



{"id":4160,"date":"2014-05-08T16:38:12","date_gmt":"2014-05-08T14:38:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4160"},"modified":"2014-05-08T16:44:39","modified_gmt":"2014-05-08T14:44:39","slug":"transport","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4160","title":{"rendered":"L\u2019espace s\u2019ouvre au tourisme"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Virgin_Galactic.jpg\" alt=\"Virgin_Galactic.jpg\" title=\"Virgin_Galactic.jpg\" border=\"0\" height=\"310\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>C\u2019est une course contre-la montre qui s\u2019est engag\u00e9e. Objectif: devenir la premi\u00e8re compagnie priv\u00e9e \u00e0 envoyer r\u00e9guli\u00e8rement des touristes dans l\u2019espace. La comp\u00e9tition pour ce titre prestigieux met aux prises une dizaine d\u2019acteurs, dont trois se d\u00e9marquent clairement: l\u2019entrepreneur star britannique Richard Branson et sa soci\u00e9t\u00e9 Virgin Galactic, le fondateur d\u2019Amazon Jeff Bezos avec son projet Blue Origin, ainsi que la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricano-n\u00e9erlandaise XCOR. De son c\u00f4t\u00e9, le trublion Elon Musk, fondateur de PayPal et des voitures \u00e9lectriques Tesla, n\u2019est pas en reste avec sa compagnie SpaceX, mais il vise lui en priorit\u00e9 le transport d\u2019astronautes.<\/p>\n<p>Les dates annonc\u00e9es pour les premiers lancements sont sans cesse repouss\u00e9es. A ce petit jeu, Richard Branson est devenu un ma\u00eetre, lui qui planifiait un premier vol habit\u00e9 pour\u2026 2009. Il table d\u00e9sormais sur cette ann\u00e9e. A d\u00e9faut de voler, le temps \u00e9coul\u00e9 lui a suffi \u00e0 faire valoriser \u00e0 1 milliard de dollars sa soci\u00e9t\u00e9, fond\u00e9e il y a dix ans. Cela gr\u00e2ce \u00e0 ses propres investissements et la vente de billets, mais surtout la prise de participation du fonds \u00e9mirati Aabar dans le projet, \u00e0 hauteur de pr\u00e8s de 400 millions de dollars.<\/p>\n<p>\u00abQuelque 660 personnes ont d\u00e9j\u00e0 pris leur billet pour embarquer sur le vaisseau SpaceShipTwo de Virgin Galactic, explique Jean-Luc Wibaux, directeur de l\u2019agence Un ticket pour l\u2019espace \u00e0 Paris. Les clients europ\u00e9ens sont souvent des passionn\u00e9s, qui ne sont pas forc\u00e9ment des milliardaires. Les Am\u00e9ricains, eux, veulent davantage faire partie d\u2019un club, en se retrouvant pour faire du networking. Pour eux, l\u2019espace, c\u2019est un peu le nouveau golf.\u00bb<\/p>\n<p>250\u2019000 dollars: c\u2019est le prix \u00e0 payer \u00e0 Virgin Galactic pour pouvoir exp\u00e9rimenter l\u2019apesanteur durant quelques minutes, \u00e0 un peu plus de 100 km d\u2019altitude. Soit juste au-dessus de la \u00abligne de Karman\u00bb, d\u00e9limitant la fronti\u00e8re de l\u2019espace. La Station spatiale internationale (ISS), qui accueille aujourd\u2019hui les astronautes professionnels, se trouve quant \u00e0 elle \u00e0 une altitude quatre fois plus \u00e9lev\u00e9e. En attendant de lancer un premier vol suborbital, la concurrence sur Terre est f\u00e9roce. Elle se joue aussi sur la s\u00e9mantique et l\u2019intimidation: star montante de la Silicon Valley, Elon Musk a r\u00e9cemment \u00e9crit qu\u2019il \u00e9tait plus probable de \u00abd\u00e9couvrir des licornes\u00bb que de voir son rival Jeff Bezos parvenir \u00e0 rejoindre l\u2019ISS \u00e0 bord d\u2019un vaisseau spatial\u2026<\/p>\n<p><strong>Dans l\u2019ombre de Branson<\/strong><\/p>\n<p>Chaque projet d\u00e9veloppe jalousement sa propre approche du tourisme spatial. Ainsi, le SpaceShipTwo de Virgin Galactic, qui pourra accueillir six personnes en plus des deux pilotes, sera d\u2019abord attach\u00e9 sous un avion-porteur, le White Knight Two, avant d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 15 km d\u2019altitude pour rejoindre de mani\u00e8re autonome la ligne de Karman. Le voyage a une dur\u00e9e totale pr\u00e9vue de 2h30, \u00e0 une vitesse atteignant Mach 4 (quatre fois la vitesse du son).