



{"id":4407,"date":"2015-04-27T15:28:06","date_gmt":"2015-04-27T13:28:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4407"},"modified":"2015-04-27T15:29:47","modified_gmt":"2015-04-27T13:29:47","slug":"recherche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4407","title":{"rendered":"L\u2019autopsie en danger de mort"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/large27042015.jpg\" alt=\"large27042015.jpg\" title=\"large27042015.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Huit mille autopsies ont \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9es en 1993 en Suisse. Aujourd\u2019hui, \u00e0 peine 2000 examens m\u00e9dicaux de d\u00e9funts ont lieu chaque ann\u00e9e. Comment s\u2019explique cette chute spectaculaire? \u00abDe plus en plus d\u2019analyses de tissus malades sont aujourd\u2019hui possibles du vivant du patient\u00bb, explique le professeur Laura Rubbia-Brandt, m\u00e9decin chef du service de pathologie clinique des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG). En cas de mort naturelle, la pathologie dont souffrait une personne est donc souvent connue avant son d\u00e9c\u00e8s. Une autopsie pour d\u00e9terminer la cause de sa mort ne para\u00eet plus forc\u00e9ment n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Un changement de l\u00e9gislation dans les ann\u00e9es 1990 a \u00e9galement influenc\u00e9 ce d\u00e9clin. \u00abM\u00eame si la cause du d\u00e9c\u00e8s est connue, le corps m\u00e9dical peut souhaiter pratiquer une autopsie pour en apprendre davantage sur la pathologie, poursuit la sp\u00e9cialiste. Jusque-l\u00e0, les m\u00e9decins demandaient un consentement oral \u00e0 la famille, qui pouvait s\u2019y opposer. A pr\u00e9sent, rien ne peut \u00eatre fait sans le consentement \u00e9clair\u00e9 avec signature des proches.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des gestes qui restent tabous<\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9ticences restent nombreuses face \u00e0 une pratique souvent consid\u00e9r\u00e9e comme une entrave au corps, voire une souffrance pour le d\u00e9funt. \u00abIl s\u2019agit d\u2019un geste m\u00e9dical extr\u00eamement respectueux, assure Laura Rubbia-Brandt. L\u2019image d\u2019un acte effectu\u00e9 dans des sous-sols obscurs, v\u00e9hicul\u00e9e par les s\u00e9ries am\u00e9ricaines, ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes autopsies sont r\u00e9alis\u00e9es dans les h\u00f4pitaux depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, et les probl\u00e8mes d\u2019acceptation ont toujours exist\u00e9, souligne Vincent Barras, historien de la m\u00e9decine au CHUV. Il s\u2019agit d\u2019une pratique taboue, une atteinte au corps qui, anthropologiquement, ne va pas de soi.\u00bb<\/p>\n<p>Les proches ne sont pas les seuls \u00e0 la redouter. \u00abLes m\u00e9decins ne savent pas forc\u00e9ment comment aborder la question de l\u2019autopsie avec l\u2019entourage du d\u00e9funt et la proposent de moins en moins, poursuit Laura Rubbia-Brandt. Le contexte actuel fait que les praticiens se sentent toujours plus surveill\u00e9s. Ils craignent par exemple que, lors de l\u2019examen du cadavre, une \u00e9ventuelle autre cause de la mort soit d\u00e9couverte et qu\u2019on leur reproche de ne pas l\u2019avoir d\u00e9tect\u00e9e plus t\u00f4t.\u00bb<\/p>\n<p>Face \u00e0 la diminution du nombre de corps de patients d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de maladies m\u00e9connues, Aurel Perren, directeur de l\u2019Institut de pathologie \u00e0 Berne, manifestait son inqui\u00e9tude dans les pages de la Schweiz am Sonntag en f\u00e9vrier dernier. \u00abNous avons atteint la limite inf\u00e9rieure. Si le nombre d\u2019autopsies diminue encore, la formation des futurs m\u00e9decins en souffrira.\u00bb Dans la capitale, 156 autopsies cliniques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es en 2014. Il y a vingt ans, ce chiffre s\u2019\u00e9levait \u00e0 1007.<\/p>\n<p>L\u2019anatomopathologie est l\u2019une des disciplines m\u00e9dicales les plus anciennes, qui est \u00e0 la base de toutes nos connaissances scientifiques des maladies, rappelle Laura Rubbia-Brandt. \u00abL\u2019observation d\u2019une l\u00e9sion est une source d\u2019information extr\u00eamement pr\u00e9cieuse pour comprendre ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans le corps du patient.\u00bb La sp\u00e9cialiste souligne que, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, un nombre important d\u2019autopsies a permis aux m\u00e9decins d\u2019\u00e9tudier l\u2019impact du HIV. \u00abA cette \u00e9poque-l\u00e0, on ne savait pas grand-chose sur le sida; les multiples examens de cadavres nous ont permis d\u2019observer de quelle mani\u00e8re le virus endommageait les organes. L\u2019utilit\u00e9 de l\u2019autopsie reste la m\u00eame aujourd\u2019hui pour apprivoiser les maladies \u00e9mergentes.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019essor de la virtopsie<\/strong><\/p>\n<p>Une forme moins invasive d\u2019examen de cadavres se d\u00e9veloppe: la virtopsie (contraction d\u2019\u00abautopsie virtuelle\u00bb), qui consiste en l\u2019analyse du corps par des technologies d\u2019imagerie m\u00e9dicale. Le CHUV utilise depuis peu cette m\u00e9thode et les HUG installeront un plateau technique de virtopsie d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. \u00abDans l\u2019histoire de la m\u00e9decine, de nombreuses pratiques ou instruments pourtant tr\u00e8s efficaces ont \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par de nouvelles technologies, per\u00e7ues comme plus performantes, note l\u2019historien Barras. Je pense par exemple au st\u00e9thoscope, que les m\u00e9decins utilisent de moins en moins pour poser un diagnostic depuis l\u2019arriv\u00e9e de nouvelles techniques de visualisation plus modernes. Le progr\u00e8s est b\u00e9n\u00e9fique, mais il se trouve qu\u2019on d\u00e9laisse aussi des m\u00e9thodes tout \u00e0 fait valables.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLa virtopsie ouvre de nouvelles perspectives effectivement tr\u00e8s int\u00e9ressantes, pr\u00e9cise Laura Rubbia-Brandt. Il reste toutefois essentiel de sensibiliser la population et le corps m\u00e9dical \u00e0 l\u2019importance de l\u2019autopsie traditionnelle. C\u2019est ainsi, notamment, que nos connaissances m\u00e9dicales des pathologies progresseront.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les dissections de corps humains deviennent de plus en plus rares. Les sp\u00e9cialistes s\u2019inqui\u00e8tent de voir d\u00e9cliner une pratique essentielle \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la m\u00e9decine.<\/p>\n","protected":false},"author":19078,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4407","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4407","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19078"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4407"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4407\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}