



{"id":4388,"date":"2015-03-30T16:39:20","date_gmt":"2015-03-30T14:39:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4388"},"modified":"2015-03-30T18:29:20","modified_gmt":"2015-03-30T16:29:20","slug":"marque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4388","title":{"rendered":"Ils ont perdu l&rsquo;usage de leur nom"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20300315.jpg\" alt=\"Large20300315.jpg\" title=\"Large20300315.jpg\" width=\"465\" height=\"317\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Fin 2014, le c\u00e9l\u00e8bre p\u00e2tissier Philippe Guignard a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 par le groupe qui porte son nom. L&rsquo;affaire a fait grand bruit. L&rsquo;entrepreneur avait, six mois plus t\u00f4t, vendu sa soci\u00e9t\u00e9 qui portait son nom \u00e0 la suite de difficult\u00e9s financi\u00e8res. Il y voyait la possibilit\u00e9 de relancer ses affaires, tout en restant la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l&rsquo;entreprise. Or, devenu simple employ\u00e9, le chef s&rsquo;est vu mis \u00e0 la porte pour des motifs qui demeurent encore obscurs. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de sa soci\u00e9t\u00e9, de ses cr\u00e9ations culinaires et m\u00eame de son nom, le Vaudois, ruin\u00e9, a port\u00e9 l&rsquo;affaire en justice. \u00abIl est impossible pour un artisan d&rsquo;\u00eatre le porte-drapeau de produits dont il ne sait plus rien, confiait-il en janvier dernier au quotidien 24 heures. C&rsquo;est moi, sur place, que les gens veulent voir, c&rsquo;est moi leur garantie de qualit\u00e9. L\u00e0, je ne suis plus rien.\u00bb<\/p>\n<p>Le cas n&rsquo;est pas isol\u00e9. Quoi de plus naturel pour un entrepreneur, lors de la cr\u00e9ation de sa soci\u00e9t\u00e9, de choisir de lui donner son patronyme. De nombreux cas illustres peuvent \u00eatre cit\u00e9s, comme Louis Renault, Ralph Lauren ou encore William Boeing. Ce choix, qui \u00abrel\u00e8ve d&rsquo;une tendance naturelle\u00bb comme dit Jacques de Werra, professeur de droit des obligations et de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, peut avoir de s\u00e9rieuses implications, notamment juridiques, commerciales et identitaires.<\/p>\n<p>\u00abLorsque l&rsquo;on donne son nom \u00e0 son entreprise, elle devient alors une personne morale, ind\u00e9pendante de la personne physique qui l&rsquo;a fond\u00e9e\u00bb, explique Jacques de Werra. Et cette personne morale peut continuer d&rsquo;exister alors m\u00eame que son fondateur a quitt\u00e9 le navire. Garder le contr\u00f4le de l&rsquo;utilisation de son nom s&rsquo;av\u00e8re alors difficile, comme le d\u00e9montre l&rsquo;affaire In\u00e8s de la Fressange. Lorsque la styliste a vendu sa maison de couture, elle a aussi, de ce fait, c\u00e9d\u00e9 sa marque du m\u00eame nom, propri\u00e9t\u00e9 de sa soci\u00e9t\u00e9. Elle n&rsquo;a donc pu emp\u00eacher le cessionnaire de continuer \u00e0 utiliser son nom apr\u00e8s son d\u00e9part.<\/p>\n<p>\u00abD&rsquo;un point de vue juridique, lors d&rsquo;une vente, l&rsquo;ancien propri\u00e9taire risque de perdre tout contr\u00f4le sur sa soci\u00e9t\u00e9, son nom et sa marque\u00bb, poursuit Jacques de Werra. In\u00e8s de la Fressange s&rsquo;est donc vu emp\u00eacher d&rsquo;utiliser son nom pour d\u00e9signer ses nouvelles cr\u00e9ations, en raison de sa marque d\u00e9j\u00e0 existante. L&rsquo;affaire a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant les tribunaux et la justice a donn\u00e9 tort au c\u00e9l\u00e8bre mannequin, qui se retrouve aujourd&rsquo;hui d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de son patronyme et n&rsquo;a plus le droit de l&rsquo;utiliser \u00e0 des fins commerciales.<\/p>\n<p>\u00abToute personne qui lance une soci\u00e9t\u00e9 sous son patronyme doit se montrer prudente, ajoute Jacques de Werra. Et anticiper l&rsquo;\u00e9volution future de son entreprise et les risques li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exploitation de son nom.