



{"id":4304,"date":"2014-12-02T16:36:37","date_gmt":"2014-12-02T14:36:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4304"},"modified":"2014-12-02T16:39:52","modified_gmt":"2014-12-02T14:39:52","slug":"entreprises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4304","title":{"rendered":"Le miracle cleantech se fait toujours attendre"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/cleantech.jpg\" alt=\"cleantech.jpg\" title=\"cleantech.jpg\" height=\"311\" width=\"468\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00abEnvironnement\u00bb allait enfin rimer avec \u00abbons rendements\u00bb, et \u00ab\u00e9cologie\u00bb avec \u00ab\u00e9conomie\u00bb. Il y a cinq ans, l\u2019engouement pour le cleantech \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral. Dans un monde de plus en plus pr\u00e9occup\u00e9 par le changement climatique, le gouvernement Obama investissait 64 milliards de dollars dans son plan de relance cleantech, tandis que la Chine pla\u00e7ait 40 milliards dans les technologies propres. La Suisse voulait, elle aussi, favoriser cette industrie.<\/p>\n<p>En septembre 2010, Claude B\u00e9gl\u00e9, l\u2019ancien directeur de la Poste et actuel directeur de la soci\u00e9t\u00e9 de conseil SymbioSwiss, pr\u00e9sentait en fanfare les r\u00e9sultats d\u2019un mandat pour la mise sur pied du catalyseur Cleantech de Suisse Occidentale (CCSO). Un projet ambitieux: faire de Gen\u00e8ve et de la Suisse romande un p\u00f4le d\u2019excellence des technologies propres afin de devenir \u00abun acteur qui compte sur [ce] march\u00e9 globalis\u00e9 et en forte croissance\u00bb. Un an plus tard, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral approuvait un Masterplan Cleantech destin\u00e9 \u00e0 permettre \u00e0 l\u2019\u00e9conomie suisse de se positionner \u00absur ce march\u00e9 en plein essor\u00bb. Avec les p\u00f4les EPFL &#8211; EPFZ, les multiples incubateurs de start-up et la r\u00e9putation de la Suisse en mati\u00e8re d\u2019innovation, le succ\u00e8s semblait une \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Quatre ans plus tard, les r\u00e9sultats sont contrast\u00e9s. Il faut dire que suivant la d\u00e9finition donn\u00e9e aux cleantech, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique change, du moins sur le papier, comme en t\u00e9moigne une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e sur mandat de la Conf\u00e9d\u00e9ration. A son apparition dans les m\u00e9dias romands d\u00e8s 2005, le mot cleantech \u00e9voquait surtout les \u00e9nergies alternatives. Il s\u2019est ensuite \u00e9largi \u00e0 l\u2019efficience \u00e9nerg\u00e9tique, la mobilit\u00e9, la valorisation de l\u2019eau, la gestion des d\u00e9chets, les \u00e9cobilans, etc. Selon cette conception \u00abclassique\u00bb, l\u2019\u00e9tude du bureau zurichois Ernst Basler+Partner publi\u00e9e r\u00e9cemment sur le site de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019\u00e9nergie conclut que les cleantech repr\u00e9sentaient en 2013 quelque 207&rsquo;000 emplois en Suisse (5,3% de l\u2019ensemble des actifs), et une valeur ajout\u00e9e brute d\u2019environ 25 milliards de francs, soit 4,2% du produit int\u00e9rieur brut.