



{"id":4364,"date":"2015-02-24T19:04:22","date_gmt":"2015-02-24T17:04:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4364"},"modified":"2015-02-24T19:07:52","modified_gmt":"2015-02-24T17:07:52","slug":"bourse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4364","title":{"rendered":"Temp\u00eate sur le m\u00e9tier d\u2019analyste financier"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20230215_2.jpg\" alt=\"Large20230215_2.jpg\" title=\"Large20230215_2.jpg\" height=\"317\" width=\"465\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Faut-il se fier aux pr\u00e9visions des analystes financiers? Telle est la question qui ressurgit invariablement en p\u00e9riode d\u2019incertitude sur les march\u00e9s. Bien que les investisseurs aient g\u00e9n\u00e9ralement pour habitude de suivre les recommandations des professionnels du secteur, des critiques r\u00e9currentes se font entendre sur leur r\u00e9elle capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9dire les tendances \u00e0 venir. Critiques qu\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9tudes sont venues appuyer au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Ainsi, selon une enqu\u00eate statistique de la firme de consulting McKinsey, datant de 2010, les analystes se sont montr\u00e9s bien trop optimistes au cours des vingt-cinq ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, leurs pr\u00e9visions s\u2019\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9es 100% trop \u00e9lev\u00e9es en moyenne.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, en janvier 2014, un article des \u00e9conomistes Roger Loh de l\u2019Universit\u00e9 de Singapour et Ren\u00e9 Stulz de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Etat de l\u2019Ohio a \u00e9galement mis en cause la pr\u00e9cision des analystes financiers. Les deux chercheurs ont pass\u00e9 en revue les pr\u00e9dictions de gains et les recommandations d\u2019achat et de ventes \u00e9mis entre 1983 et 2011, mettant en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne curieux: les estimations des analystes sont moins fiables lorsque le march\u00e9 se porte mal. En temps de crise, ces derni\u00e8res se sont en effet av\u00e9r\u00e9es 46% moins correctes qu\u2019en temps normal. Pire: Roger Loh et Ren\u00e9 Stulz ont d\u00e9couvert que les investisseurs pr\u00eataient encore davantage attention aux opinions des analystes lorsque l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait en berne.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les professeurs Oya Altinkilic de la George Washington University et Robert Hansen de la Tulane University se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9tendue capacit\u00e9 des analystes \u00e0 affecter les prix des actions, aboutissant \u00e0 la conclusion que cette facult\u00e9 n\u2019existe pas. \u00abLes analystes n\u2019ont pas d\u2019influence sur le prix des actions, explique Oya Altinkilic. Ce r\u00f4le est totalement exag\u00e9r\u00e9. Ils se contentent en g\u00e9n\u00e9ral de suivre l\u2019actualit\u00e9 et de la relayer dans leurs recommandations, sans apporter de nouvelles informations sur le march\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des m\u00e9thodes imparfaites<\/strong><\/p>\n<p>Les analystes eux-m\u00eames admettent que leur m\u00e9tier est d\u00e9licat. Anticiper le comportement des march\u00e9s a naturellement un caract\u00e8re al\u00e9atoire. M\u00eame avec les meilleures m\u00e9thodes d\u2019analyse, il est toujours possible qu\u2019un impr\u00e9vu se produise. Les analystes se retrouvent pratiquement dans le r\u00f4le de la voyante dot\u00e9e d\u2019une boule de cristal: \u00abNotre m\u00e9tier est de pr\u00e9dire l\u2019avenir, explique un analyste parisien. C\u2019est \u00e0 nous d\u2019\u00e9valuer, par exemple, l\u2019impact qu\u2019aura le virus Ebola sur l\u2019\u00e9conomie globale, une t\u00e2che pratiquement impossible.\u00bb<\/p>\n<p>Souvent, ces experts prennent trop de temps pour adapter leurs recommandations \u00e0 l\u2019actualit\u00e9: \u00abLes conditions du march\u00e9 peuvent \u00e9voluer tr\u00e8s rapidement et en fonction de sch\u00e9mas que nous ne connaissons pas, indique l\u2019expert parisien. Les choses changent parfois trop vite.\u00bb<\/p>\n<p>De plus, certaines m\u00e9thodes autrefois consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9prouv\u00e9es sont aujourd\u2019hui remises en cause. L\u2019\u00e9quation de Fischer, qui a longtemps permis de calculer avec efficacit\u00e9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, a ainsi cess\u00e9 de fonctionner vers la fin des ann\u00e9es 2000, suite \u00e0 l\u2019intervention excessive des banques centrales.