



{"id":4144,"date":"2014-04-14T11:05:38","date_gmt":"2014-04-14T09:05:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4144"},"modified":"2014-04-14T16:44:05","modified_gmt":"2014-04-14T14:44:05","slug":"geneve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4144","title":{"rendered":"Des banquiers sous pression"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Image_Jour_140414.png\" alt=\"Image_Jour_140414.png\" title=\"Image_Jour_140414.png\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>\u00abLes burn-out sont nombreux. Personne n\u2019\u00e9chappe \u00e0 la pression, personne ne sait combien de temps il sera encore l\u00e0. L\u2019ambiance est extr\u00eamement tendue. Cela fait cinq ans que nous nous trouvons dans une situation de gestion de crise et de restructuration dont nous ne voyons pas le bout.\u00bb Catherine, gestionnaire de fortune dans une grande banque \u00e0 Gen\u00e8ve, dispose d\u00e9sormais d\u2019une hot-line pour trouver un soutien. Depuis peu, son employeur organise aussi des s\u00e9minaires sur l\u2019\u00e9quilibre entre vie professionnelle et vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Surcharge de travail, objectifs intenables, menaces de licenciement: les collaborateurs des \u00e9tablissements financiers se plaignent de la d\u00e9gradation de leurs conditions de travail, dans un secteur sous tension. Depuis l\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re, le contr\u00f4le des \u00e9tablissements bancaires s\u2019est resserr\u00e9 avec l\u2019application de nouvelles r\u00e9gulations par l\u2019Autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de surveillance des march\u00e9s financiers (FINMA). L\u2019activit\u00e9 transfrontali\u00e8re a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e. Par le pass\u00e9, les banquiers suisses pouvaient d\u00e9marcher la client\u00e8le \u00e9trang\u00e8re sans respecter les r\u00e8gles en vigueur dans les diff\u00e9rents pays. Aujourd\u2019hui, ils doivent suivre \u00e0 la lettre les conditions locales. Sur le plan fiscal, face aux pressions des pays tiers, les banques consacrent d\u2019importantes ressources pour se mettre \u00e0 jour. Certaines doivent par ailleurs s\u2019acquitter d\u2019amendes.<\/p>\n<p>\u00abLes co\u00fbts de mise en place des nouvelles r\u00e9glementations se chiffrent \u00e0 plusieurs centaines de millions, alors que les amendes peuvent \u00eatre largement plus importantes, indique Jean-Fran\u00e7ois Lagass\u00e9, associ\u00e9 responsable Corporate Finance en Suisse pour le cabinet d\u2019audit Deloitte. Cela s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 plusieurs banques sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9ficitaires.\u00bb La facture est particuli\u00e8rement sal\u00e9e pour la place genevoise, tr\u00e8s centr\u00e9e sur la gestion de fortune.<\/p>\n<p>Les employ\u00e9s font les frais de ce changement de paradigme et de la chute des profits. \u00abNous percevons clairement une augmentation de la pression, souligne Cl\u00e9ment Dubois, responsable romand de l\u2019Association suisse des employ\u00e9s de banques (ASEB). Le nombre de personnes qui s\u2019adressent \u00e0 nous pour demander de l\u2019aide augmente.\u00bb La charge de travail s\u2019est nettement alourdie. Les t\u00e2ches sont plus nombreuses et complexes, alors que les \u00e9quipes sont r\u00e9duites en raison des d\u00e9parts et des licenciements. Et les obligations administratives, d\u00e9coulant des nouvelles r\u00e9glementations et des efforts entrepris pour le r\u00e8glement du pass\u00e9 en mati\u00e8re fiscale, ont explos\u00e9. Les employ\u00e9s doivent d\u00e9sormais consigner par \u00e9crit leurs moindres t\u00e2ches et \u00eatre en mesure de tout justifier.<\/p>\n<p>Travail administratif. Malgr\u00e9 ces changements, les objectifs chiffr\u00e9s sont rest\u00e9s semblables. \u00abAvant, le mot d\u2019ordre \u00e9tait \u00ab\u00a0Fais de l\u2019argent!