<\/p>\n<p>La base spatiale de Virgin Galactic, qui emploie quelque 250 personnes, se situe dans le d\u00e9sert de Mojave au Nouveau-Mexique, un Etat en train de devenir le hub de la nouvelle industrie spatiale. \u00abLa compagnie d\u00e9veloppe deux avions-porteurs et cinq navettes\u00bb, pr\u00e9cise Jean-Luc Wibaux. Un premier test en avril dernier a permis \u00e0 SpaceShip Two de s\u2019envoler une premi\u00e8re fois, mais pendant moins de vingt secondes seulement\u2026<\/p>\n<p>Juste en face, le plus s\u00e9rieux concurrent de Virgin Galactic, XCOR, en est encore \u00e0 la phase d\u2019assemblage de son vaisseau, le \u00abLynx\u00bb. Au contraire du navire de Branson, celui-ci n\u2019est pas propuls\u00e9 par un avion-porteur: il s\u2019agit d\u2019une seule navette spatiale comprenant quatre moteurs-fus\u00e9es, mais qui d\u00e9collera \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un avion et sera \u00e9galement r\u00e9utilisable. Le Lynx ne pourra en revanche accueillir qu\u2019un seul passager, outre le pilote. L\u2019heureux \u00e9lu devra d\u00e9bourser 100\u2019000 dollars, pour une dur\u00e9e de voyage de trente minutes.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, la firme a assembl\u00e9 quelque 13 moteurs, et r\u00e9alis\u00e9 plus de 4\u2019000 mises \u00e0 feu. \u00abComme Virgin Galactic, ils ont annonc\u00e9 leur premier vol touristique pour le troisi\u00e8me trimestre de cette ann\u00e9e. A mon avis, ils sont cr\u00e9dibles, car ils font beaucoup moins de buzz gratuit que Richard Branson, et se montrent g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chis avant de faire une annonce. C\u2019est une approche plus mesur\u00e9e, m\u00eame s\u2019ils sont au coude-\u00e0-coude\u00bb, estime Chad Anderson, responsable des op\u00e9rations europ\u00e9ennes du r\u00e9seau am\u00e9ricain Space Angels Network, qui promeut l\u2019investissement dans l\u2019industrie spatiale.<\/p>\n<p>\u00abSur la date, je laisserai \u00e0 Sir Branson le soin d\u2019assumer ses d\u00e9marches marketing, note pour sa part Jean-Luc Wibaux. C\u2019est un moteur r\u00e9volutionnaire, qui n\u00e9cessite beaucoup de tests. Il y a six ans, quand j\u2019annon\u00e7ais 2015 comme date probable pour le premier lancement, on me traitait de pessimiste. Mais on s\u2019achemine vers cela.\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le patron d\u2019Amazon, Jeff Bezos, prend lui aussi le contre-pied de Richard Branson en mati\u00e8re de communication, et conserve une discr\u00e9tion quasi absolue sur son vaisseau, le New Shepard. Aucune date de lancement n\u2019a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e. Tout au plus sait-on que la navette sera elle aussi r\u00e9utilisable. En 2011, un premier engin &#8212; sans personne \u00e0 bord &#8212; a explos\u00e9 en vol lors d\u2019un test, signe de la difficult\u00e9 de la t\u00e2che. \u00abLe contexte actuel est tr\u00e8s concurrentiel. Il met aux prises plusieurs projets phares\u00bb, souligne Michael Lopez-Alegria, ancien astronaute de la NASA et ex-commandant de la Station spatiale internationale.