



{"id":4153,"date":"2014-04-28T11:36:50","date_gmt":"2014-04-28T09:36:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4153"},"modified":"2014-04-30T09:13:10","modified_gmt":"2014-04-30T07:13:10","slug":"innovation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4153","title":{"rendered":"S3, la navette suisse \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019espace"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Image_Jour_280414.png\" alt=\"Image_Jour_280414.png\" title=\"Image_Jour_280414.png\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Le 13 mars 2013, \u00e0 l\u2019occasion de son lancement officiel, la petite soci\u00e9t\u00e9 Swiss Space Systems S3, bas\u00e9e \u00e0 Payerne, annonce sans fr\u00e9mir l\u2019objectif suivant: devenir le leader mondial de la mise en orbite de mini-satellites au moyen d\u2019une navette drone qui sera d\u00e9velopp\u00e9e, assembl\u00e9e et op\u00e9r\u00e9e par ses soins. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 plus d&rsquo;une ann\u00e9e que S3 a rendu public son objectif, mais il faut admettre que l\u2019\u00e9cho m\u00e9diatique reste limit\u00e9, l\u2019entreprise concentrant l\u2019essentiel de son \u00e9nergie au d\u00e9veloppement technique de la navette, \u00e0 l\u2019abri des regards. Install\u00e9e dans des locaux d\u2019une surface de 2\u2019000 m2, juste au-dessus d\u2019un centre de fitness, la soci\u00e9t\u00e9 passe compl\u00e8tement inaper\u00e7ue vue de l\u2019ext\u00e9rieur. Un simple escalier m\u00e8ne vers la porte d\u2019entr\u00e9e, o\u00f9 seul un petit \u00e9criteau confirme que l\u2019on ne s\u2019est pas tromp\u00e9 de destination. <\/p>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019un lecteur d\u2019empreintes digitales signale n\u00e9anmoins qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, il se passe quelque chose de s\u00e9rieux\u2026 Car oui, S3 entend bien construire sa navette spatiale. Et oui, le projet avance comme pr\u00e9vu, ainsi que le confirme le CEO Pascal Jaussi (lire son interview ci-dessous): \u00abNous sommes parfaitement dans les temps et maintenons notre objectif d\u2019un premier lancement commercial en 2018.\u00bb <\/p>\n<p>L\u2019aventure de Swiss Space Systems tient quasiment du miracle suisse, la formule magique r\u00e9sidant ici dans la capacit\u00e9 \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer au sein du m\u00eame projet des entreprises et institutions du monde entier, parmi lesquelles des r\u00e9f\u00e9rences comme Dassault ou l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne, et venant de pays aussi divers que les Etats-Unis, la Russie, les Etats-Unis ou l\u2019Espagne.<\/p>\n<p>S3, qui dispose d\u2019un budget de 250 millions de francs, se positionne non pas en cr\u00e9ateur de technologies, mais en agr\u00e9gateur in\u00e9dit du meilleur des solutions existantes. Chaque entreprise partie prenante au projet apporte sa pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice dans son domaine de comp\u00e9tence sp\u00e9cifique, sous la forme de pi\u00e8ces fournies pour la navette ou d\u2019une mise \u00e0 disposition d\u2019ing\u00e9nieurs. <\/p>\n<p>Ces entreprises y trouvent toutes leur compte, dans la mesure o\u00f9 les d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux sont bien r\u00e9els: S3 pr\u00e9voit d\u2019embl\u00e9e un chiffre d\u2019affaires de 100 millions de francs par an, mais le potentiel de ce march\u00e9 en pleine croissance, estim\u00e9 dans son ensemble \u00e0 50 milliards de francs \u00e0 l\u2019horizon 2020, permet de viser beaucoup plus haut