



{"id":4233,"date":"2014-08-27T16:17:06","date_gmt":"2014-08-27T14:17:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4233"},"modified":"2014-08-27T18:51:02","modified_gmt":"2014-08-27T16:51:02","slug":"elevage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4233","title":{"rendered":"Les enjeux du showbiz bovin"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/vache_d_Herens.jpg\" alt=\"vache_d_Herens.jpg\" title=\"vache_d_Herens.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>La Suisse, pays o\u00f9 les vaches sont reines. Un clich\u00e9 poussi\u00e9reux? Pas vraiment. Les reines, comme on les appelle justement dans le milieu, celles des concours de beaut\u00e9 et des ar\u00e8nes, d\u00e9cha\u00eenent les passions. Chaque ann\u00e9e, la finale des combats de vaches d&rsquo;H\u00e9rens, qui a lieu \u00e0 Aproz, en Valais, est plus suivie par les t\u00e9l\u00e9spectateurs romands qu&rsquo;un Grand Prix de Formule 1, tandis que les foires et salons, certains de renomm\u00e9e mondiale, constituent des vitrines de choix pour les \u00e9leveurs. Sur ce march\u00e9 lucratif se retrouvent professionnels du secteur agricole, acteurs du tourisme, et aussi des passionn\u00e9s qui n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 d\u00e9bourser des dizaines de milliers de francs pour acqu\u00e9rir leur reine de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Les belliqueuses vaches d&rsquo;H\u00e9rens sont les plus suivies. Le 11 mai dernier, plus de 191&rsquo;000 personnes ont regard\u00e9 la finale nationale des combats de reines, propres \u00e0 cette race, en direct sur la RTS et &#8212; pour la premi\u00e8re fois &#8212; sur SRF. Pr\u00e8s de 12&rsquo;000 spectateurs ont en outre acclam\u00e9 les gladiatrices sur place. Les diff\u00e9rents combats qui ont eu lieu dans le canton en 2014 ont attir\u00e9 30&rsquo;000 aficionados venus de partout: l&rsquo;entreprise genevoise Devillard, active dans les solutions d&rsquo;impression et l&rsquo;informatique, qui fait partie des quatre sponsors principaux de la finale depuis 2006, y invite notamment ses clients genevois et lausannois pour leur faire d\u00e9couvrir cette \u00abtradition locale\u00bb qui m\u00eale \u00abpassion et authenticit\u00e9\u00bb, indique la directrice de la communication Nathalie Castant. <\/p>\n<p>Des milliers de visiteurs se pressent aussi pour assister aux inalpes (mont\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alpage) du mois de juin, durant lesquelles les b\u00eates se battent spontan\u00e9ment, aux combats sur les p\u00e2turages ou encore aux d\u00e9salpes qui voient d\u00e9filer les reines. Cette ferveur profite au secteur touristique valaisan, et par extension au canton dans son ensemble.<\/p>\n<p>\u00abLes nombreux \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s aux reines d&rsquo;H\u00e9rens jouissent d&rsquo;une grande popularit\u00e9 et constituent un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;attrait important pour le Valais, \u00e0 tous les niveaux\u00bb, explique le directeur de Valais\/Wallis Promotion, Damian Constantin. Il indique cependant qu&rsquo;il est \u00abdifficile d&rsquo;\u00e9tablir une corr\u00e9lation directe avec l&rsquo;\u00e9volution des nuit\u00e9es\u00bb. Les vaches d&rsquo;H\u00e9rens font partie int\u00e9grante de la communication de Valais\/Wallis Promotion, qui souhaite d&rsquo;ailleurs d\u00e9velopper davantage l&rsquo;offre agrotouristique.<\/p>\n<p>Tous veulent surfer sur l&#8217;emballement autour des \u00abnoires\u00bb. Pour faire la promotion du Val d&rsquo;H\u00e9rens, Thyon-R\u00e9gion Tourisme a r\u00e9cemment install\u00e9 une cam\u00e9ra embarqu\u00e9e GoPro sur le dos d&rsquo;une vache pour filmer un combat. Le r\u00e9sultat, visible sur YouTube, est impressionnant, m\u00eame si le nombre de vues l&rsquo;est moins. L&rsquo;initiative de Nendaz Tourisme baptis\u00e9e \u00abT&rsquo;alpes o\u00f9 les vaches?