



{"id":422,"date":"2000-06-01T00:00:00","date_gmt":"2000-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=422"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=422","title":{"rendered":"Fantasia 2000, un remake l\u00e9ger comme un hamburger DeLuxe"},"content":{"rendered":"<p>Encore une illusion d\u2019enfance qui s\u2019effondre: ainsi donc \u00abFantasia\u00bb, ce dessin anim\u00e9 musical qui illumina mes premiers pas de m\u00e9lomane en culottes courtes, serait un sommet de daube \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, un hamburger DeLuxe p\u00e9tri de bons sentiment, un digne anc\u00eatre des fumeuses extases new-age, la r\u00eaverie musicale d\u2019un Walt Disney qui aurait fum\u00e9 de l\u2019herbe sans rien perdre de son id\u00e9ologie yankee et bien pensante? Je vous le demande parce que je ne me souviens plus tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment de \u00abFantasia\u00bb. Mais je viens de visionner \u00ab<a href=http:\/\/www.fantasia2000.com target=_blank>Fantasia 2000<\/a>\u00bb. Et j\u2019ai bien peur que le ramage du premier film ne ressembl\u00e2t fort au plumage de ce dernier opus.<\/p>\n<p>Le principe, rappel\u00e9 par une voix off, est d\u00e9j\u00e0 discutable: il s\u2019agit de projeter sur grand \u00e9cran et en technicolor les images que la musique symphonique fait jaillir dans la t\u00eate des auditeurs. M\u00eame si les animateurs revendiquent la subjectivit\u00e9 du proc\u00e9d\u00e9, il y a quand m\u00eame quelque chose d\u2019odieux dans cette mani\u00e8re de r\u00e9genter les imaginaires. D\u2019ailleurs c\u2019est vrai, depuis que j\u2019ai visionn\u00e9 \u00abFantasia\u00bb opus 1, je ne peux plus entendre la \u00abDanse des Heures\u00bb de Ponchielli sans voir danser des hippopotames en tutus port\u00e9s par des alligators lubriques. Et j\u2019ai lutt\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es avant de pouvoir me d\u00e9barrasser de la d\u00e9sagr\u00e9able impression que le \u00abSacre du printemps\u00bb \u00e9tait une musique pour film pr\u00e9historique.<\/p>\n<p>Outre la nuance imp\u00e9rialiste du proc\u00e9d\u00e9, il faut voir ensuite de quel imaginaire visuel il s\u2019agit. Pass\u00e9e une premi\u00e8re s\u00e9quence b\u00e2cl\u00e9e sur le premier mouvement de la 5e Symphonie de Beethoven (dessins relativement abstraits, car c\u2019est de la musique allemande, vous comprenez\u2026), les \u00abPins de Rome\u00bb de Respighi ont inspir\u00e9 \u00e0 un animateur qui avait sans doute abus\u00e9 de la pina colada sans gla\u00e7on la lente \u00e9volution de gros c\u00e9tac\u00e9s vers un au-del\u00e0 illumin\u00e9 par le soleil. On s\u2019attarde aussi un peu sur les circonvolutions de deux baleines flanqu\u00e9es de leur adorable b\u00e9b\u00e9\u2026 <\/p>\n<p>Bref, toutes les tares de la pens\u00e9e Disney r\u00e9sum\u00e9es en 10 minutes: l\u2019exaltation de la famille, le recours au monde animalier, le regard attendri sur l\u2019enfance innocente, dans un monde b\u00e9at \u00e0 connotation religieuse. On retrouve tous ces ingr\u00e9dients m\u00e2tin\u00e9s d\u2019une touche d\u2019\u00e9cologisme d\u00e9magogique dans la derni\u00e8re s\u00e9quence illustrant \u00abL\u2019Oiseau de Feu\u00bb de Stravinsky.<\/p>\n<p>A d\u2019autres instants, Disney joue sur son autre registre: le comique qui ne tache pas. D\u2019o\u00f9 le final du \u00abCarnaval des animaux\u00bb avec des flamants roses d\u00e9couvrant les joies du yoyo, d\u2019o\u00f9 la \u00abRhapsody in blue\u00bb de Gershwin dans un New York calqu\u00e9 sur les dessins de Hirschfeld \u2013 sans doute le meilleur moment de Fantasia 2000. En revanche, la sc\u00e8ne la plus horripilante marie ces deux styles pour un remake de l\u2019arche de No\u00e9 o\u00f9 Donald Duck joue les trublions sur une musique d\u2019Elgar qui porte bien son titre: \u00abPompe et circonstance\u00bb, cette marche solennelle que la t\u00e9l\u00e9 nous fourgue immanquablement d\u00e8s que la reine d\u2019Angleterre pointe le bout de son sac \u00e0 main \u2013 le tout arrang\u00e9 pour ch\u0153ur et soprano, comme si cette musique n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 suffisamment bruyante au naturel!<\/p>\n<p>On se dit que l\u2019entreprise serait plut\u00f4t r\u00e9ussie s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un dessin anim\u00e9 au troisi\u00e8me degr\u00e9. Car entre chaque s\u00e9quence, des grands noms du show-biz\u2019 ou de la musique classique viennent pr\u00e9senter le programme de mani\u00e8re ludique. Mais la plupart sont path\u00e9tiques lorsqu\u2019ils essaient de r\u00e9citer avec naturel un petit texte bourr\u00e9 de calembours. D\u2019autres donnent carr\u00e9ment dans l\u2019humour involontaire \u2013 le moment o\u00f9 la grande Angela Lansbury vient annoncer le dernier tableau avec des airs de mamie au bord de la crise mystique a d\u2019ailleurs fait pouffer la salle de cin\u00e9ma o\u00f9 je me trouvais, ce qui n\u2019\u00e9tait certes pas pr\u00e9vu. Et puis c\u2019est s\u00fbr, pour donner un peu de charisme \u00e0 la musique classique, il fallait peut-\u00eatre s\u2019adresser \u00e0 un autre chef que James Levine, qui a autant de sex-appeal qu\u2019un ourson d\u00e9pressif. Tous ces \u00absi\u00bb et ces conditionnels me font penser qu\u2019au fond, ce dont \u00abFantasia\u00bb manque le plus cruellement, c\u2019est de fantaisie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re version de la com\u00e9die musicale anim\u00e9e \u00abFantasia\u00bb berce l\u2019imaginaire des m\u00e9lomanes en culottes courtes depuis sa sortie en 1940. Alain Perroux aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que les studios de l\u2019oncle Picsou en restent l\u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-422","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/422","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=422"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/422\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=422"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=422"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=422"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}