



{"id":4316,"date":"2014-12-18T18:17:19","date_gmt":"2014-12-18T16:17:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4316"},"modified":"2014-12-18T18:35:07","modified_gmt":"2014-12-18T16:35:07","slug":"bien-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4316","title":{"rendered":"La science du bonheur"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/18112014.jpg\" alt=\"18112014.jpg\" title=\"18112014.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Pourquoi certains sont-ils satisfaits de leur vie et d\u2019autres non? Un sujet aussi \u00e9pineux qu\u2019intrigant. La d\u00e9finition m\u00eame du bonheur pose probl\u00e8me, souligne Pearl Pu de l\u2019Ecole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Lausanne (EPFL). \u00abEst-ce une \u00e9motion, une attitude, une humeur? Ce qui nous rend heureux aujourd\u2019hui peut faire notre malheur demain.\u00bb<\/p>\n<p>Traditionnellement, l\u2019\u00e9tude du bonheur reposait sur la corr\u00e9lation entre des mesures subjectives de satisfaction, et certains facteurs objectifs: sommeil, effort physique, interactions sociales&#8230; D\u00e9sormais, on cherche \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ce qui affecte les \u00e9motions en temps r\u00e9el en s\u2019appuyant sur les nouvelles technologies et la science collective pour \u00e9tudier le bonheur \u00e0 une \u00e9chelle plus large que celle des \u00e9tudes de laboratoire.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re m\u00e9thode consiste \u00e0 combiner l&rsquo;impression subjective des sujets avec des donn\u00e9es concr\u00e8tes. Les applications comme Mappiness (London School of Economics) et Track Your Happiness (Universit\u00e9 Harvard) utilisent les donn\u00e9es GPS des smartphones pour rep\u00e9rer le r\u00f4le de la localisation et de la m\u00e9t\u00e9o. Mais Pearl Pu s\u2019int\u00e9resse \u00e0 d\u2019autres facteurs.<\/p>\n<p><strong>Un coach num\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p>Ses exp\u00e9riences reposent sur des capteurs capables de mesurer l\u2019activit\u00e9 physique et le sommeil des participants. Sur cette base, les chercheurs d\u00e9veloppent des algorithmes pour identifier les diff\u00e9rences entre les groupes, mais aussi entre le comportement actuel et pass\u00e9 d\u2019une m\u00eame personne. En identifiant les routines saines, ils esp\u00e8rent mettre au point un \u00abconseiller en mode de vie\u00bb capable de proposer des suggestions pr\u00e9cises et personnalis\u00e9es sur les activit\u00e9s quotidiennes associ\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9 et au bonheur.<\/p>\n<p>Les volontaires ne manquent pas et le recueil des donn\u00e9es ne n\u00e9cessite que des dispositifs bon march\u00e9 sans contact avec les sujets, explique Dani\u00ebl Lakens, psychologue de la cognition \u00e0 l\u2019Eindhoven University of Technology. Les appareils photo des smartphones peuvent ainsi servir \u00e0 \u00e9tudier les battements du c\u0153ur. \u00abC\u2019est invisible mais nos veines se dilatent et la peau rougit \u00e0 chaque pulsation\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Un ordinateur filtre et amplifie le signal afin de mesurer le rythme cardiaque.<\/p>\n<p>Ce dispositif a permis de rep\u00e9rer les diff\u00e9rences de rythme cardiaque en fonction des diff\u00e9rents \u00e9tats \u00e9motionnels. Ce n\u2019est pas une science exacte, temp\u00e8re Dani\u00ebl Lakens: certaines \u00e9motions comme la col\u00e8re ou un plaisir aigu peuvent s\u2019av\u00e9rer semblables sur un plan physiologique.