\u00bb propose, de son c\u00f4t\u00e9, des forfaits touristiques pour vivre des inalpes de l&rsquo;int\u00e9rieur, en collaboration avec les paysans et des h\u00f4tels de la r\u00e9gion. Un premier package a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 cette ann\u00e9e avec le Chalet Royal, \u00e0 Veysonnaz. \u00abL&rsquo;objectif est d&rsquo;attirer des visiteurs de l&rsquo;ext\u00e9rieur du canton\u00bb, pr\u00e9cise l&rsquo;initiateur du projet Ga\u00ebtan Fournier.<\/p>\n<p>Les \u00e9leveurs, dans tout \u00e7a? Le secteur agricole profite de la fascination pour les \u00abH\u00e9rens\u00bb dans des proportions, l\u00e0 aussi, difficiles \u00e0 \u00e9tablir pr\u00e9cis\u00e9ment. Tout d&rsquo;abord via les b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s par les combats en tant que tels: \u00abBudg\u00e9t\u00e9e \u00e0 environ un million, la finale rapporte \u00e0 peu pr\u00e8s 200 000 francs de b\u00e9n\u00e9fices, ensuite utilis\u00e9s pour des projets ou activit\u00e9s agricoles\u00bb, relate Alain Alter, pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;\u00e9levage de la race d&rsquo;H\u00e9rens, co-organisatrice de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement avec les syndicats d&rsquo;\u00e9levage. Il souligne que ce r\u00e9sultat n&rsquo;est possible que gr\u00e2ce aux b\u00e9n\u00e9voles &#8212; 400 en 2014 &#8212; et varie de 10 \u00e0 20% selon la m\u00e9t\u00e9o.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s autour de la vache d&rsquo;H\u00e9rens permettent aussi de mettre en valeur les produits de la race, notamment ceux labellis\u00e9s comme la Raclette du Valais AOP, la viande s\u00e9ch\u00e9e du Valais IGP ou encore la viande \u00abFleur d&rsquo;H\u00e9rens\u00bb.<\/p>\n<p>Les propri\u00e9taires des combattantes victorieuses ne touchent pas grand-chose, moins de 1000 francs lors de la finale, en plus de la traditionnelle \u00absonnette\u00bb, une cloche de vache honorifique. Mais il se dit que les reines les plus vaillantes se vendent jusqu&rsquo;\u00e0 50&rsquo;000 francs alors que la valeur de boucherie d&rsquo;une adulte non prim\u00e9e est d&rsquo;environ 2000 \u00e0 2500 francs. Ce chiffre, tout le monde en a entendu parler, mais personne ne le confirme.<\/p>\n<p>\u00abCertains \u00e9voquent m\u00eame 80&rsquo;000 francs, seulement je n&rsquo;y crois pas\u00bb, coupe Ga\u00ebtan Meunier. Cet \u00e9leveur de vaches d&rsquo;H\u00e9rens \u00e0 Fully a remport\u00e9 la finale en 2006 avec Rebelle: \u00abJe n&rsquo;ai pas re\u00e7u \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;offres, et si quelqu&rsquo;un m&rsquo;avait propos\u00e9 ces tarifs, j&rsquo;aurais vendu instantan\u00e9ment!\u00bb<\/p>\n<p>\u00abIl n&rsquo;y a que deux personnes qui connaissent le prix, l&rsquo;acheteur et le vendeur\u00bb, sourit  Jean-Jacques Zufferey, chef de l&rsquo;Office de l&rsquo;\u00e9conomie animale au Service de l&rsquo;agriculture du Valais. Or, ils se montrent peu loquaces. Le Vaudois Patrick Perroud, boucher et propri\u00e9taire de vaches d&rsquo;H\u00e9rens qui a fait l&rsquo;acquisition de Fr\u00e9gate juste avant sa victoire \u00e0 Aproz cette ann\u00e9e, reste discret: \u00abDes reines \u00e0 50&rsquo;000 francs? C&rsquo;est possible, mais je n&rsquo;en sais rien. Moi, je ne l&rsquo;ai pas achet\u00e9e \u00e0 ce tarif-l\u00e0.\u00bb Ce passionn\u00e9 s&rsquo;est offert la lutteuse \u00abpour ses 40 ans\u00bb. \u00abIl y en a qui font du foot, moi j&rsquo;aime les reines.\u00bb<\/p>\n<p>Tout le monde s&rsquo;accorde en tout cas sur un point: \u00e9lever des H\u00e9rens uniquement \u00abpour la corne\u00bb n&rsquo;est pas rentable. \u00abFinanci\u00e8rement, je gagnerais plus en ne faisant pas de combats\u00bb, dit l&rsquo;\u00e9leveur Ga\u00ebtan Meunier. Les reines n\u00e9cessitent une pr\u00e9paration sp\u00e9ciale et produisent moins de lait. Par ailleurs, le \u00abgrain\u00bb ne se transmet que faiblement par les g\u00e8nes: le taux d&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 pour le combat est de moins de 10%, selon Jean-Jacques Zufferey, du Service de l&rsquo;agriculture.