



{"id":4045,"date":"2013-11-26T13:17:58","date_gmt":"2013-11-26T11:17:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4045"},"modified":"2014-03-18T10:51:58","modified_gmt":"2014-03-18T08:51:58","slug":"societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4045","title":{"rendered":"Le bruit, nouvel ennemi public"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/102013\/Noise.jpg\" alt=\"Noise.jpg\" title=\"Noise.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Des \u00e9oliennes aux t\u00e9l\u00e9phones portables, en passant par les engins de chantier ou encore les noctambules, les sources de bruit ne cessent de se multiplier. Des nuisances sonores qui ont pourtant toujours comme premi\u00e8re cause l\u2019intensification du trafic routier puis ferroviaire et a\u00e9rien.<\/p>\n<p>En Suisse, ce sont ainsi 1,3 million de personnes qui subissent pendant la journ\u00e9e un niveau de bruit sup\u00e9rieur aux valeurs limites fix\u00e9es par la loi, selon les chiffres de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement (OFEV). Cette exposition baisse durant la nuit, mais \u00e0 peine: 930&rsquo;000 personnes sont encore concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Autre tendance: m\u00eame si, dans son ensemble, la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019atteint pas les pics sonores du pass\u00e9, la pollution phonique est cependant devenue permanente du fait que les villes grandissent, se densifient, vivent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et le dimanche a perdu de son caract\u00e8re sacr\u00e9. R\u00e9sultats, notre sensibilit\u00e9 au bruit s\u2019est aiguis\u00e9e au fil de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notre agacement se manifeste toujours plus. \u00abSi nous comparons la tol\u00e9rance \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans les \u00e9tudes pass\u00e9es et actuelles, nous pouvons conclure que les Suisses r\u00e9agissent plus fortement aujourd\u2019hui\u00bb, analyse Mark Brink, psychologue sp\u00e9cialiste du bruit et ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019EPFZ. Les plaintes pour les nuisances li\u00e9es au voisinage et \u00e0 la vie nocturne suivent, elles aussi, ce mouvement haussier.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019exasp\u00e9ration provient d\u2019un changement de d\u00e9finition de la sph\u00e8re priv\u00e9e, avance Marie-Avril Berthet, pr\u00e9sidente du Grand Conseil de la nuit, un groupe qui d\u00e9fend la vie nocturne \u00e0 Gen\u00e8ve. Il y a soixante ans, les Suisses \u00e9taient plus habitu\u00e9s \u00e0 vivre ensemble. D\u00e9sormais, ils n\u2019acceptent plus d\u2019entendre les autres lorsqu\u2019ils sont chez eux.\u00bb<\/p>\n<p><strong>1. Impact sanitaire et \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>En plus de ses effets sur le comportement, le bruit porte \u00e9galement atteinte au bien-\u00eatre physique et psychique. Cela, avec des cons\u00e9quences financi\u00e8res. Exemple avec les nuisances sonores excessives li\u00e9es \u00e0 la circulation, qui cause en Suisse des probl\u00e8mes de sant\u00e9 chiffr\u00e9s \u00e0 140 millions de francs. Ce montant comprend notamment les co\u00fbts de traitements m\u00e9dicaux de maladies cardiovasculaires, de frais d\u2019assurance, d\u2019arr\u00eats de travail ou encore de cures.<\/p>\n<p>\u00abIl y a eu une prise de conscience sur la nocivit\u00e9 des nuisance sonores, rel\u00e8ve Sophie Hoehn, cheffe de la section Bruit routier de l\u2019OFEV. Contrairement \u00e0 une croyance longtemps r\u00e9pandue, on ne s\u2019y habitue pas.\u00bb<\/p>\n<p>La pollution phonique a aussi des r\u00e9percussions \u00e9conomiques sur la valeur des biens immobiliers quand ceux-ci y sont sont expos\u00e9s, que ce soit pour les maisons ou les appartements mis en vente et en location: des d\u00e9pr\u00e9ciations qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9es \u00e0 1,2 milliard de francs par an, caus\u00e9es avant tout par le bruit routier.