<\/p>\n<p><strong>La s\u00e9curit\u00e9 en question<\/strong><\/p>\n<p>Quelle est la taille de ce march\u00e9 en germe? En 2012, Tauri Group, un cabinet d\u2019\u00e9tudes sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019industrie spatiale, \u00e9valuait le nombre de clients \u00e0 quelque 8\u2019000 personnes au minimum. \u00abSi les premiers projets d\u00e9collent prochainement, le march\u00e9 des vols suborbitaux devrait atteindre 600 millions de dollars sur la prochaine d\u00e9cennie, estime Michael Lopez-Alegria. Mais il y a un potentiel beaucoup plus grand encore.\u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs obstacles doivent encore \u00eatre lev\u00e9s pour y parvenir. A commencer par la r\u00e9glementation: aux Etats-Unis, c\u2019est l\u2019Agence f\u00e9d\u00e9rale d\u2019aviation am\u00e9ricaine (FAA) qui d\u00e9cerne la certification de voler. Elle exige pour cela au moins une vingtaine de tests de propulsion. En Europe, la situation est encore moins avanc\u00e9e, puisqu\u2019il n\u2019y a \u00e0 l\u2019heure actuelle aucune instance officielle de r\u00e9glementation des vols spatiaux priv\u00e9s.<\/p>\n<p>A l\u2019origine des nombreux retards, les constructeurs veulent se pr\u00e9munir de toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chec de leur premier lancement, qui pourrait tuer le march\u00e9 dans l\u2019\u0153uf. Car l\u2019espace reste un environnement dangereux, et y envoyer des amateurs requiert de nombreux garde-fous. \u00abLa s\u00e9curit\u00e9 a un co\u00fbt \u00e9lev\u00e9. On veut d\u00e9mocratiser une industrie, comme easyJet a pu le faire par le pass\u00e9 dans l\u2019a\u00e9rien. Mais easyJet n\u2019est pas moins s\u00fbre que Swiss, car ce sont les m\u00eames appareils standards. L\u00e0, il faut d\u00e9velopper des technologies sp\u00e9cifiques. Un premier ratage, avec un seul passager, et le d\u00e9veloppement de tout ce business tombe \u00e0 l\u2019eau\u00bb, souligne Lino de Faveri, responsable des affaires industrielles \u00e0 la division spatiale de la Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le risque vient en particulier des moteurs-fus\u00e9es des navettes spatiales: au contraire des moteurs \u00e0 r\u00e9action, ceux-ci consomment du carburant embarqu\u00e9 \u00e0 bord, car l\u2019oxyg\u00e8ne est trop rare pour une propulsion \u00abclassique\u00bb au-del\u00e0 de 100 km d\u2019altitude. Un syst\u00e8me hautement explosif\u2026 Avant m\u00eame d\u2019avoir pu envoyer un touriste dans l\u2019espace, l\u2019industrie est d\u00e9j\u00e0 endeuill\u00e9e: en 2007, l\u2019explosion d\u2019un moteur au sol a provoqu\u00e9 trois d\u00e9c\u00e8s sur le site d\u2019assemblage de Virgin Galactic. \u00abAvec les fus\u00e9es, vous ne pouvez pas recoller les morceaux. Soit vous y arrivez du premier coup, soit vous \u00eates foutu\u00bb, a r\u00e9cemment d\u00e9clar\u00e9 Elon Musk. De son c\u00f4t\u00e9, Richard Branson conc\u00e9dait r\u00e9cemment dans un entretien sur BBC que le voyage suborbital ne \u00abserait pas pour les plus faibles d\u2019entre nous\u00bb. <\/p>\n<p>Avant de s\u2019embarquer sur ce grand huit cosmique, chaque passager devra suivre un entra\u00eenement intensif. \u00abApr\u00e8s trois jours de simulation, ils pourront d\u00e9cider s\u2019ils y vont ou non\u00bb, explique Jean-Luc Wibaux de l\u2019agence Un ticket pour l\u2019espace. A d\u00e9faut, les \u00abplus faibles\u00bb pourront toujours se rabattre sur des projets moins vertigineux, comme celui de dirigeable de haute altitude des Espagnols de \u00abzero2infinity\u00bb, une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 Barcelone qui veut atteindre l\u2019espace de cette mani\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Le public laisse la place