



{"id":4193,"date":"2014-07-01T15:22:28","date_gmt":"2014-07-01T13:22:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4193"},"modified":"2014-07-01T16:07:41","modified_gmt":"2014-07-01T14:07:41","slug":"alimentation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4193","title":{"rendered":"Des bact\u00e9ries dans votre assiette"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/bacteria_credit_cyril_chapuisat.jpg\" alt=\"bacteria_credit_cyril_chapuisat.jpg\" title=\"bacteria_credit_cyril_chapuisat.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>L\u2019Universit\u00e9 de Wageningen aux Pays-Bas cache une ferme bien \u00e9trange. Les cultures n\u2019y sont pas sem\u00e9es en ligne droite et n\u2019ondulent pas au vent. Au contraire, elles poussent dans des \u00e9tangs verd\u00e2tres et dans des tubes de verre \u00e9pais remplis d\u2019un liquide \u00e9meraude. Ce ne sont pas des c\u00e9r\u00e9ales famili\u00e8res mais des cr\u00e9atures unicellulaires, cousines des organismes qui pullulent dans les piscines mal entretenues. Plus \u00e9trange encore, ces petites cellules vertes, des microalgues, pourraient se retrouver dans nos assiettes d\u2019ici dix \u00e0 vingt ans. \u00abAu lieu des prot\u00e9ines de soja, on utilisera des prot\u00e9ines d\u2019algue\u00bb pr\u00e9dit Ren\u00e9 Wijffels, un bio-ing\u00e9nieur qui a fond\u00e9 il y a deux ans cette installation baptis\u00e9e AlgaePARC.<\/p>\n<p>Peu app\u00e9tissantes, les microalgues pourraient contribuer \u00e0 nourrir les 9 milliards d\u2019\u00eatres humains qui peupleront la plan\u00e8te en 2050. A cette date, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (FAO), la demande mondiale en nourriture aura augment\u00e9 de 70%. Bien que l\u2019on produise plus que l\u2019on ne consomme, une personne sur huit est aujourd\u2019hui sous-aliment\u00e9e en raison d\u2019obstacles \u00e9conomiques et logistiques. La surface arable \u00e9tant limit\u00e9e pour les cultures conventionnelles, comment lutter contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire actuelle et garantir la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire future?<\/p>\n<p>C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat des microalgues et de leurs nombreux talents cach\u00e9s. Gr\u00e2ce \u00e0 des capacit\u00e9s de photosynth\u00e8se trois fois sup\u00e9rieures \u00e0 celles des plantes terrestres, certaines esp\u00e8ces peuvent transformer l\u2019\u00e9nergie solaire en sucre ou en d\u2019autres mol\u00e9cules. La production de microalgues par hectare pourrait ainsi \u00eatre jusqu\u2019\u00e0 20 fois plus grande que celle de graines comme le soja. D\u2019autres sont en mesure de se nourrir \u00e0 partir de sous-produits de l\u2019industrie. Contrairement aux plantes, elles n\u2019occupent pas de terres arables et peuvent \u00eatre cultiv\u00e9es dans de l\u2019eau de mer, des bassins et des bior\u00e9acteurs. <\/p>\n<p>Tr\u00e8s nutritives, certaines algues concentrent des prot\u00e9ines, des vitamines, des huiles et d\u2019autres nutriments. Une cyanobact\u00e9rie du nom d\u2019Arthrospira, mieux connue en tant que spiruline, contient de 55 \u00e0 70% de prot\u00e9ines, des acides gras essentiels, des vitamines B, C, D et E, des min\u00e9raux et tous les aminoacides n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019humain. Pour Alessandro Lovatelli, sp\u00e9cialiste des algues marines et charg\u00e9 de l\u2019aquaculture \u00e0 la FAO, ajouter de la spiruline en poudre aux aliments de base permettrait d\u2019augmenter facilement l\u2019apport nutritionnel dans les pays en d\u00e9veloppement. \u00abLa valeur nutritive de ces plats serait nettement plus \u00e9lev\u00e9e sans modifier pour autant les habitudes alimentaires des populations.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Des Azt\u00e8ques aux Smarties<\/strong><\/p>\n<p>Les hommes mangent des microalgues depuis longtemps: les Azt\u00e8ques consommaient d\u00e9j\u00e0 de la spiruline. Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, l\u2019augmentation de la demande du march\u00e9 de la nourriture di\u00e9t\u00e9tique a encourag\u00e9 la production et la commercialisation des microalgues. En 2004, l\u2019industrie mondiale produisait 5\u2019000 t de produits d\u00e9riv\u00e9s pour un chiffre d\u2019affaires de 1,25 milliard de dollars. Dans les magasins bio, on trouve des microalgues sous forme de compl\u00e9ments en poudre qu\u2019il ne reste plus qu\u2019\u00e0 ajouter aux p\u00e2tes, au pain ou aux g\u00e2teaux. Sans oublier les Smarties bleus qui tirent leur couleur d\u2019un extrait de spiruline.<\/p>\n<p>Le principal obstacle reste financier. Selon Ren\u00e9 Wijffels, le prix des huiles et des prot\u00e9ines \u00e0 base de microalgues devrait \u00eatre divis\u00e9 par dix pour en faire des solutions viables. A ce jour, elles restent un march\u00e9 de niche r\u00e9serv\u00e9 notamment aux produits bio. Trop ch\u00e8res pour les plus pauvres, elles ne sont pas comp\u00e9titives face aux cultures conventionnelles des pays d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>Les scientifiques en savent encore peu sur ces organismes. \u00abLa production n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts\u00bb, explique Brenda Parker, biochimiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Cambridge et responsable de l\u2019innovation au sein d\u2019InCrops, un projet financ\u00e9 par l\u2019UE qui soutient la commercialisation de produits issus des technologies vertes. Confront\u00e9s \u00e0 des dizaines de milliers d\u2019algues distinctes, les chercheurs commencent \u00e0 peine \u00e0 comprendre comment elles pourraient \u00eatre utilis\u00e9es. \u00abNous ne cultivons pas simplement telle ou telle algue, mais un aliment \u00e0 part enti\u00e8re, explique Brenda Parker. Il s\u2019agit d\u2019organismes vari\u00e9s aux physiologies tr\u00e8s diff\u00e9rentes.