



{"id":4454,"date":"2015-07-02T16:57:13","date_gmt":"2015-07-02T14:57:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4454"},"modified":"2015-07-02T17:19:23","modified_gmt":"2015-07-02T15:19:23","slug":"formation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4454","title":{"rendered":"\u00abNous devons \u00e9tablir le lien avec l\u2019industrie\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Aebischer.jpg\" alt=\"Aebischer.jpg\" title=\"Aebischer.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Quel meilleur interlocuteur que Patrick Aebischer pour \u00e9voquer les relations de l\u2019\u00e9ducation avec l\u2019\u00e9conomie? Le pr\u00e9sident de l\u2019EPFL, situ\u00e9 \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, conna\u00eet ce sujet mieux que personne. Homme de r\u00e9seaux, il a tiss\u00e9 de solides connexions avec l\u2019industrie, dans des domaines aussi vari\u00e9s que la pharma, l\u2019ing\u00e9nierie, la banque ou l\u2019\u00e9lectronique. Sous son r\u00e8gne, de nombreuses firmes de renom se sont install\u00e9es sur le campus lausannois, \u00e0 l\u2019image de Nestl\u00e9, Logitech, PSA Peugeot Citro\u00ebn ou Intel. Faut-il y voir une menace pour l\u2019ind\u00e9pendance acad\u00e9mique? Ou plut\u00f4t une opportunit\u00e9 pour l\u2019EPFL d\u2019accro\u00eetre sa notori\u00e9t\u00e9 globale? Le patron de l\u2019\u00e9cole lausannoise livre sa vision.<\/p>\n<p><strong>La recherche de financement est un enjeu essentiel pour l\u2019EPFL. Comment encourager les dons priv\u00e9s sur le mod\u00e8le de ce qui existe aux Etats-Unis, o\u00f9 les fameux endowment funds (fonds de dotation) font partie de la culture?<\/strong><br \/>\nIl s\u2019agit en effet d\u2019une question centrale. Quand j\u2019ai pris la pr\u00e9sidence de l\u2019EPFL en 2000, le concept d\u2019un \u00abendowment fund\u00bb semblait tr\u00e8s exotique. Mais vu la situation \u00e9conomique actuelle, je ne crois pas que l\u2019Etat continuera \u00e0 financer la croissance des universit\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir. Il faut trouver des sources de financement diff\u00e9rentes. La part des fonds de recherche obtenus sur des bases comp\u00e9titives financ\u00e9s par les Etats ou par de grandes fondations philanthropiques a significativement augment\u00e9. Les contrats de recherche avec l\u2019industrie vont \u00e9galement continuer \u00e0 se d\u00e9velopper. Quant aux frais d\u2019\u00e9colage, ils ne vont pas beaucoup augmenter en Europe, pour des raisons culturelles. Cr\u00e9er des \u00abendowment funds\u00bb devient donc une n\u00e9cessit\u00e9, mais nous ne b\u00e9n\u00e9ficions pas de la tradition qui existe aux Etats-Unis. Il faut bien comprendre que pour l\u2019Am\u00e9ricain, l\u2019universit\u00e9 est une seconde famille. Quand il quitte son foyer vers 17-18 ans, il rejoint un campus o\u00f9 il va passer beaucoup de temps, partager une chambre avec un camarade (le fameux roommate), prendre part \u00e0 de nombreuses activit\u00e9s sociales. Des liens affectifs tr\u00e8s forts se cr\u00e9ent qui donnent ensuite lieu \u00e0 des dons. Pour favoriser les endowments, il faut donc cr\u00e9er de l\u2019\u00e9motion. Ce n\u2019est pas quelque chose qui se d\u00e9cr\u00e8te d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>Justement, en termes de cadre de vie, les campus suisses sont-ils suffisamment \u00e9quip\u00e9s pour concurrencer les grandes universit\u00e9s am\u00e9ricaines qui disposent de b\u00e2timents somptueux, de salles de concert, de bars, de restaurants, de nombreux fitness, etc.? Etant donn\u00e9 la concurrence mondialis\u00e9e entre les \u00e9coles, l\u2019EPFL en a-t-elle assez fait de ce point de vue? <\/strong><br \/>\nNotre d\u00e9marche va dans ce sens. Mille deux cents de nos \u00e9tudiants vivent d\u00e9j\u00e0 sur le campus. Ils seront certainement plusieurs milliers demain. Il y a quinze ans, l\u2019EPFL \u00e9tait d\u00e9serte \u00e0 partir de 18h. Aujourd\u2019hui, il y a encore de la vie la nuit et le week-end. Nous ne sommes certes pas encore au niveau des universit\u00e9s am\u00e9ricaines, mais si vous passez sur le campus le soir, cela commence \u00e0 ressembler \u00e0 une petite ville, avec des restaurants, des commerces, etc.