



{"id":4323,"date":"2015-01-02T15:34:55","date_gmt":"2015-01-02T13:34:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4323"},"modified":"2015-01-05T19:16:24","modified_gmt":"2015-01-05T17:16:24","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4323","title":{"rendered":"L\u2019attaque des super-microbes"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20150102.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" title=\"Large20150102.jpg\" alt=\"Large20150102.jpg\" \/><\/p>\n<p>Il y a seulement deux si\u00e8cles, la tuberculose tuait une personne sur cinq en Europe. Il n\u2019y avait pas de traitement. Pour limiter la contagion, les malades \u00e9taient mis en quarantaine, o\u00f9 ils attendaient une mort p\u00e9nible et lente.<\/p>\n<p>La \u00abpeste blanche\u00bb pourrait bien faire un retour aujourd\u2019hui. Les souches de tuberculose qui r\u00e9sistent aux principaux antibiotiques de notre arsenal sont l\u00e9gion: plus de 70\u2019000 cas ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s en Europe en 2012.<\/p>\n<p>Et la tuberculose n\u2019est pas la seule concern\u00e9e. De plus en plus de bact\u00e9ries sont devenues r\u00e9sistantes aux m\u00e9dicaments d\u00e9velopp\u00e9s pour les traiter. Des maladies courantes telles que la pneumonie et la gastro-ent\u00e9rite pourraient devenir difficiles \u00e0 traiter et des proc\u00e9dures classiques comme le remplacement de la hanche ou la chimioth\u00e9rapie deviendraient trop risqu\u00e9es. M\u00eame des plaies mineures pourraient engendrer une septic\u00e9mie fatale. \u00abNous entrons dans une \u00e8re post-antibiotiques, o\u00f9 de petites \u00e9gratignures ou \u00e9chardes pourraient vous tuer, craint Mikael Lenz Strube, biotechnologiste \u00e0 la Danmarks Tekniske Universitet (DTU). Nous devons imp\u00e9rativement trouver des solutions.\u00bb<\/p>\n<p>Que faire? Tout d\u2019abord, les antibiotiques encore efficaces devraient \u00eatre prescrits avec bien plus de parcimonie, et les patients devraient observer le traitement \u00e0 la lettre, car prendre un antibiotique en dose trop faible ou trop peu de temps est l\u2019une des causes majeures du d\u00e9veloppement de r\u00e9sistances.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, le d\u00e9veloppement d\u2019antibiotiques a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par de nombreuses entreprises pharmaceutiques, car jug\u00e9 non rentable. Alors que 18 grands laboratoires y travaillaient en 1990, seuls cinq le faisaient en 2011. L\u2019OMS cherche des moyens de les encourager, par exemple en les payant directement pour chaque nouveau m\u00e9dicament. Les gouvernements prennent \u00e9galement conscience de l\u2019importance de combler le vide de la R&amp;D priv\u00e9e par des fonds publics.<\/p>\n<p>C\u2019est la raison de l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 aux nouvelles strat\u00e9gies contre les infections bact\u00e9riennes. Voici cinq approches parmi les plus prometteuses qui vont plus loin que les antibiotiques classiques.<\/p>\n<p><strong>1. Dynamiser les antibiotiques<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi inventer de nouveaux antibiotiques quand on peut faire revivre les anciens? C\u2019est le principe des inhibiteurs de pompes \u00e0 efflux, \u00abun domaine tr\u00e8s prometteur\u00bb, selon Laura Piddock, microbiologiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Birmingham.<\/p>\n<p>Les bact\u00e9ries d\u00e9veloppent souvent une r\u00e9sistance aux antibiotiques en boutant ceux-ci hors de leurs cellules \u00e0 l\u2019aide d\u2019une pompe mol\u00e9culaire situ\u00e9e dans leur membrane. Les inhibiteurs d\u2019efflux bloquent l\u2019action de ces pompes, ce qui rend \u00e0 l\u2019antibiotique son efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Eviter les r\u00e9sistances<\/strong><\/p>\n<p>Quelles que soient les pr\u00e9cautions prises avec les antibiotiques, l\u2019\u00e9volution rend in\u00e9vitable le d\u00e9veloppement de r\u00e9sistances. En pr\u00e9sence d\u2019un m\u00e9dicament qui tue les bact\u00e9ries, toute mutation qui survit se propage rapidement.