



{"id":4257,"date":"2014-10-01T15:22:02","date_gmt":"2014-10-01T13:22:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4257"},"modified":"2014-10-01T15:28:10","modified_gmt":"2014-10-01T13:28:10","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4257","title":{"rendered":"Des moustiques \u00abkamikazes\u00bb contre la dengue"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/moustique_kamikaze.jpg\" alt=\"moustique_kamikaze.jpg\" title=\"moustique_kamikaze.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>OX513A: c\u2019est le nom du premier animal g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 \u00e0 \u00eatre rel\u00e2ch\u00e9 dans la nature. En avril 2014, le Br\u00e9sil \u00e0 donn\u00e9 son feu vert pour le d\u00e9ploiement \u00e0 grande \u00e9chelle de ce moustique transg\u00e9nique cr\u00e9\u00e9 par la startup britannique Oxitec. L\u2019objectif: r\u00e9duire, voire d\u00e9cimer, les populations de Aedes aegypti, le principal moustique vecteur du virus de la dengue.<\/p>\n<p>Cette maladie s\u00e9vit dans les r\u00e9gions tropicales et subtropicales. Le nombre d\u2019infections annuelles est estim\u00e9 entre 50 millions et 100 millions dont 25\u2019000 conduisent au d\u00e9c\u00e8s, selon l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS). Il n\u2019existe aucun traitement ni vaccin et le nombre de cas est en hausse depuis cinquante ans. La maladie se transmet surtout par les piq\u00fbres des femelles A. aegypti. Le moustique tigre asiatique A. albopictus la transmet aussi mais de mani\u00e8re moins efficace; il est \u00e0 l\u2019origine de quelques cas observ\u00e9s dans le sud de la France.<\/p>\n<p>Les techniques standards de lutte contre A. aegypti se sont pour l\u2019instant r\u00e9v\u00e9l\u00e9es plut\u00f4t inefficaces, qu\u2019elles soient pr\u00e9ventives (\u00e9limination des lieux de ponte) ou chimiques (pulv\u00e9risation d\u2019insecticides). D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9 par cette nouvelle approche qui pourrait \u00eatre commercialis\u00e9e prochainement.<\/p>\n<p>Le directeur d\u2019Oxitec se r\u00e9jouit d\u2019avoir obtenu l\u2019autorisation de la Commission technique nationale pour la bios\u00e9curit\u00e9 du Br\u00e9sil en avril 2014. \u00abElle a reconnu la s\u00e9curit\u00e9 intrins\u00e8que de nos moustiques et les risques n\u00e9gligeables pour l\u2019environnement, dit Hadyn Parry. Il nous faut d\u00e9sormais recevoir un permis commercial du Minist\u00e8re de l\u2019agriculture, ce qui prend en g\u00e9n\u00e9ral six \u00e0 neuf mois.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Prot\u00e9ine l\u00e9tale<\/strong><\/p>\n<p>La strat\u00e9gie d\u2019Oxitec s\u2019appuie sur une technique connue: le l\u00e2cher d\u2019insectes m\u00e2les st\u00e9riles. Ils sont irradi\u00e9s et l\u00e2ch\u00e9s en surnombre afin que la majorit\u00e9 des \u0153ufs pondus par les femelles soient non viables. Cette strat\u00e9gie a notamment permis l\u2019\u00e9radication aux Etats-Unis de la lucilie bouch\u00e8re, surnomm\u00e9e la \u00abmouche tueuse\u00bb (elle conduit \u00e0 des plaies parfois mortelles pour le b\u00e9tail).<\/p>\n<p>La m\u00e9thode d\u2019Oxitec consiste \u00e0 introduire deux nouveaux g\u00e8nes dans les m\u00e2les A. aegypti: l\u2019un code pour une prot\u00e9ine l\u00e9tale et l\u2019autre pour un marqueur fluorescent qui permet aux chercheurs de suivre et de recenser la population transg\u00e9nique. L\u2019une des cl\u00e9s du syst\u00e8me est l\u2019existence d\u2019un antidote, l\u2019antibiotique t\u00e9tracycline, qui inactive la prot\u00e9ine l\u00e9tale et permet de multiplier OX513A en laboratoire.<\/p>\n<p>Le moustique g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 est rel\u00e2ch\u00e9 dans la nature en surnombre par rapport aux m\u00e2les sauvages et s\u2019accouple avec les femelles. Priv\u00e9e d\u2019antibiotique, sa prog\u00e9niture meurt avant d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge adulte &#8212; tout comme lui d\u2019ailleurs. Plusieurs essais pilotes men\u00e9s depuis 2009 avec OX513A aux \u00eeles Cayman dans les Cara\u00efbes, en Malaisie et au Br\u00e9sil ont d\u00e9montr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de la technique pour r\u00e9duire les populations d\u2019A. aegypti, de 80 \u00e0 90% apr\u00e8s six mois.