



{"id":4393,"date":"2015-04-08T09:41:55","date_gmt":"2015-04-08T07:41:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4393"},"modified":"2015-04-08T09:45:59","modified_gmt":"2015-04-08T07:45:59","slug":"medecine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4393","title":{"rendered":"Le c\u0153ur qui fait tic-tac"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20070415.jpg\" alt=\"Large20070415.jpg\" title=\"Large20070415.jpg\" border=\"0\" height=\"317\" width=\"465\" \/><\/p>\n<p>Le mouton alpin de 65 kg g\u00eet inerte, anesth\u00e9si\u00e9, sur la table d\u2019op\u00e9ration. Les chercheurs l\u2019ont d\u00e9plac\u00e9 sur son c\u00f4t\u00e9 droit. Un chirurgien incise d\u00e9licatement sa paroi thoracique, et attache un petit appareil rond de couleur dor\u00e9e contre le c\u0153ur battant de l\u2019animal.<\/p>\n<p>Adrian Zurbuchen, un jeune homme brun aux allures de premier de classe, assiste anxieusement \u00e0 l\u2019op\u00e9ration. Il s\u2019agit du premier essai in vivo du prototype qu\u2019il vient de mettre au point. Ce chercheur de l\u2019Universit\u00e9 de Berne veut cr\u00e9er un pacemaker sans batterie qui se recharge gr\u00e2ce \u00e0 un m\u00e9canisme inspir\u00e9 de celui d\u2019une montre automatique. L\u2019engin emmagasinerait l\u2019\u00e9nergie g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les battements du c\u0153ur pour recharger le pacemaker.<\/p>\n<p>Une heure plus tard, Adrian Zurbuchen est soulag\u00e9: son exp\u00e9rience est un succ\u00e8s. L\u2019activit\u00e9 cardiaque du mouton a permis de g\u00e9n\u00e9rer un flux \u00e9lectrique constant de 16 microwatts, une puissance suffisante pour alimenter un pacemaker basique.<\/p>\n<p>Depuis ce premier test r\u00e9alis\u00e9 en avril 2010, Adrian Zurbuchen, 34 ans, a multipli\u00e9 les essais et d\u00e9velopp\u00e9 un prototype plus sophistiqu\u00e9. \u00abNous avons essay\u00e9 le syst\u00e8me sur des cochons, explique-t-il. Nous cherchons d\u00e9sormais une entreprise qui puisse financer notre recherche et d\u00e9velopper le produit pour une application commerciale d\u2019ici deux \u00e0 trois ans.\u00bb Son appareil ressemble \u00e0 une montre nue, sans cadran, habillage ou bracelet, mais munie de c\u00e2bles fins. Le syst\u00e8me pr\u00e9sente l\u2019avantage de durer plus longtemps que les mod\u00e8les traditionnels. \u00abLa dur\u00e9e de vie de la batterie d\u2019un pacemaker est d\u2019environ six \u00e0 douze ans. Un m\u00e9canisme horloger helv\u00e9tique peut durer vingt ans sans r\u00e9vision.\u00bb En modifiant le dispositif, le chercheur pense m\u00eame qu\u2019il pourrait fonctionner pendant trente ou quarante ans. \u00abNotre syst\u00e8me serait plus simple qu\u2019une montre, car il n\u2019aurait pas besoin d\u2019\u00eatre plaisant esth\u00e9tiquement ou de donner l\u2019heure.\u00bb<\/p>\n<p>Selon Martin Fromer, cardiologue sp\u00e9cialiste des pacemakers au CHUV, l\u2019innovation serait particuli\u00e8rement utile pour les patients atteints de troubles cardiaques \u00e0 un jeune \u00e2ge. \u00abLorsqu\u2019un enfant de 12 ans contracte une maladie du c\u0153ur, nous cherchons \u00e0 remplacer son pacemaker le plus rarement possible, explique l\u2019expert. Ces op\u00e9rations sont assez lourdes.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019objet d\u2019Adrian Zurbuchen permettrait \u00e9galement de r\u00e9duire le poids et la taille des pacemakers. \u00abLa batterie est souvent ce qui prend le plus de place dans l\u2019appareil.\u00bb Autre avantage: l\u2019engin serait pos\u00e9 directement sur le c\u0153ur du patient, ce qui permettrait de se d\u00e9barrasser des c\u00e2bles qui lient le pacemaker aux muscles cardiaques, augmentant ainsi sa fiabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais la route du chercheur n\u2019est pas sans obstacles: \u00abUne montre automatique s\u2019attache au poignet et se recharge gr\u00e2ce aux mouvements de ce dernier, qui sont diff\u00e9rents de ceux du c\u0153ur. Nous cherchons \u00e0 d\u00e9velopper un syst\u00e8me qui exploite au mieux les battements cardiaques. Nous analysons depuis des ann\u00e9es ces mouvements pour cr\u00e9er le meilleur m\u00e9canisme d\u2019absorption.