



{"id":4400,"date":"2015-04-17T08:43:34","date_gmt":"2015-04-17T06:43:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4400"},"modified":"2017-08-24T10:25:09","modified_gmt":"2017-08-24T08:25:09","slug":"sante-26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4400","title":{"rendered":"L&rsquo;intestin superstar"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20150416.jpg\" alt=\"Large20150416.jpg\" title=\"Large20150416.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>L\u2019intestin? \u00abUn vaste peuple de bact\u00e9ries, qui est l\u2019addition des d\u00e9cisions que nous prenons, de la nourriture que nous ing\u00e9rons, de l\u2019environnement dans lequel nous vivons\u2026 C\u2019est un peu notre collection personnelle de Pok\u00e9mon!\u00bb C\u2019est par ces mots que Giulia Enders d\u00e9crit cet organe, avec assurance et beaucoup d\u2019humour, dans un spectacle de \u00abscience-slam\u00bb qu\u2019elle a pr\u00e9sent\u00e9 sur plusieurs sc\u00e8nes al\u00e9maniques. Cette jeune \u00e9tudiante en m\u00e9decine a ensuite publi\u00e9 le livre Darm mit Charme (\u00abLe charme discret de l\u2019intestin\u00bb), devenu \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale l\u2019un des plus gros succ\u00e8s de librairie de l\u2019ann\u00e9e en Allemagne.<\/p>\n<p>Ce succ\u00e8s t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant que suscite l\u2019intestin aupr\u00e8s du grand public, mais aussi de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale. Longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00absimple organe de la digestion\u00bb, ce tube de plus de 5 m de long, situ\u00e9 entre l\u2019estomac et l\u2019anus, joue en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00f4le central dans l\u2019organisme.<\/p>\n<p>Une avanc\u00e9e majeure a permis \u00e0 l\u2019intestin d\u2019attirer tous les regards: la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire. \u00abGr\u00e2ce aux progr\u00e8s de cette discipline, il est devenu possible de d\u00e9crire le g\u00e9nome des 100\u2019000 milliards de bact\u00e9ries qui colonisent notre tube digestif, explique Jacques Schrenzel, responsable du laboratoire de bact\u00e9riologie des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG). Le d\u00e9fi actuel est de d\u00e9finir plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00abqui fait quoi\u00bb dans cette communaut\u00e9 bact\u00e9rienne, que l\u2019on appelle le \u2018microbiote intestinal\u2019.\u00bb<\/p>\n<p>De nombreuses \u00e9tudes ont confirm\u00e9 une hypoth\u00e8se que la communaut\u00e9 scientifique reconna\u00eet aujourd\u2019hui comme un fait: \u00abAvoir un microbiote vari\u00e9 et \u00e9quilibr\u00e9 pr\u00e9vient et prot\u00e8ge de nombreuses pathologies, note Michel Maillard, gastro-ent\u00e9rologue au CHUV. Trouver le moyen de restaurer une diversit\u00e9 de bact\u00e9ries, champignons et autres germes dans l\u2019intestin s\u2019apparente aujourd\u2019hui \u00e0 la qu\u00eate du Graal pour des centaines de chercheurs \u00e0 travers le monde.\u00bb<\/p>\n<p>Car ces petits \u00eatres ne vivent pas oisivement: ils contribuent activement \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des fonctions physiologiques, et donc \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, de leur h\u00f4te. \u00abDe nouvelles indications et de nouveaux traitements vont appara\u00eetre au fur et \u00e0 mesure que la recherche sur le microbiote avancera, poursuit Jacques Schrenzel. Il va falloir reprendre tous les ouvrages actuels de m\u00e9decine pour les mettre \u00e0 jour tant ces d\u00e9couvertes auront une influence sur la prise en charge de nombreuses affections.\u00bb Et les maladies intestinales ne sont pas les seules concern\u00e9es: depuis l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019alcool, en passant par la d\u00e9pression et la boulimie, de nombreuses pathologies pourraient b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 l\u2019avenir de ces avanc\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>1. Un grand bavard<\/strong><\/p>\n<p>Que font ces quelque 2 kg de microbes dans l\u2019intestin? Leur implication dans le processus de digestion n\u2019est pas remise en question. \u00abIls contribuent \u00e0 la conversion des aliments en nutriments et en \u00e9nergie, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 la synth\u00e8se de vitamines indispensables \u00e0 l\u2019organisme, rappelle Francisca Joly Gomez, gastro-ent\u00e9rologue au CHU Beaujon de Clichy (F).