



{"id":4137,"date":"2014-04-03T14:18:06","date_gmt":"2014-04-03T12:18:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4137"},"modified":"2014-04-03T16:22:12","modified_gmt":"2014-04-03T14:22:12","slug":"therapie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4137","title":{"rendered":"Il fait des m\u00e9dicaments avec du cannabis"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Image_Jour_030414.png\" alt=\"Image_Jour_030414.png\" title=\"Image_Jour_030414.png\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>On l\u2019imagine un peu hippie, cheveux longs et pull tricot\u00e9. Le clich\u00e9 s\u2019\u00e9vapore instantan\u00e9ment. Manfred Fankhauser porte une blouse blanche et des petites lunettes d\u2019\u00e9tudiant raisonnable. \u00abJe suis un type s\u00e9rieux, sourit-il. Je ne fume pas. J\u2019ai tir\u00e9 sur un joint une fois dans ma vie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans, pour essayer. Je pr\u00e9f\u00e8re un bon verre de vin!\u00bb <\/p>\n<p>Dans sa pharmacie de Langnau, un paisible village de l\u2019Emmental (BE), Manfred Fankhauser \u00e9labore et commercialise depuis 2011 des m\u00e9dicaments \u00e0 base de cannabis, une exception en Suisse. Sa mati\u00e8re premi\u00e8re ne pousse pas dans les champs alentours, mais au bord du lac de Constance, dans un endroit \u00abcach\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9\u00bb. Une petite culture d\u2019environ 120 plantes qui suffit pour une ann\u00e9e et demie de production. La r\u00e9colte est d\u2019abord transport\u00e9e chez un chimiste, qui en extrait de la teinture m\u00e8re (un concentr\u00e9 liquide), avant d\u2019atterrir dans le laboratoire du pharmacien pour le dosage du produit fini. Il contient deux principes actifs: du THC, la mol\u00e9cule qui poss\u00e8de un effet planant, et du cannabidiol. Manfred Fankhauser fabrique aussi un autre m\u00e9dicament, uniquement \u00e0 base de THC, appel\u00e9 Dronabinol. Ici, point de champ ni de r\u00e9colte: le THC est synth\u00e9tique et import\u00e9 d\u2019Allemagne, o\u00f9 il est fabriqu\u00e9 \u00e0 partir d\u2019\u00e9corce de citron. <\/p>\n<p>Les deux pr\u00e9parations se vendent sous forme de gouttes. \u00abCela permet de contr\u00f4ler les doses de mani\u00e8re pr\u00e9cise, souligne Manfred Fankhauser. En g\u00e9n\u00e9ral, les prescriptions vont de 2 \u00e0 10 mg de THC par jour.\u00bb Bien moins que les quantit\u00e9s inhal\u00e9es avec un joint, qui oscillent entre 20 et 30 mg.<\/p>\n<p><strong>Solution miracle?<\/strong><\/p>\n<p>Le fils de paysan de 51 ans a d\u00e9j\u00e0 conseill\u00e9 et trait\u00e9 850 patients. Les indications sont nombreuses: le cannabis est utilis\u00e9 pour combattre naus\u00e9es et perte d\u2019app\u00e9tit chez les personnes atteintes de cancer, crampes et spasmes li\u00e9s \u00e0 la scl\u00e9rose en plaques ou encore douleurs chroniques. \u00abLes patients font appel \u00e0 nous quand les autres traitements n\u2019ont pas fonctionn\u00e9\u00bb, explique Manfred Fankhauser. Claude Vaney, m\u00e9decin chef du service de neurologie de la Clinique Bernoise Montana, \u00e0 Crans-Montana (VS), confirme: \u00abPour la scl\u00e9rose en plaques, le cannabis constitue une bonne option quand les m\u00e9dicaments classiques n\u2019agissent pas ou pas suffisamment. Il ne repr\u00e9sente pas une solution miracle, mais environ la moiti\u00e9 des patients se sentent vraiment mieux.\u00bb Et les effets secondaires? \u00abLe produit est l\u00e9g\u00e8rement s\u00e9datif. Les doses th\u00e9rapeutiques \u00e9tant tr\u00e8s faibles, les effets psychotropes sont minimes. Il est en g\u00e9n\u00e9ral bien support\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>La d\u00e9marche n\u2019a rien d\u2019ill\u00e9gal! En principe, toutes les pharmacies pourraient produire des m\u00e9dicaments \u00e0 base de cannabis depuis une r\u00e9vision de la loi sur les stup\u00e9fiants en 2008. La substance demeure interdite, mais l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) accorde des licences sp\u00e9ciales pour l\u2019usage m\u00e9dical. \u00abLes proc\u00e9dures sont longues et compliqu\u00e9es. Il faut aussi conna\u00eetre la plante, raconte Manfred Fankhauser. Je m\u2019y int\u00e9resse depuis longtemps car j\u2019y ai consacr\u00e9 mon doctorat. Au final, je suis le seul \u00e0 m\u2019\u00eatre lanc\u00e9.