<\/p>\n<p>Surtout, les \u00e9leveurs ne peuvent pas compter sur un \u00e9ventuel pactole. \u00abDes reines qui s&rsquo;\u00e9changent \u00e0 plus de 10&rsquo;000 ou 20&rsquo;000 francs, pour autant que cela existe, il y en a maximum dix par an, note Jean-Jacques Zufferey. Et ce n&rsquo;est rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des prix atteints par les meilleures vaches d&rsquo;autres races.\u00bb<\/p>\n<p>Car il n&rsquo;y a pas que les reines d&rsquo;H\u00e9rens qui sont courtis\u00e9es. Celles des concours acqui\u00e8rent \u00e9galement beaucoup de valeur. Celui de la foire agricole Swiss Expo \u00e0 Lausanne est particuli\u00e8rement pris\u00e9. Plus de 1000 vaches et g\u00e9nisses parmi les huit principales races productives de lait ont d\u00e9fil\u00e9 cette ann\u00e9e et 23&rsquo;000 visiteurs ont afflu\u00e9 au salon, ce qui en fait le premier rendez-vous europ\u00e9en pour les professionnels de l&rsquo;\u00e9levage. Le titre convoit\u00e9 est celui de championne de race.<\/p>\n<p>\u00abAux Etats-Unis, certaines b\u00eates de concours se vendent entre 500&rsquo;000 et un million de dollars, r\u00e9v\u00e8le le responsable de Swiss Expo Jacques Rey. En Suisse, c&rsquo;est plut\u00f4t 50&rsquo;000 francs. Les Holstein sont celles qui atteignent les prix les plus \u00e9lev\u00e9s.\u00bb Qui ach\u00e8te \u00e0 de tels tarifs? \u00abIl y a une demande de la part de tous ceux qui investissent dans la g\u00e9n\u00e9tique et recherchent les vaches et taureaux les plus performants. La Suisse est \u00e0 la pointe et les \u00e9leveurs b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une renomm\u00e9e mondiale. Le b\u0153uf Simmental, par exemple, d\u00e9velopp\u00e9 par les Suisses, poss\u00e8de la plus grande population du monde. Il y a aussi des passionn\u00e9s, des industriels, qui investissent comme dans les chevaux et \u00e0 qui cela procure des sensations fortes.\u00bb<\/p>\n<p>Les \u00e9leveurs peuvent c\u00e9der leur championne pour des gains imm\u00e9diats ou la conserver et esp\u00e9rer en tirer des revenus sur le long terme, d&rsquo;une part, en entretenant un cheptel productif, et, d&rsquo;autre part, en commercialisant les semences et les taureaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise genevoise de g\u00e9n\u00e9tique bovine Select Star, num\u00e9ro deux du march\u00e9 helv\u00e9tique derri\u00e8re Swissgenetics, r\u00e9alise ainsi des accouplements avec les vaches des \u00e9leveurs en leur promettant d&rsquo;acheter ensuite le taureau. Les prix vont de 5000 \u00e0 7500 francs environ, selon Frank Baumgartner, g\u00e9n\u00e9ticien de la soci\u00e9t\u00e9: \u00abEn sachant que toutes les reines d&rsquo;exposition ne sont pas forc\u00e9ment des bonnes m\u00e8res \u00e0 taureau.\u00bb<\/p>\n<p>Select Star propose aussi aux \u00e9leveurs de toucher un pourcentage sur les ventes des semences, des royalties en quelque sorte. Dans ce cas, le taureau est achet\u00e9 moins cher. \u00abLa majorit\u00e9 vend au prix fort, et certains \u00e9leveurs suisses ont gagn\u00e9 beaucoup en sp\u00e9culant.\u00bb Le pari est risqu\u00e9 si le taureau d\u00e9\u00e7oit.<\/p>\n<p>Christian Menoud, \u00e9leveur fribourgeois habitu\u00e9 des concours, a vu sa Red Holstein baptis\u00e9e \u00abPlattery Savard R\u00e9nita\u00bb remporter le titre de sa cat\u00e9gorie et Supr\u00eame celui des races laiti\u00e8res \u00e0 Lausanne cette ann\u00e9e. Il ne cherche \u00abpas tellement\u00bb \u00e0 se s\u00e9parer de ses vaches sacr\u00e9es: \u00abElles ont plus de valeur si on les conserve.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9leveur vend ses taureaux \u00e0 l&rsquo;ins\u00e9mination et commercialise \u00e9galement des semences. Les championnes sont trait\u00e9es \u00abcomme les autres, elles continuent \u00e0 produire\u00bb. Quant aux distinctions, elles font de la \u00abpublicit\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9levage et permettent de se faire un nom\u00bb. Un \u00e9leveur peut-il vivre uniquement de la g\u00e9n\u00e9tique et des concours? \u00abAux Etats-Unis, peut-\u00eatre, en Suisse non.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;engouement pour les concours de vaches et combats d&rsquo;H\u00e9rens g\u00e9n\u00e8re des millions de francs. 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