



{"id":4378,"date":"2015-03-16T18:45:28","date_gmt":"2015-03-16T16:45:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4378"},"modified":"2015-03-16T18:51:30","modified_gmt":"2015-03-16T16:51:30","slug":"soins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4378","title":{"rendered":"Tourisme m\u00e9dical: gare aux turbulences"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20150316.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large20150316.jpg\" alt=\"Large20150316.jpg\" \/><\/p>\n<p>Les patients qui viennent chez nous nous confient leur c\u0153ur, alors nous les soignons avec tout le n\u00f4tre\u00bb, sourit Rujira Songprakon, infirmi\u00e8re. La cam\u00e9ra traverse alors une salle d\u2019op\u00e9ration ultramoderne, passe devant des ordinateurs munis d\u2019un syst\u00e8me d\u2019imagerie 3D, puis s\u2019arr\u00eate sur un panneau bilingue tha\u00ef-anglais. Cette publicit\u00e9, diffus\u00e9e sur YouTube, vante les m\u00e9rites du tout nouveau centre d\u2019arythmie cardiaque de l\u2019h\u00f4pital Bumrungrad, \u00e0 Bangkok.<\/p>\n<p>Elle t\u00e9moigne d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne en pleine expansion: le tourisme m\u00e9dical. Si les membres de l\u2019aristocratie europ\u00e9enne allaient d\u00e9j\u00e0 se faire soigner dans les villes thermales de France ou du sud de l\u2019Angleterre au XVIIIe si\u00e8cle, il a fallu attendre les ann\u00e9es 1990 pour assister \u00e0 une migration de malades \u00e0 grande \u00e9chelle. \u00abCes patients \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral ais\u00e9s et issus de pays en voie de d\u00e9veloppement, d\u00e9taille Josef Woodman, le CEO de l\u2019organisation am\u00e9ricaine Patients Beyond Borders, qui publie des guides sur le tourisme m\u00e9dical. Ils ne parvenaient pas \u00e0 trouver des prestations m\u00e9dicales de qualit\u00e9 chez eux, alors ils venaient se faire soigner en Am\u00e9rique du Nord ou en Europe de l\u2019Ouest.\u00bb L\u2019Allemagne et la Suisse ont notamment su se profiler sur ce cr\u00e9neau aupr\u00e8s des russophones ou des Arabes.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, un autre type de patient voyageur est apparu. \u00abIl appartient \u00e0 la classe moyenne, est issu d\u2019un pays riche et est en qu\u00eate de soins bon march\u00e9, souvent dans les Etats pauvres o\u00f9 le co\u00fbt de la vie est moins \u00e9lev\u00e9\u00bb, rel\u00e8ve Josef Woodman. Il privil\u00e9gie les interventions chirurgicales de moindre gravit\u00e9. Sur les 65\u2019000 patients britanniques partis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en 2013, 41% ont opt\u00e9 pour la chirurgie esth\u00e9tique, 32% pour des<br \/>\nsoins dentaires, 9% pour des op\u00e9rations anti-ob\u00e9sit\u00e9 (chirurgie bariatrique) et 4,5% pour des traitements de fertilit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abIl y a 10 ans, il n\u2019y avait encore que cinq ou six destinations proposant des soins aux \u00e9trangers, indique Jonathan Edelheit, qui dirige la Medical Tourism Association, une association am\u00e9ricaine qui \u0153uvre pour la qualit\u00e9 et la transparence en mati\u00e8re de soins dans le tourisme m\u00e9dical. Aujourd\u2019hui, il y en a plus de 100.\u00bb La plupart se sont sp\u00e9cialis\u00e9es sur une poign\u00e9e d\u2019interventions. La Hongrie attire par exemple les Europ\u00e9ens de l\u2019Ouest en qu\u00eate de soins dentaires. L\u2019Afrique du Sud, la Colombie, le Mexique, le Br\u00e9sil, le Costa Rica, la Tunisie et le Maroc sont devenus des p\u00f4les pour la chirurgie esth\u00e9tique. L\u2019Inde et la Tha\u00eflande sont privil\u00e9gi\u00e9es pour les op\u00e9rations cardiaques et orthop\u00e9diques.<\/p>\n<p>Les Suisses ne sont pas de reste. \u00abNous envoyons nos clients \u00e0 Barcelone, en Hongrie et \u00e0 Istanbul pour des soins dentaires, \u00e0 Grenoble et Istanbul pour subir une op\u00e9ration des yeux au laser ou en Belgique ou \u00e0 Istanbul pour les interventions de chirurgie esth\u00e9tique\u00bb, d\u00e9taille St\u00e9phane de Buren, qui a cr\u00e9\u00e9 l\u2019agence de tourisme m\u00e9dicale genevoise Novacorpus.