



{"id":4100,"date":"2014-02-12T18:54:24","date_gmt":"2014-02-12T16:54:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4100"},"modified":"2014-02-18T16:00:27","modified_gmt":"2014-02-18T14:00:27","slug":"style","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4100","title":{"rendered":"De Coco \u00e0 Vivienne, la mode qui transgresse"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/fashion.jpg\" alt=\"fashion.jpg\" title=\"fashion.jpg\" height=\"310\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p><strong>Coco Chanel, ann\u00e9es 1910-1920<\/strong><\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai rendu au corps des femmes sa libert\u00e9; ce corps qui suait dans des habits de parade, sous les corsets, les dessous, les rembourrages\u00bb, d\u00e9clarait de son ton aiguis\u00e9 et sentencieux Coco Chanel. La couturi\u00e8re tenait en horreur les aigrettes, les volants, les tra\u00eenes, les dentelles ou les mousselines caract\u00e9ristiques de la Belle Epoque. Lorsque la guerre \u00e9clate en 1914, les femmes doivent remplacer les hommes partis au front \u00e0 leur poste de travail. Dans le m\u00eame temps, l\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res luxueuses de la mode fait d\u00e9faut. Coco Chanel profite de ces contraintes pour diffuser sa vision \u00e9pur\u00e9e d\u2019une mode destin\u00e9e aux femmes actives. Elle impose le jersey \u00e0 l\u2019indignation des couturiers et des \u00e9l\u00e9gantes qui le consid\u00e8rent comme un tissu pauvre. A l\u2019origine, il servait \u00e0 fabriquer les chandails bleus de p\u00eacheurs des \u00eeles anglo-normandes et les sous-v\u00eatements masculins. On consid\u00e9rait qu\u2019il \u00e9tait impossible \u00e0 utiliser en couture en raison de son aspect primitif. Coco Chanel lui reconna\u00eet souplesse et confort. Ce tissu lui permet de confectionner des v\u00eatements fluides sans taille marqu\u00e9e, qui bougent avec le corps.<\/p>\n<p><strong>La minijupe, ann\u00e9es 1960<\/strong><\/p>\n<p>Figure majeure du Swinging London, la cr\u00e9atrice de mode anglaise Mary Quant n\u2019a cess\u00e9 de raccourcir ses jupes au fil des ann\u00e9es 1960. Sa minijupe devient un embl\u00e8me de l\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine et de la lib\u00e9ration sexuelle. Elle la con\u00e7oit comme un v\u00eatement permettant aux femmes de courir apr\u00e8s un bus. \u00abCe v\u00eatement empreint de ludisme et de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e9tait un pied de nez aux valeurs traditionnelles et aux tendances r\u00e9trogrades, sans pour autant repr\u00e9senter une provocation dure\u00bb, analyse Leyla Belka\u00efd Neri, anthropologue et designer, fondatrice du Master en management du luxe de la Haute Ecole de Gestion de Gen\u00e8ve. Il n\u2019emp\u00eache que la presse de cette \u00e9poque, profond\u00e9ment conservatrice, se d\u00e9cha\u00eene contre la mini per\u00e7ue comme le symbole d\u2019une grave d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence morale. \u00abD\u2019autres pi\u00e8ces comme la blouse transparente port\u00e9e sans soutien-gorge, cr\u00e9\u00e9e par Yves Saint-Laurent, g\u00e9n\u00e8rent le m\u00eame type de critiques virulentes\u00bb, rel\u00e8ve l\u2019anthropologue de la mode. Durant cette p\u00e9riode intense de revendication sociale, le look devient ainsi un terrain de combat. La minijupe va largement triompher, colonisant m\u00eame les trottoirs de T\u00e9h\u00e9ran pendant quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Vivienne Westwood, ann\u00e9es 1970<\/strong><\/p>\n<p>Avec son mari Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols, cette ancienne enseignante anglaise a cr\u00e9\u00e9 le style punk. Vivienne Westwood officiait \u00e0 l\u2019origine au fond d\u2019une boutique sombre de King\u2019s Road \u00e0 Londres. Baptis\u00e9 Let It Rock, puis Too Fast To Live, Too Young To Die, le magasin devient Sex en 1974. Il remporte un immense succ\u00e8s en vendant des combinaisons en latex et des accessoires f\u00e9tichistes, des articles jusqu\u2019alors seulement disponibles par correspondance. Dans l\u2019arri\u00e8re-boutique, la ma\u00eetresse des lieux ne se contente pas d\u2019inventer la coiffure punk en p\u00e9tard et color\u00e9e, elle torture aussi des t-shirts pour les rendre trash et destroy et les affubler de slogans situationnistes ou anarchistes, elle colle clous et cha\u00eenes de v\u00e9lo sur les perfectos, imagine des imprim\u00e9s de cow-boys gays moins coinc\u00e9s qu\u2019\u00e0 Brokeback Mountain. Iconoclaste, le style rompt avec l\u2019esth\u00e9tique hippie, d\u00e9tourne les symboles anglais comme le kilt ou le tartan et devient le cauchemar de l\u2019Angleterre conservatrice. Le vestiaire punk cr\u00e9\u00e9 par Vivienne Westwood et Malcolm McLaren sort vite des fronti\u00e8res de l\u2019Angleterre et prend de l\u2019ampleur, notamment parce que ses concepteurs pr\u00f4nent le do-it yourself.