encore.Et que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas, si le projet f\u00e9d\u00e8re de multiples acteurs, c\u2019est bien S3 qui assemblera sa navette \u00e0 Payerne et qui la pilotera. Elle assurera aussi la maintenance de la navette, laquelle reviendra sur Terre apr\u00e8s ses vols et sera donc totalement r\u00e9utilisable. <\/p>\n<p>On touche l\u00e0 du doigt le mod\u00e8le \u00e9conomique ing\u00e9nieux de l\u2019entreprise suisse, et qui constitue une petite r\u00e9volution dans l\u2019industrie a\u00e9rospatiale. En effet, lors de lancements traditionnels de satellites, les fus\u00e9es classiques \u00e0 d\u00e9collage vertical ne peuvent servir qu\u2019une seule fois, ce qui induit des co\u00fbts \u00e9lev\u00e9s pour chaque lancement. En optant pour un syst\u00e8me de d\u00e9collage &#8212; et d\u2019atterrissage &#8212; \u00e0 l\u2019horizontal, S3 change de paradigme. A la cl\u00e9, un tarif unitaire par lancement quatre fois plus avantageux, soit 10 millions de francs pour un poids de 250 kg, contre 40 millions actuellement.<\/p>\n<p>Les futurs clients se composent notamment d\u2019institutions acad\u00e9miques &#8212; dont certaines sont partenaires du projet &#8212; ou d\u2019entreprises sp\u00e9cialis\u00e9es dans l\u2019observation de la Terre, par l\u2019imagerie ou encore la r\u00e9alisation de projets scientifiques. L\u2019entreprise de Payerne a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 un contrat \u00e0 plusieurs millions avec la start-up suisse SpacePharma, bas\u00e9e \u00e0 Del\u00e9mont, qui se profile comme un futur leader dans le domaine de l\u2019exom\u00e9decine (cette discipline en plein essor consiste \u00e0 explorer et \u00e0 d\u00e9velopper de nouvelles solutions m\u00e9dicales en situation de gravit\u00e9 z\u00e9ro). Le contrat porte sur le lancement de 28 mini-satellites de 5 kg chacun, \u00e0 raison d\u2019un lancement par mois en moyenne d\u00e8s 2018. <\/p>\n<p>Dans les locaux payernois de S3, l\u2019enthousiasme est palpable. D\u00e9j\u00e0 plus de 60 employ\u00e9s &#8212; contre une trentaine au moment du lancement de la soci\u00e9t\u00e9 &#8212; se consacrent \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la phase de d\u00e9veloppement de la navette. La passion suffit tr\u00e8s largement \u00e0 motiver les troupes: \u00abLes horaires de travail sont enti\u00e8rement libres, mais je dois r\u00e9guli\u00e8rement forcer les gens \u00e0 rentrer chez eux le soir\u00bb, explique Pascal Jaussi, tout en nous faisant d\u00e9couvrir les locaux de la soci\u00e9t\u00e9. Le CEO de S3, tr\u00e8s impliqu\u00e9, avoue n\u2019avoir pas pris de vacances depuis 2007, date des premi\u00e8res \u00e9bauches du projet. <\/p>\n<p>Arriv\u00e9e devant une lourde porte en acier, et nouveau contr\u00f4le d\u2019empreintes digitales: \u00abJe n\u2019ai moi-m\u00eame pas acc\u00e8s \u00e0 cette partie des locaux\u00bb, sourit Gr\u00e9goire Loretan, responsable de la communication de l\u2019entreprise. Tout en d\u00e9verrouillant le lecteur d\u2019empreintes, Pascal Jaussi \u00e9voque le tr\u00e8s haut niveau de s\u00e9curit\u00e9 auquel est soumise la soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de la protection des serveurs informatiques ou de la surveillance du b\u00e2timent, sans livrer davantage de d\u00e9tails. On notera que les ouvriers impliqu\u00e9s dans l\u2019am\u00e9nagement des locaux ont tous sign\u00e9 un contrat de confidentialit\u00e9. Une ambiance digne du meilleur James Bond.