



{"id":4210,"date":"2014-07-24T09:48:28","date_gmt":"2014-07-24T07:48:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4210"},"modified":"2017-07-12T11:28:47","modified_gmt":"2017-07-12T09:28:47","slug":"ete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4210","title":{"rendered":"Mon coming out de touriste"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Largeur_edition_24072014.png\" alt=\"Largeur_edition_24072014.png\" title=\"Largeur_edition_24072014.png\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Que d\u2019h\u00e9sitation avant de rejoindre enfin cette file d\u2019attente! Y aller, ou renoncer \u00e0 embarquer pour ne pas faire comme tout le monde? En montant \u00e0 bord du bateau, j\u2019ai os\u00e9 endosser le statut qui \u00e9tait le mien dans ce pays qui n\u2019\u00e9tait pas le mien: celui de touriste.<\/p>\n<p>\u00abTu as fait ton coming out de touriste!\u00bb, m\u2019a r\u00e9torqu\u00e9 un ami \u00e0 qui je confiais, un rien confuse, le plaisir \u00e9prouv\u00e9 lors de cette visite qui m\u2019avait permis de d\u00e9couvrir le port d\u2019Hambourg. Des entrep\u00f4ts \u00abSpeicherstadt\u00bb aux terminaux pour containers, en passant sous l\u2019imposant chantier de l\u2019op\u00e9ra et le quai Blohm &#038; Voss. Une visite digne d\u2019int\u00e9r\u00eat. Et pourtant destin\u00e9e \u00e0 des touristes!<\/p>\n<p>Il faut se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence: partir quelques jours, \u00e0 quelques centaines de kilom\u00e8tres de mon domicile ne me transforme pas en aventuri\u00e8re ni m\u00eame en voyageuse. Cela fait de moi une simple touriste. M\u00eame le choix d\u2019une destination peu \u00abmainstream\u00bb ne modifie en rien la donne. Alors, pourquoi tant de difficult\u00e9 \u00e0 l\u2019admettre?<\/p>\n<p>Personne ne souhaite \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un touriste. N\u2019est-ce pas, selon le sociologue Jean-Didier Urbain, \u00abl\u2019idiot du voyage, le na\u00eff, le novice, le stupide qui, m\u00e9prisant ses semblables, se m\u00e9prise lui-m\u00eame\u00bb? Avant lui, c\u2019est Pierre Daninos qui, dans \u00abVacances \u00e0 tous prix\u00bb, en 1973, donnait cette d\u00e9finition du touriste: \u00abTerme employ\u00e9 avec une nuance de d\u00e9dain, parfois d\u2019agacement, par le touriste pour d\u00e9signer d\u2019autres touristes\u00bb.<\/p>\n<p>Si Stendhal, \u00e0 la \ufb01n des ann\u00e9es 1830, \u00e9tait \ufb01er d\u2019en \u00eatre un, vingt ans plus tard, Flaubert en avait d\u00e9j\u00e0 honte. Aujourd\u2019hui, chacun s\u2019accorde \u00e0 reconna\u00eetre que le touriste est la caricature de tout ce que nous refusons d\u2019\u00eatre, un \u00abavatar d\u00e9grad\u00e9 du voyageur\u00bb, un mouton qui se d\u00e9place en troupeau.<\/p>\n<p>La lecture d\u2019un essai convaincra n\u00e9anmoins celles et ceux qui pensent pouvoir \u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette de \u00abtouriste\u00bb qu\u2019il n\u2019en est rien. En observateur narquois de l\u2019\u00abhomo touristicus\u00bb, Dirk Sch\u00fcmer, auteur de <a href=\"http:\/\/www.amazon.de\/Touristen-sind-immer-die-anderen\/dp\/3446243569\" target=\"_blank\">\u00abTouristen sind immer die anderen\u00bb<\/a>, (Les touristes c\u2019est toujours les autres), nous tend un miroir dans lequel il est difficile de ne pas se reconna\u00eetre. Seuls quelques voyageurs authentiques \u00e9chapperont \u00e0 ce diagnostic.<\/p>\n<p>Puis, le journaliste analyse pourquoi il n\u2019y a pire ennemi du touriste que les autres touristes. \u00abC\u2019est comme avec l\u2019\u00e2ge: tout le monde veut devenir \u00e2g\u00e9, mais personne ne veut \u00eatre vieux. Sur le m\u00eame mod\u00e8le, tout le monde veut voyager, mais personne ne veut admettre qu\u2019il est un touriste\u00bb.<\/p>\n<p>Reste, en guise de consolation, pour qui n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 un touriste lambda, la pratique d\u2019un tourisme selon l\u2019une de ses nombreuses d\u00e9clinaisons \u00abtendance\u00bb. Ainsi, on aura la douce illusion d\u2019\u00e9chapper au \u00abtroupeau\u00bb en pratiquant le tourisme alternatif, solidaire, social, durable, responsable, vert, \u00e9quitable voire exp\u00e9rimental ou spatial. Autant d\u2019adjectifs permettant de trouver des mobiles s\u00e9rieux pour r\u00e9sorber sa mauvaise conscience.<\/p>\n<p>Mieux encore &#8212; et seule v\u00e9ritable option pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre amalgam\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne du tourisme et \u00e0 ses d\u00e9rives &#8212; ne pas quitter son chez-soi. <a href=\"http:\/\/www.amazon.de\/Bin-bl%C3%B6d-fahr-Urlaub-Zuhausebleiben\/dp\/3442158192\" target=\"_blank\">\u00abBin ich bl\u00f6d und fahr in Urlaub? Zuhausebleiben ist der beste Trip\u00bb<\/a> (Suis-je b\u00eate, partir en vacances? Rester \u00e0 la maison est le meilleur voyage) est le titre d\u2019un autre ouvrage allemand diffus\u00e9 \u00e0 la veille des vacances.<\/p>\n<p>Falko L\u00f6ffler, son auteur, interpelle ses lecteurs: \u00abNe partez-vous pas pour des destinations exotiques uniquement pour en faire \u00e9talage sur Facebook? N\u2019en avez-vous pas marre de la mobilit\u00e9 permanente et n\u2019aspirez-vous pas tout simplement \u00e0 \u00eatre tranquille? D\u00e8s lors, le chez-soi est manifestement la meilleure destination!\u00bb. Une injonction qui sonne le glas du temps vide des vacances, qui doit imp\u00e9rativement \u00eatre rempli. Et un \u00e9loge de l\u2019immobilit\u00e9 pour \u00e9chapper au diktat de l\u2019activisme.<\/p>\n<p>Il y a cinquante ans, avant m\u00eame le tourisme de masse, l&rsquo;\u00e9crivain et diplomate fran\u00e7ais Paul Morand avait eu cette phrase: \u00abIl n\u2019y a plus que des voyageurs; les s\u00e9dentaires deviennent des originaux. Tous les hommes sont en route.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Personne n\u2019aime passer pour un touriste. Mais peut-on \u00e9chapper \u00e0 ce statut en partant en vacances? Chronique. <\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-4210","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4210","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4210"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4210\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5549,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4210\/revisions\/5549"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4210"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4210"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4210"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}