



{"id":4313,"date":"2014-12-15T16:28:50","date_gmt":"2014-12-15T14:28:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4313"},"modified":"2014-12-15T16:32:41","modified_gmt":"2014-12-15T14:32:41","slug":"entreprises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4313","title":{"rendered":"Des classeurs par millions"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20141215.jpg\" alt=\"Large20141215.jpg\" title=\"Large20141215.jpg\" height=\"311\" width=\"468\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>La \u00absaison du classeur\u00bb est sur le point de d\u00e9marrer. Elle s\u2019\u00e9tend invariablement d\u2019octobre \u00e0 janvier, p\u00e9riode durant laquelle les entreprises, administrations et priv\u00e9s se munissent de l\u2019outil indispensable au rangement annuel de rigueur. \u00abNous r\u00e9alisons 60% de nos ventes durant ces quatre mois\u00bb, lance Marco Arrigoni, le directeur de la mythique entreprise d\u2019articles de bureau Biella, qui a invent\u00e9 le classeur f\u00e9d\u00e9ral il y a plus d\u2019un si\u00e8cle. Objet culte, le parfait rectangle gris a rejoint le patrimoine du design suisse, et s\u2019est aussi impos\u00e9 comme le t\u00e9moin du poids des affaires judiciaires &#8212; la d\u00e9b\u00e2cle de la Banque Cantonale de Gen\u00e8ve a rempli 1\u2019500 classeurs f\u00e9d\u00e9raux, le \u00abgrounding\u00bb de Swissair 4\u2019150.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise install\u00e9e \u00e0 Br\u00fcgg (BE) vend d\u00e9sormais toutes sortes de classeurs, \u00e0 raison de 140 millions d\u2019unit\u00e9s par ann\u00e9e, et jouit clairement d\u2019une position de force en Europe. Environ trois quarts des classeurs pr\u00e9sents sur le march\u00e9 helv\u00e9tique proviennent de l\u2019usine bernoise de Biella. La soci\u00e9t\u00e9 cot\u00e9e \u00e0 la Bourse de Berne, qui emploie 800 personnes et a boucl\u00e9 son exercice 2013 sur un chiffre d\u2019affaires de 191 millions de francs, fabrique aussi, dans une moindre mesure, des articles tels que des agendas, des chemises plastifi\u00e9es ou encore des bo\u00eetes d\u2019archivage.<\/p>\n<p><strong>Chute de la demande<\/strong><\/p>\n<p>Biella r\u00e9alise la quasi-totalit\u00e9 (99%) de ses ventes en Europe, o\u00f9 elle dispose de cinq sites de production. \u00abLe classeur est un produit typiquement central-europ\u00e9en, raconte Marco Arrigoni. Il est surtout pris\u00e9 en Suisse, en Allemagne, en Autriche et en Pologne. Chaque pays a ses traditions en mati\u00e8re d\u2019archivage. En Italie et en Espagne, les documents sont rang\u00e9s dans des bo\u00eetes. Les Etats-Unis privil\u00e9gient l\u2019empilement de chemises.\u00bb<\/p>\n<p>Mais le classeur, m\u00eame dans son aire naturelle, vit des heures difficiles et se voit confront\u00e9 \u00e0 un recul de la demande. En cause: la digitalisation. \u00abNous sommes touch\u00e9s de plein fouet, analyse Marco Arrigoni. Le classeur quitte peu \u00e0 peu le cadre professionnel: les employ\u00e9s partent en d\u00e9placement avec un iPad, les \u00e9pais modes d\u2019emploi des machines industrielles sont livr\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9lectronique. R\u00e9sultat, nous assistons \u00e0 une baisse continue des volumes de nos ventes depuis cinq ans. Elle atteint 5% par an pour les classeurs, et m\u00eame 10% pour les agendas.\u00bb<\/p>\n<p>Cette pression se traduit aussi sur les prix, l\u2019argument auquel les clients sont le plus sensibles. En Suisse, ils ont recul\u00e9 de 12% en quatre ans, un ph\u00e9nom\u00e8ne constat\u00e9 dans le m\u00eame ordre de grandeur dans le reste de l\u2019Europe. La tendance gr\u00e8ve les r\u00e9sultats de l\u2019entreprise, qui a enregistr\u00e9 une perte nette de 1,2 million de francs en 2013. \u00abLa qualit\u00e9 des produits de Biella est reconnue, note Thorsten Grimm, sp\u00e9cialiste des valeurs secondaires et associ\u00e9 du blog schweizeraktien.net. Mais la digitalisation repr\u00e9sente un d\u00e9fi \u00e9norme et on peut se permettre d\u2019\u00eatre sceptique quant \u00e0 l\u2019avenir de la branche.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Production suisse en danger?