



{"id":4450,"date":"2015-06-29T09:03:58","date_gmt":"2015-06-29T07:03:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4450"},"modified":"2015-06-29T16:19:25","modified_gmt":"2015-06-29T14:19:25","slug":"legislation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4450","title":{"rendered":"Cong\u00e9 paternit\u00e9: les entreprises s\u2019y mettent"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large260620015.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large260620015.jpg\" alt=\"Large260620015.jpg\" \/><\/p>\n<p>Deux semaines de cong\u00e9 pay\u00e9 pour les jeunes p\u00e8res, contre un jour \u00e0 l\u2019heure actuelle. Au mois d\u2019avril, une commission du Conseil national a donn\u00e9 suite \u00e0 cette proposition du PDC grison Martin Candinas. Ce vote positif redonne de l\u2019espoir aux partisans du cong\u00e9 paternit\u00e9 ou parental: entre 1998 et 2014, le sujet a fait l\u2019objet de 33 interventions qui n\u2019ont pas abouti. \u00abL\u2019initiative, qui pr\u00e9voit un cong\u00e9 de courte dur\u00e9e pour un co\u00fbt estim\u00e9 \u00e0 200 millions par an, pourrait obtenir une majorit\u00e9 devant les Chambres f\u00e9d\u00e9rales\u00bb, analyse Isabel Valarino, sociologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n<p>Certains employeurs n\u2019ont pas attendu l\u2019\u00e9volution politique du dossier pour mettre en place un cong\u00e9 paternit\u00e9 de leur propre initiative. La tendance concerne surtout les administrations publiques et les grandes entreprises. La Ville de Lausanne, par exemple, offre 20 jours. Chez Migros et Ikea, les employ\u00e9s re\u00e7oivent 10 jours. Mais il existe aussi des exemples parmi les PME locales. Le Groupe MK, entreprise immobili\u00e8re de 150 employ\u00e9s bas\u00e9e \u00e0 Lausanne, donne cinq jours. La direction propose \u00e9galement aux p\u00e8res de r\u00e9duire leur temps de travail \u00e0 80% durant les mois suivant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019enfant, et m\u00eame \u00e0 plus long terme s\u2019ils le souhaitent. \u00abNous avons mis cela en place il y a cinq ans, indique Anthony Coll\u00e9, le directeur. A l\u2019\u00e9poque, une proposition au niveau politique n\u2019avait pas abouti et nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019agir de notre propre initiative. Les femmes ont la possibilit\u00e9 de rester trois mois aupr\u00e8s de leur b\u00e9b\u00e9, les hommes un seul jour. Ce n\u2019est pas une situation juste.\u00bb P\u00e8re de trois enfants, Anthony Coll\u00e9 se souvient \u00eatre retourn\u00e9 au travail le jour m\u00eame de la venue au monde de son dernier n\u00e9. \u00abJ\u2019aurais appr\u00e9ci\u00e9 de pouvoir rester avec ma famille.\u00bb<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 fribourgeoise Ascenseurs Men\u00e9trey, 120 employ\u00e9s dont 92% d\u2019hommes, a instaur\u00e9 un cong\u00e9 paternit\u00e9 (et d\u2019adoption) de 11 jours d\u00e9but 2015. Quant \u00e0 l\u2019entreprise de d\u00e9veloppement web Liip, \u00e9galement bas\u00e9e \u00e0 Fribourg et dont 70% des employ\u00e9s sont des hommes, elle offre une absence pay\u00e9e \u00e0 100% de 20 jours depuis ses d\u00e9buts en 2007. \u00abC\u2019est une \u00e9vidence, une d\u00e9marche qui se trouve au c\u0153ur de nos valeurs, note le cofondateur Gerhard Andrey, lui-m\u00eame p\u00e8re de deux enfants. La pr\u00e9sence du p\u00e8re durant cette p\u00e9riode est primordiale. Je ne peux simplement pas concevoir un cong\u00e9 qui se limite \u00e0 un jour.