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration, elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pens\u00e9 plus d\u2019un milliard de francs pour prot\u00e9ger la population, en installant des fen\u00eatres antibruit dans les maisons concern\u00e9es, des parois insonoris\u00e9es sur les bords des autoroutes et des voies ferr\u00e9es, ainsi que pour de nouvelles techniques de freinage des trains. Malgr\u00e9 ces investissements, on est encore bien loin des objectifs fix\u00e9s par l\u2019Ordonnance sur la protection contre le bruit, qui pr\u00e9voit avant 2018 un assainissement des routes et des chemins de fer qui ne sont pas conformes aux limites.<\/p>\n<p>Des solutions qui ne suffisent toujours pas. Aussi, les experts n\u2019ont aujourd\u2019hui plus qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate: lutter contre le mal \u00e0 la source.<\/p>\n<p><strong>2. Des pistes pour limiter les nuisances sonores<\/strong><\/p>\n<p>La source de bruit la plus importante \u00e9tant la circulation routi\u00e8re, \u00able plus efficace et le moins cher serait d\u2019interdire les v\u00e9hicules trop bruyants et de limiter la vitesse\u00bb, souligne Peter Ettler, directeur de la Ligue suisse contre le bruit. \u00abA Berlin, par exemple, des routes sur lesquelles on peut circuler \u00e0 60 km\/h la journ\u00e9e sont limit\u00e9es \u00e0 30 km\/h la nuit pour r\u00e9duire les nuisances.\u00bb Mais de telles mesures entravent la libert\u00e9 des automobilistes et pourraient alors rencontrer des r\u00e9sistances.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019aider le consommateur \u00e0 choisir un produit en fonction des \u00e9missions sonores fait son chemin, avec quelques exemples prometteurs venus de l\u2019\u00e9tranger. Au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne, tous les pneus sont \u00e9quip\u00e9s d\u2019une \u00e9tiquette indiquant leur niveau sonore. En Grande-Bretagne, une association a cr\u00e9\u00e9 un label qui distingue les produits les plus silencieux, de la souffleuse \u00e0 feuilles au s\u00e8che-cheveux, en passant par le lave-vaisselle.<\/p>\n<p>Le principe a aussi \u00e9t\u00e9 introduit de mani\u00e8re plus ambitieuse \u00e0 Linz, en Autriche, avec un label pour les b\u00e2timents publics et les grands magasins qui ne diffusent plus de musique de fond.<\/p>\n<p>Quant au d\u00e9bat sur les bars et les discoth\u00e8ques, Marie-Avril Berthet cite le cas d\u2019Amsterdam. \u00abLa ville a gel\u00e9 les loyers des habitations qui se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate des lieux de nuit. En associant la vie nocturne \u00e0 la possibilit\u00e9 de logements meilleur march\u00e9, les tensions ont \u00e9t\u00e9 apais\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019une mesure tr\u00e8s interventionniste mais int\u00e9ressante.\u00bb<\/p>\n<p><strong>3. Des routes qui \u00e9touffent le bruit<\/strong><\/p>\n<p>Pour faire baisser le vacarme du trafic, les autorit\u00e9s misent sur le bitume phonoabsorbant, qui repr\u00e9sente actuellement l\u2019une des mesures phares. Le canton de Gen\u00e8ve, pionnier en la mati\u00e8re, a d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 67 km de ce type de rev\u00eatement, avec le soutien financier de la Conf\u00e9d\u00e9ration. A l\u2019horizon 2018, il devrait en compter pr\u00e8s de 130. Une politique qui rencontre du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Depuis que ces nouvelles surfaces antibruit ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es d\u00e9but septembre sur le quai Wilson, la circulation y semble \u00e9tonnamment silencieuse pour le voisinage. \u00abOn sent une immense diff\u00e9rence, appr\u00e9cie Jasmina Vasic, qui habite l\u2019endroit depuis treize ans. Se promener le long du lac est devenu beaucoup plus agr\u00e9able.