<\/p>\n<p><strong>Faudrait-il inciter les anciens \u00e9l\u00e8ves aux dons par une politique de d\u00e9fiscalisation plus avantageuse?<\/strong><br \/>\nC\u2019est en effet le cas aux Etats-Unis, alors que ce n\u2019est que tr\u00e8s peu possible ici. Il y a n\u00e9anmoins de plus en plus de personnes qui financent des projets de fa\u00e7on r\u00e9currente (chaires d\u2019enseignement et de recherche, b\u00e2timents etc.). Il faut que le donateur puisse constater que ses dons ont un impact. Cela n\u00e9cessite que les universit\u00e9s s\u2019occupent des donateurs. A cette fin, nous avons r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9 un \u00abdevelopment office\u00bb \u00e0 l\u2019EPFL.<\/p>\n<p><strong>Des gens ont critiqu\u00e9 cette approche mercantile et commerciale. Ils vous reprochent de chercher des fonds priv\u00e9s et de tisser des liens trop proches avec les entreprises. Que leur r\u00e9pondez-vous?<\/strong><br \/>\nIl faut distinguer le pur m\u00e9c\u00e9nat qui pose peu de probl\u00e8mes du sponsoring de type industriel. Pour ce dernier cas de figure, c\u2019est une saine discussion \u00e0 mener. Mais penser que nos professeurs vont faire ce que leur demandent les industriels est absurde. Les entreprises ne nous contactent pas pour cela. Elles redoutent avant toute chose le \u00absyndrome Kodak\u00bb, autrement dit l\u2019av\u00e8nement d\u2019une technologie disruptive qui ruinerait leur mod\u00e8le \u00e9conomique. Aucun patron n\u2019est jamais venu dans mon bureau pour essayer d\u2019exercer une influence. Au contraire, les industriels veulent savoir o\u00f9 va la technologie et voient en nous des senseurs de domaines \u00e9mergents.<\/p>\n<p><strong>Concr\u00e8tement, les industriels obtiennent-ils ce type d\u2019informations? Ont-ils acc\u00e8s \u00e0 vos recherches?<\/strong><br \/>\nIls vont pouvoir discuter avec les meilleurs professeurs et chercheurs, qui eux-m\u00eames ont leurs propres r\u00e9seaux mondiaux. Car ces chercheurs de pointe sont g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9s dans des institutions acad\u00e9miques. Il est rarissime qu\u2019ils fassent carri\u00e8re dans l\u2019industrie. Quand la multinationale Nestl\u00e9 a mis en place son Institute of Health Sciences, elle est venue s\u2019installer sur le campus de l\u2019EPFL alors que son centre de recherche se trouve \u00e0 moins de 10 kilom\u00e8tres. Le prestige acad\u00e9mique permet d\u2019attirer les talents.<\/p>\n<p><strong>Cela \u00e9tant, les grandes entreprises am\u00e9ricaines commencent \u00e0 d\u00e9velopper elles-m\u00eames leurs propres programmes universitaires, \u00e0 l\u2019instar de Google. N\u2019assiste-t-on pas \u00e0 une emprise des milieux industriels sur la formation et la recherche?  <\/strong><br \/>\nLes g\u00e9ants tels que Google d\u00e9veloppent en effet des savoirs totalement diff\u00e9rents de leur mod\u00e8le \u00e9conomique d\u2019origine. Ces entreprises ont tellement de moyens qu\u2019elles peuvent se le permettre. Dans le domaine du machine learning (l\u2019apprentissage automatique, un des champs d\u2019\u00e9tude de l\u2019intelligence artificielle, ndlr), il est effectivement tr\u00e8s difficile pour nous d\u2019attirer des talents car les meilleurs veulent aujourd\u2019hui faire de la recherche directement chez Google.