\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, cette exigence demeure mais je dois en plus remplir une multitude de formulaires et de rapports, confie un gestionnaire de fortune. L\u2019administratif repr\u00e9sente 70% de mon travail, contre 20% auparavant, raconte un autre. Cet aspect a clairement pris le dessus.\u00bb<\/p>\n<p>Voyager devient aussi plus compliqu\u00e9 en raison des r\u00e8gles qui varient d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre et des risques juridiques encourus. Pour s\u2019assurer que toutes les activit\u00e9s se d\u00e9roulent selon les normes en vigueur, les banques ont instaur\u00e9 de stricts m\u00e9canismes de surveillance interne. Un facteur de pression suppl\u00e9mentaire. Certains \u00e9tablissements vont jusqu\u2019\u00e0 contr\u00f4ler courriels et conversations t\u00e9l\u00e9phoniques de leurs employ\u00e9s. \u00abIls agissent comme des policiers et distribuent des bl\u00e2mes, m\u00eame pour de petites choses, par exemple pour ne pas avoir rempli correctement un profil de client, poursuit notre interlocuteur. Cela peut rapidement co\u00fbter cher et aller jusqu\u2019au licenciement.\u00bb<\/p>\n<p>Certains d\u00e9noncent cependant l\u2019hypocrisie de leur hi\u00e9rarchie: parall\u00e8lement \u00e0 ces actions pour se couvrir \u00e0 tout prix, le personnel est pouss\u00e9 \u00e0 enfreindre les r\u00e8gles. \u00abNous sommes jug\u00e9s en fonction de nos performances, souligne Catherine. Atteindre les rendements exig\u00e9s est impossible en respectant les r\u00e8gles de d\u00e9marchage et de conseil \u00e0 la client\u00e8le \u00e9trang\u00e8re. Du coup, nous les transgressons, mais sans laisser de trace. Nos sup\u00e9rieurs sont bien \u00e9videmment conscients de la situation. D\u2019ailleurs, certains objectifs ne sont communiqu\u00e9s que par oral. Mais lorsqu\u2019il y a un probl\u00e8me, la responsabilit\u00e9 repose sur les employ\u00e9s. Cette situation provoque un grand malaise \u00e0 l\u2019interne. En une ann\u00e9e, un tiers de mon \u00e9quipe est partie.\u00bb<\/p>\n<p>La menace du licenciement. La place financi\u00e8re genevoise a connu quelques licenciements collectifs, mais un certain nombre d\u2019\u00e9tablissements se s\u00e9parent de leurs employ\u00e9s au compte-goutte, \u00e0 l\u2019abri des regards, explique Cl\u00e9ment Dubois, de l\u2019Association suisse des employ\u00e9s de banques (ASEB). Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche aussi le back-office, les activit\u00e9s qui ne sont pas en contact direct avec la client\u00e8le. \u00abCela repr\u00e9sente un facteur de stress suppl\u00e9mentaire, car le management cherche toutes les petites fautes des employ\u00e9s pour justifier ses choix.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ASEB signale aussi un nouveau ph\u00e9nom\u00e8ne \u00abqui s\u2019installe insidieusement\u00bb dans les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9valuation: les quotas de personnes qui doivent recevoir une note insuffisante. Potentiellement, une r\u00e9serve de salari\u00e9s que l\u2019on pourra licencier. Du c\u00f4t\u00e9 de Gen\u00e8ve Place Financi\u00e8re, la fondation qui regroupe les banques de la place, le directeur Edouard Cuendet indique \u00eatre mal plac\u00e9 pour s\u2019exprimer, dans la mesure o\u00f9 chaque \u00e9tablissement bancaire a ses sp\u00e9cificit\u00e9s. Il souligne cependant que \u00abla situation des employ\u00e9s ne laisse personne indiff\u00e9rent\u00bb. Et que les conditions, notamment salariales, restent \u00abau-dessus de la moyenne\u00bb. La r\u00e9tribution fixe annuelle moyenne du secteur bancaire en Suisse a atteint 106 000 francs en 2013, selon une enqu\u00eate de l\u2019ASEB.<\/p>\n<p>La tension se ressent pourtant aussi dans les r\u00e9mun\u00e9rations, surtout dans les bonus. Dans la gestion de fortune, la part variable pouvait facilement \u00e9galer le montant de la part fixe avant la crise. Aujourd\u2019hui, les bonus repr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement un ou deux mois de salaire, voire sont inexistants.