



{"id":4293,"date":"2014-11-17T12:28:55","date_gmt":"2014-11-17T11:28:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4293"},"modified":"2017-08-24T10:24:43","modified_gmt":"2017-08-24T08:24:43","slug":"migrations-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4293","title":{"rendered":"De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019aide au retour"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large20141117.jpg\" alt=\"Large20141117.jpg\" title=\"Large20141117.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Vous l\u2019avez peut-\u00eatre crois\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve. Si \u00e7a se trouve, il vous a m\u00eame servi le caf\u00e9. Walid Jebali, Tunisien de 36 ans, a pass\u00e9 dix mois en Suisse, de novembre 2011 \u00e0 septembre 2012, dans l\u2019espoir d\u2019y trouver du travail. En vain. Sans ressources, sans permis, il s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 accepter l\u2019argent que lui a propos\u00e9 la Conf\u00e9d\u00e9ration pour rentrer dans son pays et lancer un projet.<\/p>\n<p>Comme plus de 700 autres de ses compatriotes, il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du programme sp\u00e9cial d\u2019aide au retour mis en place pour les demandeurs d\u2019asile tunisiens au lendemain de la r\u00e9volution du 14 janvier 2011, dans le cadre du partenariat migratoire conclu avec la Tunisie en 2012. Objectif: motiver les Tunisiens \u00e0 rebrousser chemin apr\u00e8s l\u2019exode qui s\u2019est produit \u00e0 la suite du printemps arabe.<\/p>\n<p>Depuis le 15 juillet 2012, les requ\u00e9rants tunisiens qui rentrent chez eux volontairement peuvent toucher un montant de base de 1000 francs par adulte et de 500 francs par mineur, ainsi que jusqu\u2019\u00e0 4000 francs suppl\u00e9mentaires pour lancer un projet entrepreneurial. La somme peut atteindre 15 000 francs pour des projets collectifs. De plus, les b\u00e9n\u00e9ficiaires re\u00e7oivent des conseils, une formation et un accompagnement en Tunisie. Les frais de voyage sont \u00e9galement pris en charge. Il faut n\u00e9anmoins remplir certaines conditions, comme ne pas avoir commis de d\u00e9lit. Et il n\u2019est possible d\u2019en profiter qu\u2019une seule fois. Ce programme sp\u00e9cifique offre des prestations plus \u00e9tendues que l\u2019aide individuelle au retour propos\u00e9e par la Suisse \u00e0 tous les demandeurs d\u2019asile.<\/p>\n<p>Walid Jebali s\u2019est engag\u00e9 dans l\u2019\u00e9levage de moutons avec un cousin. Une bonne affaire en Tunisie: non seulement cette viande est tr\u00e8s recherch\u00e9e, mais le sacrifice de ces animaux figure au c\u0153ur de la culture populaire. Une b\u00eate peut atteindre des prix \u00e9lev\u00e9s, facilement de 300 \u00e0 400 francs, durant la f\u00eate du sacrifice, qui a lieu une fois par an. Les deux hommes poss\u00e8dent une trentaine d\u2019ovins dans une zone rurale au nord du grand Tunis. La Suisse les a soutenus \u00e0 hauteur de 6000 francs, soit 3000 francs chacun.<\/p>\n<p>\u00abNous avons d\u00e9j\u00e0 eu onze agnelles depuis que nous nous sommes lanc\u00e9s en juin dernier\u00bb, se r\u00e9jouit Walid Jebali en d\u00e9signant son b\u00e9tail install\u00e9 dans une cabane de briques et de taule construite au milieu d\u2019un terrain pentu et caillouteux. Pour le moment, l\u2019\u00e9levage ne rapporte rien. Les propri\u00e9taires attendent que le troupeau s\u2019agrandisse. Aussi, Walid Jebali a d\u00e9croch\u00e9 un emploi dans un centre d\u2019appels et son cousin s\u2019occupe des b\u00eates.<\/p>\n<p>Walid Jebali a quitt\u00e9 la Tunisie en 2004, pour \u00abtravailler et d\u00e9couvrir l\u2019Europe\u00bb, avec un visa en poche. \u00abJe ne suis pas parti en barque, coupe d\u2019embl\u00e9e en riant ce polyglotte qui ma\u00eetrise aussi bien le fran\u00e7ais et l\u2019arabe que l\u2019italien. Mon fr\u00e8re m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 obtenir un permis de travail en Italie. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 plongeur dans un restaurant puis aide-cuisinier.