<\/p>\n<p>Mais une d\u00e9finition plus r\u00e9cente comprend les cleantech comme \u00abl\u2019utilisation commerciale de technologies, de processus de fabrication et de services qui contribuent \u00e0 la protection ou \u00e0 une exploitation plus efficiente des ressources naturelles\u00bb. Selon cette vision, toujours selon la m\u00eame \u00e9tude, les technologies vertes repr\u00e9sentaient 530&rsquo;000 emplois en 2013 &#8212; trois fois plus que ceux de l\u2019industrie pharmaceutique &#8212; et une valeur ajout\u00e9e brute de 48,6 milliards de francs. Cette d\u00e9finition va toutefois chercher assez loin: un boulanger qui cuit son pain dans un four efficient \u00e9nerg\u00e9tiquement compte comme un emploi cleantech&#8230;<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, du c\u00f4t\u00e9 des sp\u00e9cialistes de l\u2019\u00e9nergie verte en Suisse romande, le nombre d\u2019emplois n\u2019a pas explos\u00e9. L\u2019initiative Cleantech Gen\u00e8ve n\u00e9e du projet CCSO n\u2019a pour l\u2019heure cr\u00e9\u00e9 que 38 emplois, selon des chiffres du D\u00e9partement genevois de l\u2019\u00e9conomie. Et dans la r\u00e9gion, trouver des PME sp\u00e9cialis\u00e9es dans le domaine d\u00e9passant quelques dizaines d\u2019employ\u00e9s reste mission impossible.<\/p>\n<p><strong>Lente r\u00e9volution<\/strong><\/p>\n<p>Les cleantech n\u2019auraient-elles pas tenu leurs promesses? Les int\u00e9ress\u00e9s nuancent: \u00abOn en a parl\u00e9 trop t\u00f4t comme d\u2019une r\u00e9volution, explique Frank Crittin, gestionnaire d\u2019IFP Global Environment, un fonds d\u2019investissement actif dans l\u2019environnement. Il n\u2019y a pas eu de boom comme dans l\u2019\u00e9conomie internet. Le web a cr\u00e9\u00e9 une toute nouvelle industrie (Google, Amazon), alors que les technologies vertes sont en train de red\u00e9finir tous les domaines allant de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 la production industrielle d\u2019il y a 30-40 ans.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLes cleantech touchent aux infrastructures et, dans ce domaine, il faut beaucoup de temps pour prouver une technologie, pr\u00e9cise Eric Plan, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de CleantechAlps, la plateforme des acteurs du domaine en Suisse occidentale. M\u00eame si nous ne comptons pas encore de gros fleurons, nous n\u2019avons pas \u00e0 rougir.\u00bb Pour le Valaisan, avec l\u2019annonce de la sortie du nucl\u00e9aire en 2011, \u00abc\u2019est seulement dans 10-15 ans que nous pourrons dire si le march\u00e9 du cleantech a port\u00e9 ses fruits\u00bb.<\/p>\n<p>Le responsable de la plateforme Cleantech Gen\u00e8ve, Laurent Horvath, s\u2019attend \u00e0 voir \u00e9merger de grosses PME plus rapidement. \u00abCe n\u2019est qu\u2019une question de semaines. Nous avons des p\u00e9pites qui grandissent\u00bb. Selon lui, la mutation du secteur est en court. \u00abNous sommes \u00e0 la crois\u00e9e des chemins: le prix du solaire a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par cinq. Le march\u00e9 prend conscience que les cleantech repr\u00e9sentent une solution avantageuse. Il existe de v\u00e9ritables opportunit\u00e9s. Avec les tensions g\u00e9opolitiques en Syrie et en Irak, il suffirait d\u2019un couac p\u00e9trolier pour que le public fasse le pas vers le renouvelable.\u00bb<\/p>\n<p>Le directeur du service de la promotion \u00e9conomique \u00e0 Gen\u00e8ve, Daniel Loeffler, rel\u00e8ve de son c\u00f4t\u00e9 qu\u2019il \u00abfaut compter huit \u00e0 dix ans pour qu\u2019une start-up de trois employ\u00e9s se d\u00e9veloppe en une soci\u00e9t\u00e9 de 100 employ\u00e9s\u00bb. Les cleantech n\u2019y font pas exception. Mais de tels succ\u00e8s pourraient passer inaper\u00e7us. Une start-up ou une PME qui met au point une technique tr\u00e8s avanc\u00e9e aura tendance \u00e0 se faire racheter plut\u00f4t que d\u2019\u00e9voluer en un acteur de grande taille. \u00abOn appelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u2018open innovation\u2019, souligne Eric Plan de CleantechAlps. De plus en plus, au lieu de d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019interne, les grands groupes regardent ce qui se passe sur le terrain et invitent voire financent des start-up.