au priv\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toute la bonne volont\u00e9 de Richard Branson, ses passagers ne seront pas les premiers \u00abtouristes de l\u2019espace\u00bb. Ils rejoindront les sept millionnaires qui se sont d\u00e9j\u00e0 offert un s\u00e9jour \u00e0 bord de la Station spatiale internationale depuis 2001, comme l\u2019Am\u00e9ricain Dennis Tito ou le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Lalibert\u00e9. Cette offre n\u2019\u00e9tant d\u00e9sormais plus disponible, le priv\u00e9 prend le relais. Au-del\u00e0 du tourisme, c\u2019est toute une industrie qui s\u2019ouvre \u00e0 de nouveaux acteurs, \u00e0 l\u2019ombre de la NASA et autres vaisseaux Soyouz. La nouvelle conqu\u00eate spatiale est lanc\u00e9e, d\u2019abord pour des raisons financi\u00e8res: sous Obama, le gouvernement am\u00e9ricain a coup\u00e9 drastiquement dans le budget public spatial. Les navettes \u00e0 destination de l\u2019ISS, comme Columbia, ont historiquement co\u00fbt\u00e9 extr\u00eamement cher. La NASA veut d\u00e9sormais pouvoir mandater des entreprises priv\u00e9es, qui auront acquis la capacit\u00e9 de lancer des vaisseaux dans l\u2019espace.<\/p>\n<p>Ce \u00abvide\u00bb \u00e0 combler a naturellement attir\u00e9 les entrepreneurs de la Silicon Valley, comme Musk ou Bezos, jeunes, fortun\u00e9s et avides de nouveaux d\u00e9fis. \u00abComme ce fut le cas dans d\u2019autres secteurs, le gouvernement a montr\u00e9 la voie en ouvrant de nouvelles fronti\u00e8res. Nous sommes dans cette p\u00e9riode de transition\u00bb, estime Michael Lopez-Alegria. L\u2019ancien astronaute, recordman am\u00e9ricain de la plus longue navigation spatiale (215 jours), pilote \u00e0 pr\u00e9sent la Commercial Spaceflight Federation, qui repr\u00e9sente justement les int\u00e9r\u00eats de cette nouvelle industrie spatiale priv\u00e9e \u00e0 Washington. F\u00e9d\u00e9rant quelque 50 membres &#8212; dont Virgin Galactic, Blue Origin, XCOR ou encore SpaceX &#8211;, cette organisation fait du lobbying pour rendre cr\u00e9dible cette alternative, qui reste encore tr\u00e8s largement une industrie \u00abde papier\u00bb aux yeux des vieux routards de l\u2019espace.<\/p>\n<p>\u00abAu-del\u00e0 de la concurrence que se livrent nos membres, nous constituons une grande famille, avec un agenda commun, poursuit Michael Lopez-Alegria. Pour que le march\u00e9 du transport spatial perce un jour, il faut aussi qu\u2019il y ait de la collaboration et du partage de savoir-faire.<br \/>\nPar ailleurs, nous avons besoin de nouvelles lois pour ce march\u00e9. Les jeunes espoirs de l\u2019industrie spatiale militent ensemble pour trouver un \u00e9quilibre, ajoute Chad Anderson: \u00abLa r\u00e9glementation ne doit pas \u00eatre si s\u00e9v\u00e8re qu\u2019elle emp\u00eache tout le monde de voler, mais pas non plus si laxiste qu\u2019elle permette \u00e0 n\u2019importe qui de le faire\u2026\u00bb<\/p>\n<p><strong>SpaceX, la plus ambitieuse<\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re le tourisme, ces nouveaux acteurs creusent d\u00e9j\u00e0 de multiples autres utilisations pour leurs futures navettes. Par exemple, les scientifiques devraient \u00eatre int\u00e9ress\u00e9s par une d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace, qui leur permettra de poursuivre leurs recherches en basse orbite \u00e0 moindre co\u00fbt. Certaines soci\u00e9t\u00e9s, comme XCOR ou les Suisses de S3, r\u00eavent \u00e9galement de remplacer \u00e0 terme les avions standards par ces navettes: passer par l\u2019orbite basse mettrait Hong Kong \u00e0 une heure et demie de Londres\u2026 La compagnie KLM est d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 partenaire de XCOR.