<\/p>\n<p>Mais leur action va bien au-del\u00e0: ils dialogueraient constamment avec d\u2019autres composantes de l\u2019organisme, notamment avec le cerveau. \u00abNous savons depuis longtemps que le cerveau envoie des informations \u00e0 l\u2019intestin, mais nous pouvons d\u00e9sormais aussi affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une relation bidirectionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u00e9change des informations s\u2019effectue dans les deux sens\u00bb, note la gastro-ent\u00e9rologue, qui a publi\u00e9 l\u2019an dernier un ouvrage baptis\u00e9 L\u2019intestin, notre deuxi\u00e8me cerveau.<\/p>\n<p>L\u2019envoi et la r\u00e9ception d\u2019informations se fait gr\u00e2ce au syst\u00e8me neuronal de l\u2019intestin. \u00abPlus de 100 millions de neurones sont concentr\u00e9s et connect\u00e9s entre eux dans la paroi du tube digestif.\u00bb Que peut bien \u00abdire\u00bb l\u2019intestin au cerveau? \u00abIl va par exemple lui envoyer des signaux \u00abdouloureux\u00bb. Du gaz se produit dans l\u2019intestin lors de la fermentation des aliments. Le gonflement de l\u2019intestin peut entra\u00eener des signaux douloureux visibles au niveau du cerveau\u00bb, vulgarise la sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p>La connexion entre le cerveau et l\u2019intestin a permis de faire d\u2019importantes d\u00e9couvertes sur la maladie de Parkinson: des travaux de chercheurs de l\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale (Inserm) ont d\u00e9montr\u00e9 que des anomalies pr\u00e9sentes dans les neurones du cerveau des patients atteints de cette maladie d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative sont retrouv\u00e9es \u00ab\u00e0 l\u2019identique\u00bb dans les neurones du syst\u00e8me digestif. A l\u2019avenir, il pourrait donc devenir possible d\u2019identifier cette maladie par biopsie intestinale et d\u2019\u00e9tablir un diagnostic pr\u00e9coce: \u00abLes anomalies sur les neurones de l\u2019intestin se manifesteraient avant leurs homologues c\u00e9r\u00e9braux.\u00bb<\/p>\n<p>Ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, plusieurs \u00e9tudes sont venues confirmer le lien entre la maladie de Parkinson et les caract\u00e9ristiques intestinales du malade. Parmi les plus r\u00e9centes, celle de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Helsinki affirme que les patients atteints de la maladie de Parkinson ont beaucoup moins de bact\u00e9ries de la famille des Prevotellaceae dans leur intestin. \u00abA pr\u00e9sent, nous voulons comprendre si ces changements de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me bact\u00e9rien apparaissent avant le d\u00e9but des sympt\u00f4mes cliniques de la maladie, explique le neurologue Filip Scheperjans. A l\u2019avenir, nous nous concentrerons peut-\u00eatre sur l\u2019intestin pour soigner cette pathologie.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abBarri\u00e8re protectrice\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le cerveau n\u2019est pas le seul interlocuteur de l\u2019intestin: ce dernier communique aussi avec le syst\u00e8me immunitaire. \u00abLes bact\u00e9ries du microbiote envoient des signaux aux r\u00e9cepteurs situ\u00e9s sur les cellules de la paroi intestinale, qui \u00e0 leur tour donnent \u00e0 nos cellules immunitaires un signal pour les aider \u00e0 exclure les organismes pathog\u00e8nes qui tenteraient de coloniser l\u2019intestin\u00bb, explique Francisca Joly Gomez.<\/p>\n<p>Explorer ce r\u00f4le de \u00abbarri\u00e8re protectrice\u00bb du microbiote ouvre de nouvelles pistes de traitements contre certaines pathologies, comme les allergies alimentaires. \u00abDes tests sur des souris, auxquelles nous avons administr\u00e9 des allerg\u00e8nes de cacahu\u00e8tes, nous ont montr\u00e9 que la pr\u00e9sence de la bact\u00e9rie Clostridium dans leur microbiote intestinal bloquait la r\u00e9action allergique, explique Cathryn Nagler, de l\u2019Universit\u00e9 de Chicago, qui a men\u00e9 l\u2019\u00e9tude. Cela nous fait penser que cette bact\u00e9rie en particulier agirait \u00e0 travers certaines cellules immunitaires et emp\u00eacherait les prot\u00e9ines responsables des r\u00e9actions allergiques de p\u00e9n\u00e9trer dans la circulation sanguine.