<\/p>\n<p>\u00abToutes les deux semaines, nous diss\u00e9minons en moyenne un ratio de 10 \u00e0 15 moustiques transg\u00e9niques par moustique sauvage, explique Hadyn Parry. Apr\u00e8s six mois, la fr\u00e9quence et le nombre des l\u00e2chers peuvent \u00eatre r\u00e9duits, mais doivent \u00eatre maintenus \u00e0 long terme.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une technologie \u00abfantastique\u00bb, juge Ilona Kryspin S\u00f8rensen, directrice de recherche \u00e0 la Danmarks Tekniske Universitet et membre du groupe de travail sur les OGM \u00e0 l\u2019EFSA (European Food Safety Agency). \u00abElle est moins on\u00e9reuse que la st\u00e9rilisation par irradiation, moins dangereuse que les insecticides et n\u2019a aucun effet sur les autres animaux.\u00bb Mais la technique reste ch\u00e8re. Le chercheur Jayme Souza-Neto de la S\u00e3o Paulo State University (Br\u00e9sil) en a estim\u00e9 le co\u00fbt pour une ville de 50\u2019000 habitants: entre 900\u2019000 et 2,2 millions de dollars pour la premi\u00e8re ann\u00e9e, et 450\u2019000 dollars pour les ann\u00e9es suivantes.<\/p>\n<p><strong>Risqu\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Mais l\u2019efficacit\u00e9 de la m\u00e9thode pour r\u00e9duire la transmission de la dengue reste incertaine. \u00abOn peut penser qu\u2019un moustique d\u2019une autre esp\u00e8ce, comme A. albopictus par exemple, remplacera comme vecteur celui \u00e9limin\u00e9 par Oxitec\u00bb, note Christophe Bo\u00ebte, chercheur \u00e0 l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement (IRD) \u00e0 Marseille (France).<\/p>\n<p>Des scientifiques rel\u00e8vent la possibilit\u00e9 que le moustique d\u00e9veloppe une r\u00e9sistance au g\u00e8ne l\u00e9tal ou se mette en contact avec des antibiotiques issus de l\u2019\u00e9levage, capables de contrecarrer l\u2019effet du g\u00e8ne tueur. Paul Reiter, du Laboratoire Insectes et maladies infectieuses \u00e0 l\u2019Institut Pasteur (Paris), est confiant: \u00abNous savons que les moustiques OX513A meurent \u00e0 terme et que le g\u00e8ne l\u00e9tal ne peut pas se transf\u00e9rer \u00e0 une autre esp\u00e8ce.\u00bb<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement possible que certains moustiques transg\u00e9niques femelles soient rel\u00e2ch\u00e9s accidentellement avec les m\u00e2les, ce qui au final augmenterait la population de vecteurs de la maladie, car ce sont les femelles qui la transmettent. Pour l\u2019ONG GeneWatch UK, il existerait m\u00eame dans certaines circonstances un risque de recrudescence de la forme s\u00e9v\u00e8re de la dengue en raison d\u2019une baisse de l\u2019immunit\u00e9 humaine due \u00e0 la r\u00e9duction partielle ou temporaire des populations de moustiques. Mais cet argument concerne \u00e9galement d\u2019autres techniques, non g\u00e9n\u00e9tiques, de lutte contre la dengue.<\/p>\n<p>Le premier l\u00e2cher de moustiques \u00abkamikazes\u00bb en 2009 avait d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 la pol\u00e9mique. \u00abOxitec a manqu\u00e9 de transparence lors des essais r\u00e9alis\u00e9s sur l\u2019\u00eele de Grand Cayman, relate Christophe Bo\u00ebte de l\u2019IRD. Il aurait fallu qu\u2019il y ait une large consultation avec la communaut\u00e9 scientifique sur les questions l\u00e9gales, \u00e9thiques et sociales de tels essais.\u00bb<\/p>\n<p>La directrice de GeneWatch UK, Helen Wallace, ajoute: \u00abEn vertu du protocole de Carthag\u00e8ne sur la bios\u00e9curit\u00e9, Oxitec devrait publier une \u00e9valuation des risques selon les crit\u00e8res d\u00e9finis par l\u2019UE, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait.\u00bb Elle d\u00e9plore de plus qu\u2019Oxitec n\u2019ait pas publi\u00e9 les r\u00e9sultats de ses essais au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise a \u00e9galement d\u00e9marr\u00e9 un essai au Panama et esp\u00e8re en commencer un autre en Floride d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, mais devra pour cela obtenir une autorisation de la FDA, qui consid\u00e8re son moustique comme un m\u00e9dicament.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 2\/2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour lutter contre la dengue, le Br\u00e9sil a r\u00e9cemment autoris\u00e9 la diss\u00e9mination d\u2019un moustique transg\u00e9nique. 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