<\/p>\n<p><strong>Il s\u2019agit donc d\u2019une nouvelle concurrence pour vous\u2026<\/strong><br \/>\nGoogle ne va probablement pas se mettre \u00e0 dispenser des formations de base comparables \u00e0 celles des universit\u00e9s. En revanche, dans certains domaines sp\u00e9cifiques, il y a effectivement un d\u00e9fi, que je trouve personnellement int\u00e9ressant. Et si Google se met \u00e0 faire des Moocs, il peut concurrencer les universit\u00e9s sur leur terrain. Voil\u00e0 une vraie question, plus essentielle selon moi que celle, souvent pos\u00e9e par les m\u00e9dias, du possible conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats pour les universit\u00e9s \u00e0 tisser des partenariats avec le secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9dias ne sont pas les seuls \u00e0 r\u00e9agir. Beaucoup d\u2019universitaires se posent cette question. Les petites universit\u00e9s cantonales, qui ont moins de moyens que l\u2019EPFL, critiquent parfois cette tendance.<\/strong><br \/>\nIl y a diff\u00e9rentes typologies d\u2019universit\u00e9s\u2026 Pour des raisons de co\u00fbts, il n\u2019est pas possible de disposer de plus d\u2019une ou deux universit\u00e9s de pointe par pays. En ce sens, la Suisse est une exception. Regardez les classements et vous constaterez que trois crit\u00e8res doivent \u00eatre r\u00e9unis pour figurer dans les meilleures universit\u00e9s mondiales: 10\u2019000 \u00e9tudiants, 500 laboratoires et 1 milliard de budget. Dans le top 30, toutes les universit\u00e9s remplissent ces conditions. Il s\u2019agit d\u2019une masse critique indispensable. Bien s\u00fbr, certaines universit\u00e9s peuvent se distinguer dans des secteurs de niche, mais elles n\u2019atteindront pas une notori\u00e9t\u00e9 mondiale. Le probl\u00e8me de l\u2019Europe, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a pas de grandes marques, except\u00e9 Oxford et Cambridge. L\u2019EPFL est une marque montante, mais pas aussi reconnue que le MIT ou Stanford.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que vous vous donnez comme objectif de cr\u00e9er une marque mondiale?<\/strong><br \/>\nBien s\u00fbr, c\u2019est vital pour que nous puissions attirer les meilleurs talents. En ce qui concerne les professeurs, nous sommes d\u00e9j\u00e0 au niveau des meilleures universit\u00e9s am\u00e9ricaines, mais ce n\u2019est pas encore le cas pour les \u00e9tudiants. Les meilleurs \u00e9tudiants chinois ou indiens r\u00eavent d\u2019\u00e9tudier aux Etats-Unis, pas encore en Europe. Les MOOCs peuvent nous permettre d\u2019inverser cette situation, de m\u00eame que les start-up que nous cr\u00e9ons. C\u2019est cet ensemble d\u2019atouts qui cr\u00e9e une marque. Stanford, ce n\u2019est pas juste l\u2019excellence acad\u00e9mique, c\u2019est aussi l\u00e0 que Google, Yahoo! et d\u2019autres sont n\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Les soutiens de l\u2019EPFL sont souvent des anciens \u00e9tudiants ou des entreprises locales impliqu\u00e9es dans des projets de recherche. Ne faudrait-il pas \u00e9tendre plus globalement votre r\u00e9seau?<\/strong><br \/>\nEn plus des fleurons de l\u2019industrie suisse tels que Nestl\u00e9, Credit Suisse, Logitech, des compagnies \u00e9trang\u00e8res telles que Cisco, Intel, PSA, Nitto Denko, ViaSat ou Constellium se sont install\u00e9es dans notre quartier de l\u2019innovation. Et j\u2019ai r\u00e9cemment re\u00e7u le pr\u00e9sident de Google, Eric Schmidt, qui m\u2019avait contact\u00e9 pour visiter l\u2019EPFL. Cela montre que la notori\u00e9t\u00e9 de notre \u00e9cole progresse.<\/p>\n<p><strong>On comprend l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les grandes entreprises priv\u00e9es de se rapprocher de l\u2019EPFL. Que vous apportent ces entreprises en retour, en dehors de leur soutien financier?