<\/p>\n<p>Selon un sondage du portail d\u2019informations financi\u00e8res finews.ch, un employ\u00e9 de banque suisse sur cinq n\u2019a pas re\u00e7u de bonus en 2012. \u00abIl y a un immense tabou concernant les r\u00e9mun\u00e9rations, notamment en raison des grandes disparit\u00e9s dans l\u2019entreprise, note un employ\u00e9 d\u2019une banque priv\u00e9e genevoise. Les ressources humaines font tout pour que rien ne filtre.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Des r\u00e9percussions sur l\u2019\u00e9conomie locale<\/strong><\/p>\n<p><em>Bonus en baisse, avenir incertain: les banquiers d\u00e9pensent moins que par le pass\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>\u00abNous avons adapt\u00e9 notre train de vie, raconte une gestionnaire de fortune. Les pauses d\u00e9jeuner de deux heures entre coll\u00e8gues dans des restaurants co\u00fbteux n\u2019existent plus.\u00bb Pascal Brault, responsable du restaurant \u00e9toil\u00e9 Le Chat Bott\u00e9, confirme une baisse de la fr\u00e9quentation de la client\u00e8le bancaire depuis deux ans. Au Nonolet, un bar tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9 des banquiers, la g\u00e9rante Christelle Gaillard observe que la mani\u00e8re de consommer a chang\u00e9. \u00abIls regardent davantage les prix, se font moins plaisir.\u00bb<\/p>\n<p>Certains garages sentent \u00e9galement une diff\u00e9rence. \u00abDepuis fin 2012, cette client\u00e8le a d\u00e9sert\u00e9 les showrooms, note Thierry Bolle, directeur du garage Mercedes-Benz de la Marbrerie. L\u2019achat d\u2019automobile pour le plaisir, que l\u2019on constatait \u00e0 la p\u00e9riode des bonus, n\u2019existe presque plus.\u00bb A l\u2019Usine Op\u00e9ra, un club de sport haut de gamme du quartier des banques, le directeur Michel Rizzo constate que certains clients renouvellent leur abonnement par trimestre plut\u00f4t que par ann\u00e9e \u00aben raison du manque de visibilit\u00e9 sur l\u2019emploi, aussi bien en termes de licenciements que de mutations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00bb. Les produits annexes, comme le coaching et les soins, sont aussi touch\u00e9s.<\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoutent les r\u00e9ductions des d\u00e9penses des banques pour certains services. La soci\u00e9t\u00e9 de taxi de luxe Ambassador enregistre une baisse de revenus d\u2019environ 15%, indique le responsable du service limousine Jean-Philippe De Polo. \u00abDepuis une ann\u00e9e environ, les locations de v\u00e9hicule se font \u00e0 la course plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la journ\u00e9e.\u00bb Mencia de Rivoire, directrice de l\u2019entreprise de conciergerie Le Bureau, rel\u00e8ve, pour sa part, une diminution de son chiffre d\u2019affaires de 10 \u00e0 20% par an. \u00abLes d\u00e9partements de marketing des banques continuent de faire appel \u00e0 nous pour trouver des billets pour des \u00e9v\u00e9nements, par exemple sportifs ou de haute couture, pour leurs clients, mais avec des budgets moins importants.\u00bb<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s genevoises reconnaissent l\u2019affaiblissement du pouvoir d\u2019achat des employ\u00e9s du domaine bancaire. Elles remarquent toutefois que certains secteurs de l\u2019\u00e9conomie genevoise connaissent une situation plus favorable. \u00abLa masse salariale globale vers\u00e9e dans le canton augmente, pr\u00e9cise le conseiller d\u2019Etat charg\u00e9 de l\u2019Economie, Pierre Maudet. La mont\u00e9e en puissance du n\u00e9goce et la bonne sant\u00e9 de l\u2019horlogerie ont compens\u00e9.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Surcharge de travail, objectifs intenables, menaces de licenciement: les collaborateurs des \u00e9tablissements financiers se plaignent de la d\u00e9gradation de leurs conditions de travail, dans un secteur en crise.<\/p>\n","protected":false},"author":19904,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4144","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19904"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4144"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4144\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4144"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}