



{"id":4172,"date":"2014-05-27T23:02:34","date_gmt":"2014-05-27T21:02:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4172"},"modified":"2014-05-27T23:09:04","modified_gmt":"2014-05-27T21:09:04","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4172","title":{"rendered":"Don du sang: des crit\u00e8res trop s\u00e9v\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Blood_penurie.jpg\" alt=\"Blood_penurie.jpg\" title=\"Blood_penurie.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" style=\"font-size: 1em; line-height: 1.3em\" \/><\/p>\n<p>\u00abLa Suisse craint chaque ann\u00e9e une p\u00e9nurie de sang.\u00bb Le message de Rudolf Schwabe, directeur de l\u2019organisation nationale du service de transfusion sanguine Croix-Rouge Suisse (CRS), est clair. Le pays est globalement autosuffisant mais plusieurs cantons comme Gen\u00e8ve, B\u00e2le ou Vaud doivent r\u00e9guli\u00e8rement faire appel \u00e0 d\u2019autres centres de transfusion suisses pour recevoir suffisamment de poches de sang. \u00abNous importons 10% de nos besoins chaque ann\u00e9e, soit environ 3\u2019000 poches sur les 30\u2019000 n\u00e9cessaires au canton de Vaud, explique Jean-Daniel Tissot, chef du Centre de transfusion sanguine du CHUV. Et ces besoins augmentent avec les avanc\u00e9es technologiques en mati\u00e8re de soins, qui permettent de traiter des patients toujours plus \u00e2g\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Globules rouges, mais aussi plaquettes et plasma sont pr\u00e9lev\u00e9s lors d\u2019un don de sang: trois composants utilis\u00e9s principalement par les m\u00e9decins des services d\u2019onco-h\u00e9matologie et de chirurgie h\u00e9morragique. \u00abMalheureusement, quand nous faisons un appel au don de sang, nous envoyons un message contradictoire, poursuit le sp\u00e9cialiste. Nous cherchons toujours plus de donneurs et en m\u00eame temps, nous refusons toujours plus de volontaires, les mesures de pr\u00e9caution \u00e9tant tr\u00e8s contraignantes.\u00bb Pour pouvoir donner son sang, il faut effectivement r\u00e9pondre \u00e0 des crit\u00e8res tr\u00e8s pr\u00e9cis, qui peuvent exclure un volontaire de mani\u00e8re temporaire, voire d\u00e9finitive. Tour d\u2019horizon des principaux obstacles au don de sang.<\/p>\n<p><strong>1. L\u2019homosexualit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les hommes qui ont des rapports sexuels avec des partenaires du m\u00eame sexe entre 1977 &#8212; date de d\u00e9couverte du premier r\u00e9trovirus humain li\u00e9 au sida &#8212; et aujourd\u2019hui, sont exclus \u00e0 vie du don de sang, au m\u00eame titre que les personnes qui se droguent ou qui ont des rapports sexuels r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. Emmanuel Rigal, chef du Centre de transfusion sanguine des HUG \u00e0 Gen\u00e8ve, s\u2019interroge: \u00abIl a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019une poche sur 3 millions est contamin\u00e9e tous les huit ans. En assouplissant cette mesure, le risque encouru serait de trois ou quatre personnes contamin\u00e9es en plus par ann\u00e9e en Europe. En termes relatifs, cela reste tr\u00e8s faible. Mais quel est le seuil d\u2019acceptabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un risque suppl\u00e9mentaire, m\u00eame minime de transmission du virus du VIH? Le d\u00e9bat est plus soci\u00e9tal que m\u00e9dical.\u00bb <\/p>\n<p>Selon Jean-Daniel Tissot, \u00abpersonne n\u2019a le courage de prendre cette d\u00e9cision, mais la discussion sera relanc\u00e9e avec les nouvelles techniques m\u00e9dicales \u00e9tudi\u00e9es\u00bb. En 2012, l\u2019autorit\u00e9 Swissmedic a par ailleurs refus\u00e9 d\u2019entrer en mati\u00e8re apr\u00e8s une ann\u00e9e de d\u00e9bat parlementaire au sujet de cette mesure de pr\u00e9caution. \u00abTout risque av\u00e9r\u00e9 ou m\u00eame suspect\u00e9 pour les receveurs doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9\u00bb, tranche Hans-Beat Jenny, directeur adjoint de l\u2019institut.