



{"id":4049,"date":"2013-12-02T12:38:44","date_gmt":"2013-12-02T10:38:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4049"},"modified":"2014-02-18T16:12:14","modified_gmt":"2014-02-18T14:12:14","slug":"economie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4049","title":{"rendered":"\u00abLe boom de l\u2019Afrique n\u2019est pas un mythe\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Large021213.jpg\" alt=\"Large021213.jpg\" title=\"Large021213.jpg\" height=\"310\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>L\u2019Afrique est en vogue. A un an d\u2019intervalle, les magazines The Economist, en 2011, et Time, en 2012, ont lanc\u00e9 une \u00e9dition portant exactement le m\u00eame titre: \u00abAfrica rising\u00bb. A d\u00e9faut d\u2019originalit\u00e9, le message est clair: face \u00e0 une zone euro en crise, une Am\u00e9rique surendett\u00e9e, et m\u00eame une Chine affichant des signes de ralentissement, les investisseurs en qu\u00eate de croissance auront tendance \u00e0 porter leur regard vers le sud du Sahara. La premi\u00e8re publication en a profit\u00e9 pour faire son mea culpa sur sa Une parue onze ans plus t\u00f4t, \u00e0 propos du \u00abcontinent sans espoir\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste britannique Charles Robertson est l\u2019un des avocats les plus ardents de la cause africaine. L\u2019an dernier, il a publi\u00e9 un ouvrage intitul\u00e9 \u00abThe Fastest Billion: The Story Behind Africa\u2019s Economic Revolution\u00bb. Ce sp\u00e9cialiste des march\u00e9s \u00e9mergents a aussi un pied dans les affaires: il dirige l\u2019unit\u00e9 de strat\u00e9gie macro\u00e9conomique \u00e0 Renaissance Capital, une banque d\u2019investissement contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019influent milliardaire russe Mikha\u00efl Prokhorov, qui mise sur l\u2019Europe de l\u2019Est et l\u2019Afrique subsaharienne. Parmi les projets les plus ambitieux de l\u2019\u00e9tablissement figure la cr\u00e9ation d\u2019une \u00abville neuve\u00bb de 62&rsquo;000 habitants aux abords de Nairobi, au Kenya.<\/p>\n<p>Invit\u00e9 mi-novembre par la Fondation de la Haute Horlogerie \u00e0 l\u2019occasion de son forum annuel, Charles Robertson a r\u00e9pondu \u00e0 nos questions.<\/p>\n<p><strong>Vous pr\u00e9sentez l\u2019Afrique comme une nouvelle Chine, dont le poids \u00e9conomique d\u00e9passera l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique r\u00e9unies d\u2019ici \u00e0 2050! Qu\u2019est-ce qui vous fait croire cela?<\/strong><\/p>\n<p>Sur les 25 pays qui ont enregistr\u00e9 la plus forte croissance ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, au moins 10 sont des Etats africains. A 7% de croissance annuelle, on double la taille d\u2019une \u00e9conomie toutes les d\u00e9cennies. Si l\u2019Afrique continue \u00e0 cro\u00eetre ainsi, elle passera d\u2019un poids de 3 \u00e0 29 billions de dollars d\u2019ici \u00e0 2050. Mais attention, les Africains ne seront pas plus riches que les Am\u00e9ricains et les Europ\u00e9ens. Si le PIB du Nigeria est multipli\u00e9 par quinze, le revenu par habitant atteindra le niveau actuel du Br\u00e9sil. Les Africains feront alors face aux probl\u00e8mes que ce pays rencontre du fait de l\u2019\u00e9mergence de sa classe moyenne.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi un boom devrait-il se produire maintenant?