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, la firme am\u00e9ricaine Bigelow Aerospace a d\u00e9velopp\u00e9 un syst\u00e8me de capsules gonflables qui pourraient remplacer l\u2019ISS: \u00abAujourd\u2019hui, dans la station, il n\u2019y a que trois Russes, deux Am\u00e9ricains et un astronaute originaire d\u2019un autre pays. Il faut ouvrir la pr\u00e9sence scientifique dans l\u2019espace \u00e0 d\u2019autres nationalit\u00e9s, via ce genre de projets\u00bb, estime Chad Anderson. Le projet de Bigelow serait \u00e9galement ouvert aux touristes, en leur proposant de v\u00e9ritables \u00abmotels de l\u2019espace\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u2019entrepreneur spatial le plus ambitieux, vers lequel tous les regards convergent actuellement, reste Elon Musk \u00e0 la t\u00eate de SpaceX. Non contente d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re compagnie priv\u00e9e de l\u2019histoire \u00e0 mettre en orbite un satellite g\u00e9ostationnaire en d\u00e9cembre dernier, la soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2002 a remport\u00e9 l\u2019appel d\u2019offres \u00abCommercial Orbital Transportation Services\u00bb de la NASA pour ravitaillement de l\u2019ISS en mat\u00e9riel. Sa fus\u00e9e Falcon 9 a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 propulser par trois fois la navette Dragon (inhabit\u00e9e) vers la station spatiale. SpaceX a sign\u00e9 un contrat de 1,6 milliard de dollars portant sur une douzaine de vols de fret, \u00e9chelonn\u00e9s sur plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>SpaceX est \u00e9galement sur les rangs pour remporter un autre appel d\u2019offres de la NASA, visant cette fois \u00e0 conduire les astronautes vers l\u2019ISS. A l\u2019heure actuelle, les Am\u00e9ricains doivent passer par les navettes russes Soyouz pour y parvenir, via le Kazakhstan. Un march\u00e9 qui porte sur plus de 400 millions de dollars par an. Et Washington ne voit pas forc\u00e9ment d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une compagnie priv\u00e9e sur ce cr\u00e9neau&#8230; SpaceX affronte deux concurrents pour remporter cette offre: le g\u00e9ant Boeing et la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 Sierra Nevada, qui d\u00e9veloppe de son c\u00f4t\u00e9 une navette spatiale miniature, baptis\u00e9e \u00abDream Chaser\u00bb.<\/p>\n<p>Elon Musk annonce un premier vol habit\u00e9 du Dragon d\u2019ici \u00e0 2015, avec jusqu\u2019\u00e0 sept astronautes \u00e0 son bord. Mais pour lui, le ravitaillement de l\u2019ISS n\u2019est qu\u2019une \u00e9tape vers un objectif encore plus ambitieux: Mars. Dans le hall d\u2019entr\u00e9e du si\u00e8ge de SpaceX, \u00e0 Hawthorne en Californie, deux images de la plan\u00e8te s\u2019affichent, l\u2019une rouge, l\u2019autre verte. C\u2019est la seconde qui int\u00e9resse le plus l\u2019entrepreneur, qui entend rien de moins que coloniser Mars: \u00abSoit nous restons sur Terre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une extinction nous emporte, soit nous devenons une esp\u00e8ce multi-plan\u00e8tes, explorant les \u00e9toiles\u00bb, a-t-il confi\u00e9 dans un entretien. Est-ce un hasard si l\u2019entreprise PayPal, qu\u2019il a cofond\u00e9e, a r\u00e9cemment annonc\u00e9 son intention de lancer la premi\u00e8re \u00abmonnaie intergalactique\u00bb?<\/p>\n<p>\u00abMusk n\u2019est pas seul dans ce projet un peu fou, souligne Chad Anderson. L\u2019entreprise n\u00e9erlandaise Mars One veut proposer un aller simple sur Mars en utilisant les appareils de SpaceX. Ils viennent de signer un contrat avec Lockheed-Martin, et des centaines de personnes sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es dans ce projet. Ils voient \u00e7a comme une nouvelle conqu\u00eate de l\u2019Ouest.