e9fections. Pour aborder ce march\u00e9, Alexis Kalogeropoulos a d\u00e9velopp\u00e9 un mod\u00e8le \u00e9conomique original qui passe par la cr\u00e9ation d\u2019un label. <\/p>\n","protected":false},"author":19913,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4457","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4457","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19913"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4457"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4457\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4457"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4457"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4457"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}