



{"id":4235,"date":"2014-08-29T15:31:06","date_gmt":"2014-08-29T13:31:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4235"},"modified":"2014-09-01T09:52:55","modified_gmt":"2014-09-01T07:52:55","slug":"commerce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4235","title":{"rendered":"Le serial entrepreneur romand qui a conquis la Chine"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Largeur_edition_29082014.png\" alt=\"Largeur_edition_29082014.png\" title=\"Largeur_edition_29082014.png\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00abJe voulais absolument \u00eatre ind\u00e9pendant, c\u2019\u00e9tait ma motivation premi\u00e8re. L\u2019id\u00e9e m\u2019est venue d\u2019aller voir en Chine quelles \u00e9taient les opportunit\u00e9s. Par ailleurs, l\u2019Orient m\u2019a toujours attir\u00e9 pour des raisons philosophiques.\u00bb Nicolas Musy est parti pour Shanghai, il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, avec la ferme intention de devenir son propre patron. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 53 ans, le Fribourgeois a r\u00e9ussi son pari. A son actif: une entreprise dans le domaine du textile et une dans l\u2019industrie. Sollicit\u00e9 pour son exp\u00e9rience, il a \u00e9galement fond\u00e9 China Integrated. Ce bureau regroupant 25 sp\u00e9cialistes du march\u00e9 chinois conseille les soci\u00e9t\u00e9s qui souhaitent d\u00e9velopper leurs affaires dans le pays. M\u00f6venpick, Jura (\u00e9lectrom\u00e9nager) ou l\u2019Ecole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Lausanne (EPFL) figurent parmi ses clients helv\u00e9tiques<\/p>\n<p>Lorsque Nicolas Musy arrive en Chine, apr\u00e8s l\u2019obtention de son dipl\u00f4me de physique \u00e0 l\u2019EPFL, le pays d\u00e9bute son ouverture. Pour le compte de Walter Knoepfel, une soci\u00e9t\u00e9 de tricot de la r\u00e9gion saint-galloise, il commence \u00e0 produire des pulls en cachemire dans une usine locale. Au d\u00e9part, la production s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 2500 pi\u00e8ces par an. Cependant, les partenaires se rendent vite compte que, pour fabriquer en diff\u00e9rents mod\u00e8les, tailles et couleurs et r\u00e9pondre aux attentes du march\u00e9 haut de gamme en Europe, il faut une structure plus flexible que les usines de production de masse, essentiellement sous contr\u00f4le \u00e9tatique. <\/p>\n<p>En 1993, Nicolas Musy ouvre sa propre unit\u00e9 de production \u00e0 Shanghai, en partenariat avec Walter Knoepfel. Baptis\u00e9e 2-Ply, l\u2019entreprise sera revendue en 2005 au label de mode suisse Akris, qui figure \u00e0 l\u2019\u00e9poque parmi ses clients. \u00abA la fin des ann\u00e9es 1980, d\u00e9buter des relations d\u2019affaires avec la Chine \u00e9tait relativement simple, explique Nicolas Musy. Le commerce \u00e9tait organis\u00e9 au travers d\u2019un certain nombre d\u2019entreprises \u00e9tatiques d\u2019import-export en fonction des march\u00e9s et des produits. Il \u00e9tait ais\u00e9 de trouver le bon interlocuteur.\u00bb <\/p>\n<p>En outre, il n\u2019y avait pas encore de probl\u00e8mes de qualit\u00e9. \u00abLes choses ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer rapidement avec l\u2019ouverture du pays. Notamment en raison de l\u2019engouement de l\u2019Europe et des Etats-Unis pour le textile. La demande a explos\u00e9 et la qualit\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 chuter.\u00bb C\u2019est pourquoi il d\u00e9cide, d\u00e8s 1988, de s\u2019installer durablement \u00e0 Shanghai afin d\u2019effectuer des contr\u00f4les de qualit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00c0 l\u2019\u00e9poque, peu de monde s\u2019implantait r\u00e9ellement en Chine. Il y avait un fort int\u00e9r\u00eat de la part des autorit\u00e9s \u00e0 accueillir des investissements. Lorsqu\u2019il s\u2019est agi de construire notre usine, nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien accueillis.