<\/strong><br \/>\nBeaucoup de choses, notamment un regard aiguis\u00e9 sur les probl\u00e9matiques industrielles \u00e0 r\u00e9soudre. Prenons l\u2019exemple du Strategic Advisory Board. Vous avez l\u00e0 des chefs d\u2019entreprise, souvent des anciens de l\u2019EPFL, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 nous challenger lorsqu\u2019on leur pr\u00e9sente nos choix strat\u00e9giques. Leur exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e8le extr\u00eamement pr\u00e9cieuse. Ces gens sont aussi de formidables ambassadeurs mondiaux pour l\u2019EPFL. Leur apport ne se limite de loin pas \u00e0 l\u2019argent.<\/p>\n<p><strong>Vous si\u00e9gez dans les conseils d\u2019administration de Lonza et de Nestl\u00e9. Vous \u00eates \u00e9galement pr\u00e9sident du Novartis Venture Funds. Que vous apportent ces mandats?<\/strong><br \/>\nAider les compagnies globales suisses, telles Nestl\u00e9, Novartis, Sicpa ou Kudelski, est aussi de notre responsabilit\u00e9. D\u2019abord en formant les \u00e9tudiants qui r\u00e9pondent \u00e0 leurs besoins mais aussi en anticipant les changements technologiques. Nous devons \u00e9tablir ce lien avec l\u2019industrie, qui permet de cr\u00e9er de la richesse. Les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats que l\u2019on me reproche parfois, cela se g\u00e8re. Quelqu\u2019un qui n\u2019a aucun conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats devrait se poser la question de son utilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que ces critiques vous agacent?<\/strong><br \/>\nJe trouve bien que les gens se posent des questions et que ce d\u00e9bat ait lieu. Et il est tr\u00e8s sain qu\u2019il existe des garde-fous. En ce qui me concerne, j\u2019ai toujours assum\u00e9 mes interactions avec le monde industriel. Et je reverse \u00e0 l\u2019EPFL la part de mes r\u00e9mun\u00e9rations au-dessus du plafond \u00e9tabli par la Conf\u00e9d\u00e9ration. Ces liens entre acad\u00e9mie et industrie ne sont pas uniques; ils sont par exemple tr\u00e8s pr\u00e9sents dans une r\u00e9gion comme la Silicon Valley.<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019avantage comparatif de la Suisse romande dans un monde si globalis\u00e9?<\/strong><br \/>\nEn Suisse occidentale, notre force r\u00e9side dans la ma\u00eetrise des objets petits, complexes et fiables. Les gadgets jetables fabriqu\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle, ce n\u2019est pas notre truc. Nous pouvons sortir du lot dans des domaines tels que les \u00abwearables\u00bb connect\u00e9es, les implants m\u00e9dicaux intelligents ou la m\u00e9decine personnalis\u00e9e. Nous assistons actuellement \u00e0 une convergence entre les sciences de l\u2019information, les nanotechnologies, les biotechnologies et les sciences cognitives. Voyez par exemple le partenariat de Google avec Novartis concernant la lentille qui mesure le glucose, c\u2019est vraiment l\u2019expression de cette convergence. Un deuxi\u00e8me avantage comp\u00e9titif r\u00e9side dans le d\u00e9veloppement des humanit\u00e9s digitales. Le vrai challenge du XXIe si\u00e8cle est de donner du sens \u00e0 la technologie. En cela, les valeurs europ\u00e9ennes ont beaucoup \u00e0 apporter.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abGr\u00e2ce \u00e0 nos MOOCs, nous disposons aujourd\u2019hui d\u2019une pr\u00e9sence mondiale\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Les cours en ligne de l\u2019EPFL ont d\u00e9j\u00e0 s\u00e9duit plus de 800\u2019000 personnes \u00e0 travers le globe. L\u2019\u00e9cole b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un net leadership dans les pays francophones. <\/em><\/p>\n<p><strong>En tant qu\u2019ardent d\u00e9fenseur des MOOCs (massive online open courses), vous avez positionn\u00e9 d\u00e8s 2012 l\u2019EPFL comme l\u2019une des universit\u00e9s pionni\u00e8res dans ce domaine en Europe. Des critiques pointent aujourd\u2019hui le fait que seuls 10% des inscrits terminent ce type de formations. Etes-vous toujours aussi enthousiaste?