<\/p>\n<p>Pour aller plus loin, ces donn\u00e9es pourraient \u00eatre combin\u00e9es \u00e0 d\u2019autres et notamment au rythme respiratoire. Dani\u00ebl Lakens travaille pour que les cam\u00e9ras des smartphones des patients puissent leur signaler un \u00e9tat de stress, qu\u2019ils ne remarquent pas le plus souvent.<\/p>\n<p><strong>Lire les visages<\/strong><\/p>\n<p>Les smartphones sont \u00e9galement capables de lire les \u00e9motions sur les visages. Dans les ann\u00e9es 1970, Paul Ekman, psychologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Californie, \u00e0 San Francisco, a invent\u00e9 le \u00abFacial action coding system\u00bb pour relier les mouvements musculaires du visage aux \u00e9motions. Ces \u00abmicro-expressions\u00bb, souvent imperceptibles, suivent des s\u00e9quences presque impossibles \u00e0 feindre et se succ\u00e8dent rapidement. \u00abNous ne les ressentons probablement pas, mais nous pouvons les analyser par la vid\u00e9o\u00bb, explique Jean-Pierre Thiran, professeur de traitement du signal \u00e0 l\u2019EPFL.<\/p>\n<p>Le logiciel mis au point dans son \u00e9quipe peut ainsi d\u00e9coder les \u00e9motions en conditions r\u00e9elles en suivant les mouvements des yeux, m\u00eame si l\u2019\u00e9clairage est faible ou si les visages bougent. Les techniques d\u2019apprentissage automatique (le \u00abmachine learning\u00bb) permettent de prendre en compte les diff\u00e9rences entre les cobayes. Jean-Pierre Thiran travaille avec Peugeot Citro\u00ebn pour installer ce logiciel dans ses v\u00e9hicules. Capable de d\u00e9tecter l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel du conducteur, il pourrait d\u00e9celer la somnolence ou le stress et adapter en cons\u00e9quence l\u2019ambiance dans l\u2019habitacle.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, nViso, cr\u00e9\u00e9e par Matteo Sorci, ancien doctorant de Jean-Pierre Thiran, est l\u2019une des startups qui utilisent la technologie faciale dans le cadre d\u2019\u00e9tudes de march\u00e9. Contrairement aux questionnaires, les micro-expressions rep\u00e9r\u00e9es par les webcams ne mentent pas.<\/p>\n<p>\u00abA partir de bribes de comportement, nous tentons de d\u00e9terminer comment nous nous sentons dans un contexte donn\u00e9\u00bb, explique Dani\u00ebl Lakens, \u00abmais nous ne mesurons jamais d\u2019importants volumes de donn\u00e9es, pour une question de co\u00fbt\u00bb. A long terme, les smartphones pourraient servir de laboratoires comportementaux permanents. Les Google Glasses, capables de recueillir des donn\u00e9es sur ce que les gens voient et ressentent, pourraient repr\u00e9senter une mine d\u2019informations unique\u2026<\/p>\n<p><strong>Gagner ne fait pas toujours le bonheur<\/strong><\/p>\n<p>Si capteurs et objectifs peuvent r\u00e9v\u00e9ler des \u00e9motions occult\u00e9es \u00e0 l\u2019auto\u00e9valuation, les smartphones permettent aussi de tester \u00e0 plus grande \u00e9chelle des th\u00e9ories g\u00e9n\u00e9rales sur le bonheur. Le neuroscientifique Robb Rutledge, de University College de Londres, a d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019application The Great Brain Experiment afin de mieux comprendre les sentiments subjectifs.