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce qui pousse les gens \u00e0 partir se faire soigner \u00e0 l\u2019\u00e9tranger? Le prix reste le principal argument. Les \u00e9conomies peuvent atteindre 70 \u00e0 90%. Un pontage de l\u2019art\u00e8re coronaire co\u00fbte 88\u2019000 dollars aux Etats-Unis, mais seulement 14\u2019400 en Inde, selon les chiffres de Patients Beyond Borders. Une f\u00e9condation in vitro (FIV) se facture 15\u2019000 dollars aux Etats-Unis mais 1\u2019150 en Ukraine.<\/p>\n<p><strong>Pas qu&rsquo;une histoire de sous<\/strong><\/p>\n<p>Certains patients \u2013 notamment ceux qui sont plus \u00e2g\u00e9s ou qui souffrent d\u2019une maladie chronique &#8211; d\u00e9cident carr\u00e9ment de d\u00e9m\u00e9nager dans un pays o\u00f9 les soins sont moins chers. \u00abDes Allemands souffrant d\u2019Alzheimer partent s\u2019installer au Maghreb, rel\u00e8ve Fred Paccaud, directeur de l\u2019Institut universitaire de m\u00e9decine sociale et pr\u00e9ventive du CHUV. Des Suisses prennent leur retraite sur la Costa Brava espagnole, dans des immeubles sp\u00e9ciaux \u00e9quip\u00e9s d\u2019infirmeries et d\u2019autres services m\u00e9dicaux.\u00bb<\/p>\n<p>Mais le tourisme m\u00e9dical n\u2019est pas qu\u2019une histoire de sous. \u00abLe vieillissement de la population et la multiplication des maladies graves ou chroniques dans un syst\u00e8me de sant\u00e9 surcharg\u00e9 ont donn\u00e9 un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur au ph\u00e9nom\u00e8ne\u00bb, souligne Josef Woodman. En Grande-Bretagne et au Canada, les listes d\u2019attente peuvent atteindre plusieurs mois, voire des ann\u00e9es pour certaines interventions.<\/p>\n<p>Se faire traiter \u00e0 l\u2019\u00e9tranger permet en outre d\u2019\u00e9chapper aux lois du pays d\u2019origine. Si la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e n\u2019est pas ouverte aux femmes c\u00e9libataires ou aux lesbiennes dans de nombreux pays, elle l\u2019est en Espagne, en Su\u00e8de et aux Etats-Unis. De m\u00eame, l\u2019assistance au suicide, autoris\u00e9e en Suisse, a fait du pays une destination pour le tourisme de la mort.<\/p>\n<p>Certaines proc\u00e9dures ne sont disponibles qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00abLe Birmingham hip, une technique de resurfa\u00e7age de la hanche qui \u00e9vite les implants, n\u2019a longtemps \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 qu\u2019en Inde\u00bb, note Josef Woodman.<\/p>\n<p>Reste que le tourisme m\u00e9dical n\u2019est pas sans danger. Une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 de Californie portant sur 33 patients ayant subi une greffe de rein \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a constat\u00e9 un taux de rejet et d\u2019infection sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. En Grande-Bretagne, un sondage aupr\u00e8s des membres de l\u2019Association des chirurgiens esth\u00e9tiques a montr\u00e9 que 37% d\u2019entre eux avaient trait\u00e9 des patients avec des complications suite \u00e0 une op\u00e9ration r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00abJ\u2019ai vu de v\u00e9ritables boucheries dans certains des cabinets dentaires situ\u00e9s sur la fronti\u00e8re mexicaine ou en Hongrie\u00bb, raconte Josef Woodman. Le simple fait de se d\u00e9placer implique des risques. Certains pays tropicaux ou du tiers monde comportent des virus et bact\u00e9ries qui sont absents &#8211; ou moins fr\u00e9quents &#8211; dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, comme la tuberculose, la malaria ou la dengue. Prendre l\u2019avion peu de temps apr\u00e8s une op\u00e9ration favorise en outre les thromboses et les embolies pulmonaires.