\u00bb Organis\u00e9e comme un concours de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, dont les gagnants obtiendraient un ticket pour Mars en 2025, l\u2019initiative a d\u00e9j\u00e0 recueilli la candidature de plus de 200\u2019000 personnes.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2013, le premier touriste de l\u2019espace, Dennis Tito, a lui aussi annonc\u00e9 son intention d\u2019organiser une mission qui m\u00e8nera deux astronautes en orbite pendant pr\u00e8s de deux ans autour de Mars. D\u00e9part annonc\u00e9 d\u2019ici \u00e0 2018, en utilisant la navette de SpaceX. Il faut croire qu\u2019une fois qu\u2019on a go\u00fbt\u00e9 \u00e0 l\u2019espace, difficile de remettre les pieds sur Terre\u2026<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Des motels dans l\u2019espace<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs projets d\u2019h\u00f4tels spatiaux, qui pourraient accueillir des invit\u00e9s de marque ou des chercheurs en mission, sont en train d\u2019\u00e9merger. La firme am\u00e9ricaine Bigelow Aerospace compte ainsi louer des modules spatiaux, gravitant \u00e0 370 km en orbite, pour 20 millions d\u2019euros le s\u00e9jour de deux mois. Particularit\u00e9: il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me de capsules gonflables. Sur Terre, son fondateur, l\u2019homme d\u2019affaires Robert Bigelow, a fait fortune avec sa cha\u00eene h\u00f4teli\u00e8re \u00abBudget Suites of America\u00bb. Deux prototypes baptis\u00e9s \u00abGenesis\u00bb ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis en orbite. En janvier 2013, la NASA a annonc\u00e9 qu\u2019elle allait payer 18 millions de dollars \u00e0 Bigelow pour une extension de la Station spatiale internationale d\u2019ici \u00e0 2015.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>X Prize, le concours qui a lanc\u00e9 la course<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019origine du projet de tourisme spatial Virgin Galactic de Richard Branson se cache un ing\u00e9nieur de g\u00e9nie: Burt Rutan. Le fondateur de la soci\u00e9t\u00e9 Scaled Composite, qui produit les vaisseaux SpaceShip, est surtout connu pour avoir remport\u00e9 le \u00abX Prize\u00bb en 2004. Ce concours, initi\u00e9 en 1996, offrait 10 millions de dollars \u00e0 la premi\u00e8re entreprise capable de lancer un v\u00e9hicule habit\u00e9 dans l\u2019espace. Burt Rutan a relev\u00e9 le d\u00e9fi gr\u00e2ce \u00e0 SpaceShipOne, premier avion exp\u00e9rimental priv\u00e9 \u00e0 avoir vol\u00e9 \u00e0 plus de 100 km d\u2019altitude. Pas moins de 27 \u00e9quipes \u00e0 travers le monde avaient particip\u00e9 au concours. Cet \u00e9v\u00e9nement a agi comme catalyseur au d\u00e9veloppement actuel du transport spatial, en montrant que le secteur priv\u00e9 d\u00e9tenait le savoir-faire pour se lancer dans une telle aventure. Le d\u00e9fi s\u2019inspirait notamment du Prix Orteig de 1919, qui s\u2019\u00e9tait conclu par la premi\u00e8re travers\u00e9e a\u00e9rienne de l\u2019Atlantique par Charles Lindbergh.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Cr\u00e9dit image: Virgin Galactic <\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 1 \/ 2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les entrepreneurs stars Richard Branson et Jeff Bezos sont au coude-\u00e0-coude pour d\u00e9mocratiser le transport spatial. 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