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte s\u2019\u00e9tend le vaste hangar o\u00f9 sera construite la navette d\u00e8s 2016. Pour l\u2019heure, seuls quelques ing\u00e9nieurs occupent les lieux, install\u00e9s devant leurs \u00e9crans. \u00abLe niveau de surveillance et de s\u00e9curit\u00e9 va encore augmenter \u00e0 mesure que l\u2019on s\u2019approchera de la phase de test et de commercialisation de la navette, dit Pascal Jaussi. Nous disposerons \u00e0 partir de 2015 d\u2019un nouveau b\u00e2timent en bordure de l\u2019a\u00e9rodrome, mais la phase d\u2019assemblage de la navette aura lieu ici m\u00eame.\u00bb <\/p>\n<p>Les plans d\u00e9taill\u00e9s du futur b\u00e2timent sont affich\u00e9s sur l\u2019un des murs du hangar. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, des affiches au format XXL repr\u00e9sentent la future navette ainsi que l\u2019avion qui lui servira de tremplin, tous deux peints en noir et orn\u00e9s du logo de la soci\u00e9t\u00e9. \u00abNous disposerons cette ann\u00e9e d\u00e9j\u00e0 de notre Airbus A300 aux couleurs de l\u2019entreprise\u00bb, rel\u00e8ve au passage le CEO. Bigre! Le projet S3, que l\u2019on imaginait encore confin\u00e9 \u00e0 de la recherche, appara\u00eet subitement extr\u00eamement concret. \u00abLe point de non-retour a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 atteint, insiste Pascal Jaussi. S\u2019il avait fallu renoncer, nous aurions jet\u00e9 l\u2019\u00e9ponge il y a longtemps.\u00bb<\/p>\n<p>La multiplication des communiqu\u00e9s de S3, au cours des derni\u00e8res semaines, atteste de sa mont\u00e9e en puissance: partenariat avec l\u2019Universit\u00e9 technique d\u2019Etat de Moscou, collaboration avec le Spaceport Colorado, fondation d\u2019une filiale aux Etats-Unis, nouveau r\u00e9seau de partenaires en Espagne\u2026<\/p>\n<p>Il reste quatre ann\u00e9es compl\u00e8tes \u00e0 la petite soci\u00e9t\u00e9 suisse pour r\u00e9ussir son pari dans les temps. D\u2019ici l\u00e0, l\u2019effervescence autour du projet devrait encore monter de plusieurs crans. La machine est lanc\u00e9e.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Un concept qui revisite le lancement de satellites<\/strong><\/p>\n<p>S3 a comme objectif la mise sur orbite de mini-satellites (moins de 250 kg) en orbite basse, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 une altitude maximale de 700 km. Contrairement aux lancements de satellites traditionnels, qui s\u2019effectuent avec une fus\u00e9e classique \u00e0 d\u00e9collage vertical, le syst\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 suisse s\u2019inspire directement de l\u2019a\u00e9ronautique. La navette sera en effet port\u00e9e sur le dos d\u2019un Airbus A300 jusqu\u2019\u00e0 une altitude de 10 km, dont elle se d\u00e9tachera ensuite pour se propulser jusqu\u2019\u00e0 80 km, avant de lib\u00e9rer finalement une petite fus\u00e9e qui emm\u00e8nera le satellite \u00e0 700 km. <\/p>\n<p>La navette, pilot\u00e9e comme un drone depuis le sol, utilisera un moteur au k\u00e9roz\u00e8ne et \u00e0 oxyg\u00e8ne liquide. Elle sera capable de regagner sa base en planant, permettant ainsi d\u2019importantes \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergie. S3 pr\u00e9voit dans un second temps d\u2019\u00e9quiper son engin d\u2019une capsule pour le transport de passagers. Cette d\u00e9clinaison ouvrira la voie aux voyages suborbitaux \u00e0 grande vitesse, d\u2019un point \u00e0 un autre du globe.