\u00bb Liip encourage aussi le temps partiel et permet \u00e0 ses 110 employ\u00e9s de choisir librement \u00e0 quel pourcentage ils souhaitent travailler entre 70% et 100%. Plus de la moiti\u00e9 des salari\u00e9s masculins de l\u2019entreprise ont saisi cette opportunit\u00e9. \u00abOn dit souvent que les hommes ne souhaitent pas prendre cong\u00e9 pour s\u2019occuper de leur b\u00e9b\u00e9 ou travailler \u00e0 temps partiel. Mais nous constatons que les r\u00e9ticences tombent si cette d\u00e9cision ne comporte pas de risque pour leur carri\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Atout de recrutement<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019instauration d\u2019un cong\u00e9 paternit\u00e9 est souvent motiv\u00e9e par les valeurs de l\u2019entreprise. Mais les trois directeurs interrog\u00e9s constatent aussi des retomb\u00e9es positives pour leur PME, \u00e0 l\u2019interne comme vis-\u00e0-vis de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00abIl ne faut pas voir cela comme une charge mais comme un investissement, estime Anthony Coll\u00e9 du Groupe MK. De nombreuses PME redoutent d\u2019alt\u00e9rer leur productivit\u00e9. Mais un employ\u00e9 plus heureux de ses conditions de travail, qui dispose d\u2019espace pour recharger ses batteries, est plus motiv\u00e9 et plus performant.\u00bb Le directeur des ressources humaines d\u2019Ascenseurs Men\u00e9trey, Martial Gay, constate qu\u2019un environnement qui permet un meilleur \u00e9quilibre entre vie priv\u00e9e et professionnelle a un effet direct sur l\u2019absent\u00e9isme. \u00abEn diminuant les accidents et les maladies, nous sortons gagnants.\u00bb Les trois PME indiquent par ailleurs que le cong\u00e9 paternit\u00e9 ne repr\u00e9sente pas un d\u00e9fi particulier en mati\u00e8re d\u2019organisation dans la mesure o\u00f9 ces absences sont pr\u00e9visibles longtemps \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n<p>Le cong\u00e9 paternit\u00e9 donne une image favorable de l\u2019entreprise et repr\u00e9sente un atout pour le recrutement, surtout si elle est coupl\u00e9e \u00e0 d\u2019autres dispositions comme une approche flexible concernant le temps partiel ou des vacances suppl\u00e9mentaires. Avec la multiplication des classements de meilleurs employeurs dans la presse et sur des sites tels que Kununu, ces avantages sont toujours plus visibles. \u00abUn candidat potentiel ne consid\u00e8re plus uniquement la r\u00e9mun\u00e9ration. Il regarde tous les aspects, et le cong\u00e9 paternit\u00e9 constitue un volet important de ce que nous pouvons offrir pour attirer un profil int\u00e9ressant, rel\u00e8ve Martial Gay. Cela joue aussi un r\u00f4le pour retenir les employ\u00e9s.\u00bb Gerhard Andrey, de Liip, confirme que la culture particuli\u00e8re de l\u2019entreprise lui permet d\u2019attirer des talents \u00absans forc\u00e9ment proposer les meilleurs salaires\u00bb du secteur. A noter que le cong\u00e9 paternit\u00e9 ne s\u00e9duit pas que les hommes: les femmes approuvent \u00e9galement que le r\u00f4le des p\u00e8res soit reconnu.<\/p>\n<p><strong>\u00abPas un luxe\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>A combien se monte cet investissement? Au Groupe MK, le cong\u00e9 paternit\u00e9 (une semaine pay\u00e9e \u00e0 100%) concerne en moyenne cinq personnes par ann\u00e9e, ce qui co\u00fbte environ 20&rsquo;000 francs \u00e0 l\u2019entreprise, soit 0,1% d\u2019un chiffre d\u2019affaires de plus de 20 millions de francs. \u00abAu regard des revenus globaux de l\u2019entreprise, c\u2019est tr\u00e8s marginal, commente Anthony Coll\u00e9. Offrir une semaine de vacances suppl\u00e9mentaire serait, par exemple, bien plus on\u00e9reux.