



{"id":4119,"date":"2014-03-11T18:21:17","date_gmt":"2014-03-11T16:21:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4119"},"modified":"2014-03-12T01:11:48","modified_gmt":"2014-03-11T23:11:48","slug":"portrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4119","title":{"rendered":"Hans Herren, l&rsquo;Indiana Jones suisse"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/110314.jpg\" width=\"468\" border=\"0\" height=\"310\" title=\"110314.jpg\" alt=\"110314.jpg\" \/><\/p>\n<p>Certains ont surnomm\u00e9 Hans Herren \u00abl\u2019Indiana Jones de l\u2019agriculture\u00bb. Dans son bureau zurichois, tout juste de retour de Stockholm o\u00f9 il a re\u00e7u le Right Livelihood Award, la comparaison le fait plut\u00f4t rire. L\u2019agronome suisse de 67 ans a pourtant bien quelque chose de l\u2019illustre aventurier: \u00e0 la fois universitaire et homme de terrain, il a v\u00e9cu vingt-six ans en Afrique. Dans les ann\u00e9es 1980, il y a pilot\u00e9 un programme pour \u00e9liminer un parasite qui mena\u00e7ait les cultures de manioc. Selon le Prix mondial de l\u2019alimentation qui l\u2019avait distingu\u00e9 en 1995, cette initiative a permis de sauver 20 millions de vies.<\/p>\n<p>C\u2019est un peu par hasard qu\u2019Hans Herren, qui a grandi dans une ferme de Vouvry (VS), arrive en Afrique. Apr\u00e8s une formation d\u2019ing\u00e9nieur agronome \u00e0 ETH Zurich, il se sp\u00e9cialise dans l\u2019\u00e9tude des insectes \u00e0 Zurich et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berkeley, en Californie. \u00abC\u2019est l\u00e0 que je suis devenu radical, s\u2019amuse ce fervent d\u00e9fenseur de l\u2019agriculture \u00e9cologique. J\u2019ai travaill\u00e9 avec Robert Van Den Bosch, un gourou de la lutte biologique et l\u2019auteur de l\u2019ouvrage The Pesticide Conspiracy.\u00bb<\/p>\n<p>En 1979, Hans Herren met le cap sur le Nigeria, o\u00f9 il a d\u00e9croch\u00e9 un emploi \u00e0 l\u2019Institut international d\u2019agriculture tropicale. On lui donne une mission: arr\u00eater la cochenille du manioc, un parasite qui se nourrit de la s\u00e8ve de la plante et la dess\u00e8che. Ce fl\u00e9au se r\u00e9pand \u00e0 grande vitesse et menace les cultures. Hans Herren parviendra \u00e0 le stopper gr\u00e2ce \u00e0 la lutte biologique.<\/p>\n<p>\u00abLa chimie ne suffisait pas \u00e0 enrayer le processus. Le manioc cultiv\u00e9 en Afrique avait \u00e9t\u00e9 import\u00e9 d\u2019Am\u00e9rique. Nous savions qu\u2019un insecte capable de s\u2019attaquer au parasite devait se trouver dans la r\u00e9gion d\u2019origine du manioc, une vaste zone qui s\u2019\u00e9tend du Mexique au Paraguay.\u00bb Hans Herren se rend sur place. Sa qu\u00eate dure une ann\u00e9e et demie. Il la poursuit seul ou accompagn\u00e9 de sp\u00e9cialistes locaux afin de pouvoir communiquer avec les paysans.<\/p>\n<p><strong>Dans la jungle d\u2019Am\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p>Il finit par trouver au Paraguay l\u2019organisme recherch\u00e9: une minuscule gu\u00eape qui tue la cochenille en y pondant ses \u0153ufs. Apr\u00e8s six mois de tests r\u00e9alis\u00e9s dans un laboratoire londonien, Hans Herren et son \u00e9quipe r\u00e9alisent les premiers essais sur le terrain, au Nigeria. C\u2019est un succ\u00e8s: la pr\u00e9sence de la gu\u00eape r\u00e9duit fortement les populations de cochenilles.<\/p>\n<p>Mais les d\u00e9fis ne s\u2019arr\u00eatent pas l\u00e0. Les scientifiques doivent ensuite trouver un moyen de toucher un vaste territoire. \u00abEn Afrique, la culture du manioc s\u2019\u00e9tend sur une surface une fois et demie plus grande que les Etats-Unis. Il a fallu trouver un moyen de multiplier les gu\u00eapes et de les diss\u00e9miner.