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les \u00e9tapes du projet<\/strong><\/p>\n<p>2013<br \/>\nLancement officiel de S3<\/p>\n<p>2014<br \/>\nD\u00e9veloppement de la navette<\/p>\n<p>2015<br \/>\nInauguration du spaceport de Payerne<\/p>\n<p>2016<br \/>\nAssemblage de la navette<\/p>\n<p>2017<br \/>\nPremiers vols tests<\/p>\n<p>2018<br \/>\nPremiers lancements commerciaux<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>\u00abNous voulons ouvrir de nouveaux march\u00e9s\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Rencontre avec le CEO de Swiss Space Systems (S3) dans les locaux payernois de la soci\u00e9t\u00e9. <\/em><\/p>\n<p>Pascal Jaussi est un homme occup\u00e9. Le CEO de Swiss Space System n\u2019a pas pris de vacances depuis 2007. Il consacre l\u2019essentiel de son temps au projet de navette spatiale qui doit permettre \u00e0 S3 de d\u00e9mocratiser l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9 \u00e0 la fin du mois de d\u00e9cembre au si\u00e8ge payernois de sa soci\u00e9t\u00e9. Accueillant et visiblement tr\u00e8s confiant dans l\u2019avenir du projet, il en expose les objectifs et les d\u00e9tails.   <\/p>\n<p><strong>Plusieurs firmes prestigieuses, tels que la fran\u00e7aise Dassault ou l\u2019espagnole Elecnor, collaborent au projet S3. De quelle mani\u00e8re \u00eates-vous parvenu \u00e0 les convaincre?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons d\u00fb persuader ces entreprises une par une de la validit\u00e9 de notre projet. Je m\u2019effor\u00e7ais dans un premier temps de convaincre un responsable technique d\u2019une branche bien particuli\u00e8re, afin qu\u2019il puisse lui-m\u00eame convaincre son chef, et ainsi de suite, jusqu\u2019\u00e0 atteindre le sommet du niveau technique de chaque firme. Les entreprises en question devaient trouver un int\u00e9r\u00eat \u00e0 collaborer avec nous. Elles refusaient de prendre des risques mais se disaient pr\u00eates \u00e0 accepter si nous parvenions \u00e0 rassembler en m\u00eame temps tous les acteurs n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation du projet. Il a donc fallu progresser sur plusieurs fronts simultan\u00e9ment. Cette premi\u00e8re \u00e9tape aura dur\u00e9 plus de quatre ans.  <\/p>\n<p><strong>Face \u00e0 ces firmes a\u00e9rospatiales renomm\u00e9es et qui disposent de moyens consid\u00e9rables, comment avez-vous r\u00e9ussi \u00e0 positionner votre petite soci\u00e9t\u00e9 suisse comme un interlocuteur cr\u00e9dible?<\/strong>  <\/p>\n<p>Pour appara\u00eetre l\u00e9gitime vis-\u00e0-vis de ces soci\u00e9t\u00e9s, il s\u2019agissait d\u2019abord de conna\u00eetre parfaitement leurs syst\u00e8mes et la mani\u00e8re de les utiliser. Dans un deuxi\u00e8me temps, c\u2019est la perspective de r\u00e9utilisation commerciale de leurs technologies dans un nouveau produit qui les a convaincues. Car en l\u2019\u00e9tat, aucune de ces entreprises ne dispose \u00e0 elle seule de toutes les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires. Nous jouons un r\u00f4le de rassembleur de technologie et d\u2019int\u00e9grateur. Nous faisons en sorte que toutes les pi\u00e8ces du puzzle s\u2019imbriquent. <\/p>\n<p><strong>Le fait que S3 soit bas\u00e9e en Suisse a-t-il eu une influence positive dans ces d\u00e9marches?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, car nos partenaires savent que la Suisse n\u2019est pas en situation d\u2019utiliser ces techno\u00adlogies \u00e0 mauvais escient. L\u2019\u00e9tiquette de la neutralit\u00e9, mais aussi les arguments tels que la stabilit\u00e9 politique et \u00e9conomique jouent en notre faveur.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi d\u2019autres entreprises ne se lancent-elles pas dans un projet similaire, si le march\u00e9 existe?