



{"id":4134,"date":"2014-03-31T11:30:32","date_gmt":"2014-03-31T09:30:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4134"},"modified":"2017-08-24T10:22:32","modified_gmt":"2017-08-24T08:22:32","slug":"trafic-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4134","title":{"rendered":"Offre de drogues: l&rsquo;overdose"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Image_Jour_310314.png\" alt=\"Image_Jour_310314.png\" title=\"Image_Jour_310314.png\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les derni\u00e8res statistiques de la criminalit\u00e9 au niveau suisse pr\u00e9sentent un recul g\u00e9n\u00e9ral. Par contre, dans le d\u00e9tail, certains domaines sont en augmentation, notamment les infractions \u00e0 la loi sur les stup\u00e9fiants. C\u2019est en effet devenu un jeu d\u2019enfant de se procurer de la drogue.<\/p>\n<p>Exemple un samedi soir au centre-ville de Gen\u00e8ve. Devant l\u2019Usine, haut lieu de la vie nocturne, un groupe de dealers attend le client. Je m\u2019approche. \u00abTu cherches quelque chose?\u00bb me lance l\u2019un d\u2019eux en anglais. \u00abQu\u2019est-ce que tu as?\u00bb \u00abCoca\u00efne, ecstasy, cannabis, tout ce que tu veux!\u00bb Tarifs: 100 francs le gramme de poudre, 20 francs la pilule d\u2019amour. Je demande \u00e0 voir. Il passe la main derri\u00e8re une cache et en ressort un sachet rempli de comprim\u00e9s bleus. Il m\u2019en tend un sans se soucier des passants. Je prends son num\u00e9ro et pr\u00e9tends le rappeler. L\u2019\u00e9change aura dur\u00e9 moins de trois minutes.<\/p>\n<p>A Gen\u00e8ve, et ailleurs en Suisse romande, il y a overdose de l\u2019offre: les drogues s\u2019ach\u00e8tent facilement, partout. Dans la seule ville du bout du L\u00e9man, le nombre de dealers de rue, principalement originaires d\u2019Afrique de l\u2019Ouest et du Nord, est estim\u00e9 \u00e0 200 par la police. Lausanne, mais aussi Neuch\u00e2tel, n\u2019y \u00e9chappe pas. Les prix ont d\u00e9gringol\u00e9: la coca\u00efne se n\u00e9gocie d\u00e9sormais \u00e0 des tarifs aussi bas que 70 fr. le gramme, contre 300 \u00e0 600 fr. dans les ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p><strong>Banalisation<\/strong><\/p>\n<p>De quoi attirer des jeunes qui carburent toujours plus aux \u00abdrogues r\u00e9cr\u00e9atives\u00bb. Tandis que les \u00e9tudes montrent que la consommation d\u2019ecstasy et d\u2019autres substances de synth\u00e8se reste relativement stable et confin\u00e9e surtout aux soir\u00e9es techno, celle de la coca\u00efne ne cesse d\u2019augmenter et touche d\u00e9sormais toutes les classes sociales. Entre 2002 et 2007, le nombre de 15-39 ans ayant sniff\u00e9 au moins une fois de la coke est pass\u00e9 de 2,9% \u00e0 4,4%, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique. En 2012, 7,2% des 25-34 ans ont test\u00e9 la poudre, selon le Monitorage suisse des addictions. Des chiffres \u00absous-estim\u00e9s\u00bb, selon le bureau lausannois Addiction Suisse.<\/p>\n<p>Ils sont probablement bien plus \u00e9lev\u00e9s dans les milieux festifs: plusieurs enqu\u00eates portant sur les eaux us\u00e9es des centres urbains suisses ont montr\u00e9 que la concentration de coca\u00efne y est jusqu\u2019\u00e0 quatre fois plus \u00e9lev\u00e9e durant les week-ends et lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements musicaux qu\u2019en semaine. Dans les bars et discoth\u00e8ques des grandes villes romandes, il suffit de passer le doigt sur la chasse d\u2019eau des WC pour s\u2019apercevoir que les clients ne font pas seulement la queue pour se soulager la vessie. Une serveuse d\u2019un club genevois s\u2019agace: \u00abCe soir, personne ne commande d\u2019alcool, tout le monde demande de l\u2019eau, devinez pourquoi\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\u00abS\u2019il y a tous ces dealers, c\u2019est qu\u2019il y a une demande, il ne faut pas se voiler la face\u00bb, lance Pierre Godio, porte-parole du pool Lausanne la Nuit, qui regroupe une trentaine d\u2019\u00e9tablissements. Les revendeurs de trottoir ne repr\u00e9sentent clairement pas l\u2019ensemble du trafic, mais ils facilitent les achats compulsifs, particuli\u00e8rement en soir\u00e9e. \u00abLa consommation de coca\u00efne est pr\u00e9occupante car cette substance s\u2019est banalis\u00e9e, rench\u00e9rit Corine Kibora, porte-parole d\u2019Addiction Suisse. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme une drogue festive sans grand risque alors qu\u2019elle est dangereuse.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9vention insuffisante<\/strong><\/p>\n<p>Tous les patrons de lieux de sortie nocturne interrog\u00e9s disent appliquer la \u00abtol\u00e9rance z\u00e9ro\u00bb. \u00abA Lausanne, les v\u00e9rifications ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es, pr\u00e9cise Pierre Godio. Depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, il y a obligation d\u2019effectuer des contr\u00f4les avec des agents qui tournent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des bo\u00eetes de nuit. A l\u2019entr\u00e9e, les fouilles sont syst\u00e9matiques. Mais la quantit\u00e9 de dealers de rue ne diminue pas et cela pose un gros probl\u00e8me. On a aussi l\u2019impression que les consommateurs n\u2019ont plus peur de se faire attraper.