\u00bb La construction se d\u00e9roule sans accrocs majeurs par le biais d\u2019une entreprise locale. En ce qui concerne le recrutement du personnel, Nicolas Musy place \u00e0 la t\u00eate de l\u2019usine un ancien professeur d\u2019anglais rencontr\u00e9 lors de son premier voyage, qui travaille dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Etat d\u2019import-export de textiles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re livraison, principalement destin\u00e9e \u00e0 des boutiques suisses et allemandes, notamment Bong\u00e9nie Grieder, se concr\u00e9tise 14 mois seulement apr\u00e8s l\u2019obtention des permis de construire, avec \u00e0 peine 1% de pi\u00e8ces d\u00e9fectueuses. Peu \u00e0 peu, l\u2019\u00e9quipe, qui fait venir son cachemire de Mongolie-Int\u00e9rieure, se diversifie dans d\u2019autres produits nobles comme la soie, traditionnellement d\u2019excellente qualit\u00e9 dans la r\u00e9gion de Shanghai, et la laine m\u00e9rinos, en provenance d\u2019Australie. Au moment de la vente \u00e0 Akris, la production de l\u2019usine s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 200&rsquo;000 pi\u00e8ces par an, pour une centaine d\u2019employ\u00e9s.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette exp\u00e9rience, plusieurs entreprises suisses souhaitant obtenir des conseils afin de se d\u00e9velopper sur le march\u00e9 chinois entrent en contact avec Nicolas Musy, notamment Huber + Suhner, soci\u00e9t\u00e9 zurichoise sp\u00e9cialis\u00e9e dans la conception de contacts \u00e9lectroniques. Avec un sous-traitant suisse, Lauener \u00e0 Boudry (NE), les deux parties d\u00e9cident d\u2019implanter \u00e0 Shanghai une petite unit\u00e9 de tournage et d\u00e9colletage (3 machines sur 500 m2), qui ouvre ses portes en 2001. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cette soci\u00e9t\u00e9, rebaptis\u00e9e LX Precision, compte une centaine de machines, sur pr\u00e8s de 10&rsquo;000 m2, et emploie 250 personnes. Elle livre pr\u00e8s de 100 millions de pi\u00e8ces industrielles par ann\u00e9e sur le march\u00e9 chinois \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s actives dans le secteur des t\u00e9l\u00e9communications, de l\u2019automobile ou du domaine m\u00e9dical. <\/p>\n<p>\u00abAussi bien pour 2-Ply que pour LX Precision, nous avons transf\u00e9r\u00e9 du savoir-faire et de la technologie suisses en Chine. Dans le premier cas, les produits fabriqu\u00e9s \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 l\u2019exportation et, dans le second, \u00e0 la Chine, essentiellement \u00e0 l\u2019attention de firmes \u00e9trang\u00e8res.\u00bb Selon Nicolas Musy, l\u2019une des explications du succ\u00e8s de ces entreprises vient du fait qu\u2019il ne s\u2019est pas lanc\u00e9 en partenariat avec une entit\u00e9 locale, comme beaucoup de soci\u00e9t\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990, mais en contr\u00f4lant les unit\u00e9s cr\u00e9\u00e9es avec des partenaires suisses et des gestionnaires chinois. <\/p>\n<p>\u00abNous avons pu g\u00e9rer nos structures \u00e0 l\u2019interne, engager et former les personnes que nous souhaitions. A l\u2019\u00e9poque, travailler en joint-venture avec des partenaires chinois \u00e9quivalait \u00e0 se retrouver avec des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Etat dont les int\u00e9r\u00eats \u00e9taient diff\u00e9rents. Aujourd\u2019hui, la situation a quelque peu chang\u00e9: l\u2019industrie priv\u00e9e chinoise s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e et il est possible de trouver des entrepreneurs chinois disposant d\u2019une culture et de motivations similaires.\u00bb <\/p>\n<p>Les structures \u00e9tatiques ont \u00e9galement \u00e9volu\u00e9 et font d\u00e9sormais davantage confiance aux \u00e9trangers. \u00abDe plus, les soci\u00e9t\u00e9s chinoises sont aujourd\u2019hui mieux financ\u00e9es. Cela peut \u00eatre int\u00e9ressant pour une PME ou une start-up qui ne souhaite pas investir trop d\u2019argent, sans pour autant perdre le contr\u00f4le sur ses innovations.