\u00bb Victime de p\u00e9pins de sant\u00e9, il perd ses papiers de s\u00e9jour pour n\u2019avoir pas pay\u00e9 ses charges sociales. Il se rend six mois \u00e0 Paris, o\u00f9 son fr\u00e8re l\u2019h\u00e9berge et subvient en partie \u00e0 ses besoins, mais ne trouve pas de job. \u00abLe 11 novembre 2011 \u00e0 10 heures, j\u2019ai pris le train pour Gen\u00e8ve.\u00bb La Suisse ne voudra pas de lui.<\/p>\n<p><strong>\u00abTout sauf le paradis\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abMa vie \u00e9tait mis\u00e9rable \u00e0 Gen\u00e8ve, se souvient l\u2019ancien migrant. En Suisse, soit tu voles, soit tu vends de la drogue. J\u2019ai dormi durant quatre mois \u00e0 l\u2019abri PC, pass\u00e9 aussi des nuits dehors et m\u00eame squatt\u00e9 un appartement abandonn\u00e9.\u00bb Pour survivre, il encha\u00eene les petits boulots au noir. \u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 serveur dans un caf\u00e9, j\u2019ai \u00e9galement assist\u00e9 une personne \u00e2g\u00e9e.\u00bb Alors, quand un ami suisse lui parle de l\u2019aide au retour, sa d\u00e9cision est vite prise. \u00abJe ne pouvais pas rester dans cette situation. Je suis donc parti au centre d\u2019enregistrement de Chiasso pour en faire la demande. Quinze jours apr\u00e8s, j\u2019\u00e9tais en Tunisie.\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9int\u00e9gration n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile. \u00abDepuis la r\u00e9volution, c\u2019est encore pire qu\u2019avant. Les prix ont tripl\u00e9. L\u2019Etat ne nous accorde aucun soutien, le pays est totalement d\u00e9sorganis\u00e9.\u00bb Son s\u00e9jour en Europe lui a permis d\u2019emmagasiner de l\u2019exp\u00e9rience, dit-il. Il se montre reconnaissant envers la Suisse: \u00abSans l\u2019aide au retour, je n\u2019aurais pas pu monter ce projet d\u2019\u00e9levage.\u00bb Il n\u2019envisage pas de retenter sa chance sur l\u2019autre rive de la M\u00e9diterran\u00e9e, en tout cas pas pour l\u2019instant. \u00abL\u2019Europe, c\u2019est tout sauf le paradis.\u00bb<\/p>\n<p>Les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019appui financier de la Conf\u00e9d\u00e9ration sont libres de lancer le projet de leur choix en Tunisie, explique Fabio D\u2019Onofrio, coordinateur du programme au sein de l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM), charg\u00e9e par la Suisse de l\u2019accueil des migrants \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, de la mise en \u0153uvre sur place, jusqu\u2019aux visites de suivi. \u00abNous les dissuadons lorsque l\u2019entreprise nous para\u00eet irr\u00e9aliste, mais nous tenons \u00e0 leur laisser de l\u2019autonomie, car ils connaissent leur environnement \u00e9conomique\u00bb, pr\u00e9cise ce responsable italien.<\/p>\n<p>L\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s du mod\u00e8le helv\u00e9tique tient au fait que le montant d\u00e9vou\u00e9 au projet n\u2019est pas d\u00e9livr\u00e9 en main propre aux requ\u00e9rants, mais vers\u00e9 directement aux fournisseurs. \u00abNous contr\u00f4lons minutieusement les devis. Il est arriv\u00e9 plusieurs fois que des b\u00e9n\u00e9ficiaires tentent d\u2019acheter la voiture de leur p\u00e8re ou de leur fr\u00e8re\u00bb, sourit Fabio D\u2019Onofrio. M\u00eame si la gestion de la fili\u00e8re est relativement lourde, le syst\u00e8me me para\u00eet efficace car, contrairement \u00e0 d\u2019autres pays qui donnent de l\u2019argent en liquide et qui laissent ensuite les migrants se d\u00e9brouiller, la Suisse assure un r\u00e9el suivi.\u00bb<\/p>\n<p><strong>De la boisson aux v\u00eatements<\/strong><\/p>\n<p>Les projets ne r\u00e9ussissent pas toujours. Wissem Hiraoui, 25 ans, form\u00e9 dans le b\u00e2timent, fait partie des milliers de jeunes Tunisiens qui ont pris la mer apr\u00e8s la chute du dictateur Ben Ali, en qu\u00eate d\u2019une vie meilleure. Il a rejoint l\u2019Italie avec des amis, aid\u00e9 par des passeurs. Lui aussi a gal\u00e9r\u00e9. \u00abQuand je suis parti, je pensais que j\u2019allais trouver facilement du boulot, j\u2019ai vite \u00e9t\u00e9 d\u00e9sillusionn\u00e9, raconte-t-il en arabe. J\u2019ai travaill\u00e9 un peu dans l\u2019agriculture en Italie, c\u2019est tout.