\u00bb De la part du patient aussi la pers\u00e9v\u00e9rance est de rigueur. Pour obtenir le m\u00e9dicament, son m\u00e9decin doit adresser une demande \u00e0 l\u2019OFSP. Et le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 &#8212; entre 5 et 30 francs par jour selon les prescriptions &#8212; n\u2019est pris en charge par les caisses maladie qu\u2019au cas par cas.<\/p>\n<p><strong>Une longue tradition<\/strong><\/p>\n<p>Manfred Fankhauser est toutefois loin d\u2019\u00eatre un pr\u00e9curseur. Les Romains et les Grecs employaient d\u00e9j\u00e0 le chanvre comme rem\u00e8de. La pratique \u00e9tait aussi tr\u00e8s courante en Suisse, rappelle le pharmacien. \u00abAu d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la substance n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9e comme un stup\u00e9fiant: l\u2019Universit\u00e9 de Berne y consacrait des dizaines de recherches et de grandes entreprises pharmaceutiques comme Hoffmann-La Roche, l\u2019anc\u00eatre de Roche, l\u2019utilisaient dans leurs pr\u00e9parations.\u00bb Le produit a peu \u00e0 peu disparu au profit de nouveaux m\u00e9dicaments, comme les barbituriques ou la morphine. Les difficult\u00e9s d\u2019importations pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale \u2013 la plante \u00e9tait cultiv\u00e9e en Inde \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 ont encore compliqu\u00e9 la donne. Le cannabis a finalement \u00e9t\u00e9 diabolis\u00e9 et banni dans les ann\u00e9es 1960 pour son effet euphorisant. <\/p>\n<p>Mais la m\u00e9fiance s\u2019amoindrit. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales du chanvre font \u00e0 nouveau l\u2019objet de recherches dans le monde entier. \u00abL\u2019attitude change, se r\u00e9jouit Manfred Fankhauser. Je ne rencontre plus que tr\u00e8s rarement des gens totalement ferm\u00e9s \u00e0 la question.\u00bb Autre signal: le Sativex, un m\u00e9dicament en spray \u00e0 base de cannabis d\u00e9j\u00e0 en vente dans plusieurs pays europ\u00e9ens, a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 en Suisse et devrait arriver sur le march\u00e9 au mois d\u2019avril. Pour cette pr\u00e9paration, exclusivement destin\u00e9e aux malades souffrant de scl\u00e9rose en plaques, plus besoin d\u2019autorisation sp\u00e9ciale.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>TEMOIGNAGE DE PATIENT<\/p>\n<p><strong>\u00abJe revis\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Philippe S\u00fcsstrunk, 61 ans, est atteint de scl\u00e9rose en plaques depuis 1990. \u00abJe souffrais de crampes et de spasmes dans tout le corps, accompagn\u00e9s de douleurs insupportables. Les m\u00e9dicaments myorelaxants (pour d\u00e9contracter les muscles), que je consommais aux doses maximales, ne m\u2019apportaient rien: je me sentais comme un morceau de bois de la t\u00eate aux pieds. Je prends des gouttes de cannabis naturel trois fois par jour dans un peu d\u2019eau depuis deux ans et je revis. Les spasmes et les crampes ont presque totalement disparu. J\u2019ai pu supprimer les myorelaxants qui me rendaient vaseux et ne souffre d\u2019aucun effet secondaire.\u00bb Pourtant, l\u2019habitant de Fleurier (NE) n\u2019est pas imm\u00e9diatement emball\u00e9 lorsque son m\u00e9decin \u00e9voque cette option. \u00abJe n\u2019avais jamais touch\u00e9 au cannabis. La question a aussi provoqu\u00e9 de longues discussions avec ma femme et mon fils. Aujourd\u2019hui, je ne comprends pas pourquoi la substance ne peut pas \u00eatre utilis\u00e9e plus librement.\u00bb Le traitement de Philippe S\u00fcsstrunk, qui touche l\u2019assurance-invalidit\u00e9, co\u00fbte 550 francs pour un mois et demi: une lourde charge financi\u00e8re que son assurance maladie n\u2019a accept\u00e9 de couvrir qu\u2019au terme d\u2019une bataille acharn\u00e9e.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le quotidien Le Matin. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pharmacien bernois Manfred Fankhauser fabrique des produits \u00e0 base de chanvre pour des patients souvent gravement malades. Sa d\u00e9marche est unique en Suisse. Rencontre.<\/p>\n","protected":false},"author":19904,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4137","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4137","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19904"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4137"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4137\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4137"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4137"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4137"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}