



{"id":4350,"date":"2015-02-04T18:39:31","date_gmt":"2015-02-04T16:39:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4350"},"modified":"2015-02-05T09:03:50","modified_gmt":"2015-02-05T07:03:50","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4350","title":{"rendered":"La schizophr\u00e9nie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des neurones"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/04022015.jpg\" alt=\"04022015.jpg\" title=\"04022015.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>De \u00abVol au-dessus d\u2019un nid de coucou\u00bb \u00e0 \u00abFight Club\u00bb, la schizophr\u00e9nie a de nombreuses fois jou\u00e9 les premiers r\u00f4les au cin\u00e9ma, t\u00e9moignant de la fascination qu\u2019exerce ce trouble psychotique aupr\u00e8s du grand public. Et ce, plus d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s sa premi\u00e8re description par le psychiatre zurichois Eugen Bleuler. Mais ce que le septi\u00e8me art raconte de la maladie \u2013 qui toucherait 24 millions de personnes dans le monde \u2013 est souvent bien \u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 et concourt \u00e0 alimenter de nombreux lieux communs.<\/p>\n<p>Alors que peu de personnes connaissent r\u00e9ellement les sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques de la maladie, le terme de schizophr\u00e9nie est pourtant entr\u00e9 dans le langage courant, souvent pour d\u00e9signer une double personnalit\u00e9, ou des attitudes et propos contradictoires. Or il s\u2019agit d\u2019une confusion flagrante, le terme de schizophr\u00e9nie signifiant litt\u00e9ralement \u00abesprit fendu\u00bb. \u00abLes personnes schizophr\u00e8nes souffrent d\u2019une dissociation de l\u2019esprit mais pas d\u2019une personnalit\u00e9 double, commente St\u00e9phane Jamain, chercheur au sein de l\u2019unit\u00e9 Inserm de psychiatrie g\u00e9n\u00e9tique du groupe hospitalier Chenevier-Mondor \u00e0 Paris. Le sens commun qui est en train d\u2019\u00e9merger correspond en fait plut\u00f4t aux troubles de la personnalit\u00e9 multiple.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Peu de progr\u00e8s dans la recherche th\u00e9rapeutique<\/strong><\/p>\n<p>Affectant environ 1% de la population g\u00e9n\u00e9rale, la schizophr\u00e9nie constitue un r\u00e9el probl\u00e8me de sant\u00e9 publique, car l\u2019impact sur la qualit\u00e9 de vie des patients est majeur: seul un malade sur cinq serait en mesure d\u2019avoir une activit\u00e9 professionnelle. Connue depuis longtemps, la maladie ne fait pourtant pas l\u2019objet d\u2019innovations th\u00e9rapeutiques. \u00abLa prise en charge m\u00e9dicamenteuse a tr\u00e8s peu \u00e9volu\u00e9 depuis cinquante ans, constate St\u00e9phane Jamain. Les neuroleptiques restent les m\u00e9dicaments les plus efficaces. Le seul progr\u00e8s a consist\u00e9 en une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de mol\u00e9cules, qui pr\u00e9sentent un peu moins d\u2019effets secondaires, et que l\u2019on appelle antipsychotiques atypiques. Mais on peut avoir le sentiment que l\u2019industrie pharmaceutique s\u2019est d\u00e9sengag\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>De nouvelles pistes th\u00e9rapeutiques pourraient cependant \u00e9merger gr\u00e2ce aux avanc\u00e9es permises par les neurosciences ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es dans la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes biologiques impliqu\u00e9s dans la maladie. \u00abLe premier apport des neurosciences a sans nul doute \u00e9t\u00e9 de montrer que la schizophr\u00e9nie est une neuropathologie, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il y a un substrat biologique aux troubles que pr\u00e9sentent les patients\u00bb, explique la professeure Kim Q. Do, neurobiologiste \u00e0 la t\u00eate du Centre des neurosciences psychiatriques de l\u2019h\u00f4pital universitaire de Lausanne. Elle a cr\u00e9\u00e9 cette unit\u00e9 de recherche en 1998 avec la volont\u00e9 de faire le pont entre la recherche fondamentale et la psychiatrie clinique. \u00abNous travaillons main dans la main avec les m\u00e9decins du service de psychiatrie du CHUV\u00bb, souligne la neurobiologiste.<\/p>\n<p>Pendant longtemps les seules donn\u00e9es disponibles concernant le cerveau des personnes schizophr\u00e8nes provenaient de dissections post-mortem. \u00abPersonne ne voyait alors de l\u00e9sions qui auraient pu expliquer la maladie, raconte Kim Q. Do. Ce sont les importants progr\u00e8s techniques, notamment en microscopie \u00e9lectronique et en imagerie m\u00e9dicale, qui ont permis de mettre en \u00e9vidence des diff\u00e9rences structurales entre un cerveau sain et celui d\u2019un patient schizophr\u00e8ne.