\u00bb De plus, les battements du c\u0153ur malade ne sont pas forc\u00e9ment r\u00e9guliers: \u00abL\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque pourrait emp\u00eacher le rechargement de l\u2019appareil.\u00bb<\/p>\n<p>Cette invention souligne le potentiel du savoir-faire horloger dans le monde m\u00e9dical. \u00abLes deux domaines se ressemblent beaucoup, constate Simon Henein, titulaire de la chaire Patek Philippe en conception microm\u00e9canique et horlog\u00e8re \u00e0 l\u2019EPFL. Tant les chirurgiens que les horlogers travaillent \u00e0 une tr\u00e8s petite \u00e9chelle et se doivent d\u2019\u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9cis. De plus, les deux domaines \u00e9voluent dans le m\u00eame tissu \u00e9conomique: nous disposons des m\u00eames sous-traitants et utilisons les m\u00eames mat\u00e9riaux.\u00bb<\/p>\n<p>Luc Tissot, ancien pr\u00e9sident du groupe du m\u00eame nom, fait partie des horlogers qui ont tr\u00e8s rapidement saisi l\u2019\u00e9tendue de ce potentiel. En 1978 d\u00e9j\u00e0, l\u2019horloger exploitait le savoir-faire de ses employ\u00e9s dans son usine du Locle afin de produire des pacemakers en collaboration avec le g\u00e9ant pharmaceutique Roche. \u00abNous devions travailler avec diff\u00e9rents m\u00e9taux et \u00e0 diff\u00e9rentes temp\u00e9ratures, les contraintes techniques \u00e9taient nombreuses et la construction d\u2019un pacemaker se doit d\u2019\u00eatre tr\u00e8s rigoureuse\u00bb, se souvient Luc Tissot. Le produit issu de cette collaboration a depuis \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 suisse Intermedics.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, Luc Tissot a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle start-up: Tissot Medical Research, qui a d\u00e9velopp\u00e9 une lentille qui mesure la pression intra-oculaire afin de d\u00e9tecter les premiers signes d\u2019un glaucome. \u00abComme dans l\u2019horlogerie, il s\u2019agit d\u2019un minuscule objet. Nous avons plac\u00e9 un capteur sur une lentille qui mesure la pression de l\u2019\u0153il \u00e0 chaque fois qu\u2019un patient ferme sa paupi\u00e8re.\u00bb L\u2019outil devrait \u00eatre commercialis\u00e9 d\u2019ici \u00e0 deux ans.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces quelques exemples de synergie entre l\u2019horlogerie et la m\u00e9decine, ces cas restent trop rares. \u00abLa conception d\u2019outils m\u00e9dicaux est r\u00e9gul\u00e9e par des normes tr\u00e8s strictes, que le monde horloger ne conna\u00eet pas, explique Luc Tissot. Il est tr\u00e8s compliqu\u00e9, m\u00eame impossible, de d\u00e9velopper un produit sans d\u2019abord d\u00e9velopper un partenariat avec une firme m\u00e9dicale.\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour Charles Baur, charg\u00e9 de la microtechnique m\u00e9dicale \u00e0 la chaire Patek Philippe de l\u2019EPFL, horlogerie et m\u00e9decine vont prochainement se c\u00f4toyer comme jamais auparavant: \u00abLa montre connect\u00e9e a un \u00e9norme potentiel en m\u00e9decine, dit-il. Un chirurgien pourrait par exemple consulter des donn\u00e9es sur le patient au milieu d\u2019une op\u00e9ration simplement en regardant son poignet, donc sans d\u00e9tourner son regard du malade. Cela serait fantastique.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine In Vivo (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un chercheur suisse d\u00e9veloppe un pacemaker sans batterie qui se recharge comme une montre automatique.<\/p>\n","protected":false},"author":19990,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4393","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4393","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19990"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4393"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4393\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4393"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4393"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4393"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}