



{"id":4446,"date":"2015-06-22T17:20:32","date_gmt":"2015-06-22T15:20:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4446"},"modified":"2015-06-22T17:23:47","modified_gmt":"2015-06-22T15:23:47","slug":"architecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4446","title":{"rendered":"Une utopie urbaine zurichoise"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/large22062015.jpg\" alt=\"large22062015.jpg\" title=\"large22062015.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, des rails de train. De l&rsquo;autre, une route \u00e0 la circulation infernale. Sur le papier, cette parcelle triangulaire du centre de Zurich n&rsquo;a rien d\u2019avenant. Si peu d\u2019atouts qu\u2019elle s\u2019est d\u2019ailleurs longtemps vue rel\u00e9gu\u00e9e au statut de no man&rsquo;s land b\u00e9tonn\u00e9, peupl\u00e9 de trams au repos. Mais elle conna\u00eet depuis peu un renouveau: sur son territoire s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve d\u00e9sormais la coop\u00e9rative d\u2019habitation Kalkbreite, un b\u00e2timent orang\u00e9 achev\u00e9 en 2014.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re surprise, l&rsquo;\u00e9difice surplombe et entoure le d\u00e9p\u00f4t de trams, toujours pr\u00e9sent mais dissimul\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e par une succession de caf\u00e9s branch\u00e9s et de boutiques, dans laquelle se niche m\u00eame un cin\u00e9ma. Dans les \u00e9tages consacr\u00e9s aux bureaux, le panorama se poursuit dans la m\u00eame veine avec une cr\u00e8che, un cabinet m\u00e9dical ou encore le si\u00e8ge de Greenpeace Suisse. Kalkbreite est ainsi devenue en quelques mois un centre d\u2019attraction. En ce mardi, peu avant midi, difficile de trouver une place libre au caf\u00e9 Bebek. Une foule bigarr\u00e9e s&rsquo;y presse dans un d\u00e9cor m\u00e9langeant design vintage et motifs orientaux.<\/p>\n<p>\u00abNotre concept consistait \u00e0 faire vivre ce lieu qui se r\u00e9sumait \u00e0 un vide entre deux quartiers, raconte Res Keller, directeur de la coop\u00e9rative, attabl\u00e9 devant un caf\u00e9. La volont\u00e9 de mixit\u00e9 entre habitation et travail, en s&rsquo;inspirant des immeubles du pass\u00e9 dont les cours \u00e9taient occup\u00e9es par des artisans, se trouvait au c\u0153ur de l\u2019aventure d\u00e8s ses d\u00e9buts en 2006.\u00bb Face aux blocages municipaux autour de l&rsquo;avenir de la surface, un petit groupe de passionn\u00e9s organise alors un workshop public pour r\u00e9fl\u00e9chir au type d&rsquo;habitat urbain qui pourrait y \u00e9clore. La rencontre attire, \u00e0 leur grande surprise, une cinquantaine de personnes et permet de poser les grandes lignes du projet. La Ville se laisse convaincre. Et la vision devient r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Moins de m2 par personne<\/strong><\/p>\n<p>Retour en 2015. En montant les escaliers qui m\u00e8nent \u00e0 la grande cour int\u00e9rieure du b\u00e2timent, parc ouvert au public et o\u00f9 le bruit du trafic n&rsquo;est plus qu&rsquo;un lointain souvenir, Res Keller raconte les sp\u00e9cificit\u00e9s de la partie d\u00e9di\u00e9e au logement. Car c&rsquo;est bien l\u00e0 que r\u00e9sident les aspects les plus novateurs de Kalkbreite. \u00abChaque habitant dispose de 32 m2, bien moins que la moyenne suisse de 45 m2. Pour que cela fonctionne, nous avons mis\u00e9 sur des petites surfaces individuelles, des grands volumes communs et des pi\u00e8ces partag\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>Cette nouvelle rationalisation de l&rsquo;espace trouve une premi\u00e8re illustration d\u00e8s le lumineux hall d&rsquo;entr\u00e9e, flanqu\u00e9 d&rsquo;une biblioth\u00e8que et d&rsquo;un coin salon. De l\u00e0, on acc\u00e8de aux chambres d\u2019amis communes, o\u00f9 les habitants ont la possibilit\u00e9 de loger leurs invit\u00e9s. Un autre couloir m\u00e8ne aux pi\u00e8ces dites \u00abflex\u00bb, qui se transforment au gr\u00e9 des besoins en bureaux pour ceux qui travaillent \u00e0 la maison, salles de r\u00e9union ou de yoga. Kalkbreite a \u00e9galement adopt\u00e9 le principe du \u00abcluster\u00bb: les habitants de neuf studios avec kitchenette, pens\u00e9s pour une personne, se partagent une grande cuisine situ\u00e9e sur le palier. \u00abC\u2019est l&rsquo;une des seules pi\u00e8ces de l&rsquo;immeuble munie d\u2019un balcon\u00bb, sourit Res Keller. La cinquantaine d\u2019appartements n\u2019en ont pas. Une fa\u00e7on d\u2019encourager les rencontres et l\u2019utilisation des lieux partag\u00e9s.<\/p>\n<p>Les 251 habitants &#8212; de tous \u00e2ges, origines et milieux sociaux, comme en attestent les statistiques de la coop\u00e9rative &#8212; sont donc incit\u00e9s \u00e0 participer. Et \u00e7a marche? \u00abEnviron un tiers prennent part de mani\u00e8re intensive aux d\u00e9cisions et \u00e0 l\u2019organisation, r\u00e9pond Res Keller. Pour une d\u00e9mocratie, c&rsquo;est plut\u00f4t pas mal!