<\/p>\n<p>La gestion post-op\u00e9ratoire laisse aussi souvent \u00e0 d\u00e9sirer. \u00abLe patient n\u2019a pas souvent droit \u00e0 des consultations de<br \/>\nsuivi\u00bb, rel\u00e8ve Jonathan Edelheit. La dur\u00e9e moyenne du s\u00e9jour hospitalier exc\u00e8de rarement les quelques jours. En cas de complication ou d\u2019erreur m\u00e9dicale, les possibilit\u00e9s pour obtenir r\u00e9paration sont t\u00e9nues. \u00abLe patient se retrouve souvent seul: la clinique qui l\u2019a trait\u00e9 se d\u00e9charge de son cas et son m\u00e9decin habituel ne veut pas entendre parler des complications survenues \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00bb, d\u00e9taille Keith Pollard, l\u2019\u00e9diteur du site Treatment Abroad et du magazine International Medical Travel Journal.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de ces visiteurs occidentaux n\u2019est pas non plus sans impact sur les locaux. \u00abOn a vu appara\u00eetre du trafic de tissus humains en Chine, aux Philippines ou en Colombie, rel\u00e8ve Jonathan Edelheit. S\u2019il n\u2019est jamais l\u00e9gal d\u2019acheter un organe, certains pays autorisent les dons de la part de simples \u2018amis\u2019.\u00bb Cela favorise les abus. \u00abEn Inde, certaines femmes illettr\u00e9es se retrouvent enr\u00f4l\u00e9es dans un programme de don d\u2019ovule sans le savoir, note Elizabeth Beck-Gernscheim, une sociologue allemande qui a \u00e9tudi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne. D\u2019autres sont contraintes par la pauvret\u00e9 de devenir m\u00e8re porteuse.\u00bb <\/p>\n<p>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, le tourisme m\u00e9dical a d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9allocation des fonds et des personnels de sant\u00e9 vers les visiteurs \u00e9trangers, aux d\u00e9pens des besoins de la population locale. En Tha\u00eflande, par exemple, les \u00e9tablissements ruraux et le traitement des maladies infectieuses ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es au profit des grands h\u00f4pitaux urbains et des prestations orthop\u00e9diques ou cardiaques haut de gamme.<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRE<\/p>\n<p><strong>La Suisse veut sa part du g\u00e2teau<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse a une longue tradition de tourisme m\u00e9dical, n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque des stations thermales et des sanatoriums.<\/p>\n<p>Environ 30\u2019000 personnes viennent s\u2019y faire soigner chaque ann\u00e9e, selon l\u2019Institut Gottlieb Duttweiler. Elles d\u00e9pensent 1 milliard de francs, soit 6% du chiffre d\u2019affaires hospitalier annuel. \u00abLa plupart viennent de Russie, du Kazakhstan, d\u2019Ukraine, d\u2019Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de Chine ou des pays voisins\u00bb, d\u00e9taille Andrej Reljic, qui dirige Swiss Health, un organisme de promotion de la place m\u00e9dicale helv\u00e9tique cr\u00e9\u00e9 en 2008. \u00abLa Suisse a une expertise \u00e0 faire valoir dans le domaine de la r\u00e9habilitation, de l\u2019orthop\u00e9die, de la m\u00e9decine sportive (accidents de ski), de la pr\u00e9vention et du wellness\u00bb, estime Franz Kronthaler, professeur \u00e0 la Haute Ecole de technique et d\u2019\u00e9conomie de Coire.<\/p>\n<p>Outre les h\u00f4pitaux universitaires des grandes villes, plusieurs r\u00e9gions ont d\u00e9velopp\u00e9 une offre ad hoc destin\u00e9e aux patients \u00e9trangers, \u00e0 l\u2019image de Lucerne ou du Tessin (via les plateformes Lucerne Health et Ticino Health) ou de Montreux (par le biais de la clinique La Prairie).<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>CHIFFRES<\/p>\n<p><strong>38<\/strong><br \/>\nEn millions, le nombre de touristes m\u00e9dicaux par an, selon l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9.<\/p>\n<p><strong>60<\/strong><br \/>\nEn milliards, la valeur de l\u2019industrie mondiale du tourisme m\u00e9dical.<\/p>\n<p><strong>11\u2019500<\/strong><br \/>\nEn dollars, le prix d\u2019un remplacement de la hanche au Mexique. Aux Etats-Unis, la m\u00eame op\u00e9ration co\u00fbte 33\u2019000 dollars, selon l\u2019association Patients Beyond Borders.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine In Vivo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les pays o\u00f9 la m\u00e9decine est bon march\u00e9 ne cessent d\u2019attirer de nouveaux patients. 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