\u00bb Il a ensuite pass\u00e9 quatre mois en Suisse, \u00abun peu partout\u00bb, avant de se voir refuser un visa \u00e0 Chiasso et proposer l\u2019aide au retour.<\/p>\n<p>Rentr\u00e9 chez lui il y a une ann\u00e9e et demie environ, Wissem Hiraoui a mont\u00e9 avec deux partenaires un projet communautaire de stockage de boissons dans le sud du grand Tunis, pour lequel ils ont per\u00e7u 9000 francs en mai 2013. Comme ils n\u2019avaient pas assez d\u2019argent pour acqu\u00e9rir une voiture de livraison, ils ont reconverti les locaux en boutique de v\u00eatements pour femmes. Et \u00e7a marche? \u00ab\u00c7a va, hamdoullah (\u00abDieu soit lou\u00e9\u00bb)\u00bb, r\u00e9pond sa m\u00e8re. La famille dispose aussi d\u2019une petite \u00e9picerie situ\u00e9e la porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9. De quoi faire vivre quatre personnes. \u00abNotre situation est meilleure qu\u2019avant le d\u00e9part de Wissem\u00bb, appr\u00e9cie-t-elle. Elle se jette dans les bras de son fils, g\u00ean\u00e9, les yeux p\u00e9tillants d\u2019amour. Pour elle, le plus important est de l\u2019avoir retrouv\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Un bilan \u00abpositif\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le bilan du programme sp\u00e9cial d\u2019aide au retour mis en place en juillet 2012 pour les demandeurs d\u2019asile tunisiens est \u00abpositif\u00bb, estime Lukas R\u00fcst, responsable du domaine migration et protection au sein de la division coop\u00e9ration internationale \u00e0 l\u2019ambassade de Suisse \u00e0 Tunis, qui coordonne son application. \u00abHuitante pour cent des projets r\u00e9alis\u00e9s sont toujours sur pied gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me d\u2019approbation, d\u2019accompagnement et de suivi rigoureux. Des producteurs laitiers ont par exemple pu int\u00e9grer la fili\u00e8re de distribution du lait.\u00bb<\/p>\n<p>Un rapport du Conseil f\u00e9d\u00e9ral, publi\u00e9 en mai dernier, conclut lui aussi \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019aide au retour: \u00abIl s\u2019agit d\u2019une solution de substitution \u00e0 la fois cr\u00e9dible, respectueuse de la dignit\u00e9 humaine et peu on\u00e9reuse aux retours sous la contrainte.\u00bb Une d\u00e9tention d\u2019un mois en vue d\u2019un renvoi ou d\u2019une expulsion co\u00fbte d\u00e9j\u00e0 plus de 6000 francs. Le rapport indique aussi que l\u2019aide au retour n\u2019a pas d\u2019effet d\u2019attraction syst\u00e9matique et n\u2019entra\u00eene pas d\u2019augmentation de l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 en 2013, le programme devrait en principe s\u2019arr\u00eater \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e. Les demandes d\u2019asile de migrants tunisiens en Suisse ont fortement baiss\u00e9 depuis son lancement. Au troisi\u00e8me trimestre 2014, 577 requ\u00eates ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es, contre 1737 au total pour l\u2019ann\u00e9e 2013, 2239 pour 2012 et 2574 pour 2011, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations. \u00abNous sommes en train d\u2019examiner comment nous allons continuer\u00bb, explique Lukas R\u00fcst. Quoi qu\u2019il arrive, les migrants tunisiens pourront toujours b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019aide au retour individuelle que peuvent solliciter tous les requ\u00e9rants d\u2019asile en Suisse, avec des prestations moins \u00e9tendues.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de 700 requ\u00e9rants tunisiens ont re\u00e7u un soutien financier de la Suisse pour rentrer chez eux, dans le cadre du programme sp\u00e9cial mis en place apr\u00e8s le printemps arabe. Reportage.<\/p>\n","protected":false},"author":19892,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303],"class_list":["post-4293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19892"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4293"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4293\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6396,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4293\/revisions\/6396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}