\u00bb<\/p>\n<p>Dans le quartier de la Jonction, \u00e0 la rue des Deux-Ponts, couloir routier assailli de trafic, les riverains se montrent \u00e9galement enthousiastes apr\u00e8s les travaux d\u2019assainissement r\u00e9alis\u00e9s en 2011. \u00abCe n\u2019est pas le calme de Cologny, plaisante Muarem Jasari, propri\u00e9taire d\u2019un restaurant qui borde l\u2019art\u00e8re. Mais, m\u00eame si le bruit persiste, la situation s\u2019est nettement am\u00e9lior\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>La particularit\u00e9 de ce bitume phonoabsorbant tient \u00e0 sa composition: des grains plus fins que les rev\u00eatements classiques, qui contiennent de petites cavit\u00e9s absorbant le bruit provoqu\u00e9 par le frottement des pneus. \u00abLes premiers ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Depuis, les performances acoustiques ont \u00e9t\u00e9 nettement am\u00e9lior\u00e9es, souligne Christian Gorce, chef du Service de l\u2019assainissement du bruit routier du canton de Gen\u00e8ve. Aujourd\u2019hui, pour un v\u00e9hicule l\u00e9ger circulant \u00e0 50 km\/h, la r\u00e9duction de bruit atteint 8 \u00e0 10 d\u00e9cibels la premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019installation. Apr\u00e8s quinze ans, en raison de l\u2019usure, on table sur un abaissement de 3 d\u00e9cibels.\u00bb<\/p>\n<p>La nouvelle mati\u00e8re s\u00e9duit peu \u00e0 peu le reste de la Suisse romande. Les cantons al\u00e9maniques, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, affichent quant \u00e0 eux davantage de r\u00e9ticences. \u00abCes rev\u00eatements sont en plein d\u00e9veloppement et nous avons fait de bonnes et moins bonnes exp\u00e9riences, note Dominique Luy, chef de la section Bruit et rayonnement non ionisant au D\u00e9partement de l\u2019environnement du canton de Vaud. La neige et les cha\u00eenes les mettent \u00e0 rude \u00e9preuve et ils doivent \u00eatre chang\u00e9s plus souvent que les rev\u00eatements traditionnels.\u00bb Pour l\u2019instant, cette nouvelle technologie n\u2019est pas adapt\u00e9e aux zones trop sollicit\u00e9es, telles que croisements et giratoires.<\/p>\n<p><strong>4. Quelle solution pour les sir\u00e8nes des v\u00e9hicules d\u2019urgence?<\/strong><\/p>\n<p>Autre source de nuisance qui soul\u00e8ve un questionnement, les sir\u00e8nes des v\u00e9hicules d\u2019urgence qui, la nuit, perturbent le sommeil de centaines, voire de milliers d\u2019habitants sur leur passage. Le dilemme: comment assurer la sant\u00e9 des uns et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des autres? Pour le parlementaire genevois Mauro Poggia, la pratique de la sir\u00e8ne est excessive en Suisse: \u00abLe son des v\u00e9hicules d\u2019urgence est de plus en plus ressenti comme une incivilit\u00e9. En France, les sons se r\u00e9v\u00e8lent tout aussi efficaces, mais moins agressifs, car les sir\u00e8nes utilisent trois tons, plus espac\u00e9s. Et leur volume diminue pendant la nuit.\u00bb<\/p>\n<p>Sans formuler de solution pr\u00e9cise, le nouvel \u00e9lu au Conseil d\u2019Etat avait d\u00e9pos\u00e9 fin juin une motion au Conseil national, chargeant l\u2019administration de \u00abr\u00e9duire les nuisances sonores des v\u00e9hicules prioritaires, tout en maintenant l\u2019objectif de s\u00e9curit\u00e9\u00bb. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral s\u2019est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 favorable \u00e0 la proposition. En Suisse, la puissance sonore des v\u00e9hicules prioritaires homologu\u00e9s doit \u00eatre comprise dans une fourchette de 111 \u00e0 124 dB (test \u00e0 3 m 50 de distance en laboratoire). Peu de contraste avec les voisins europ\u00e9ens, qui fixent une valeur minimale de 110 dB, sans seuil maximal. A une exception pr\u00e8s: dans l\u2019Hexagone, les sir\u00e8nes ne peuvent exc\u00e9der 90 dB la nuit.