<\/p>\n<p>Les chercheurs s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 des m\u00e9dicaments bas\u00e9s sur des m\u00e9canismes totalement diff\u00e9rents: ils ne tuent pas les bact\u00e9ries mais les rendent moins mortelles, ce qui ne devrait, en principe, pas g\u00e9n\u00e9rer de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>De nombreuses bact\u00e9ries pathog\u00e8nes ont deux visages. Pr\u00e9sentes en petits nombres chez leurs h\u00f4tes humains, elles sont b\u00e9nignes. Mais en nombre suffisant, elles fabriquent des agressines, des compos\u00e9s qui attaquent les cellules et affaiblissent les d\u00e9fenses immunitaires.<\/p>\n<p>Ces germes utilisent des mol\u00e9cules de signalisation sp\u00e9ciales, les \u00abd\u00e9tecteurs de quorum\u00bb, pour savoir lorsqu\u2019elles sont en nombre suffisant. Les m\u00e9dicaments capables de bloquer ces mol\u00e9cules emp\u00eacheraient les bact\u00e9ries de devenir virulentes et, comme ils ne tuent pas les bact\u00e9ries, ils ne devraient pas favoriser la r\u00e9sistance. Paul Williams de l\u2019Universit\u00e9 de Nottingham d\u00e9veloppe des agents qui bloquent les mol\u00e9cules du quorum fabriqu\u00e9es par les staphylocoques dor\u00e9s r\u00e9sistants \u00e0 la m\u00e9thicilline.<\/p>\n<p>Certains m\u00e9dicaments cibleraient d\u2019autres composants de la cascade de la virulence. L\u2019\u00e9quipe de John Mekalanos de l\u2019Universit\u00e9 Harvard a, par exemple, d\u00e9velopp\u00e9 un compos\u00e9 appel\u00e9 \u00abvirstatine\u00bb qui emp\u00eache le vibrion chol\u00e9rique de fabriquer une toxine cl\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3. Profiter des tricheurs<\/strong><\/p>\n<p>Demandez \u00e0 n\u2019importe quel \u00e9conomiste: tout groupe de travail comprend en g\u00e9n\u00e9ral des \u00abtricheurs\u00bb, qui essaient de r\u00e9colter les b\u00e9n\u00e9fices sans fournir le travail. Les microbiologistes ont d\u00e9couvert r\u00e9cemment que cette strat\u00e9gie concerne \u00e9galement les bact\u00e9ries.<\/p>\n<p>Certains membres d\u2019une population bact\u00e9rienne ne fabriquent pas d\u2019agressines, une op\u00e9ration co\u00fbteuse en \u00e9nergie, mais profitent de l\u2019effort des autres. Ce comportement a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 dans plusieurs types de pathog\u00e8nes, y compris Pseudomonas aeruginosa, responsable de pneumonies et d\u2019infections des plaies chez les patients hospitalis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans une bo\u00eete de Petri, les bact\u00e9ries tricheuses peuvent se d\u00e9velopper plus rapidement que les bact\u00e9ries virulentes. Steve Diggle de l\u2019Universit\u00e9 de Nottingham \u00e9tudie si l\u2019introduction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de bact\u00e9ries tricheuses chez un patient pourrait faire pencher la balance vers elles, et donc vers un r\u00e9tablissement.<\/p>\n<p><strong>4. Des bact\u00e9ries amies<\/strong><\/p>\n<p>Les probiotiques, qui favorisent les \u00abbonnes bact\u00e9ries\u00bb dans notre intestin, nous sont d\u00e9sormais familiers. Leur utilisation par les personnes sous antibiotiques, qui an\u00e9antissent une partie de la flore intestinale normale, suscite un int\u00e9r\u00eat croissant.