



{"id":4086,"date":"2014-01-22T19:42:35","date_gmt":"2014-01-22T17:42:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4086"},"modified":"2014-02-18T15:58:39","modified_gmt":"2014-02-18T13:58:39","slug":"maltraitance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4086","title":{"rendered":"Les seniors face \u00e0 la violence"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Old_Men.jpg\" alt=\"Old_Men.jpg\" title=\"Old_Men.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>On en entend rarement parler. Mais la violence contre les personnes \u00e2g\u00e9es ne repr\u00e9sente ni un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, ni un fait confidentiel. \u00abEn 2002, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 reconnu la maltraitance des seniors comme un probl\u00e8me prioritaire, souligne Jo\u00ebl Vallat, pr\u00e9sident de la section jurassienne d\u2019Alter ego, l\u2019association romande pour la pr\u00e9vention de la maltraitance envers les personnes \u00e2g\u00e9es. En augmentation dans nos soci\u00e9t\u00e9s vieillissantes, le troisi\u00e8me et le quatri\u00e8me \u00e2ge sont expos\u00e9s aux violences. Logique: il s\u2019agit de personnes d\u00e9pendantes ou qui ne poss\u00e8dent plus leur capacit\u00e9 de discernement.\u00bb<\/p>\n<p>Un rapport de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique sur la population \u00e2g\u00e9e en Suisse publi\u00e9 en 2000 indique que 3,9% des personnes de plus de 65 ans vivant en m\u00e9nage priv\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 victimes de violences. Et selon une \u00e9tude men\u00e9e en 2010 et 2011 par l\u2019Institut et Haute Ecole de la Sant\u00e9 \u2013 La Source et l\u2019association Alter ego, plus de 70% des responsables de 230 institutions et services hospitaliers romands disent avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 une situation de maltraitance impliquant une personne \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abEn Suisse, la question a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre abord\u00e9e publiquement \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, lorsque les m\u00e9dias ont d\u00e9nonc\u00e9 des scandales dans des \u00e9tablissements m\u00e9dico-sociaux\u00bb, raconte Delphine Roulet Schwab, docteure en psychologie, professeure \u00e0 la HEdS &#8211; La Source \u00e0 Lausanne et auteure de l\u2019\u00e9tude Maltraitance des personnes \u00e2g\u00e9es. Repr\u00e9sentations et gestion de la probl\u00e9matique dans les institutions. Pour la sp\u00e9cialiste, les violences envers les personnes \u00e2g\u00e9es ont probablement toujours exist\u00e9. C\u2019est la tol\u00e9rance de notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces actes qui a \u00e9volu\u00e9. Delphine Roulet Schwab estime que \u00abla maltraitance repr\u00e9sente une notion complexe. Il serait impossible d\u2019\u00e9tablir une liste exhaustive d\u2019actes.\u00bb Cela explique pourquoi il n\u2019est pas ais\u00e9 de conna\u00eetre l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne en Suisse.<\/p>\n<p>Infantiliser une personne \u00e2g\u00e9e, l\u2019humilier, l\u2019assommer de somnif\u00e8res, banaliser ses soins, lui manquer d\u2019attention ou la rel\u00e9guer dans un coin de la maison pour profiter de ses biens: les exemples de maltraitance ne manquent pas. Pour Jo\u00ebl Vallat, \u00abl\u2019acte se produit souvent dans le cadre d\u2019une relation de confiance marqu\u00e9e par une in\u00e9galit\u00e9 de pouvoir.\u00bb Famille, amis, professionnels de l\u2019aide ou des soins seraient ainsi les premiers maltraitants.<\/p>\n<p>Les personnes \u00e2g\u00e9es vivent majoritairement chez elles. Lorsqu\u2019elles ne sont plus capables d\u2019\u00eatre autonomes, certaines sont soutenues par leurs proches. \u00abLe proche-aidant le devient par proximit\u00e9 affective et non par choix. Le devoir d\u2019assistance s\u2019inscrit donc dans une relation qui a une histoire, explique Mercedes P\u00f4ne, cheffe de projet charg\u00e9e du programme vaudois de soutien aux proches aidants \u00e0 domicile. En acceptant ce r\u00f4le, rares sont ceux qui imaginent l\u2019investissement que cela repr\u00e9sente.\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sultat: la moiti\u00e9 des proches-aidants se disent \u00e9puis\u00e9s psychologiquement, et un tiers atteints dans leur sant\u00e9. \u00abLes conjoints ou les enfants ne sont pas suffisamment inform\u00e9s. Ils se retrouvent souvent d\u00e9munis lorsqu\u2019ils doivent s\u2019occuper d\u2019une personne pendant des ann\u00e9es, poursuit Mercedes P\u00f4ne. C\u2019est souvent dans ce cas que la maltraitance ou la n\u00e9gligence apparaissent.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Delphine Roulet Schwab, \u00abdans nos soci\u00e9t\u00e9s qui placent la beaut\u00e9, le dynamisme et la jeunesse comme valeurs phares, le vieillissement fait peur. Il peut mener \u00e0 des r\u00e9actions de rejet, voire d\u2019agression.