\u00bb Avec le financement d\u2019institutions nord-am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes &#8212; notamment de la Direction suisse du d\u00e9veloppement et de la coop\u00e9ration (DDC) &#8212; les scientifiques cr\u00e9ent une station de recherche dans laquelle ils mettent en place un \u00e9levage du pr\u00e9dateur. Pour toucher les vastes territoires concern\u00e9s, le centre d\u00e9cide de larguer les gu\u00eapes par avion. Ils d\u00e9veloppent un dispositif pour \u00e9viter que les insectes, propuls\u00e9s \u00e0 450 km\/h, ne perdent leurs ailes.<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 n\u2019est pas sans danger: \u00abNos avions ont \u00e9t\u00e9 la cible de tirs militaires au Ghana \u00e0 deux reprises. Malgr\u00e9 toutes les autorisations, les soldats n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de notre passage. En Tanzanie, l\u2019un de nos engins a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d\u2019atterrir apr\u00e8s avoir survol\u00e9 un camp d\u2019entra\u00eenement du parti politique sud-africain ANC situ\u00e9 sur son territoire et qui ne figurait \u00e9videmment pas sur les cartes. Les pilotes ont mis deux jours \u00e0 s\u2019expliquer.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abIl a fallu douze ans de travail pour que le parasite soit sous contr\u00f4le du S\u00e9n\u00e9gal au Mozambique. Le programme a co\u00fbt\u00e9 20 millions de dollars, tous frais compris. J\u2019\u00e9tais certain d\u00e8s le d\u00e9but que la m\u00e9thode allait fonctionner. Mais, dans un monde o\u00f9 l\u2019agriculture est indissociable des pesticides, il a fallu beaucoup d\u2019efforts pour convaincre mes coll\u00e8gues et les autorit\u00e9s des pays concern\u00e9s de donner une chance \u00e0 la lutte biologique.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Nairobi, Zurich, Washington <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s douze ans pass\u00e9s \u00e0 la t\u00eate du Centre international pour la physiologie et l\u2019\u00e9cologie des insectes \u00e0 Nairobi, Hans Herren emploie aujourd\u2019hui son exp\u00e9rience africaine pour d\u00e9fendre une agriculture mondiale bas\u00e9e sur des techniques naturelles et promouvoir le d\u00e9veloppement de petites exploitations dans les pays du Sud. Pour lui, aucun doute possible: cette voie est plus efficace que l\u2019utilisation d\u2019engrais et de pesticides \u00e0 grande \u00e9chelle et permet de garantir la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire mondiale \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Le Valaisan pr\u00e9side la fondation zurichoise Biovision, qui promeut des m\u00e9thodes agricoles \u00e9cologiques, et dirige l\u2019Institut du Mill\u00e9naire, une ONG bas\u00e9e \u00e0 Washington active dans le d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>\u00abIl faut un changement de cap radical. On ne peut pas continuer avec une agriculture industrielle de plus en plus co\u00fbteuse et polluante, qui surexploite les ressources.\u00bb Quant \u00e0 l\u2019usage d\u2019OGM, il ne trouve pas non plus gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux. \u00abIls n\u2019emp\u00eachent pas l\u2019usage massif de pesticides et menacent la diversit\u00e9 des cultures n\u00e9cessaire \u00e0 une production durable. Contrairement \u00e0 la lutte biologique, ces m\u00e9thodes ne traitent pas les probl\u00e8mes \u00e0 la source, mais uniquement les sympt\u00f4mes. Je suis persuad\u00e9 que nous faisons fausse route.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex (no 23).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la fois chercheur et homme de terrain, l&rsquo;agronome valaisan a sauv\u00e9 des millions de personnes de la famine en Afrique. Son secret: utiliser \u00e0 grand \u00e9chelle des gu\u00eapes tueuses de parasites.<\/p>\n","protected":false},"author":19904,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4119","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19904"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4119"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4119\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}