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres recherches men\u00e9es par le Conseil sup\u00e9rieur de la recherche scientifique en Espagne, dont les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en octobre 2014 dans le journal de l\u2019American Society for Microbiology, ont aussi d\u00e9voil\u00e9 de nouvelles connexions entre le microbiote et certaines maladies auto-immunes: le microbiote intestinal de patients atteints de lupus, une maladie chronique qui s\u2019attaque aux tissus sains de l\u2019organisme, pr\u00e9sente un d\u00e9s\u00e9quilibre du ratio entre les deux groupes de micro-organismes les plus nombreux dans l\u2019intestin humain (les Bacteroides et les Firmicutes) en faveur des premiers.<\/p>\n<p><strong>2. La source de multiples maladies<\/strong><\/p>\n<p>A travers le monde, les efforts se multiplient pour tirer le meilleur profit de ces nouvelles connaissances (projets MetaHIT, MetaGenoPolis et MyNewGut en Europe, Human microbiome project aux Etats-Unis, etc.) et r\u00e9guli\u00e8rement, des r\u00e9sultats sont publi\u00e9s dans les plus prestigieuses revues scientifiques.<\/p>\n<p>\u00abLa pullulation de l\u2019intestin gr\u00eale a finalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e et reconnue, se r\u00e9jouit Alain Schoepfer, gastro-ent\u00e9rologue au CHUV. Il s\u2019agit d\u2019une concentration anormalement \u00e9lev\u00e9e de bact\u00e9ries dans cet organe qui peut provoquer de fortes douleurs abdominales, des ballonnements ou des diarrh\u00e9es. Nous savons \u00e0 pr\u00e9sent que l\u2019administration d\u2019un antibiotique, d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 pour le traitement des infections urinaires, peut am\u00e9liorer efficacement l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du patient.\u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs travaux ont aussi \u00e9clair\u00e9 le lien entre le microbiote et les maladies m\u00e9taboliques comme l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 ou le diab\u00e8te. Une \u00e9quipe internationale dirig\u00e9e par Jeffrey Gordon, de l\u2019Ecole de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Washington, aux Etats-Unis, a par exemple montr\u00e9 que, introduit chez la souris, le microbiote d\u2019un individu ob\u00e8se fait grossir l\u2019animal, contrairement au microbiote d\u2019une personne mince. Le chercheur expliquait alors dans la revue Nature que \u00ables bact\u00e9ries intestinales ont un impact sur la r\u00e9gulation du stockage des graisses dans le tissu adipeux\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des souris sans bact\u00e9ries<\/strong><\/p>\n<p>Le dialogue permanent entretenu entre l\u2019intestin et le cerveau a permis \u00e0 des scientifiques de se demander si le microbiote influence aussi le comportement de son h\u00f4te. Pour y r\u00e9pondre, des chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Cork en Irlande ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des tests sur des souris dites \u00abax\u00e9niques\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sans bact\u00e9ries, car \u00e9lev\u00e9es dans un milieu st\u00e9rile depuis leur naissance. Celles-ci avaient un comportement social alt\u00e9r\u00e9: elles pr\u00e9f\u00e9raient se trouver dans une cage vide plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre entour\u00e9es de leurs cong\u00e9n\u00e8res. Leur attitude a chang\u00e9 lorsque des bact\u00e9ries ont \u00e9t\u00e9 inocul\u00e9es dans leur syst\u00e8me digestif, et partageaient volontiers leur lieu de vie.<\/p>\n<p>\u00abTous ces travaux sur les souris sont pr\u00e9cieux et nous fournissent des pistes int\u00e9ressantes, note Michel Maillard. Il nous faut n\u00e9anmoins temp\u00e9rer notre enthousiasme pour l\u2019instant, l\u2019\u00eatre humain ne r\u00e9agira pas forc\u00e9ment de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 ces tests.\u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019alcool et la boulimie font aussi partie des maladies pour lesquelles un lien avec le microbiote est soup\u00e7onn\u00e9. Des recherches men\u00e9es par une \u00e9quipe de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les patients alcooliques, pr\u00e9sentant une alt\u00e9ration du microbiote intestinal, sont plus d\u00e9pressifs, plus anxieux et plus attir\u00e9s par l\u2019alcool que les alcooliques avec un microbiote \u00abnormal\u00bb.