\u00bb Il est donc possible, au moment de fonder sa soci\u00e9t\u00e9 ou en pr\u00e9vision d&rsquo;une vente, d&rsquo;inclure des clauses de cession visant \u00e0 prot\u00e9ger son patronyme. Garder sa marque et conclure des contrats de licence peut permettre au propri\u00e9taire du nom, m\u00eame si l&rsquo;entreprise conserve son patronyme, de continuer \u00e0 l&rsquo;utiliser \u00e0 des fins commerciales ou de percevoir des royalties. A l&rsquo;inverse, formuler des clauses qui obligent l&rsquo;acqu\u00e9reur \u00e0 changer de nom peut faire perdre beaucoup de valeur commerciale \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9, qui aura alors de la peine \u00e0 \u00eatre vendue. Car souvent, c&rsquo;est son appellation qui fait sa renomm\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Bien choisir la raison sociale<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, l&rsquo;utilisation du patronyme en tant que nom d&rsquo;entreprise est tr\u00e8s r\u00e9pandue. \u00abPour la cr\u00e9ation d&rsquo;une entreprise en raison individuelle, il est obligatoire de donner son nom \u00e0 sa soci\u00e9t\u00e9 pour s&rsquo;inscrire au registre du commerce\u00bb, note Rapha\u00ebl Reinhardt, avocat sp\u00e9cialis\u00e9 en droit commercial au sein de la plateforme juridique ma-societe.ch. Si la soci\u00e9t\u00e9 est vendue, la loi oblige le repreneur \u00e0 signifier que le fondateur n&rsquo;en fait plus partie. Il ne peut pas exploiter le nom tel quel. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec l&rsquo;autorisation du cr\u00e9ateur de l&rsquo;entreprise que l&rsquo;appellation d&rsquo;origine peut \u00eatre conserv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abEn revanche, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 anonyme ou d&rsquo;une S\u00e0rl, le choix du nom est beaucoup plus libre, poursuit l&rsquo;avocat. Si le ou les fondateurs d\u00e9cident malgr\u00e9 tout de donner \u00e0 leur entreprise un nom patronymique, dans le cadre d&rsquo;une future transmission, le repreneur n&rsquo;est pas tenu de changer le nom. Sans clauses sp\u00e9cifiques pr\u00e9vues par les fondateurs, il peut continuer \u00e0 l&rsquo;exploiter librement.\u00bb<\/p>\n<p>Souvent, l&rsquo;appellation de l&rsquo;entreprise r\u00e9sulte d&rsquo;un h\u00e9ritage profond\u00e9ment ancr\u00e9. De nombreuses soci\u00e9t\u00e9s patronymiques suisses sont des entreprises familiales, reprises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Fond\u00e9es \u00e0 la base par une personne individuelle, il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;elles deviennent par la suite des soci\u00e9t\u00e9s anonymes, incluant de nouveaux investisseurs pour perdurer. De ce fait, lorsqu&rsquo;elles sont finalement reprises par un \u00e9tranger, ce dernier peut continuer \u00e0 faire usage du nom d&rsquo;origine sans l&rsquo;autorisation de la famille. C&rsquo;est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entreprise vinicole vaudoise Henri Badoux ou \u00e0 la chocolaterie genevoise Favarger. Rachet\u00e9e par le Croate Luka Rajic en 2003, la chocolaterie n&rsquo;a aujourd&rsquo;hui plus aucun rapport avec la famille Favarger, alors qu&rsquo;elle continue d&rsquo;en utiliser le nom.<\/p>\n<p>Les affaires de succession ou de vente d&rsquo;entreprises patronymiques constituent dans bien des cas un sujet \u00e9motionnel et d\u00e9licat. Si bien que de nombreux entrepreneurs ont refus\u00e9 de r\u00e9pondre aux sollicitations de la r\u00e9daction lors de l&rsquo;\u00e9laboration de cet article, aussi bien du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui ont vendu leur soci\u00e9t\u00e9, que de celui des acheteurs. Ainsi, le designer neuch\u00e2telois Rodolphe Cattin, qui a c\u00e9d\u00e9 sa marque horlog\u00e8re Rodolphe au groupe Franck Muller en 2005, l&rsquo;horloger Michel Parmigiani, dont la soci\u00e9t\u00e9 Parmigiani Fleurier appartient aujourd&rsquo;hui enti\u00e8rement \u00e0 la fondation Sandoz, et le banquier Thierry Lombard, qui s&rsquo;est retir\u00e9 en d\u00e9cembre 2014 de l&rsquo;\u00e9tablissement qui porte son nom, ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas s&rsquo;exprimer.