\u00bb<\/p>\n<p>Les acteurs de la nuit d\u00e9plorent l\u2019insuffisance de moyens allou\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9vention en Suisse romande, et en particulier l\u2019absence de \u00abdrug testing\u00bb (possibilit\u00e9 pour les consommateurs de faire analyser leur drogue), pratiqu\u00e9 outre-Sarine. \u00abParmi les quatre piliers mis en place par la Suisse (pr\u00e9vention, th\u00e9rapie, r\u00e9duction des risques, r\u00e9pression et r\u00e9gulation du march\u00e9), le plus fourni en moyens est celui de la r\u00e9pression, regrette Corine Kibora. Le mod\u00e8le de prohibition montre pourtant ses limites. Son but est qu\u2019il n\u2019y ait pas de consommation, or il y en a. \u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>T\u00c9MOIGNAGE<\/p>\n<p><strong>\u00abLa moiti\u00e9 de mes amis ont essay\u00e9\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Robin, 28 ans, a exp\u00e9riment\u00e9 coca\u00efne, MDMA, LSD, k\u00e9tamine\u2026 Employ\u00e9 d\u2019un prestigieux groupe pr\u00e9sent \u00e0 Gen\u00e8ve, il est l\u2019exemple m\u00eame du consommateur \u00abfestif\u00bb bien int\u00e9gr\u00e9 socialement. <\/em><\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai pris des stimulants pour la premi\u00e8re fois \u00e0 25 ans. De la m\u00e9ph\u00e9drone (aux effets proches de l\u2019ecstasy), lors d\u2019un festival durant un \u00e9change Erasmus. Par curiosit\u00e9 et car j\u2019avais confiance dans les personnes qui en prenaient. De retour \u00e0 Gen\u00e8ve, je n\u2019ai plus rien touch\u00e9 pendant des mois. Puis je me suis rendu compte que beaucoup de mes proches consommaient. J\u2019en prends seulement dans un cadre festif, pour mieux ressentir la musique. Je ne suis pas un amateur de coca\u00efne: j\u2019ai d\u00fb en prendre six \u00e0 sept fois. Je pr\u00e9f\u00e8re la MDMA. En g\u00e9n\u00e9ral, je me fournis par des amis. On anticipe avant de sortir. Il nous est arriv\u00e9 d\u2019acheter dans la rue. C\u2019est ultrafacile. Tu sors, tu demandes, t\u2019es servi! Ce qui me faisait peur, au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait de tomber dans l\u2019addiction. Mais je crois que ce danger est surtout valable pour ceux qui se droguent pour accro\u00eetre leur confiance en eux. Moi, je suis au clair avec moi-m\u00eame. \u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>INTERVIEW<\/p>\n<p><em>Daniele Fabio Zullino M\u00e9decinchef du Service d\u2019addictologie des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quels sont les risques imm\u00e9diats li\u00e9s \u00e0 la coca\u00efne?<\/strong><\/p>\n<p>Cette drogue pose principalement probl\u00e8me au niveau cardiovasculaire. Elle peut causer des infarctus, m\u00eame chez des consommateurs occasionnels. La coca\u00efne augmente aussi la prise de risque et l\u2019irritabilit\u00e9. M\u00e9lang\u00e9e avec l\u2019alcool, ce qui est habituel, elle entra\u00eene la formation d\u2019une substance appel\u00e9e coca\u00e9thyl\u00e8ne, particuli\u00e8rement toxique pour le foie et les nerfs et qui rend encore plus agressif.<\/p>\n<p><strong>Devient-on facilement accro?<\/strong><\/p>\n<p>Un tiers des consommateurs r\u00e9guliers (deux \u00e0 trois fois par semaine) d\u00e9veloppent une addiction. Cela veut dire qu\u2019ils prennent de la coca\u00efne m\u00eame quand ils ont d\u00e9cid\u00e9 de ne pas le faire. Pour les consommateurs occasionnels, le risque est moindre. La coca\u00efne reste moins addictive que la nicotine.<\/p>\n<p><strong>Ceux qui consomment de temps en temps en soir\u00e9e sont donc \u00e0 l\u2019abri?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a toujours un risque. Le contexte joue un r\u00f4le important. Si quelqu\u2019un consomme de la coca\u00efne \u00e0 chaque fois qu\u2019il fait la f\u00eate, avec le m\u00eame type de musique et les m\u00eames personnes, les risques qu\u2019il en reprenne dans cette situation s\u2019accroissent.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le quotidien Le Matin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la criminalit\u00e9 baisse de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale en Suisse, le secteur du trafic de drogue explose. Il est toujours plus facile de se procurer coca\u00efne et ecstasy. Notre test \u00e0 l\u2019appui.<\/p>\n","protected":false},"author":19892,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303],"class_list":["post-4134","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19892"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4134"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4134\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6395,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4134\/revisions\/6395"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}