<\/p>\n<p><strong>La mode japonaise, ann\u00e9es 1980<\/strong><\/p>\n<p>On ne peut pas dire que les louanges accueillent les cr\u00e9ateurs japonais Rei Kawakubo, avec sa marque Comme des Gar\u00e7ons, et Yohji Yamamoto lorsqu\u2019ils pr\u00e9sentent leurs premi\u00e8res collections \u00e0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. \u00abImportable!\u00bb d\u00e9clarent la plupart des commentateurs encore \u00e9berlu\u00e9s par ce qu\u2019ils ont vu. Les v\u00eatements d\u00e9structur\u00e9s et d\u00e9pi\u00e9c\u00e9s des Japonais leur rap-pellent une ambiance post-apocalyptique, d\u2019o\u00f9 l\u2019appellation \u00abHiroshima Chic\u00bb pour les d\u00e9crire. \u00abIl n\u2019y avait pourtant aucune volont\u00e9 de provoquer de leur part. Ils souhaitaient simplement exprimer une autre mani\u00e8re de penser l\u2019architecture du v\u00eatement dans sa relation au corps\u00bb, estime Leyla Belka\u00efd Neri. Le public parisien n\u2019est pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 une vision du corps si diff\u00e9rente de la sienne. \u00abLes designers japonais concevaient le v\u00eatement comme un volume tridimensionnel. Ils intervenaient sur l\u2019espace entre la peau et le v\u00eatement, alors que cet espace \u00e9tait envisag\u00e9 diff\u00e9remment, voire ignor\u00e9 par les cr\u00e9ateurs occidentaux de l\u2019\u00e9poque\u00bb, ajoute la sp\u00e9cialiste du design de mode. Chaussures plates, v\u00eatements amples: l\u2019androgynie des tenues subit aussi les gausseries parisiennes. \u00abElles s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 de la tradition japonaise du costume o\u00f9 les genres sont moins diff\u00e9renci\u00e9s qu\u2019en Europe.\u00bb Le premier choc pass\u00e9, la modernit\u00e9 radicale des Asiatiques va devenir culte.<\/p>\n<p><strong>Jean Paul Gaultier, ann\u00e9es 1980<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9crit comme l\u2019enfant terrible de la mode des ann\u00e9es 1980, Jean Paul Gaultier a fait tomber la barri\u00e8re entre les sexes, en habillant les femmes de vestes de motard et les hommes en jupes. Il a aussi remis au go\u00fbt du jour le corset, un accessoire honni par les f\u00e9ministes. \u00abMais loin de symboliser un retour en arri\u00e8re, lorsqu\u2019ils repr\u00e9sentaient des signes d\u2019enfermement, les corsets aux seins pointus comme des cornets de glace de Jean Paul Gaultier habillent des femmes fortes et s\u00fbres de leur sexualit\u00e9\u00bb, note Thierry-Maxime Loriot, dans son ouvrage La plan\u00e8te mode de Jean Paul Gaultier. Madonna en est la meilleure ambassadrice lors de sa tourn\u00e9e Blond Ambition Tour en 1990 o\u00f9 elle simule une masturbation dans une gu\u00eapi\u00e8re du couturier fran\u00e7ais. Avec Jean Paul Gaultier, les tenues de boudoir et de cabaret s\u2019exhibent dans la rue. Grand collagiste postmoderne, Gaultier d\u00e9fend l\u2019interchangeabilit\u00e9 des st\u00e9r\u00e9otypes sexuels, se nourrit des looks de banlieue ou des costumes traditionnels. Il chasse la perfection au profit d\u2019une forme d\u2019exub\u00e9rance qui ne l\u00e9sine pas sur le mauvais go\u00fbt et le vulgaire.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 6).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9volutions marquantes de la mode ont souvent heurt\u00e9 les cat\u00e9gories conservatrices de la soci\u00e9t\u00e9. Regard r\u00e9trospectif sur des provocations qui nous habillent aujourd\u2019hui.<\/p>\n","protected":false},"author":19343,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4100","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4100","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4100"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4100\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}