<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu d\u2019entreprises industrielles se trouvent dans la situation de S3, qui joue \u00e0 la fois le r\u00f4le de d\u00e9veloppeur, d\u2019assembleur et d\u2019op\u00e9rateur. Nous avons comme avantage notre grande flexibilit\u00e9 pour r\u00e9agir aux nouvelles opportunit\u00e9s. Souvent, les mastodontes ne sont pas tr\u00e8s agiles. A contrario, on voit actuellement \u00e9clore une multitude de start-up innovantes dans le domaine spatial, mais qui elles n\u2019ont pas d\u2019argent. S3 fait en quelque sorte le pont entre ces deux mondes, en mettant des technologies \u00e9prouv\u00e9es au service de l\u2019innovation. <\/p>\n<p><strong>Quels int\u00e9r\u00eats trouvent vos partenaires \u00e0 collaborer avec S3? Pouvez-vous donner quelques exemples?<\/strong><\/p>\n<p>Certaines entreprises mettent leur technologie \u00e0 disposition pour en retirer un b\u00e9n\u00e9fice d\u2019image. D\u2019autres s\u2019associent \u00e0 nous car elles n\u2019ont pas encore trouv\u00e9 leur march\u00e9 et cherchent \u00e0 mieux mon\u00e9tiser leur technologie. Certaines entreprises de grande taille ont, par exemple, beaucoup investi depuis des ann\u00e9es dans la R&#038;D et veulent capitaliser certains de leurs d\u00e9veloppements. Nous offrons \u00e0 toutes ces entreprises une plateforme et un projet commercial concret.<\/p>\n<p><strong>Comment est financ\u00e9 le projet?<\/strong><\/p>\n<p>En partie gr\u00e2ce aux investisseurs, le reste via nos partenaires. Certains d\u00e9veloppements fonctionnent sur le mod\u00e8le du troc: des entreprises et institutions partenaires nous pr\u00eatent des ing\u00e9nieurs ou des \u00e9quipements en \u00e9change d\u2019un rabais sur le prix de futurs lancements de satellites, par exemple.  <\/p>\n<p><strong>Vous avez d\u00e9clar\u00e9 que le niveau de s\u00e9curit\u00e9 de votre syst\u00e8me serait sup\u00e9rieur \u00e0 celui des lancements traditionnels, \u00e0 la verticale. Comment pouvez-vous \u00eatre aussi affirmatif \u00e0 ce stade du projet?<\/strong><\/p>\n<p>Au contraire d\u2019un lancement classique, o\u00f9 il n\u2019est plus possible de faire machine arri\u00e8re apr\u00e8s la mise \u00e0 feu, notre syst\u00e8me nous offre plusieurs \u00abportes de sortie\u00bb en cas de probl\u00e8me technique. Il est possible d\u2019interrompre le lancement \u00e0 diff\u00e9rents stades de la proc\u00e9dure. Par exemple, en cas de probl\u00e8me apr\u00e8s le largage de la navette depuis l\u2019avion, nous serions en mesure de stopper le processus \u00e0 tout moment, cela jusqu\u2019\u00e0 100 km d\u2019altitude et 10 fois la vitesse du son. La navette qui a la capacit\u00e9 de voler pourrait ais\u00e9ment revenir vers la Terre et atterrir. <\/p>\n<p><strong>Quel est le plus gros challenge que vous rencontrez actuellement?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019un des d\u00e9fis consiste \u00e0 coordonner notre action avec chaque partenaire. Mais dans la mesure o\u00f9 les technologies existent d\u00e9j\u00e0, nous ne sommes pas dans la situation de devoir attendre un saut technologique pour mener \u00e0 bien notre projet. Par exemple, nous n\u2019avons pas \u00e0 d\u00e9velopper un nouveau moteur. C\u2019est un aspect qui nous diff\u00e9rencie des projets am\u00e9ricains en cours. Il nous faut aussi apprendre \u00e0 collaborer dans des langues diff\u00e9rentes, avec des cultures diff\u00e9rentes. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un tel projet voit le jour dans l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e. Quand un gouvernement lance un tel chantier, il d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie \u00e0 long terme. Dans le priv\u00e9, il faut un retour sur investissement dans les cinq \u00e0 huit ans. <\/p>\n<p><strong>Parvenez-vous \u00e0 recruter facilement vos collaborateurs?<\/strong> <\/p>\n<p>S3 compte actuellement 58 employ\u00e9s. Le fait que nous soyons bas\u00e9s en Suisse permet \u00e0 beaucoup de nos concitoyens qui \u00e9taient partis \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour travailler dans l\u2019industrie spatiale \u2012 notamment aux Etats-Unis \u2012 de revenir. Nous n\u2019avons jamais eu besoin de publier une seule annonce pour recruter du personnel. L\u2019enthousiasme engendr\u00e9 dans le milieu spatial suffit largement. Des avalanches de CV nous arrivent de partout.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 situez-vous S3 dans la course au leadership par rapport aux projets pharaoniques des CEO stars de la Nouvelle Economie, tels que SpaceX (Elon Musk) ou Virgin Galactic (Richard Branson)? Les temps de passage annonc\u00e9s par ces derniers vous semblent-ils r\u00e9alistes?<\/strong><\/p>\n<p>Ces projets disposent en tout cas de financements tr\u00e8s importants. S\u2019ils arrivent \u00e0 le faire avant nous, qu\u2019ils sont motiv\u00e9s et enthousiastes et ouvrent ainsi une nouvelle voie, tr\u00e8s bien\u2026 Partons de l\u2019hypoth\u00e8se que ces soci\u00e9t\u00e9s sont nettement meilleures que S3 &#8212; quand bien m\u00eame elles ont d\u00e9marr\u00e9 de z\u00e9ro &#8212;, il leur reste \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019elles peuvent atteindre leur but avec une r\u00e9elle fiabilit\u00e9. De notre c\u00f4t\u00e9, nous disposons d\u00e9j\u00e0 de toutes les solutions techniques \u00e9prouv\u00e9es de nos partenaires. Et si des g\u00e9ants tels que Dassault ou Meggit, en possession de technologies d\u00e9j\u00e0 existantes, jugent pertinent de s\u2019allier \u00e0 nous, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9vident pour une soci\u00e9t\u00e9 seule de ma\u00eetriser toutes les composantes d\u2019un tel projet. Ce que je sais, c\u2019est que malgr\u00e9 tout le savoir-faire de nos partenaires, il n\u2019est pas possible d\u2019aller plus vite. <\/p>\n<p><strong>Etes-vous dans les temps par rapport au planning de d\u00e9veloppement et de tests que vous vous \u00eates fix\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Nous travaillons sur des cycles de deux ans. 2013-2014 est consacr\u00e9 au d\u00e9veloppement, 2015-2016 \u00e0 l\u2019assemblage de la navette et 2017-2018 aux vols tests. Pour l\u2019instant, nous sommes parfaitement dans les temps par rapport \u00e0 cette planification, et tous les indicateurs sont \u00e9galement au vert du c\u00f4t\u00e9 de nos partenaires. Nous maintenons notre objectif d\u2019un premier lancement commercial de satellites pour la fin 2018 ou le d\u00e9but 2019. <\/p>\n<p><strong>Une entr\u00e9e en Bourse de la soci\u00e9t\u00e9 est-elle envisag\u00e9e?<\/strong><\/p>\n<p>Cette option n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour car nous tenons \u00e0 conserver une ma\u00eetrise totale sur le d\u00e9veloppement du projet, donc sans avoir \u00e0 rendre de comptes. <\/p>\n<p><strong>Concernant le transport de passagers, que vous souhaitez \u00e9galement proposer dans un second temps, quelles seront les adaptations n\u00e9cessaires sur la navette? <\/strong><\/p>\n<p>Les travaux portent sur le caisson originellement destin\u00e9 \u00e0 accueillir le satellite. Nous sommes en train de d\u00e9velopper une variante pressuris\u00e9e adapt\u00e9e au transport de