<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette situation critique, produire en Suisse est-il encore pertinent? Marco Arrigoni r\u00e9pond sans h\u00e9siter par l\u2019affirmative. \u00abDans notre industrie, l\u2019aspect logistique est tr\u00e8s important. Un classeur vide ne p\u00e8se presque rien mais occupe un volume important. Il s\u2019agit donc d\u2019un produit dont la distribution est int\u00e9ressante dans un rayon ne d\u00e9passant pas 600 km autour du lieu de production. Cela est aussi judicieux d\u2019un point de vue \u00e9cologique. La concurrence asiatique existe, mais elle ne constitue pas une r\u00e9elle menace pour le march\u00e9 europ\u00e9en. On ne peut mettre que 15\u2019000 classeurs dans un camion. Imaginez ce qu\u2019impliquerait l\u2019importation de millions de classeurs!\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les d\u00e9fis de la digitalisation, Biella poursuit son chemin. L\u2019entreprise se dit convaincue que la d\u00e9gringolade finira par s\u2019arr\u00eater. \u00abJe ne crois pas en un monde digitalis\u00e9, \u00e0 une vie et des bureaux sans papier, souligne Marco Arrigoni. Aujourd\u2019hui nous ne savons simplement pas o\u00f9 se situe le plancher.\u00bb<\/p>\n<p>En 2012, Biella a rachet\u00e9 le groupe allemand Falken, un de ses principaux concurrents, un enracinement d\u00e9cisif en Allemagne qui lui a conf\u00e9r\u00e9 la position de leader europ\u00e9en. En d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2014, elle a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 deux autres acquisitions: le commerce de classeurs de l\u2019entreprise allemande Hamelin et l\u2019activit\u00e9 d\u2019articles de bureau de la soci\u00e9t\u00e9 zurichoise Carpentier. Biella avait effectu\u00e9 une premi\u00e8re expansion vers l\u2019Europe centrale et l\u2019Europe de l\u2019Est au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. \u00abLa direction de l\u2019\u00e9poque avait pressenti que Biella entrait dans une p\u00e9riode tr\u00e8s dure et qu\u2019elle ne pouvait plus compter uniquement sur le march\u00e9 suisse.\u00bb<\/p>\n<p>Biella entend poursuivre \u00e0 l\u2019avenir cette strat\u00e9gie d\u2019acquisitions et participer \u00e0 la consolidation d\u2019une branche que les observateurs estiment en surcapacit\u00e9. \u00abNous allons continuer de saisir les opportunit\u00e9s dans notre c\u0153ur de m\u00e9tier. Le march\u00e9 europ\u00e9en se monte \u00e0 320 millions de classeurs par an, nous pouvons donc encore accro\u00eetre notre volume.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Une Bourse pour les PME<\/strong><\/p>\n<p>La Bourse suisse, bas\u00e9e \u00e0 Zurich, n\u2019est pas la seule du pays. Berne compte aussi sa plateforme d\u2019\u00e9changes, BX Swiss, qui regroupe une trentaine de titres suisses &#8212; dont Biella &#8212; et plus de 1\u2019000 titres \u00e9trangers. \u00abNous nous focalisons sur les petites et moyennes entreprises (PME) suisses, principalement des soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res et industrielles, explique Luca Schenk, son directeur. Nous r\u00e9pondons aux besoins d\u2019un actionnariat suisse de priv\u00e9s et de petits institutionnels.\u00bb Les atouts de la Bourse de Berne? \u00abElle comprend des compagnies suisses en croissance, dont la valorisation augmente. Il est par ailleurs plus facile d\u2019avoir confiance dans un acteur local que tout le monde conna\u00eet que dans une grande entreprise. Cette proximit\u00e9 correspond \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019investisseur suisse.\u00bb Il n\u2019est pas rare que, une fois une certaine taille atteinte, les entreprises de la Bourse de Berne migrent vers celle de Zurich, comme cela fut notamment le cas de Hochdorf, Comet ou Looser.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 5\/2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 Biella est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un embl\u00e8me helv\u00e9tique incontest\u00e9: le classeur f\u00e9d\u00e9ral. Elle occupe une solide position dans un secteur menac\u00e9 par la digitalisation. Portrait.<\/p>\n","protected":false},"author":19904,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4313","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4313","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19904"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4313"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4313\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}