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019ultime continent, celui qui n\u2019a encore jamais d\u00e9coll\u00e9. Mais c\u2019est toujours difficile de changer d\u2019\u00e9tat d\u2019esprit, apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019on a surtout entendu parler de famines&#8230; Au lendemain de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, absolument personne n\u2019aurait pari\u00e9 sur l\u2019Asie, qui \u00e9tait ravag\u00e9e par les conflits. Depuis lors, on s\u2019est rendu compte que chaque continent pouvait \u00e9lever son niveau \u00e9conomique \u00e0 grande vitesse. C\u2019est le tour de l\u2019Afrique.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019abord, la gouvernance, gr\u00e2ce \u00e0 la fin de la guerre froide. L\u2019Occident et l\u2019URSS soutenaient chacun leurs dictateurs locaux. Etre au pouvoir, c\u2019\u00e9tait d\u2019abord \u00eatre un bon alli\u00e9. L\u2019agenda politique a chang\u00e9: il y avait seulement trois d\u00e9mocraties en 1991. Aujourd\u2019hui, il y en a environ 19, dont certains des pays les plus peupl\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Des d\u00e9mocraties fragiles, tout de m\u00eame&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Leur solidit\u00e9 va de pair avec la richesse. Lorsque nos revenus \u00e9taient similaires, nos d\u00e9mocraties aussi \u00e9taient instables. Au niveau \u00e9conomique actuel de l\u2019Afrique, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019en moyenne, deux d\u00e9mocraties \u00e9chouent chaque ann\u00e9e\u2026 Mais aussi \u00e0 ce que trois nouvelles apparaissent! Cette ann\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le Mali, m\u00eame si on l\u2019a moins m\u00e9diatis\u00e9 que le conflit de l\u2019an dernier. Je remarque une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de leaders arriv\u00e9s au pouvoir depuis trois ans ou moins, qui pourraient changer la donne: Uhuru Kenyata au Kenya, John Dramani Mahama au Ghana, Michael Sata en Zambie et Goodluck Jonathan au Nigeria.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 voyez-vous des signaux positifs?<\/strong><\/p>\n<p>Le Nigeria est sans doute le pays auquel il faut pr\u00eater le plus d\u2019attention. Si cet Etat est en bonne sant\u00e9 \u00e9conomique, alors toutes mes projections tiennent. La Ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, qui a sign\u00e9 la pr\u00e9face de mon livre, a par exemple fait progresser la privatisation du secteur de l\u2019\u00e9nergie: en quatre ans, la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au Nigeria a doubl\u00e9. Par ailleurs, il y a dix ans, ce pays devait importer du ciment. Gr\u00e2ce notamment \u00e0 des mesures de protectionnisme, l\u2019entrepreneur Aliko Dangote est parvenu \u00e0 monter une industrie locale. Aujourd\u2019hui, il construit des usines au S\u00e9n\u00e9gal et Afrique du Sud, et il est devenu la personne noire la plus riche au monde, devant la pr\u00e9sentatrice am\u00e9ricaine Oprah Winfrey.<\/p>\n<p><strong>Certains chercheurs, comme Rick Rowden, consid\u00e8rent le boom annonc\u00e9 de l\u2019Afrique comme un mythe, en l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable industrialisation. <\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un mythe. D\u2019une part, avec l\u2019\u00e9conomie digitale, la manufacture n\u2019est peut-\u00eatre plus un pr\u00e9requis au d\u00e9veloppement. Les Philippines ou l\u2019Inde ont grandement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la d\u00e9localisation de services informatiques. Le Rwanda, qui est un pays bilingue fran\u00e7ais et anglais, pourrait devenir le \u00abcall centre du monde\u00bb. N\u00e9anmoins, je reste convaincu de l\u2019importance de l\u2019industrie. Et de ce point de vue aussi, plusieurs conditions favorables se mettent en place: en particulier, les investissements directs \u00e9trangers ont augment\u00e9 et la scolarisation de niveau secondaire est