\u00bb Si s\u2019occuper d\u2019un enfant conduit vers l\u2019avenir, se consacrer \u00e0 une personne \u00e2g\u00e9e m\u00e8ne davantage vers la r\u00e9gression, confronte \u00e0 sa propre finalit\u00e9. \u00abIl faut temporiser toutefois, pr\u00e9vient la psychologue. Peu de gens se r\u00e9veillent un matin en se disant: je vais maltraiter grand-m\u00e8re! La plupart des actes de maltraitance ne sont pas motiv\u00e9s par une intention consciente. Ils sont plut\u00f4t la cons\u00e9quence de situations complexes o\u00f9 diff\u00e9rents crit\u00e8res r\u00e9unis conduisent \u00e0 un d\u00e9rapage.\u00bb<\/p>\n<p>Le personnel travaillant \u00e0 domicile peut aussi \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de mauvais traitements. Plusieurs signes peuvent alerter quant \u00e0 une pos-sible maltraitance: \u00abLa personne \u00e2g\u00e9e change d\u2019attitude, perd son app\u00e9tit, sursaute pendant les soins, pr\u00e9sente des marques de coups, \u00e9num\u00e8re Delphine Roulet Schwab. Du c\u00f4t\u00e9 du collaborateur, les gestes brusques, le ton \u00e9lev\u00e9 de la voix, les moqueries ou l\u2019absence d\u2019empathie sont aussi des signes.\u00bb Dans ces cas, le dialogue est la premi\u00e8re solution envisag\u00e9e. \u00abNous essayons de comprendre la raison de la violence, puis d\u2019y trouver une solution, indique Nicolas Frot\u00e9, directeur adjoint de la Fondation jurassienne pour l\u2019aide et les soins \u00e0 domicile. Le mot maltraitance est rarement utilis\u00e9: ce terme choque et personne n\u2019a envie d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 de malmenant.\u00bb<\/p>\n<p>Plus il est form\u00e9 au probl\u00e8me, plus le personnel sait ma\u00eetriser ses \u00e9motions et \u00e9viter tout acte d\u00e9plac\u00e9. Car la violence peut aller dans les deux sens: il est parfois difficile pour les soignants de ne pas s\u2019emporter face \u00e0 un a\u00een\u00e9 qui se montre violent verbalement ou physiquement. \u00abLes troubles d\u00e9mentiels peuvent donner lieu \u00e0 des comportements agressifs, rel\u00e8ve Delphine Roulet Schwab. Mais une personne souffrant de d\u00e9mence \u00e0 un stade avanc\u00e9 n\u2019est pas consciente de ses actes, il est important de le r\u00e9aliser.\u00bb<\/p>\n<p>Un maintien \u00e0 domicile inappropri\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la personne, une surcharge de travail ou le manque de temps conduisent aussi \u00e0 de la n\u00e9gligence. Une probl\u00e9matique bien connue de Nicolas Frot\u00e9: \u00abIl arrive qu\u2019une famille ne souhaite pas placer un proche au home pour des raisons financi\u00e8res. Ce point de vue arrange les assurances, qui plaident le maintien \u00e0 domicile. Du coup, le nombre de prestations augmente et les assurances mettent la pression pour que les actes soient effectu\u00e9s le plus rapidement possible.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper \u00e0 ce rythme, certaines aides \u00e0 domicile vont jusqu\u2019\u00e0 facturer des actes inutiles (la prise de tension par exemple) et restent plus longtemps avec leur client. \u00abParfois nous sommes la seule visite de la journ\u00e9e, confie Nadia (pr\u00e9nom d\u2019emprunt), aide \u00e0 domicile \u00e0 Lausanne. Prendre le temps de discuter avec une personne \u00e2g\u00e9e repr\u00e9sente un acte d\u2019aide morale.\u00bb Autre probl\u00e8me: les exigences de la famille ne sont pas toujours en ad\u00e9quation avec celles du client. \u00abDois-je lever une mamie qui souhaite rester au lit parce que ses enfants ne veulent pas accepter sa d\u00e9gradation physique et l\u2019exigent?\u00bb questionne Nadia.<\/p>\n<p>Taboue, la probl\u00e9matique de la maltraitance du grand \u00e2ge n\u2019est pas souvent d\u00e9nonc\u00e9e. \u00abLe signalement \u00e0 la police et le recours \u00e0 la justice restent rares, note Delphine Roulet Schwab. Dans les institutions, le probl\u00e8me est souvent r\u00e9gl\u00e9 en interne, avec l\u2019appui \u00e9ventuel du m\u00e9decin responsable, d\u2019un m\u00e9diateur ou d\u2019experts externes.\u00bb Dans le cadre familial, la personne \u00e2g\u00e9e peut avoir peur de parler parce qu\u2019elle craint des repr\u00e9sailles ou que cela ne la conduise \u00e0 \u00eatre plac\u00e9e en institution.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>En chiffres<\/strong><\/p>\n<p><strong>134<\/strong><br \/>\nEn millions, c\u2019est le nombre d\u2019heures de soins annuelles prodigu\u00e9s par des proches \u00e0 leurs parents \u00e2g\u00e9s ou handicap\u00e9s, qui permettent une \u00e9conomie de 4,3 milliards de francs (OFS).<\/p>\n<p><strong>80<\/strong><br \/>\nL\u2019\u00e2ge \u00e0 partir duquel on trouve la majorit\u00e9 des victimes de maltraitance, selon les statistiques de l\u2019association Alter ego.<\/p>\n<p><strong>70<\/strong><br \/>\nLe pourcentage de responsables des 230 institutions et services hospitaliers romands qui disent avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 une situation de maltraitance impliquant une personne \u00e2g\u00e9e.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 6).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A domicile ou dans les institutions, la maltraitance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes \u00e2g\u00e9es est une r\u00e9alit\u00e9 rarement d\u00e9nonc\u00e9e. 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