<\/strong><br \/>\nAbsolument. Pr\u00e8s de 800\u2019000 personnes dans le monde se sont d\u00e9j\u00e0 inscrites \u00e0 nos MOOCs. Environ 10% d\u2019entre elles terminent ces cours et environ 50% s\u2019arr\u00eatent \u00e0 mi-parcours, ce qui est d\u00e9j\u00e0 pas mal \u00e9tant donn\u00e9 leur nombre. Apr\u00e8s tout, ces gens ont appris des choses! On peut comparer la mani\u00e8re de suivre un MOOC \u00e0 la lecture d\u2019un journal, dont on lit rarement l\u2019int\u00e9gralit\u00e9. Nous proposerons environ une cinquantaine de formations de ce type d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. C\u2019est bien plus qu\u2019un effet de mode. Et les universit\u00e9s pionni\u00e8res vont b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un \u00e9norme avantage. Pour l\u2019image de marque de l\u2019EPFL, le fait que pr\u00e8s de 800\u2019000 personnes dans le monde se soient int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 nos MOOCs repr\u00e9sente un gain de notori\u00e9t\u00e9 \u00e9norme, moyennant un investissement minime. Pour la premi\u00e8re fois de son histoire, l\u2019EPFL a une audience mondiale. En observant la carte des adresses IP des gens inscrits, nous constatons une pr\u00e9sence sur tous les continents.<\/p>\n<p><strong>Qui s\u2019inscrit aux MOOCs de l\u2019EPFL?<\/strong><br \/>\nPrincipalement trois populations: les \u00e9tudiants en formation tertiaire, dont nos \u00e9tudiants, les personnes qui d\u00e9sirent suivre une formation continue, enfin des gens tout simplement curieux d\u2019esprit. En ce qui concerne nos \u00e9tudiants, notre ambition est d\u2019offrir prochainement l\u2019ensemble des cours de premi\u00e8re ann\u00e9e en ligne. Une telle offre a des cons\u00e9quences sur le type d\u2019enseignement prodigu\u00e9 par nos enseignants. Ils doivent adapter leur enseignement pr\u00e9sentiel en le rendant beaucoup plus interactif s\u2019ils ne veulent pas se trouver devant des auditoires quasi vides. Apr\u00e8s le r\u00e8gne des cours ex-cathedra, on revient \u00e0 une forme d\u2019apprentissage plus naturelle, favorisant les interactions. Je trouve cela extr\u00eamement int\u00e9ressant.<\/p>\n<p><strong>En comparaison internationale, \u00e0 quel niveau situez-vous la qualit\u00e9 des MOOCs de l\u2019EPFL?<\/strong><br \/>\nFranchement et en toute immodestie, nous faisons partie des trois ou quatre meilleurs au monde.<\/p>\n<p><strong>En quoi vos MOOCs sont-ils meilleurs que ceux de la concurrence?<\/strong><br \/>\nL\u2019avantage donn\u00e9 aux pionniers mais \u00e9galement, le soin apport\u00e9 aux cours, la qualit\u00e9 des professeurs\u2026 La langue est \u00e9galement un param\u00e8tre int\u00e9ressant. Nous sommes la seule universit\u00e9 \u00e0 proposer des MOOCs en deux langues, fran\u00e7ais et anglais. Cela nous place en premi\u00e8re position, et de loin, dans les pays francophones, et notamment les pays africains. Nous poss\u00e9dons plus de 50% du march\u00e9 des MOOCs en fran\u00e7ais. Or, la francophonie repr\u00e9sentera 750 millions de personnes en 2050.<\/p>\n<p><strong>La gratuit\u00e9, concept original des MOOCS, tend \u00e0 laisser place \u00e0 des mod\u00e8les payants. Est-ce une voie \u00e0 suivre pour l\u2019EPFL?  <\/strong><br \/>\nLes cours sont et doivent rester gratuits. La tendance actuelle est de faire payer la certification et l\u2019attribution de dipl\u00f4mes. Certains cours aux Etats-Unis utilisent d\u00e9j\u00e0 ce mod\u00e8le. C\u2019est le cas d\u2019une offre de MOOCs sur le \u00abbig data\u00bb de l\u2019Universit\u00e9 de Princeton, qui g\u00e9n\u00e8re entre 500\u2019000 \u00e0 700\u2019000 dollars par mois. Et cela sur une seule sp\u00e9cialisation. Nous pourrions obtenir des r\u00e9sultats similaires dans des domaines tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, par exemple avec notre MOOC sur Scala (un langage de programmation invent\u00e9 \u00e0 l\u2019EPFL, ndlr), dispens\u00e9 par son cr\u00e9ateur Martin Odersky.