<\/p>\n<p>Dans son exp\u00e9rience, quelques volontaires devaient jouer \u00e0 un jeu o\u00f9 ils devaient se d\u00e9cider entre une r\u00e9compense mon\u00e9taire garantie et des paris plus risqu\u00e9s. En \u00e9tudiant le niveau de contentement \u00e0 chaque \u00e9tape, Robb Rutledge a \u00e9labor\u00e9 un mod\u00e8le capable de pr\u00e9dire l\u2019\u00e9tat des joueurs. Il a observ\u00e9 que le bonheur ne tient pas uniquement \u00e0 la r\u00e9ussite, mais d\u00e9pend d\u2019attentes qui \u00e9voluent continuellement en fonction des exp\u00e9riences r\u00e9centes et des r\u00e9compenses esp\u00e9r\u00e9es. \u00abSi vos attentes sont \u00e9lev\u00e9es, il se peut que la victoire ne vous rende pas plus heureux\u00bb, affirme-t-il. Test\u00e9 sur 18\u2019000 utilisateurs, le mod\u00e8le s\u2019est montr\u00e9 capable de pr\u00e9dire avec pr\u00e9cision le niveau de contentement d\u2019un joueur.<\/p>\n<p>Robb Rutledge esp\u00e8re que cette \u00e9valuation plus complexe du bonheur aidera les m\u00e9decins \u00e0 mieux cerner certains troubles de l\u2019humeur comme la d\u00e9pression: \u00abSouvent, les patients tirent moins de plaisir d\u2019activit\u00e9s pourtant agr\u00e9ables. Nous esp\u00e9rons pouvoir mieux d\u00e9finir ce qui a chang\u00e9 dans leur fa\u00e7on de r\u00e9agir puis proposer des traitements efficaces.\u00bb<\/p>\n<p>Recueillir des donn\u00e9es \u00e0 une telle \u00e9chelle implique de larges responsabilit\u00e9s. Qui utilise l\u2019information et \u00e0 quelle fin devient une vraie pr\u00e9occupation. \u00abLe compromis entre la confidentialit\u00e9 de l\u2019utilisateur final et les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019il peut tirer du syst\u00e8me a son importance\u00bb, d\u00e9clare Pearl Pu. Elle travaille avec des experts sur des syst\u00e8mes de cryptage qui limitent les possibilit\u00e9s, au travers notamment d\u2019une forme particuli\u00e8re de brouillage qualifi\u00e9e d\u2019obscurcissement. La loi devra sans doute \u00e9voluer, pr\u00e9cise Dani\u00ebl Lakens; \u00e0 l\u2019heure actuelle, impossible de distinguer juridiquement celui qui se contente de regarder la vid\u00e9o de quelqu\u2019un de celui qui en extrait des informations comme le rythme cardiaque.<\/p>\n<p><strong>Le design du bonheur <\/strong><\/p>\n<p>Daniel Quercia, informaticien au Yahoo Labs de Cambridge, au Royaume-Uni, a recours aux citoyens pour cerner la mani\u00e8re dont les villes affectent les \u00e9motions. Via une application, il leur a demand\u00e9 de choisir la plus heureuse et la plus calme de deux images issues d\u2019un ensemble al\u00e9atoire. A partir d\u2019un algorithme d\u2019analyse des images, il a identifi\u00e9 des corr\u00e9lations entre certains rep\u00e8res visuels et les choix des habitants. La cl\u00e9 du bonheur urbain semble li\u00e9e \u00e0 ce qui valorise l\u2019interaction sociale. \u00abEspaces verts, petites maisons et ruelles rendaient tout le monde heureux. Les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9gatifs \u00e9taient les b\u00e2timents isol\u00e9s et les voitures en marche\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Daniel Quercia esp\u00e8re utiliser cette \u00e9tude pour \u00e9laborer un dictionnaire des \u00e9l\u00e9ments heureux, accessible aux concepteurs urbains afin de les aider \u00e0 r\u00e9habiliter le bonheur dans les villes. \u00abNotre communaut\u00e9 d\u00e9laisse de plus en plus l\u2019expression \u00e0 la mode \u2018villes intelligentes\u2019 au profit du concept de \u2018villes heureuses\u2019.\u00bb<\/p>\n<p>Ces nouveaux \u00e9l\u00e9ments ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 certaines applications d\u00e9di\u00e9es au mieux-vivre. Bien que ces changements puissent sembler minimes, Paul Dolan, sp\u00e9cialiste du comportement \u00e0 la London School of Economics et auteur de Happy by design (Intentionnellement heureux) (2014), explique qu\u2019en mati\u00e8re de bonheur un petit coup de pouce a de grands effets. \u00abLes odeurs d\u2019agrumes incitent au nettoyage.