<\/p>\n<p><strong>Visage humain<\/strong><\/p>\n<p>Le choix de donner son nom \u00e0 son entreprise comporte des avantages. \u00abPersonnifier sa soci\u00e9t\u00e9 et lui donner un visage humain peut s&rsquo;av\u00e9rer tr\u00e8s rentable commercialement, souligne Cyril Gaillard, de l&rsquo;agence parisienne de &lsquo;naming\u00a0\u00bb B\u00e9n\u00e9fik, dont le but est d&rsquo;aider les entrepreneurs \u00e0 trouver un nom \u00e0 leur soci\u00e9t\u00e9. Les gens aiment pouvoir s&rsquo;identifier \u00e0 une personne, s&rsquo;attacher \u00e0 une histoire. C&rsquo;est une plus-value.\u00bb Cependant, lorsque la soci\u00e9t\u00e9 se retrouve en difficult\u00e9, le patronyme est directement touch\u00e9. L&rsquo;affaire du \u00ab\u00a0horsegate\u00a0\u00bb qui a \u00e9clat\u00e9 en France en 2013 constitue un bon exemple. L&rsquo;entreprise Spanghero aurait sciemment vendu de la viande de cheval \u00e0 la marque de lasagne Findus, la faisant passer pour du b\u0153uf. La famille Spanghero, qui avait pourtant vendu la soci\u00e9t\u00e9 quatre ans plus t\u00f4t, s&rsquo;est alors vue attaqu\u00e9e de toute part. Son nom et sa r\u00e9putation ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement salis par ce scandale. \u00abL&rsquo;amalgame entre l&rsquo;histoire de l&rsquo;entreprise et les personnes r\u00e9elles se fait tr\u00e8s facilement. Et cela ne concerne pas que les entrepreneurs en question, mais bien tous les membres de la famille portant ce nom, indique Cyril Gaillard. Aujourd&rsquo;hui, je ne conseille pas \u00e0 mes clients d&rsquo;utiliser leur patronyme, car j&rsquo;y vois plus d&rsquo;inconv\u00e9nients que d&rsquo;avantages.\u00bb<\/p>\n<p>Selon Cyril Gaillard, il y a bien d&rsquo;autres mani\u00e8res de personnifier son entreprise. \u00abIl est pr\u00e9f\u00e9rable de donner un nom compl\u00e8tement \u00e9loign\u00e9 du sien \u00e0 sa soci\u00e9t\u00e9, tout en demeurant tr\u00e8s pr\u00e9sent, poursuit l&rsquo;expert. C&rsquo;est le cas de Mark Zuckerberg avec Facebook, ou de Richard Branson avec Virgin.\u00bb Une autre strat\u00e9gie peut s&rsquo;av\u00e9rer payante, celle de donner un faux patronyme \u00e0 son entreprise ou \u00e0 sa marque, comme la factice grand-m\u00e8re Mamie Nova en France ou la fictive cuisini\u00e8re Betty Bossy en Suisse.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>PORTRAITS<\/p>\n<p><strong>\u00abJe ne pouvais interdire l&rsquo;utilisation de mon nom\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>En 2008, Henri Olivier Badoux vend sa soci\u00e9t\u00e9 vinicole Henri Badoux, se s\u00e9parant d&rsquo;un h\u00e9ritage patronymique de plus de 100 ans. <\/em><\/p>\n<p>Chez les Badoux, on s&rsquo;appelle Henri de p\u00e8re en fils. Pour les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations, le but de cette passation \u00e9tait d&rsquo;assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;entreprise familiale Henri Badoux. La soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 Aigle (VD) d\u00e9tient le c\u00e9l\u00e8bre vignoble chablaisien Les Murailles et produit un chasselas renomm\u00e9: l&rsquo;Aigle les Murailles. Avant de passer aux mains du groupe Schenk en 2008, l&rsquo;entreprise a vu se succ\u00e9der trois Henri \u00e0 sa t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00abMon grand-p\u00e8re Henri Badoux a fond\u00e9 sa soci\u00e9t\u00e9 en 1908 et, en 1940, mon p\u00e8re Henri Emile Badoux en a repris les commandes, raconte Henri Olivier Badoux, dernier membre de la famille \u00e0 avoir dirig\u00e9 l&rsquo;entreprise. Je suis n\u00e9 pour reprendre sa succession, mon nom ne m&rsquo;en laissait pas le choix.