<\/p>\n<p><strong>2. Le changement de partenaire sexuel<\/strong><\/p>\n<p>Fix\u00e9 \u00e0 12 mois jusqu\u2019en janvier 2012, le d\u00e9lai pour une personne qui a chang\u00e9 de partenaire avant d\u2019\u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 donner son sang a \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9 \u00e0 quatre mois. Mais pour le chef des transfusions au CHUV, ce crit\u00e8re peut \u00eatre repens\u00e9, notamment en tenant compte des relations prot\u00e9g\u00e9es et de la valeur des tests pouvant compenser le risque d\u2019infection: \u00abAvec cette mesure, nous devons opposer un refus \u00e0 pas moins de 30 \u00e0 40% des jeunes donneurs.\u00bb Au CRS, Rudolf Schwabe d\u00e9plore lui aussi cette restriction: \u00abLa population de jeunes donneurs est importante, nous esp\u00e9rons r\u00e9duire cette attente \u00e0 trois mois.\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. Les s\u00e9jours  \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<\/strong><\/p>\n<p>La malaria, le chikungunya et le chagas sont autant de maladies \u00e9mergentes virales ou parasitaires qui emp\u00eachent temporairement le don de sang en Suisse. Aucune remise en question de ce principe n\u2019est cependant envisag\u00e9e. \u00abLe risque de transmission d\u2019un pathog\u00e8ne inconnu est encore trop \u00e9lev\u00e9\u00bb, explique Jean-Daniel Tissot. En 2013, c\u2019est la fi\u00e8vre du Nil occidental qui a paralys\u00e9 les centres de pr\u00e9l\u00e8vements: les voyageurs de retour des Etats-Unis et du Canada, entre autres, devaient observer un mois de quarantaine. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui affecte particuli\u00e8rement Gen\u00e8ve, o\u00f9 la population est tr\u00e8s mobile &#8212; il s\u2019agit de l\u2019un des cantons les plus concern\u00e9s par la p\u00e9nurie de sang.<\/p>\n<p><strong>4. La maladie de  Creutzfeldt-Jakob<\/strong><\/p>\n<p>Tout individu ayant s\u00e9journ\u00e9 six mois au moins en Angleterre de 1980 \u00e0 1996 n\u2019est pas autoris\u00e9 \u00e0 donner son sang. La maladie de Creutzfeldt-Jakob, virus apparu pendant ce laps de temps en Grande-Bretagne, a une p\u00e9riode d\u2019incubation tr\u00e8s longue et les tests ne sont pas toujours en mesure de le d\u00e9tecter. En 2004, une variante de cette maladie, la \u00abvache folle\u00bb, a interdit de don toutes les personnes ayant d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une transfusion sanguine apr\u00e8s 1980. \u00abA cause de cette mesure, nous avons perdu 11% de nos donneurs, les plus fid\u00e8les, souligne Jean-Daniel Tissot. Cette r\u00e8gle devrait \u00eatre rediscut\u00e9e, voire supprim\u00e9e. Comme pour la maladie de Creutzfeldt-Jakob, aucun cas n\u2019a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 en Suisse et la mesure n\u2019est plus d\u2019actualit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>5. L\u2019\u00e2ge et le poids  du donneur<\/strong><\/p>\n<p>Autoris\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 16 ans aux Etats-Unis, le don ne peut se faire avant 18 ans en Suisse. Une mesure accept\u00e9e par les sp\u00e9cialistes, qui \u00e9voquent le besoin de laisser aux patients le temps de grandir. Quant au poids minimum de 50 kg, rien ne devrait changer non plus. \u00abNous pr\u00e9levons 450 ml de sang, ce qui n\u2019est pas n\u00e9gligeable pour la sant\u00e9 du donneur, explique Jean-Daniel Tissot. Si nous prenions moins de sang \u00e0 une personne de moins de 50 kg, c\u2019est la qualit\u00e9 du sang qui ne serait plus optimale.\u00bb<\/p>\n<p><strong>6. La fr\u00e9quence des dons<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, les femmes volontaires peuvent donner leur sang deux fois par ann\u00e9e au maximum et les hommes trois fois, contre quatre et six fois respectivement en France. Emmanuel Rigal estime que la r\u00e8gle est satisfaisante: \u00abPr\u00e9lever plus serait faire prendre des risques chez les donneurs de diminuer leurs r\u00e9serves en fer et causer ainsi une an\u00e9mie mais aussi une fatigue chronique.