passagers, avec le concours de notre partenaire Thales Alenia Space. Ce caisson, qui mesure environ 5 m de long et 3 m de large, pourra accueillir jusqu\u2019\u00e0 huit personnes. L\u2019id\u00e9e est de permettre le d\u00e9placement d\u2019un continent \u00e0 l\u2019autre \u00e0 tr\u00e8s haute vitesse, mais pour un prix raisonnable. <\/p>\n<p>Les tarifs actuellement annonc\u00e9s par nos concurrents sont d\u00e9mesur\u00e9s, mais ils correspondent \u00e0 leurs co\u00fbts de d\u00e9veloppement gigantesques. Dans notre cas, le prix du ticket devrait se rapprocher de celui d\u2019un vol de ligne en classe business. Il refl\u00e9tera uniquement le co\u00fbt additionnel de d\u00e9veloppement du caisson pressuris\u00e9, les autres co\u00fbts \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9s dans notre business plan pour le lancement de mini-satellites. <\/p>\n<p><strong>Pour S3, quels seront les premiers d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux du transport de personnes?<\/strong><\/p>\n<p>Le domaine de la recherche m\u00e9dicale en microgravit\u00e9 est un axe important. Le vol suborbital permet en effet de maintenir un \u00e9tat de microgravit\u00e9 durant plus de sept minutes, contre vingt-cinq secondes seulement dans un Airbus. Mais il existe d\u2019autres perspectives prometteuses comme le transport d\u2019organes pour les besoins d\u2019une greffe urgente, ou le d\u00e9placement rapide d\u2019\u00e9quipes de sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p><strong>Dans le cas d\u2019un transport de passagers, la navette sera-t-elle pilot\u00e9e par un humain?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. La navette est con\u00e7ue pour \u00eatre contr\u00f4l\u00e9e depuis un poste de pilotage au sol, mais ce poste de pilotage a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 pour pouvoir \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 facilement dans la navette. Nous utilisons la technologie appliqu\u00e9e aux drones, exploit\u00e9e avec succ\u00e8s par notre partenaire Dassault pour son mod\u00e8le Neuron. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un exemple caract\u00e9ristique d\u2019une technologie performante d\u00e9j\u00e0 existante que nous r\u00e9utilisons et impl\u00e9mentons dans notre navette. <\/p>\n<p><strong>En d\u00e9cembre dernier, vous avez annonc\u00e9 la concr\u00e9tisation de partenariats avec plusieurs firmes espagnoles. L\u2019Espagne constituera \u00e9galement votre base principale pour les lancements commerciaux de satellites. Pourquoi ce choix?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Espagne s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 nous. D\u2019abord parce que les entreprises espagnoles disposent d\u2019un savoir-faire tr\u00e8s pointu en mati\u00e8re a\u00e9rospatiale, mais aussi pour des raisons pratiques de localisation: la r\u00e9gion des Canaries nous servira de centre de lancement europ\u00e9en, car elle offre un acc\u00e8s rapide \u00e0 l\u2019orbite souhait\u00e9e. Un Spaceport adapt\u00e9 y sera construit avec le concours de notre partenaire Elecnor. Par la suite, nous devrions disposer de diff\u00e9rents lieux d\u2019op\u00e9rations afin de nous rapprocher des clients concern\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 se situent vos principaux clients?