\u00bb Sur les quelque 600 membres que compte CleantechAlps, certains font actuellement l\u2019objet d\u2019une telle \u00absurveillance\u00bb. \u00abIl est encore trop t\u00f4t pour parler de rachat, mais cela viendra dans quelques ann\u00e9es\u00bb, pr\u00e9dit-il.<\/p>\n<p><strong>Multiplicateur d\u2019emplois<\/strong><\/p>\n<p>De fait, au niveau mondial, les plus gros acteurs des cleantech sont actuellement les grands groupes industriels. Siemens est par exemple le leader de l\u2019\u00e9olien, tandis qu\u2019ABB vient de mettre au point un bus \u00e9lectrique r\u00e9volutionnaire. \u00abIl s\u2019agit de l\u2019une des caract\u00e9ristiques des cleantech: on tombe vite dans des sph\u00e8res li\u00e9es \u00e0 de grands domaines industriel, fait remarquer Frank Crittin. Il faut avoir une certaine force de frappe financi\u00e8re, ce qui est difficile pour de petites soci\u00e9t\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Quel que soit leur succ\u00e8s, les entreprises de cleantech en Suisse romande pourraient ne jamais atteindre plusieurs centaines d\u2019employ\u00e9s. \u00abLe secteur ne va pas cr\u00e9er des emplois autant que l\u2019horlogerie ou la finance. Les usines de production ne se d\u00e9velopperont pas ici car les co\u00fbts du travail ne sont pas comp\u00e9titifs\u00bb, estime Antonio Gambardella, directeur de la FONGIT, la Fondation Genevoise pour l\u2019Innovation Technologique, un incubateur de start-up.<\/p>\n<p>En revanche, la seule pr\u00e9sence des cerveaux des entreprises innovantes dans le cleantech en Suisse pourrait agir comme un \u00abmultiplicateur d\u2019emplois\u00bb au niveau local, poursuit-il. Une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley a en effet \u00e9tabli que pour chaque emploi cr\u00e9\u00e9 dans l\u2019industrie des logiciels, des technologies ou des sciences de la vie, cinq emplois sont cr\u00e9\u00e9s indirectement dans l\u2019\u00e9conomie locale. Des places de travail qui vont d\u2019instructeur de yoga \u00e0 restaurateur. Le boom des emplois cr\u00e9\u00e9s par le cleantech ne sera peut-\u00eatre pas celui que l\u2019on imaginait.<\/p>\n<p>Mais pour que le cleantech s\u2019impose d\u00e9finitivement, les mentalit\u00e9s doivent \u00e9voluer. \u00abLes pays ne sont pas encore pr\u00eats, note Laurent Horvath, de la plateforme Cleantech Gen\u00e8ve. En Europe, 50% de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 vient du charbon.\u00bb La question \u00e9conomique joue un r\u00f4le. \u00abSur le march\u00e9 libre, le co\u00fbt des \u00e9missions de polluants n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9 dans les prix. Adopter les cleantech revient donc parfois plus cher, et cela reste un d\u00e9savantage, regrette Nicolas Fries de l\u2019association swisscleantech. Pour cette raison, nous travaillons \u00e0 instaurer des conditions cadre afin que ce soit rentable pour les entreprises de passer \u00e0 un mode de fonctionnement cleantech et pour donner une s\u00e9curit\u00e9 aux investisseurs.\u00bb<\/p>\n<p>Le \u00abmiracle cleantech\u00bb n\u2019a donc pas vraiment eu lieu, mais ses acteurs n\u2019ont pas dit leur dernier mot.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a cinq ans, on promettait des milliards d\u2019investissements dans les technologies vertes, y compris en Suisse. Pourtant, le secteur n\u2019a pas encore fait \u00e9merger des entreprises de taille significative.<\/p>\n","protected":false},"author":19284,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4304","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4304"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4304\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}