<\/p>\n<p>La prot\u00e9ine \u00abClpB\u00bb pourrait causer des troubles alimentaires. \u00abElle est fabriqu\u00e9e par certaines bact\u00e9ries du tube digestif comme Escherichia coli, explique Sergue\u00ef Fetissov, de l\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale de l\u2019Universit\u00e9 de Rouen. Elle est s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e quand les bact\u00e9ries sont soumises \u00e0 un stress. La ClpB a des propri\u00e9t\u00e9s anorexig\u00e8nes, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle diminue l\u2019app\u00e9tit et d\u00e9clenche une r\u00e9action du syst\u00e8me immunitaire produisant des anticorps dirig\u00e9s contre elle. Ces anticorps vont aussi se lier \u00e0 l\u2019hormone de la sati\u00e9t\u00e9, du fait de son homologie de structure, et moduler son action vers l\u2019anorexie ou la boulimie.\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. La cible de nouveaux traitements<\/strong><\/p>\n<p>\u00abL\u2019objectif sur le long terme est celui de pr\u00e9venir ou de traiter certaines maladies de mani\u00e8re personnalis\u00e9e chez les patients selon leur combinaison de souches bact\u00e9riennes\u00bb, note le microbiologiste genevois Jacques Schrenzel.<\/p>\n<p>Plusieurs traitements n\u00e9s de la recherche sur le microbiote sont d\u00e9j\u00e0 applicables. Le plus r\u00e9pandu est la transplantation f\u00e9cale, c\u2019est-\u00e0-dire la transfusion, par coloscopie, de selles fra\u00eeches provenant d\u2019un donneur sain. \u00abNous r\u00e9alisons cette intervention depuis 2014 chez les patients atteints de colite r\u00e9cidivante \u00e0 Clostridium difficile, explique Michel Maillard. Il s\u2019agit d\u2019un germe dans certains cas r\u00e9fractaire aux antibiotiques, qu\u2019il faut pourtant \u00e9vincer, car il cause des diarrh\u00e9es \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition avec parfois des cons\u00e9quences graves.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes taux de r\u00e9ponses \u00e0 ce traitement avoisinent les 90%, ajoute Alain Schoepfer du CHUV. En moins de deux semaines, les patients se portent bien.\u00bb Le donneur de selles est g\u00e9n\u00e9ralement un proche du patient. \u00abAvant la transfusion, nous effectuons un bilan microbiologique chez le donneur, qui doit bien s\u00fbr \u00eatre en bonne sant\u00e9 et ne pas \u00eatre porteur de Clostridium difficile.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des effets secondaires inconnus<\/strong><\/p>\n<p>A Gen\u00e8ve, les HUG aussi r\u00e9aliseront ce type d\u2019intervention d\u00e8s le printemps 2015. \u00abDans un premier temps, nous utiliserons cette m\u00e9thode pour soigner les patients pr\u00e9sentant une infection r\u00e9cidivante \u00e0 la bact\u00e9rie Clostridium difficile, mais nous esp\u00e9rons pouvoir aussi y recourir chez des malades atteints de maladies inflammatoires de l\u2019intestin comme la maladie de Crohn ou les colites ulc\u00e9reuses\u00bb, se r\u00e9jouit Jacques Schrenzel.<\/p>\n<p>Si aucune contre-indication n\u2019existe \u00e0 la transplantation f\u00e9cale, les effets secondaires sur le long terme ne sont pas connus. \u00abNous injectons chez un patient une \u00abblack box\u00bb de plusieurs milliards de microbes, rappelle Alain Schoepfer. Nous savons que cela va soigner une pathologie cibl\u00e9e, mais est-ce que ce \u00abnouveau\u00bb microbiote va provoquer une autre maladie chez lui? Nous expliquons ces risques aux patients, qui doivent nous donner leur consentement.\u00bb<\/p>\n<p>Ce traitement reste surtout beaucoup moins invasif qu\u2019une greffe d\u2019un organe dans son ensemble. \u00abLes transplantations d\u2019intestin gr\u00eale sont tr\u00e8s rares, explique Nicolas Desmartines, chef du Service de chirurgie visc\u00e9rale du CHUV. Il s\u2019agit d\u2019un organe tr\u00e8s sensible notamment pour des questions de rejets et d\u2019infections. Quand on op\u00e8re une intestin gr\u00eale, il peut faire des \u00abbrides\u00bb, des occlusions qui bloquent le transit, entrainant de fortes douleurs abdominales. L\u2019organe peut s\u2019arr\u00eater de fonctionner pendant 2 ou 3 jours. Quant au c\u00f4lon, sa transplantation n\u2019est pas pratiqu\u00e9e, car l\u2019organe contient un nombre inimaginable de bact\u00e9ries, donc ne se pr\u00eate pas \u00e0 une transplantation. Sa fonction peut \u00eatre reprise en partie par l\u2019intestin gr\u00eale.