



{"id":435,"date":"2000-06-20T00:00:00","date_gmt":"2000-06-19T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=435"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"phone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=435","title":{"rendered":"Les sonneries de mobile les plus aga\u00e7antes: hit parade"},"content":{"rendered":"<p>Il para\u00eet que la pub \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 a fait davantage pour Verdi ou Chostakovitch que les efforts sans fin de tous les musicologues vulgarisateurs et violonistes branch\u00e9s. Admettons. Or voici que la publicit\u00e9 est en train de se faire doubler par la t\u00e9l\u00e9phonie mobile. Reconvertis en sonneries de portables, nos immortels classiques r\u00e9sonnent aujourd&rsquo;hui au restaurant, dans le m\u00e9tro et \u00e0 chaque coin de rue. Comment sont-ils arriv\u00e9s l\u00e0?<\/p>\n<p>Voici d\u2019abord un hit-parade des bip les plus aga\u00e7ants et les plus r\u00e9pandus (et on sait combien vaste est l&rsquo;\u00e9tendue de la sonnerie):<\/p>\n<p>1. L&rsquo;Ouverture du Guillaume Tell de Rossini (\u00abcataclap cataclap cataclop clap clip\u00bb). Sortie de son contexte, elle prend des airs de musique pour cartoon. Or, entendue dans sa continuit\u00e9, elle se pr\u00e9sente comme un drame en miniature. On y entend d&rsquo;abord un magnifique passage \u00e9l\u00e9giaque confi\u00e9 \u00e0 huit suaves violoncelles, puis une temp\u00eate orchestrale du plus bel effet avant d&rsquo;agrestes accents auxquels le galop devenu c\u00e9l\u00e8bre offre une p\u00e9roraison h\u00e9ro\u00efque. C&rsquo;est que l&rsquo;op\u00e9ra de Rossini se passe, on s&rsquo;en serait dout\u00e9, en ces temps glorieux qui virent l&rsquo;immortelle Helv\u00e9tie na\u00eetre sur une prairie au nom rustique. Evidemment, lorsque cette musique r\u00e9sonne au rayon lingerie de la Migros, \u00e7a fait moins d&rsquo;effet.<\/p>\n<p>2. La 40e symphonie de Mozart (\u00abpadadam padadam padadam tim\u00bb) ouvre son premier mouvement par des accents angoiss\u00e9s. Le portable les affuble d&rsquo;atours jamesbondesques.<\/p>\n<p>3. La Toccata et fugue en r\u00e9 mineur de Bach (\u00abtih\u00e8 tiha tih\u00e2 tiho tihou tiho tih\u00e2 tiha\u00bb). Ou comment transformer les plantureuses sonorit\u00e9s de l&rsquo;orgue en un bip bip aigrelet.<\/p>\n<p>4. La Chevauch\u00e9e des Walkyries de Wagner (\u00abatschoum padam Schleuh pam\u00bb). Mais au fait, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une Walkyrie? Une vierge guerri\u00e8re charg\u00e9e de ramasser les guerriers tomb\u00e9s au combat pour les rassembler dans une arm\u00e9e c\u00e9leste. Cette page doit sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e0 Coppola, qui imagina que les h\u00e9licopt\u00e8res du Viet Nam pouvaient tenir lieu de guerri\u00e8res modernes. Mais les Walkyries du XXIe si\u00e8cle troqueront sans doute le casque \u00e0 pointe contre un kit de d\u00e9marrage avec carte SIM.<\/p>\n<p>5. L&rsquo;Ode \u00e0 la joie de Beethoven (\u00abtu, du, du, du, du, du, du, du, du, du, du, du, dou, dada\u00bb), qui conclut sa 9e symphonie, porte \u00e9videmment tr\u00e8s mal son nom lorsqu&rsquo;elle se met \u00e0 r\u00e9sonner dans une salle de concert parce que son propri\u00e9taire a oubli\u00e9 de d\u00e9brancher son appareil.<\/p>\n<p>6. \u00abLa Donna \u00e8 mobile\u00bb, de Verdi (oumpapa titada, oumpapa titada), incipit d&rsquo;un air extrait de l&rsquo;op\u00e9ra Rigoletto, porte en revanche un nom pr\u00e9destin\u00e9. Sa m\u00e9lodie simple et gorg\u00e9e de soleil n&rsquo;a pas attendu le t\u00e9l\u00e9phone portable pour devenir fameuse. Pas plus que ses paroles machistes: \u00abComme la plume au vent, femme est volage&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Le son nasillard et insolent de ces petites machines ignore \u00e9videmment toute nuance et se r\u00e9duit \u00e0 une suite de notes rythm\u00e9es au millim\u00e8tre pr\u00e8s. Mais t\u00e2chons de passer par-dessus cet agacement sporadique pour s&rsquo;interroger sur les raisons qui ont pu conduire Nokia ou Ericsson \u00e0 r\u00e9duire nos classiques \u00e0 des \u00absignaux d&rsquo;appel\u00bb empreints d&rsquo;une banalit\u00e9 bient\u00f4t comparable \u00e0 celle de la sir\u00e8ne des pompiers ou du jingle du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9.<\/p>\n<p>Le recours aux classiques tient sans doute \u00e0 la fois du gadget et du snobisme. Le gadget, c&rsquo;est \u00e9videmment de pouvoir transbahuter dans sa poche un juke-box poss\u00e9dant un \u00e9ventail de sonneries puis\u00e9es dans tous les genres, de la disco \u00e0 la musique ethnique. Bonjour la frime au Macumba (\u00abTu veux voir mon Beethoven?\u00bb).<\/p>\n<p>Et snobisme parce que la musique classique, vous comprenez, c&rsquo;est un signe de culture et de go\u00fbt, avec la nuance branch\u00e9e fournie par le portable &#8211; classique donc, mais pas ringard. Gr\u00e2ce au t\u00e9l\u00e9phone portable, les grands airs de Verdi ou Mozart se portent aujourd&rsquo;hui comme des eaux de toilette. Et mieux vaut sentir le Channel n\u00b0 5 que le Tahiti Douche.<\/p>\n<p>Sauf que le Channel n\u00b0 5 en version lyophilis\u00e9e n&rsquo;a plus beaucoup d&rsquo;odeur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les airs les plus connus de la musique classique retentissent dans les portables. D\u2019o\u00f9 viennent-ils? Quels sont les plus irritants? Et que signifient ces signaux d\u2019appel issus du r\u00e9pertoire?<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-435","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/435","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=435"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/435\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=435"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=435"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=435"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}