\u00bb C\u2019est pareil pour le bonheur, dit-il: \u00abRien qu\u2019en prenant conscience des situations qui nous rendent heureux, on peut cr\u00e9er des environnements qui lui sont propices.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Des tweets qui en disent long<\/strong><\/p>\n<p>Les informations que l\u2019on donne sur son humeur sont une mine pour les scientifiques. Sune Lehmann, un informaticien de la Danmarks Tekniske Universitet (DTU) qui travaille avec Alan Mislove \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Northeastern, a analys\u00e9 300 millions de tweets recueillis entre 2006 et 2009 afin de rechercher les termes corr\u00e9l\u00e9s au bonheur.<\/p>\n<p>Les Californiens, connus pour leur temp\u00e9rament enjou\u00e9, semblaient plus heureux que les New-Yorkais. Les jeudis soir correspondaient \u00e0 des creux et les dimanches matin \u00e0 des pics. Un outil de suivi comparable invent\u00e9 par Peter Dodds et Chris Danforth (Universit\u00e9 du Vermont), l\u2019h\u00e9donom\u00e8tre, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le pire creux est intervenu le 29 septembre 2008, au plus fort de la crise, tandis que la journ\u00e9e la plus heureuse \u00e9tait le 29 avril 2011, date du mariage du prince William.<\/p>\n<p>Sune Lehmann met en garde contre la surinterpr\u00e9tation. \u00abLe fait que les tweets contiennent plus de termes positifs ne signifie pas n\u00e9cessairement que les gens sont plus heureux\u00bb, indique-t-il. Mais le volume consid\u00e9rable de donn\u00e9es sur Twitter pr\u00e9sente un grand int\u00e9r\u00eat, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>L\u2019informaticienne Pearl Pu a \u00e9t\u00e9 plus loin en repr\u00e9sentant graphiquement 20 \u00e9motions humaines, y compris la surprise, l\u2019envie et la fiert\u00e9. Son algorithme, EmotionWatch, a \u00e9t\u00e9 test\u00e9 lors des J.O. de Londres et de Sotchi, en extrayant les mots cl\u00e9s de Twitter afin de visualiser en ligne et en temps r\u00e9el des sentiments rep\u00e9r\u00e9s par un code couleur (rouge pour la col\u00e8re, jaune pour la joie, bleu pour l\u2019inqui\u00e9tude, etc.). EmotionWatch peut \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9 pour d\u00e9tecter des \u00e9v\u00e9nements dans les m\u00e9dias sociaux.<\/p>\n<p>Mais le monde en ligne refl\u00e8te-t-il fid\u00e8lement la r\u00e9alit\u00e9? Pour comprendre comment les interactions virtuelles sont li\u00e9es \u00e0 la vie quotidienne, Sune Lehmann a lanc\u00e9 l\u2019\u00e9tude \u00abSensible\u00bb \u00e0 la DTU. Mille smartphones munis d\u2019une application ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s \u00e0 des \u00e9tudiants pour \u00e9tudier la mani\u00e8re dont ils communiquent par t\u00e9l\u00e9phone, sur les r\u00e9seaux sociaux et face \u00e0 face.<\/p>\n<p>M\u00eame si les utilisateurs pr\u00e9sentent diff\u00e9rentes versions d\u2019eux-m\u00eames sur ces sites, la personnalit\u00e9 transpara\u00eet, d\u00e9clare Sune Lehmann. \u00abNous choisissons de nous comporter d\u2019une certaine mani\u00e8re sur ces r\u00e9seaux. Mais ils r\u00e9v\u00e8lent parfois quelque chose de plus. Il est difficile de cacher qui l\u2019on est\u00bb, conclut Sune Lehmann.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 3).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelles technologies et science citoyenne permettent aux chercheurs de quantifier nos \u00e9motions. 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