<\/p>\n<p><strong>Quelle valeur accorder \u00e0 ces certificats sur le march\u00e9 du travail? Les MOOCs peuvent-ils remplacer des formations traditionnelles?<\/strong><br \/>\nC\u2019est le march\u00e9 qui en d\u00e9cidera. Mais on voit de plus en plus de grandes compagnies de la Silicon Valley offrir de telles formations continues \u00e0 leurs employ\u00e9s. Et dans les CV que l\u2019on re\u00e7oit figurent toujours plus de mentions des MOOCs suivis. Peut-\u00eatre que les dipl\u00f4mes dans leur forme actuelle seront \u00e0 l\u2019avenir remplac\u00e9s par des cursus beaucoup plus fragment\u00e9s. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que que les MOOCs ou leurs successeurs auront un impact majeur. Les grandes universit\u00e9s d\u2019Europe (Oxford et Cambridge) se sont d\u2019abord montr\u00e9es un peu sceptiques, mais elles se rendent compte aujourd\u2019hui qu\u2019elles ont pris du retard et essayent de le rattraper rapidement. La vague des MOOCs aura aussi comme effet de redistribuer le classement des institutions. Auparavant, il fallait des dizaines d\u2019ann\u00e9es pour installer une marque. D\u00e9sormais, la notori\u00e9t\u00e9 peut s\u2019acqu\u00e9rir beaucoup plus rapidement pour une universit\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Chercheur et leader<\/strong><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de l\u2019EPFL, m\u00e9decin de formation, concilie deux qualit\u00e9s souvent antinomiques, la m\u00e9ticulosit\u00e9 du chercheur et l\u2019\u00e9nergie de l\u2019homme d\u2019action. Chose extr\u00eamement rare \u00e0 ce type de poste, Patrick Aebischer n\u2019a en effet jamais cess\u00e9 ses activit\u00e9s de recherche en neurosciences, ses nombreuses publications figurant parmi les r\u00e9f\u00e9rences les plus cit\u00e9es du domaine. Dans la r\u00e9cente biographie dithyrambique du personnage r\u00e9dig\u00e9e par le journaliste scientifique Fabrice Delaye, les qualificatifs \u00e9logieux \u00e9manant des proches d\u2019Aebischer abondent: visionnaire, cr\u00e9atif, figure h\u00e9ro\u00efque, force vitale, personnalit\u00e9 l\u00e9gendaire sur le campus\u2026 Depuis l\u2019arriv\u00e9e du Fribourgeois \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019\u00e9cole en 2000, tous les indicateurs ont quasiment doubl\u00e9, du budget au nombre d\u2019\u00e9tudiants.<\/p>\n<p>Patrick Aebischer a auparavant travaill\u00e9 comme professeur et directeur de recherche aux Etats-Unis, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Brown de Providence (Rhode Island), de 1984 \u00e0 1992, puis comme professeur et directeur du Centre de th\u00e9rapie g\u00e9nique du CHUV, jusqu\u2019en 1999. En dehors de la science, il se passionne pour la po\u00e9sie et la culture, sous l\u2019influence de ses parents artistes. Il est mari\u00e9 depuis l\u2019\u00e2ge de 20 ans et p\u00e8re de deux enfants.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (2015, no2).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sident de l\u2019EPFL, Patrick Aebischer, explique les impacts de l\u2019\u00e9ducation sur l\u2019\u00e9conomie. Rencontre.<\/p>\n","protected":false},"author":19406,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4454","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19406"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4454"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4454\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}