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019efficacit\u00e9 de la photosynth\u00e8se des microalgues est plus grande que celle des plantes terrestres et atteint 3% dans les bior\u00e9acteurs actuels. La doubler permettrait de r\u00e9duire de moiti\u00e9 les co\u00fbts de production, estime Ren\u00e9 Wijffels. Paradoxalement, il faut r\u00e9duire la quantit\u00e9 de lumi\u00e8re re\u00e7ue par l\u2019algue, car elle peut freiner sa croissance. Les chercheurs tentent d\u2019y parvenir en construisant des bior\u00e9acteurs \u00e0 tubes verticaux. Ils travaillent \u00e9galement \u00e0 limiter l\u2019apport en eau fra\u00eeche dans les fermes de microalgues et \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer puis recycler les nutriments dont elles ont besoin, comme l\u2019azote et le phosphore.<\/p>\n<p>La modification g\u00e9n\u00e9tique est une autre piste prometteuse. Les cyanobact\u00e9ries ont une longueur d\u2019avance dans ce domaine puisque des techniques existent d\u00e9j\u00e0 et pourraient permettre d\u2019am\u00e9liorer leur capacit\u00e9 de photosynth\u00e8se ou de produire des suppl\u00e9ments nutritionnels. Les avanc\u00e9es sont plus d\u00e9licates pour les microalgues eucaryotes, mais elles sont d\u00e9j\u00e0 capables de fabriquer des huiles utilisables comme biocarburant.<\/p>\n<p>Ces alternatives aux carburants fossiles constituent une autre piste d\u00e9velopp\u00e9e par les scientifiques et r\u00e9pondent \u00e0 des d\u00e9fis \u00e9conomiques et technologiques similaires. Pour les chercheurs, aliments et biocarburants devraient \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s ensemble. \u00abLes microalgues doivent \u00eatre exploit\u00e9es \u00e0 grande \u00e9chelle pour \u00eatre rentables\u00bb, soutient Ren\u00e9 Wijffels. C\u2019est pourquoi la spiruline a peu de chances d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e industriellement, en d\u00e9pit de ses b\u00e9n\u00e9fices nutritionnels. Pour Alessandro Lovatelli de la FAO, elle pourrait n\u00e9anmoins r\u00e9pondre aux carences alimentaires qui touchent les populations les plus pauvres en milieu rural, l\u00e0 o\u00f9 les co\u00fbts de transport et la logistique constituent des probl\u00e8mes cl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Multinationales et gouvernements<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019utilisation \u00e0 grande \u00e9chelle des microalgues n\u2019est pas envisageable avant au moins une d\u00e9cennie, mais les multinationales s\u2019y int\u00e9ressent d\u00e9j\u00e0. En septembre 2013, Solazyme, une entreprise am\u00e9ricaine de biotechnologie, a annonc\u00e9 qu\u2019elle fournirait de l\u2019huile d\u2019algue \u00e0 Unilever, qui utilise notamment de l\u2019huile de palme dans ses produits alimentaires et cosm\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Les gouvernements investissent \u00e9galement dans les microalgues pour favoriser le d\u00e9veloppement technologique et cr\u00e9er un cadre social et \u00e9conomique assurant leur viabilit\u00e9. Brenda Parker participe \u00e0 une autre initiative de l\u2019UE, EnAlgae, qui soutient la collaboration entre les chercheurs, les entreprises et les pouvoirs publics. Elle estime que \u00abs\u2019associer \u00e0 d\u2019autres industries serait \u00e9conomiquement b\u00e9n\u00e9fique\u00bb. A Cambridge, son \u00e9quipe teste la capacit\u00e9 d\u2019une microalgue, la Phaeodactylum, \u00e0 d\u00e9barrasser de leurs nitrates les eaux us\u00e9es des stations d\u2019\u00e9puration locales. Cette esp\u00e8ce pr\u00e9sente l\u2019autre avantage de produire de l\u2019EPA, un acide gras om\u00e9ga-3 important pour l\u2019humain. \u00abIl y a une vraie synergie\u00bb, poursuit la chercheuse. Au-del\u00e0 de l\u2019alimentation humaine, ce type d\u2019algue sera probablement utilis\u00e9 pour nourrir les animaux.<\/p>\n<p>Le dernier obstacle est sans doute l\u2019acceptation des consommateurs, rel\u00e8ve Alessandro Lovatelli. Mais les consommateurs de sushis connaissent bien l\u2019algue marine, cousine de la microalgue. Qui sait? Un jour, vous vous rendrez peut-\u00eatre au drive-in dans une voiture roulant \u00e0 l\u2019algocarburant pour acheter un cyanoburger.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 1 \/ 2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019id\u00e9e semble repoussante, mais les experts sont des plus s\u00e9rieux: d\u00e9j\u00e0 vendus dans les magasins de di\u00e9t\u00e9tique, des microorganismes pourraient un jour aider \u00e0 nourrir la plan\u00e8te. A condition que leur prix baisse.<\/p>\n","protected":false},"author":20161,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4193","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20161"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4193"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4193\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4193"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}