\u00bb En 1982, Henri Olivier Badoux se retrouve \u00e0 diriger plus t\u00f4t que pr\u00e9vu l&rsquo;entreprise familiale car son p\u00e8re est victime d&rsquo;un AVC. Il en devient le directeur g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 21 ans et la rach\u00e8te en 1990, \u00e0 30 ans. En 2008, l&rsquo;ann\u00e9e du centenaire de l&rsquo;entreprise, face aux pressions \u00e9conomiques, Henri Olivier Badoux op\u00e8re un rapprochement strat\u00e9gique avec la soci\u00e9t\u00e9 vaudoise Obrist, propri\u00e9t\u00e9 du groupe Schenk. Il y voit alors l&rsquo;opportunit\u00e9 de se lib\u00e9rer du carcan de l&rsquo;h\u00e9ritage familial et finit par vendre enti\u00e8rement sa soci\u00e9t\u00e9 au groupe.<\/p>\n<p>Au moment de la vente, il n&rsquo;est pas possible d&rsquo;envisager de rebaptiser l&rsquo;entreprise, car son nom fait sa renomm\u00e9e depuis un si\u00e8cle. \u00abDe plus, je venais de changer le statut de l&rsquo;exploitation en soci\u00e9t\u00e9 anonyme. Donc, au niveau de la loi, l&rsquo;acheteur \u00e9tait en droit d&rsquo;exploiter le m\u00eame nom et moi je n&rsquo;\u00e9tais pas en mesure de l&rsquo;interdire.\u00bb Pour Henri Olivier Badoux et sa femme, ce point a toujours \u00e9t\u00e9 une source d&rsquo;inqui\u00e9tude: \u00abNous craignons que le nom Henri Badoux, dont nous ne sommes plus propri\u00e9taires, soit mal utilis\u00e9 et que cela puisse porter pr\u00e9judice \u00e0 nos enfants. Aujourd&rsquo;hui, je suis devenu \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;entreprise qui fut la mienne et celle de ma famille. J&rsquo;ach\u00e8te comme M. Tout-le-monde le vin qui porte mon nom.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJ&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 garder ma signature\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Le designer horloger Jorg Hysek a vendu sa marque en 2000. Il dessine aujourd&rsquo;hui des mod\u00e8les de montres digitales pour son entreprise Slyde, bas\u00e9e \u00e0 Luins (VD).<\/em><\/p>\n<p>Utiliser son patronyme en tant que nom de soci\u00e9t\u00e9 et de marque fut presque un r\u00e9flexe pour Jorg Hysek. Form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horlogerie chez Rolex, designer connu pour son anticonformisme et ses cr\u00e9ations avant-gardistes, le Suisse d&rsquo;adoption se fait d&rsquo;abord un nom comme ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p>En quinze ans d&rsquo;activit\u00e9, il dessine pour Vacheron-Constantin, Cartier, Breguet, TAG Heuer ou encore Tiffany &amp; Co. Puis, la situation de l&rsquo;industrie dans les ann\u00e9es 1990 le pousse \u00e0 monter sa propre entreprise: \u00abA l&rsquo;\u00e9poque, les petites soci\u00e9t\u00e9s horlog\u00e8res se regroupaient autour de Richemont, Swatch et LVMH, relate le designer. Je n&rsquo;\u00e9tais donc plus libre de dessiner pour des marques de diff\u00e9rents groupes, c&rsquo;\u00e9tait moins motivant.\u00bb La petite manufacture Hysek na\u00eet alors \u00e0 Lussy-sur-Morges (VD) en 1997 et grandit relativement vite. \u00abUtiliser son propre nom marque davantage les esprits, estime Jorg Hysek. Cela permet de cr\u00e9er une relation plus personnelle avec les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 et les clients. Comme mon nom avait d\u00e9j\u00e0 une certaine renomm\u00e9e, cela facilitait aussi la communication!\u00bb<\/p>\n<p>Trouver des investisseurs devient cependant n\u00e9cessaire pour l&rsquo;avenir de l&rsquo;entreprise\u2026 L&rsquo;entrepreneur fran\u00e7ais Akram Aljord devient actionnaire minoritaire. \u00abCela fonctionnait tr\u00e8s bien et puis, comme souvent, les financiers prennent le dessus. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est pass\u00e9. J&rsquo;ai perdu petit \u00e0 petit la majorit\u00e9 de mes parts et finalement la ma\u00eetrise de ma soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Par souci d&rsquo;ind\u00e9pendance, Jorg Hysek vend le reste de ses actions en 2002 et quitte la soci\u00e9t\u00e9 pour de bon, non sans se pr\u00e9munir d&rsquo;une chose: \u00abJe n&rsquo;ai pas conclu de contrat de licence et ne per\u00e7ois donc pas de royalties sur l&rsquo;usage du nom Hysek. En revanche, j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 pouvoir garder le droit d&rsquo;utiliser mon nom pour la signature de mes futures cr\u00e9ations, \u00e0 l&rsquo;image de Kenzo Takada quand il a vendu sa compagnie \u00e0 LVMH. J&rsquo;ai v\u00e9cu cette vente comme un d\u00e9chirement, mais le probl\u00e8me \u00e9tait davantage li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9ception d&rsquo;une aventure qui s&rsquo;achevait qu&rsquo;au fait d&rsquo;y laisser mon nom.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJe suis fi\u00e8re de voir perdurer mon patronyme\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Dix ans apr\u00e8s la vente de Jan Autos pour un franc symbolique, Gloria Jan est fi\u00e8re de voir perdurer son patronyme sur le march\u00e9 romand de l&rsquo;automobile. <\/em><\/p>\n<p>Doyenne de la famille Jan, Gloria n&rsquo;a plus aucun lien avec les garages qui portent son nom. Elle se d\u00e9crit comme un cheval \u00e0 la retraite, qui aurait \u00e9t\u00e9 mis au p\u00e2turage il y a plus de dix ans d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nActionnaire \u00e0 49% avant la vente survenue en 2003, Gloria Jan r\u00e9sume en une phrase l&rsquo;histoire du groupe familial lausannois: \u00abDans la famille Jan, il y a eu Charles, mon beau-p\u00e8re, qui a cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9; Louis, mon mari, qui l&rsquo;a d\u00e9velopp\u00e9e et Claude, mon beau-fils, qui l&rsquo;a vendue.\u00bb Les bicyclettes Cilo qui sortaient de la fabrique Jan ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la renomm\u00e9e de la famille. D\u00e8s sa cr\u00e9ation dans les ann\u00e9es 1940, la griffe avait rencontr\u00e9 un vif succ\u00e8s en \u00e9quipant le champion du monde suisse Hans Knecht. La production des deux-roues, ainsi que l&rsquo;importation pour la Suisse des pi\u00e8ces de cycles Shimano, ont perdur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la liquidation du groupe en 2003.<\/p>\n<p>A son apog\u00e9e, en 1988, le groupe Jan comptait 280 employ\u00e9s et son chiffre d&rsquo;affaires avoisinait les 113 millions de francs. La descente aux enfers a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990. Les raisons? &lsquo;Une mauvaise gestion&rsquo;, souffle Gloria Jan. &lsquo;Un march\u00e9 devenu trop concurrentiel&rsquo;, d\u00e9taille Michel Humbert, qui a repris la soci\u00e9t\u00e9 Jan Autos et en est l&rsquo;actuel directeur. Pour lui, le mod\u00e8le d&rsquo;affaires n&rsquo;\u00e9tait plus tenable: \u00abLes marges sur les voitures neuves ont diminu\u00e9 ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e et, en parall\u00e8le, le secteur automobile du groupe devait financer les pertes de la soci\u00e9t\u00e9 Cilo.\u00bb<\/p>\n<p>Pour un franc symbolique, Michel Humbert et son associ\u00e9 rach\u00e8tent le garage de Lausanne. \u00abNous sommes repartis quasiment de z\u00e9ro \u00e0 une exception pr\u00e8s: nous avons gard\u00e9 le nom de Jan, explique le directeur. Nous avons proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une enqu\u00eate dans la r\u00e9gion et 70% des personnes interrog\u00e9es \u00e9taient favorables au maintien du patronyme de la famille. Pour elles, Jan \u00e9tait encore synonyme de qualit\u00e9, m\u00eame apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Collaboration: C\u00e9line Bilardo et Blandine Guignier.<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;utilisation du patronyme en tant que nom d&rsquo;entreprise est tr\u00e8s r\u00e9pandue. 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