pass\u00e9e de 9% dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 29% aujourd\u2019hui. L\u2019Afrique est au niveau du Mexique ou de la Turquie en 1975, lorsque ces pays sont pass\u00e9s d\u2019une \u00e9conomie bas\u00e9e sur l\u2019agriculture \u00e0 une industrie l\u00e9g\u00e8re. Maintenant que la production textile devient trop ch\u00e8re en Chine, certains entrepreneurs d\u00e9localisent au Vietnam, au Bangladesh ou au Pakistan. Et d\u2019autres choisiront l\u2019Afrique. L\u2019Ethiopie commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 accueillir de l\u2019industrie textile, car elle est comp\u00e9titive.<\/p>\n<p><strong>Les pays africains restent n\u00e9anmoins tr\u00e8s d\u00e9pendants de leurs ressources naturelles. Comment en sortir?<\/strong><\/p>\n<p>Les gouvernements doivent r\u00e9investir ces surplus dans les infrastructures: ports, routes, r\u00e9seaux \u00e9lectriques. Le Kenya est par exemple en train d\u2019\u00e9tendre le port de Mombasa. Ce pays a mis en place une feuille de route pour les prochaines d\u00e9cennies, \u00abVision 2030\u00bb, qui comprend le d\u00e9veloppement de l\u2019infrastructure et des mesures de protection tarifaire. C\u2019est le pr\u00e9requis \u00e0 l\u2019industrialisation. Honda va produire 25&rsquo;000 motos par an dans une nouvelle usine au Kenya. Samsung \u00e9galement va assembler des ordinateurs et des t\u00e9l\u00e9viseurs dans ce pays.<\/p>\n<p><strong>La grande absente de vos projections est l\u2019Afrique du Sud. S\u2019il y a un g\u00e9ant \u00e9conomique, c\u2019est pourtant bien ce pays.<\/strong><\/p>\n<p>On peut tabler sur environ 3% de croissance ces prochaines ann\u00e9es pour l\u2019Afrique du Sud, contre au moins 5% pour l\u2019Afrique subsaharienne dans son ensemble. C\u2019est un autre stade de d\u00e9veloppement: au Nigeria, les gens essaient de sortir de la pauvret\u00e9 rurale, alors qu\u2019en Afrique du Sud, le PIB par habitant est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 11&rsquo;000 dollars. La grande difficult\u00e9, c\u2019est le manque d\u2019\u00e9ducation de toute une g\u00e9n\u00e9ration de travailleurs noirs, un legs de l\u2019apartheid. Aujourd\u2019hui, il y a 25% de ch\u00f4mage, et en m\u00eame temps des gr\u00e8ves pour r\u00e9clamer des hausses de salaires. C\u2019est un moment difficile \u00e0 passer.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de mis\u00e9rabilisme, ne tombez-vous pas dans l\u2018exc\u00e8s inverse? La Banque africaine de d\u00e9veloppement \u00e9voque une classe moyenne de 300 millions d\u2019Africains, mais les consid\u00e8re ainsi \u00e0 partir de 2 dollars de revenu par jour&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Cela ne nous a pas aid\u00e9s, c\u2019est s\u00fbr! Mais nous avons fait notre propre rapport sur la classe moyenne du Nigeria, les cinq millions de personnes qui gagnent de 10 \u00e0 20 dollars par jour. L\u00e0, cela commence \u00e0 \u00eatre plus pertinent: \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, ce niveau de revenu suffit pour acheter une voiture cor\u00e9enne et une tablette \u00e9lectronique. A mon avis, il n\u2019y a pas de danger d\u2019en faire trop: on ne m\u2019\u00e9couterait pas s\u2019il n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 largement reconnu que l\u2019Afrique allait dans la bonne direction.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son livre \u00abThe Fastest Billion\u00bb, l\u2019\u00e9conomiste britannique Charles Robertson compare le continent \u00e0 une nouvelle Chine. Il y pr\u00e9dit une tr\u00e8s forte croissance dans les ann\u00e9es qui viennent. 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