\u00bb Jean-Daniel Tissot trouve m\u00eame ce crit\u00e8re excessivement permissif: \u00abNous pr\u00e9levons d\u00e9j\u00e0 trop sur les m\u00eames personnes en Suisse. Je pr\u00e9f\u00e9rerais qu\u2019on augmente d\u2019une fois et demie le nombre de donneurs et qu\u2019on diminue d\u2019une fois et demie le nombre de pr\u00e9l\u00e8vements chez nos volontaires.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les solutions alternatives<\/strong><\/p>\n<p>1. Purifier le sang<\/p>\n<p>La Suisse est pionni\u00e8re du proc\u00e9d\u00e9 dit \u00abd\u2019inactivation des pathog\u00e8nes\u00bb, qui consiste \u00e0 d\u00e9truire toutes les bact\u00e9ries qui pourraient \u00eatre pr\u00e9sentes dans le sang et donc se rapprocher d\u2019un sang pur. Cette technique est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e sur les plaquettes et sur le plasma, deux composants du sang qui permettent la coagulation. Et les recherches sont en cours pour la suppression totale de ces agents n\u00e9fastes dans les globules rouges. \u00abQuand l\u2019on saura \u00e9galement d\u00e9truire les pathog\u00e8nes dans les globules rouges, les risques d\u2019infection seront ma\u00eetris\u00e9s. Tous les crit\u00e8res de restriction devront \u00eatre revus\u00bb, se r\u00e9jouit Jean-Daniel Tissot.<\/p>\n<p>2. Produire du sang artificiel<\/p>\n<p>Il n\u2019existe aujourd\u2019hui toujours pas de substitut au sang, et les diff\u00e9rentes recherches men\u00e9es sur la fabrication de sang synth\u00e9tique sont pour l\u2019heure interrompues \u00e0 la suite de complications sanitaires, telles qu\u2019une augmentation du risque d\u2019infarctus, comme l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une \u00e9tude parue dans le \u00abJournal of the American Medical Association\u00bb en 2008. En revanche, le d\u00e9veloppement de globules rouges \u00e0 partir de cellules souches embryonnaires est en passe de devenir r\u00e9alit\u00e9. Le professeur Luc Douay, chef du Service d\u2019h\u00e9matologie \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Saint-Antoine de Paris, a men\u00e9 un premier essai clinique r\u00e9ussi en 2011 et place ses espoirs sur une nouvelle cellule d\u00e9couverte en 2007 et baptis\u00e9e \u00abpluripotente induite\u00bb, qui peut produire des globules rouges de fa\u00e7on illimit\u00e9. \u00abLe plus gros d\u00e9fi est de parvenir \u00e0 adapter les conditions de culture en laboratoire \u00e0 une production de volume industriel, explique-t-il. J\u2019esp\u00e8re observer des premiers r\u00e9sultats d\u2019ici \u00e0 quatre ans.\u00bb<\/p>\n<p>3. Diminuer les transfusions sanguines<\/p>\n<p>Si le don de sang restera toujours n\u00e9cessaire pour les cas d\u2019urgences h\u00e9morragiques, les transfusions sanguines ne sont pas indispensables dans toutes les situations. \u00abEn r\u00e9alisant un travail en amont dans les services hospitaliers, il est possible de r\u00e9duire le besoin de don de sang au moins de moiti\u00e9\u00bb, assure Donat Spahn, chef du Service d\u2019anesth\u00e9siologie de l\u2019H\u00f4pital universitaire de Zurich. Il a imagin\u00e9 un concept, nomm\u00e9 \u00abPatient Blood Management\u00bb, qui vise trois objectifs: renforcer les examens m\u00e9dicaux des malades et les traiter contre toute an\u00e9mie possible, avant hospitalisation; diminuer la perte de sang durant une op\u00e9ration par une r\u00e9vision de certaines techniques chirurgicales. Enfin, pr\u00e9venir tout besoin postop\u00e9ratoire de transfusion par un traitement suffisant du patient en fer et \u00e9rythropo\u00ef\u00e9tine, une hormone qui augmente la production de globules rouges. Un programme-pilote est d\u00e9j\u00e0 instaur\u00e9 en Australie pour les chirurgies orthop\u00e9diques.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine IN VIVO.<\/p>\n<p>Pour vous abonner, cliquez <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/fr\/abonnement\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des milliers de donneurs potentiels en Suisse ne peuvent pas donner leur sang. 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