<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le plus grand march\u00e9 r\u00e9side potentiellement aux Etats-Unis, raison pour laquelle nous disposons \u00e9galement, depuis octobre, d\u2019une filiale \u00e0 Georgetown, dans l\u2019Etat de Washington. Occulter les Etats-Unis serait une erreur, alors m\u00eame que l\u2019innovation en mati\u00e8re spatiale y est foisonnante. Cela \u00e9tant, notre objectif consiste \u00e0 cr\u00e9er et \u00e0 ouvrir de nouveaux march\u00e9s, ce qui sera rendu possible par la baisse drastique du prix de lancement des satellites. Le boom \u00e0 venir se produira dans les continents qui, jusqu\u2019ici, n\u2019avaient pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace, tels que l\u2019Am\u00e9rique du Sud ou l\u2019Afrique. On peut donc vraiment parler d\u2019une d\u00e9mocratisation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il lieu de craindre une d\u00e9localisation de S3 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne vous cacherais pas que l\u2019on re\u00e7oit en ce moment des ponts d\u2019or pour aller ailleurs&#8230; Nous tenons n\u00e9anmoins \u00e0 rester en Suisse.<\/p>\n<p><strong>Les offres risquent de se faire plus pressantes et all\u00e9chantes \u00e0 mesure que s\u2019approchera le stade de la commercialisation. L\u2019un de vos partenaires pourrait chercher \u00e0 vous racheter\u2026<\/strong> <\/p>\n<p>Nous nous battrons pour rester en Suisse. D\u2019ailleurs cette volont\u00e9 figure explicitement dans le nom de notre soci\u00e9t\u00e9. Je me porte garant de ne pas \u00e9couter le chant des sir\u00e8nes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Pilote, ing\u00e9nieur et manager<\/strong> <\/p>\n<p>Le parcours de Pascal Jaussi refl\u00e8te de fa\u00e7on limpide sa passion pour l\u2019a\u00e9rospatial. Le CEO de S3, qui poss\u00e8de une licence de pilote de ligne, a travaill\u00e9 huit ans comme ing\u00e9nieur d\u2019essai en vol pour les forces a\u00e9riennes suisses. Ag\u00e9 de 37 ans, mari\u00e9 et p\u00e8re d\u2019une fille, cet ing\u00e9nieur EPFL, qui a \u00e9galement accompli diff\u00e9rents masters \u00e0 l\u2019Institut sup\u00e9rieur de l\u2019a\u00e9ronautique et de l\u2019espace (ISAE) de Toulouse, se consacre aujourd\u2019hui \u00e0 100% au d\u00e9veloppement de la navette. <\/p>\n<p>Les pr\u00e9mices du projet remontent \u00e0 2005, quand Pascal Jaussi int\u00e8gre l\u2019\u00e9quipe du Space center de l\u2019EPFL, sous l\u2019\u00e9gide de Claude Nicollier, c\u00e9l\u00e8bre astronaute suisse. Le team du Space center a alors comme objectif de r\u00e9utiliser certains d\u00e9veloppements de la navette europ\u00e9enne Herm\u00e8s &#8212; un projet abandonn\u00e9 en 1992. Apr\u00e8s quatre ans de travaux acad\u00e9miques, l\u2019id\u00e9e \u00e9merge d\u2019une impl\u00e9mentation industrielle, qui d\u00e9bouchera finalement sur la cr\u00e9ation de S3.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (no 1 \/ 2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019entreprise helv\u00e9tique Swiss Space Systems (S3), bas\u00e9e \u00e0 Payerne, s\u2019appr\u00eate \u00e0 r\u00e9volutionner la mise sur orbite des petits satellites, un march\u00e9 en pleine expansion. Elle construit pour cela une navette aux caract\u00e9ristiques uniques au monde. Reportage. <\/p>\n","protected":false},"author":19406,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4153","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4153","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19406"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4153"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4153\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4153"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4153"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4153"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}