<\/p>\n<p>L\u2019agriculture pourrait en b\u00e9n\u00e9ficier. Les \u00e9leveurs avaient coutume d\u2019ajouter de faibles doses d\u2019antibiotiques aux aliments pour animaux, ce qui faisait grossir leur b\u00e9tail plus rapidement tout en r\u00e9duisant les infections nocives. Cette pratique a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e en Europe, car elle favorise le d\u00e9veloppement de bact\u00e9ries r\u00e9sistantes susceptibles de s\u2019\u00e9tendre aux personnes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019interdiction en 2006, les \u00e9leveurs de porcs ont remarqu\u00e9 que davantage d\u2019animaux avaient des diarrh\u00e9es provoqu\u00e9es par E. coli, en particulier juste apr\u00e8s leur sevrage. Une strat\u00e9gie consiste \u00e0 utiliser des probiotiques en pla\u00e7ant des bact\u00e9ries lactiques dans leurs aliments. Mais Mikael Lenz Strube de DTU pense qu\u2019il sera plus pratique d\u2019utiliser des pr\u00e9biotiques, des substances alimentaires qui encouragent les bact\u00e9ries lactiques d\u00e9j\u00e0 existantes \u00e0 se multiplier. Son groupe d\u00e9veloppe actuellement un pr\u00e9biotique pour porcs \u00e0 partir de d\u00e9chets issus de la fabrication de f\u00e9cules de pomme de terre. \u00abOn peut l\u2019adapter pour qu\u2019il soit aim\u00e9 des bonnes bact\u00e9ries, et mal-aim\u00e9 des mauvaises\u00bb, explique le chercheur.<\/p>\n<p><strong>5. Les virus \u00e0 l\u2019aide<\/strong><\/p>\n<p>On le sait bien: l\u2019ennemi de mon ennemi est mon ami. Les pires ennemis des bact\u00e9ries sont les \u00abbact\u00e9riophages\u00bb, une large classe de virus qui parasitent et tuent les bact\u00e9ries.<\/p>\n<p>Les bact\u00e9riophages ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans les eaux du Gange, en Inde, il y a plus de cent ans. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ils servaient de traitement dans les infections bact\u00e9riennes, mais ils ont perdu de leur int\u00e9r\u00eat apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement des antibiotiques.<\/p>\n<p>Des entreprises am\u00e9ricaines comme Intralytix (Baltimore) et GangaGen (Palo Alto) se sont int\u00e9ress\u00e9es aux phages. L\u2019avantage est que chaque virus attaque une seule esp\u00e8ce de bact\u00e9ries, au lieu d\u2019\u00e9liminer toutes les bact\u00e9ries, qu\u2019elles soient pathog\u00e8nes ou non. Ils fonctionnent de plus \u00e0 faible dose, car leur population n\u2019augmente qu\u2019en pr\u00e9sence de leurs bact\u00e9ries cibles et finit par dispara\u00eetre en m\u00eame temps que les bact\u00e9ries.<\/p>\n<p>Mais les bact\u00e9ries peuvent aussi devenir r\u00e9sistantes aux phages. Ce n\u2019est pas une raison pour les d\u00e9laisser, affirme Laura Piddock, mais cela plaide en faveur de l\u2019utilisation de cocktails de phages pour annihiler toute r\u00e9sistance. \u00abIls doivent \u00eatre soumis aux m\u00eames r\u00e9glementations que les autres m\u00e9dicaments. Nous devons nous assurer de leur innocuit\u00e9, et qu\u2019ils n\u2019aient pas de cons\u00e9quences non voulues.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 3).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toujours plus de bact\u00e9ries d\u00e9veloppent des multir\u00e9sistances aux antibiotiques. Les chercheurs poursuivent de nouvelles strat\u00e9gies pour \u00e9viter la r\u00e9surgence de maladies que l&rsquo;on imaginait faciles \u00e0 gu\u00e9rir.<\/p>\n","protected":false},"author":20170,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4323","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4323","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20170"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4323"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4323\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4323"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4323"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4323"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}