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tier d\u2019analyste a par ailleurs connu de profondes transformations ces derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00abL\u2019introduction de nouvelles r\u00e9gulations en Europe et aux Etats-Unis durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie limite le type d\u2019informations que peuvent obtenir les analystes\u00bb, explique le professeur Roger Loh. Le Sarbanes-Oxley Act am\u00e9ricain oblige, par exemple, ces experts \u00e0 utiliser uniquement des informations publiques, en r\u00e9action notamment aux recommandations scandaleuses r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par le procureur g\u00e9n\u00e9ral de la ville de New York Eliot Spitzer au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>La d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019environnement \u00e9conomique expliquerait \u00e9galement le manque de pr\u00e9cision des r\u00e9sultats: selon Neil Scarth, analyste chez Frost Consulting, les budgets consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019analyse finenci\u00e8re auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits de 40% lors de la derni\u00e8re crise. \u00abEt l\u2019on demande de plus en plus aux analystes de se consacrer \u00e0 la vente de produits. Nous passons moins de temps \u00e0 faire de la recherche originale\u00bb, ajoute l\u2019analyste parisien.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution informatique red\u00e9finit \u00e9galement le r\u00f4le des analystes: \u00abIl y a bien plus d\u2019informations dans le domaine public qu\u2019auparavant, explique Robert Hansen. Les investisseurs disposent de milliers de donn\u00e9es qu\u2019ils peuvent d\u00e9sormais faire analyser par des ordinateurs, et n\u2019ont donc plus autant besoin des analystes.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La force du collectif<\/strong><\/p>\n<p>Des experts appellent \u00e0 r\u00e9former le m\u00e9tier. \u00abAujourd\u2019hui, les analystes se concentrent beaucoup trop sur les pr\u00e9dictions de gains \u00e0 court terme des entreprises, explique Thomas Kahn, du fonds d\u2019investissement Kahn Brothers bas\u00e9 \u00e0 New York. Ils devraient passer plus de temps \u00e0 d\u00e9cortiquer les strat\u00e9gies \u00e0 long terme des firmes, pour savoir si elles sont valides et vont leur permettre de r\u00e9aliser de bons r\u00e9sultats ces prochaines ann\u00e9es, et pas seulement ces prochains mois.\u00bb<\/p>\n<p>Et, surtout, de nouvelles start-up r\u00e9volutionnent le secteur. Parmi elles, Estimize, une plate-forme ouverte au grand public qui g\u00e9n\u00e8re des analyses crowdsourc\u00e9es sur les performances des entreprises. La cl\u00e9 de son succ\u00e8s? Un algorithme qui se base sur la justesse des pr\u00e9dictions pass\u00e9es et \u00e9limine les avis les moins fiables. \u00abNous avons 5\u2019000 contributeurs anonymes qui couvrent plus de 1\u2019000 soci\u00e9t\u00e9s\u00bb, d\u00e9taille Leigh Drogen, le fondateur de la soci\u00e9t\u00e9, un New-Yorkais de 28 ans qui a entam\u00e9 sa carri\u00e8re dans un hedge fund.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat: les avis de la start-up seraient 69,5% plus pr\u00e9cis que ceux des analystes de Wall Street. \u00abNous faisons confiance \u00e0 la sagesse de la foule (wisdom of the crowd, ndlr)\u00bb, explique Leigh Drogen, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un th\u00e9or\u00e8me qui stipule que les \u00e9valuations d\u2019une masse de gens sont plus pr\u00e9cises que celles d\u2019un seul individu. \u00abApple est couverte par 42 analystes, mais nous avons 207 contributeurs qui se penchent sur cette entreprise, note-t-il. L\u2019avantage du nombre est encore plus flagrant dans le cas de petites firmes, qui ne sont suivies que par six analystes officiels en moyenne.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9tiers de l\u2019analyse financi\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019analyste financier recouvre dans les faits plusieurs m\u00e9tiers, qui correspondent \u00e0 des approches diff\u00e9rentes. L\u2019analyse boursi\u00e8re de soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es, dont il est question dans cet article, a pour nom Equity Research. Concr\u00e8tement, l\u2019analyste Equity \u00e9tablit son diagnostic en se fondant sur la comptabilit\u00e9 et le business plan de l\u2019entreprise \u00e9tudi\u00e9e, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019environnement \u00e9conomique et de ses propres informations et anticipations. Le tout afin d\u2019en tirer un objectif de cours. L\u2019activit\u00e9 d\u2019Equity Research est \u00e0 distinguer, par exemple, de la Corporate Analysis, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019achat et la vente de soci\u00e9t\u00e9s, ou encore du Credit Analysis, qui porte sur les op\u00e9rations de pr\u00eats aux entreprises. L\u2019analyse financi\u00e8re ne doit pas non plus \u00eatre confondue avec l\u2019analyse quantitative, qui concerne exclusivement l\u2019utilisation de math\u00e9matiques financi\u00e8res, souvent d\u00e9riv\u00e9es des probabilit\u00e9s, et qui consiste \u00e0 d\u00e9velopper des outils et algorithmes de calcul du risque.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les analystes financiers constituent une cible de choix en temps de crise. De nombreuses voix critiquent leurs recommandations. Et de nouvelles start-up issues de la FinTech leur coupent l\u2019herbe sous le pied. 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