\u00bb <\/p>\n<p>Pascal Marmier, directeur de l\u2019ambassade scientifique suisse swissnex China \u00e0 Shanghai, explique la r\u00e9ussite de ces deux entreprises par le choix d\u2019une strat\u00e9gie de niche: \u00abUne soci\u00e9t\u00e9 comme Georg Fischer, par exemple, marche aussi tr\u00e8s bien en Chine car elle vend aux multinationales du secteur de l\u2019automobile. Il est en revanche plus difficile de vendre directement au consommateur final ou dans des provinces recul\u00e9es sans partenaire local. Le march\u00e9 est souvent bas\u00e9 sur des relations hors de port\u00e9e des \u00e9trangers.\u00bb Il est ainsi difficile d\u2019\u00e9tablir des recettes pour un pays ayant la diversit\u00e9 d\u2019un continent. En d\u00e9finitive, le choix du mod\u00e8le d\u2019affaire, des managers locaux et de l\u2019emplacement doit \u00eatre \u00e9valu\u00e9 au cas par cas.<\/p>\n<p>S\u2019adapter aux m\u00e9thodes de gestion et aux sp\u00e9cificit\u00e9s de la culture d\u2019affaires chinoise demeure vital pour qui souhaite s\u2019y faire une place. \u00abLes entrepreneurs chinois sont tr\u00e8s press\u00e9s, rel\u00e8ve Nicolas Musy, qui participe \u00e0 l\u2019organisation d\u2019une comp\u00e9tition d\u2019ultra-marathon en Mongolie et pratique lui-m\u00eame cette discipline. Le march\u00e9 chinois grandit tr\u00e8s vite: les gens ont peur de manquer des opportunit\u00e9s ou de se faire d\u00e9passer par la concurrence.\u00bb <\/p>\n<p>La plus grande difficult\u00e9 pour les entrepreneurs suisses ou europ\u00e9ens consiste \u00e0 combiner leurs habitudes de planification \u00e0 long terme et l\u2019urgence du march\u00e9 chinois. En revanche, contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, il n\u2019est pas indispensable de ma\u00eetriser le chinois. \u00abIl est plus important d\u2019appr\u00e9cier les gens et de comprendre leur mentalit\u00e9 que leur langue, rel\u00e8ve Nicolas Musy. La grande majorit\u00e9 des chefs d\u2019entreprise \u00e9trangers et des expatri\u00e9s se limitent souvent \u00e0 l\u2019anglais.\u00bb Lui-m\u00eame, qui voyage pr\u00e8s de six mois par ann\u00e9e hors de Chine, d\u00e9clare se \u00abd\u00e9brouiller\u00bb, sans plus, \u00e0 l\u2019oral.<\/p>\n<p>Une ultime nuance d\u2019importance pour qui souhaite faire des affaires en Chine concerne les savoir-faire locaux. Selon que l\u2019on se trouve dans la r\u00e9gion de P\u00e9kin (IT, a\u00e9ronautique), de Shanghai (industrie, \u00e9lectronique) ou de Hong Kong et du Sud (commerce, financement, biens de consommation) les sp\u00e9cialisations varient. Or, le poids de P\u00e9kin devient de plus en plus important par rapport \u00e0 ses deux rivales. <\/p>\n<p>Olivier Glauser fait partie des nombreux entrepreneurs suisses partis s\u2019\u00e9tablir en Chine. Il a fond\u00e9 deux soci\u00e9t\u00e9s dans la r\u00e9gion de P\u00e9kin, actives dans de la gestion de droits sportifs et la cosm\u00e9tique haut de gamme, et souhaite rectifier une perception qu\u2019il juge erron\u00e9e concernant les r\u00f4les des diff\u00e9rents p\u00f4les \u00e9conomiques en Chine. \u00abOn pense souvent que Shanghai est la ville des affaires et P\u00e9kin celle du gouvernement. Cependant, de nombreux secteurs comme les m\u00e9dias, les t\u00e9l\u00e9communications, la technologie, l\u2019environnement et la finance d\u00e9pendent encore du gouvernement, bas\u00e9 \u00e0 P\u00e9kin. Il est donc naturel que le centre des affaires s\u2019y trouve \u00e9galement.\u00bb Ancien investisseur, il cite l\u2019exemple des start-up dans les technologies, l\u2019internet ou les semi-conducteurs, o\u00f9 la r\u00e9partition est actuellement de l\u2019ordre de 60% pour P\u00e9kin, 30% pour Shanghai et 10% dans le reste de la Chine.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Shanghai, le Fribourgeois Nicolas Musy a fond\u00e9 plusieurs entreprises dans des domaines aussi divers que le cachemire, le d\u00e9colletage et le conseil aux entreprises. 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