\u00bb On sait aujourd\u2019hui qu\u2019en cas de schizophr\u00e9nie, la couche corticale du cerveau peut s\u2019amincir. La mati\u00e8re blanche c\u00e9r\u00e9brale, qui contient les r\u00e9seaux de fibres assurant les connexions entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du cerveau, est \u00e9galement touch\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Un facteur g\u00e9n\u00e9tique<\/strong><\/p>\n<p>\u00abAujourd\u2019hui tout le monde est d\u2019accord pour dire que la schizophr\u00e9nie est une maladie neurod\u00e9veloppementale complexe dans laquelle interagissent des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques et environnementaux\u00bb, souligne Kim Do. Les premiers sympt\u00f4mes se produisent habituellement \u00e0 l\u2019adolescence, mais la maladie commencerait bien avant, dans l\u2019enfance, lorsque dans le cerveau se mettent en place les r\u00e9seaux de connexions nerveuses.<\/p>\n<p>Depuis 2009, de grand progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 faits dans la compr\u00e9hension des bases g\u00e9n\u00e9tiques de la schizophr\u00e9nie. \u00abL\u2019am\u00e9lioration des techniques de s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit d\u2019une part et le regroupement de centres de recherches en consortium a donn\u00e9 une nouvelle envergure aux \u00e9tudes sur le g\u00e9nome, indique St\u00e9phane Jamain. Ces travaux ont permis d\u2019identifier des r\u00e9gions de l\u2019ADN li\u00e9es \u00e0 la maladie o\u00f9 les patients schizophr\u00e8nes pr\u00e9sentent des variations g\u00e9n\u00e9tiques plus fr\u00e9quemment que les personnes saines. Nous portons tous certaines de ces variantes g\u00e9n\u00e9tiques, mais c\u2019est leur accumulation et aussi certaines combinaisons qui en feraient des facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9 chez les personnes malades.\u00bb<\/p>\n<p>La plupart des facteurs de risque environnementaux pouvant favoriser le d\u00e9clenchement de la schizophr\u00e9nie sont peu sp\u00e9cifiques. S\u2019y retrouvent notamment des complications de la grossesse (telles que l\u2019hypoxie, la pr\u00e9\u00e9clampsie, ou des infections survenues dans les deux derniers trimestres). En cause \u00e9galement: des traumatismes physiques ou psychiques importants, v\u00e9cus durant l\u2019enfance.<\/p>\n<p>\u00abComme il est actuellement impossible d\u2019agir sur les aspects g\u00e9n\u00e9tiques de la maladie, il est important de travailler sur une meilleure compr\u00e9hension des facteurs environnementaux, dont certains peuvent \u00eatre, dans une certaine mesure, contr\u00f4l\u00e9s\u00bb, ajoute Kim Q. Do. Son \u00e9quipe de recherche explore depuis plusieurs ann\u00e9es la voie du stress oxydant. \u00abChez les patients schizophr\u00e8nes il y a une perturbation de l\u2019\u00e9quilibre dit \u00abredox\u00bb, explique la neurobiologiste. Nous avons toutefois pu r\u00e9cemment montrer dans un mod\u00e8le animal de schizophr\u00e9nie que l\u2019apport pendant la p\u00e9riode de maturation du cerveau d\u2019une mol\u00e9cule anti-oxydante que fabrique notre organisme\u2013 le glutathion- permet de pr\u00e9venir le d\u00e9veloppement de la maladie.\u00bb La scientifique participe \u00e9galement \u00e0 des \u00e9tudes qui visent \u00e0 valider cette hypoth\u00e8se chez des jeunes \u00e0 risque, dans l\u2019id\u00e9e toujours d\u2019avancer de front sur le versant exp\u00e9rimental et clinique: \u00abNous esp\u00e9rons trouver des marqueurs biologiques qui permettraient une d\u00e9tection pr\u00e9coce de ces enfants \u00e0 risque et am\u00e9liorer notre compr\u00e9hension des m\u00e9canismes biologiques, pour ouvrir la voie \u00e0 de nouvelles approches th\u00e9rapeutiques et pr\u00e9ventives.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Trois questions \u00e0<\/strong><br \/>\n<em>Krzysztof Skuza, Professeur \u00e0 l\u2019HESAV-Haute Ecole de Sant\u00e9 Vaud<\/em><\/p>\n<p><strong>La prise en charge des maladies telles que la schizophr\u00e9nie est longtemps rest\u00e9e l\u2019apanage de la psychiatrie. Comment les recherches men\u00e9es par les neurobiologistes dans ce domaine sont-elles per\u00e7ues?