\u00bb Ascenseurs Men\u00e9trey table sur cinq absences (de onze jours, pay\u00e9s \u00e0 100%) par an, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 un co\u00fbt d\u2019environ 40&rsquo;000 francs.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Liip, dont le chiffre d\u2019affaires se monte \u00e0 environ 12 millions de francs, elle estime avoir octroy\u00e9 une trentaine de cong\u00e9s paternit\u00e9 depuis 2007 et indique ne pas faire de calcul. \u00abLes salaires constituent 80% de nos d\u00e9penses, explique Gerhard Andrey. Il y a d\u2019autres absences comme le service civil, les cours de r\u00e9p\u00e9tition et les formations. Les cong\u00e9s paternit\u00e9 ne font pas une grande diff\u00e9rence. M\u00eame lors d\u2019ann\u00e9es difficiles, nous sommes toujours parvenus \u00e0 payer ces quatre semaines. Et il ne s\u2019agit pas d\u2019un luxe sp\u00e9cifique \u00e0 notre branche, comme je l\u2019entends souvent. C\u2019est un clich\u00e9. Nous devons aussi nous battre pour chaque franc dans un march\u00e9 tr\u00e8s concurrentiel.\u00bb<\/p>\n<p>Si ces directeurs affichent leur enthousiasme, le cong\u00e9 paternit\u00e9 continue de susciter la r\u00e9ticence des milieux \u00e9conomiques. L\u2019Union patronale suisse estime que la question ne rel\u00e8ve pas du domaine de l\u2019Etat et qu\u2019il \u00abappartient aux branches et aux entreprises de prendre ce genre de d\u00e9cision\u00bb. Les opposants au cong\u00e9 paternit\u00e9 redoutent aussi son co\u00fbt et la capacit\u00e9 de l\u2019Etat \u00e0 le financer. Plus minoritaire, la d\u00e9fense d\u2019une vision traditionnelle de la famille appara\u00eet aussi parmi les arguments. Malgr\u00e9 un changement d\u2019attitude au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et des d\u00e9buts prometteurs, la proposition du conseiller national Martin Candinas a encore du chemin \u00e0 parcourir pour convaincre l\u2019ensemble des acteurs concern\u00e9s.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>La Suisse peu g\u00e9n\u00e9reuse<\/strong><\/p>\n<p>Selon le code des obligations, la naissance d\u2019un enfant donne droit \u00e0 un \u00abjour de cong\u00e9 usuel\u00bb, soit un cong\u00e9 auquel les employ\u00e9s peuvent avoir recours pour r\u00e9gler des affaires personnelles pendant leur temps de travail. Avec cette position, la Conf\u00e9d\u00e9ration se distingue de ses voisins europ\u00e9ens et de la grande majorit\u00e9 des pays d\u00e9velopp\u00e9s. \u00abAux c\u00f4t\u00e9s des Etats-Unis, de la Turquie et du Mexique, la Suisse fait partie des seuls pays de l\u2019OCDE qui n\u2019offrent ni cong\u00e9 paternit\u00e9, ni cong\u00e9 parental\u00bb, remarque Isabel Valarino, sociologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. L\u2019Union europ\u00e9enne a mis place un cong\u00e9 parental de quatre mois par parent, sans compensation financi\u00e8re mais qui garantit \u00e0 l\u2019employ\u00e9 de retrouver son poste \u00e0 son retour. A l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019UE, les pays ont adopt\u00e9 des dispositions sp\u00e9cifiques. Les p\u00e8res b\u00e9n\u00e9ficient, par exemple, de trois semaines de cong\u00e9 pay\u00e9 en Espagne et de deux semaines en France et en Grande-Bretagne. La Su\u00e8de, la Norv\u00e8ge et le Danemark offrent, quant \u00e0 eux, entre 59 et 68 semaines de cong\u00e9 pay\u00e9 \u00e0 partager entre le p\u00e8re et la m\u00e8re.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Financer des jours d\u2019absence pour les p\u00e8res \u00e0 la naissance de leur enfant? L\u2019id\u00e9e avance dans l\u2019ar\u00e8ne l\u00e9gislative. 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