\u00bb Olivier Bourgogne, Lyonnais de 61 ans install\u00e9 \u00e0 Zurich depuis trois d\u00e9cennies, fait partie de ceux qui s&rsquo;impliquent avec conviction. Il consacre pr\u00e8s d\u2019une journ\u00e9e par semaine au comit\u00e9 d\u2019un groupe de 20 appartements appel\u00e9 \u00abgrand foyer\u00bb. La particularit\u00e9 de cette structure? Tous les appartements sont autonomes et \u00e9quip\u00e9s d\u2019une cuisine, mais les locataires partagent aussi une salle \u00e0 manger o\u00f9 une cuisini\u00e8re professionnelle pr\u00e9pare des repas cinq soirs par semaine.<\/p>\n<p><strong>La chambre devient un \u00e9lectron libre<\/strong><\/p>\n<p>Le volet participatif du projet a repr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;une des motivations principales d&rsquo;Olivier Bourgogne et sa femme, parents de trois filles adultes, lorsqu&rsquo;ils ont d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre Kalkbreite. \u00abNous voulions revenir en ville apr\u00e8s des ann\u00e9es dans une maison en dehors de Zurich, explique le pr\u00e9retrait\u00e9. Habiter une coop\u00e9rative, c&rsquo;est le r\u00e9sultat d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont nous voulons aborder une nouvelle phase de notre vie, sans enfants.\u00bb Bien s\u00fbr, les prix abordables &#8212; le loyer mensuel moyen d\u2019un appartement de 100m2 est de 2000 francs &#8212; ont aussi jou\u00e9 un r\u00f4le. La plus jeune fille du couple, \u00e2g\u00e9e de 19 ans, habite dans une des unit\u00e9s de l&rsquo;immeuble appel\u00e9es \u00abjocker\u00bb, des chambres ind\u00e9pendantes de 25m2 qui peuvent \u00eatre associ\u00e9es \u00e0 un bail pour quelques ann\u00e9es. \u00abUne offre id\u00e9ale vu notre constellation familiale, appr\u00e9cie Olivier Bourgogne. Quand elle d\u00e9cidera de partir, nous ne devrons pas changer d&rsquo;appartement.\u00bb<\/p>\n<p>Couples d\u00e9sireux d&rsquo;avoir deux chambres s\u00e9par\u00e9es, adolescents en attente de prendre leur ind\u00e9pendance: la demande pour ces pi\u00e8ces \u00abjocker\u00bb est beaucoup plus forte que pr\u00e9vu, souligne Res Keller. \u00abJ&rsquo;aime l&rsquo;image de la chambre comme un atome qui peut appartenir \u00e0 diff\u00e9rentes mol\u00e9cules. Les modes de vie contemporains rendent les fronti\u00e8res des appartements traditionnels obsol\u00e8tes. L&rsquo;appartement familial, un mod\u00e8le que l&rsquo;on retrouve encore dans la majorit\u00e9 des constructions, ne correspond plus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale. En Suisse, 85% des logements ne sont pas occup\u00e9s par des familles, mais par des personnes seules, des couples ou des colocations.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Voitures interdites<\/strong><\/p>\n<p>Il reste un peu de temps avant la fin de la visite, quelques minutes pour aborder la dimension \u00e9cologique de Kalkbreite. La mobilit\u00e9, tout d&rsquo;abord. A Kalkbreite, les habitants s&rsquo;engagent \u00e0 ne pas poss\u00e9der de voiture. Pour ce qui est du b\u00e2timent, Res Keller mentionne le standard Minergie, la pompe \u00e0 chaleur aliment\u00e9e par les eaux souterraines et l&rsquo;usage de mat\u00e9riaux bruts, comme le bois massif, plus faciles \u00e0 recycler. \u00abL&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait de proposer un cadre qui permette \u00e0 chacun de r\u00e9duire son empreinte \u00e9cologique. Mais au final, il s&rsquo;agit d&rsquo;un choix individuel\u00bb, souligne le directeur, avant de prendre cong\u00e9. La promenade se termine entre le traiteur africain et la sup\u00e9rette bio. Sur le trottoir, les terrasses de bistrots sont d\u00e9j\u00e0 par\u00e9es de leurs plus belles lanternes pour les beaux jours. Il souffle, en ce mardi de printemps, comme un air d&rsquo;utopie dans le centre de Zurich.<\/p>\n<p>Contact\u00e9 quelques jours plus tard par t\u00e9l\u00e9phone, Hani Buri, professeur \u00e0 Haute \u00e9cole d&rsquo;ing\u00e9nierie et d&rsquo;architecture de Fribourg &#8212; HEIA-FR, se dit impressionn\u00e9 par la r\u00e9alisation. Il souligne le grand professionnalisme de ses instigateurs, des personnes issues du mouvement contestataire zurichois des ann\u00e9es 1980, qui ont su donner vie \u00e0 leur vision. \u00abCela montre qu\u2019il est possible de valoriser un site longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme inconstructible, et ce gr\u00e2ce au mod\u00e8le coop\u00e9ratif et \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019esprit d\u2019une ville qui accepte de donner des droits de superficie \u00e0 ce genre d\u2019organisations.\u00bb Une inspiration pour la Suisse romande?<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 9).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Zurich, la coop\u00e9rative Kalkbreite fait revivre un coin de ville longtemps laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon. 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