<\/strong><\/p>\n<p>La psychiatrie a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois bien seule et du m\u00eame coup h\u00e9g\u00e9monique dans le traitement de ces maladies. Les neurosciences des troubles mentaux se sont d\u00e9velopp\u00e9es dans les ann\u00e9es 1980, \u00e0 un moment o\u00f9 la psychiatrie, particuli\u00e8rement psychodynamique, \u00e9tait remise en cause, notamment en raison de certains abus institutionnels. En tant que scientifique, il est int\u00e9ressant de voir que d\u2019autres champs disciplinaires s\u2019int\u00e9ressent d\u00e9sormais \u00e0 ces maladies, ce qui peut avoir des effets positifs pour la psychiatrie, qui doit se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi chez les psychiatres une crainte l\u00e9gitime d\u2019un certain positivisme de la biom\u00e9decine, parfois r\u00e9ductrice par rapport \u00e0 la clinique psychiatrique. De plus, les cliniciens attendent de ces recherches qu\u2019elles apportent un b\u00e9n\u00e9fice pour le patient. Or, pour le moment, ce n\u2019est malheureusement pas souvent le cas.<\/p>\n<p><strong>Les connaissances apport\u00e9es par les recherches exp\u00e9rimentales en neurosciences n\u2019ont pas encore permis de mettre au point de nouveaux traitements. Ont-elles n\u00e9anmoins modifi\u00e9 certaines pratiques en psychiatrie clinique? <\/strong><\/p>\n<p>Plus que les neurosciences elles-m\u00eames, c\u2019est la d\u00e9marche scientifique qui, en s\u2019imposant comme la r\u00e9f\u00e9rence absolue, a fait bouger certaines lignes dans les pratiques de psychiatrie. Mais pas toujours dans le bon sens. Le progr\u00e8s et la rigueur scientifique des preuves sont n\u00e9cessaires, ils ne doivent cependant pas emp\u00eacher la psychiatrie de puiser dans son pass\u00e9.<\/p>\n<p>Or, aujourd\u2019hui, certaines pratiques qui ont fait leurs preuves dans la clinique, et ce pendant plusieurs d\u00e9cennies, sont d\u00e9nigr\u00e9es car elles ne sont pas \u00abvalid\u00e9es scientifiquement\u00bb. Il est bien entendu l\u00e9gitime de justifier de l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une m\u00e9thode quand le co\u00fbt de celle-ci est assum\u00e9 par la collectivit\u00e9. Mais il faut \u00e9viter que la seule validation reconnue par les autorit\u00e9s ne soit la publication d\u2019une \u00e9tude randomis\u00e9e en double aveugle, car cela pr\u00e9t\u00e9riterait d\u2019embl\u00e9e tout traitement non m\u00e9dicamenteux. Il y a donc un parti pris aujourd\u2019hui du \u00abtout scientifique\u00bb au d\u00e9triment de l\u2019exp\u00e9rience clinique qui peut s\u2019av\u00e9rer d\u00e9l\u00e9t\u00e8re pour les patients, en diminuant l\u2019offre de soins.<\/p>\n<p><strong>Vous dites que \u00abla psychiatrie a tout \u00e0 gagner \u00e0 laisser le cerveau aux neurobiologistes, et \u00e0 se r\u00e9approprier le corps\u00bb. Pensez-vous que le corps soit le grand oubli\u00e9 dans la prise en charge des troubles psychiatriques?<\/strong><\/p>\n<p>La psychiatrie a \u00abf\u00e9tichis\u00e9\u00bb la parole et en paie peut-\u00eatre le prix. L\u2019int\u00e9gration psycho-corporelle est d\u2019une grande importance, surtout pour des maladies o\u00f9 le patient a un rapport tr\u00e8s perturb\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eatre et donc \u00e0 son corps, comme c\u2019est le cas dans la schizophr\u00e9nie. Pourtant, des approches qui ont fait leurs preuves en clinique existent. C\u2019est le cas de la technique de l\u2019enveloppement humide, ou pack, que l\u2019on propose aux patients adultes volontaires. Le pack n\u2019est pas un traitement de la schizophr\u00e9nie mais un soin m\u00e9dico-infirmier qui peut aider le patient \u00e0 g\u00e9rer l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 sa maladie. C\u2019est aussi un moyen pour lui de r\u00e9int\u00e9grer son corps.<\/p>\n<p>Durant les s\u00e9ances, deux soignants restent aupr\u00e8s du patient et sont disponibles pour parler ou simplement partager le silence, cr\u00e9ant un cadre rassurant. Le pack fait partie de ces m\u00e9thodes anciennes qui perdent du terrain du fait de leur statut empirique. Or, la pratique clinique montre que les packs sont b\u00e9n\u00e9fiques pour certains patients. Nous l\u2019avons d\u2019ailleurs montr\u00e9 dans une recherche exploratoire et poursuivrons nos investigations dans le cadre d\u2019un essai clinique.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 8).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les progr\u00e8s r\u00e9cents des neurosciences et de l\u2019imagerie m\u00e9dicale ont permis de mieux comprendre cette pathologie, longtemps demeur\u00e9e parent pauvre de la recherche m\u00e9dicale. Un nouvel espoir pour les patients?<\/p>\n","protected":false},"author":20175,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20175"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4350"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4350\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}