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019alimentation reste aussi une option pour ing\u00e9rer de \u00abbonnes\u00bb bact\u00e9ries. \u00abDes probiotiques, qui sont des micro-organismes vivants, sont d\u00e9j\u00e0 ajout\u00e9s \u00e0 certains produits, comme les yaourts, note Michel Maillard. Aujourd\u2019hui, des grands groupes de l\u2019industrie agro-alimentaire tentent d\u2019introduire davantage de germes dans des biens comestibles. Nous les trouverons peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019avenir dans nos supermarch\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abSi un jour nous parvenons \u00e0 d\u00e9terminer quel est le microbiote \u00abid\u00e9al\u00bb, nous pourrions d\u00e9velopper sous forme d\u2019une pilule un traitement pour tenter de r\u00e9tablir un diversit\u00e9 du microbiote, mais surtout un \u00e9quilibre microbien, imagine Francisca Joly Gomez. Le chemin sera long avant d\u2019en arriver l\u00e0. Nous avons d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9 un grand pas en acceptant un changement de paradigme: il n\u2019est pas toujours n\u00e9cessaire de d\u00e9truire les \u00abmauvaises\u00bb bact\u00e9ries \u00e0 coups d\u2019antibiotiques, mais il nous faut apprendre \u00e0 vivre en harmonie avec elles.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRES<\/p>\n<p><strong>Rep\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019intestin ou les intestins? La forme plurielle est en quelque sorte plus adapt\u00e9e, car derri\u00e8re cette appellation se cachent deux organes: l\u2019intestin gr\u00eale, ce tube de 6 m de long environ, qui se charge de l\u2019absorption des nutriments, et le gros intestin (ou c\u00f4lon). Ce dernier, qui mesure entre 80 et 150 cm, va principalement stocker les d\u00e9chets, absorber certaines vitamines et l\u2019eau r\u00e9siduelle pour agglom\u00e9rer les selles. Des bact\u00e9ries colonisent l\u2019ensemble du tube digestif, mais la grande majorit\u00e9 du microbiote se trouve dans le c\u00f4lon.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>VRAI \/ FAUX<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le microbiote intestinal de chaque personne est unique.<\/strong><\/p>\n<p><strong>VRAI <\/strong>Un tiers de notre microbiote intestinal est commun \u00e0 la plupart des individus, tandis que les deux autres tiers sont sp\u00e9cifiques \u00e0 chacun d\u2019entre nous.<\/p>\n<p><strong>Le microbiote intestinal est inn\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>FAUX<\/strong> Le microbiote intestinal commence \u00e0 se d\u00e9velopper \u00e0 la naissance. St\u00e9rile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ut\u00e9rus, le tube digestif d\u2019un nouveau-n\u00e9 est rapidement colonis\u00e9 par les micro-organismes de sa m\u00e8re (vaginaux, f\u00e9caux, cutan\u00e9s, etc.) et ceux de l\u2019environnement de son lieu de naissance. La composition du microbiote intestinal variera en fonction de son alimentation. Les scientifiques estiment qu\u2019aux alentours de 3 ans, le microbiote devient stable et continue \u00e0 \u00e9voluer \u00e0 un rythme r\u00e9gulier pendant toute la vie de la personne.<\/p>\n<p><strong>Les probiotiques favorisent la bonne sant\u00e9 du microbiote<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>VRAI\/FAUX<\/strong> De nombreuses \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 des effets b\u00e9n\u00e9fiques des probiotiques sur le microbiote intestinal, comme notamment de maintenir son \u00e9quilibre et sa diversit\u00e9. En revanche, des recherches men\u00e9es par le microbiologiste fran\u00e7ais Didier Raoult ont mis en avant des effets ind\u00e9sirables de ces bact\u00e9ries: ils pourraient favoriser l\u2019ob\u00e9sit\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo Magazine (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019importantes d\u00e9couvertes ont plac\u00e9 l\u2019intestin sur le devant de la sc\u00e8ne scientifique. 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