<\/p>\n<p>La proposition de Mauro Poggia est toutefois diam\u00e9tralement oppos\u00e9e aux dol\u00e9ances des services d\u2019urgence, qui se plaignent quant \u00e0 eux d\u2019un trafic de moins en moins fluide, justifiant l\u2019usage de la sir\u00e8ne. \u00abLes automobilistes et pi\u00e9tons sont toujours moins attentifs en raison des accessoires multiples qui les distraient, souligne Philippe Jaton, porte-parole de la Police cantonale vaudoise. Si l\u2019on diminue le son, il ne nous restera que le gyrophare, peut-\u00eatre efficace la nuit mais pas la journ\u00e9e.\u00bb Du reste, la loi oblige les v\u00e9hicules d\u2019urgence \u00e0 actionner \u00e0 la fois leur sir\u00e8ne et leur lumi\u00e8re pour pouvoir revendiquer un statut prioritaire. Dans le cas contraire, ils peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme fautifs s\u2019ils causent un accident.<\/p>\n<p>Pas s\u00fbr \u00e9galement que le fait d\u2019abaisser le niveau sonore \u00e0 90 dB la nuit ne r\u00e9veille plus la population: le risque n\u2019est-il pas de sacrifier \u00e0 la fois la s\u00e9curit\u00e9 et la tranquillit\u00e9? A New York, les autorit\u00e9s ont tent\u00e9 de trouver la parade gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de rumbler, qui utilise un \u00abgrondement\u00bb de basse fr\u00e9quence pour capter l\u2019attention des automobilistes distraits. Mauro Poggia n\u2019est pas convaincu: \u00abJe trouve que c\u2019est assez stressant, ce n\u2019est pas non plus id\u00e9al.\u00bb La question agite aussi les cantons: \u00e0 Gen\u00e8ve, le d\u00e9put\u00e9 PLR Michel Ducret a d\u00e9pos\u00e9 en ao\u00fbt une question urgente au Conseil d\u2019Etat sur le m\u00eame th\u00e8me. \u00abAujourd\u2019hui, on installe de nouveaux rev\u00eatements insonoris\u00e9s pour le trafic, mais on ne fait rien pour ce probl\u00e8me qui emb\u00eate tout le monde. Les cardiomobiles nous font mal aux oreilles: cela cr\u00e9e des malades suppl\u00e9mentaires!\u00bb<\/p>\n<p><strong>5. La tranquillit\u00e9 comme argument touristique<\/strong><\/p>\n<p>\u00abTrouver la paix et le silence.\u00bb Voil\u00e0 ce qu\u2019attendent un tiers des touristes qui s\u00e9journent en Suisse, selon un sondage r\u00e9alis\u00e9 aupr\u00e8s de 9000 visiteurs du monde entier en 2010. Et les visiteurs suisses eux-m\u00eames ne sont pas en reste. \u00abIncontestablement, la tranquillit\u00e9 est de plus en plus recherch\u00e9e, note V\u00e9ronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. C\u2019est probablement ce qui explique le succ\u00e8s d\u2019activit\u00e9s en plein air loin des nuisances urbaines, comme la marche \u00e0 pied.\u00bb<\/p>\n<p>A la montagne, quelques h\u00f4tels ont d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 parti de l\u2019image de tranquillit\u00e9 de la Suisse en optant pour des noms comme Paxmontana, Alpenruhe ou Bergfrieden. Les villages alpins interdits \u00e0 la circulation, tels que Zermatt ou Saas Fee, mettent aussi cette particularit\u00e9 en avant dans leur marketing.<\/p>\n<p>Mais le silence m\u00e9riterait bien plus d\u2019attention de la part des destinations touristiques, estime Rafael Matos-Wasem, professeur \u00e0 la Haute Ecole de gestion et tourisme de Sierre. \u00abLa valeur qu\u2019il repr\u00e9sente pourrait \u00eatre mieux exploit\u00e9e. Malheureusement, nous n\u2019avons pas encore franchi ce pas. L\u2019industrie du tourisme promeut plus volontiers la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9v\u00e9nements et d\u2019animations, le dynamisme d\u2019un lieu que son calme.\u00bb<\/p>\n<p>Pour le sp\u00e9cialiste, la cr\u00e9ation de zones de tranquillit\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9es des bruits artificiels serait une piste \u00e0 suivre. Des initiatives de ce type ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mises en place en Bavi\u00e8re et en Autriche. La Conf\u00e9d\u00e9ration a fait un pas en ce sens en restreignant le trafic a\u00e9rien dans quatre zones \u00abvou\u00e9es au d\u00e9lassement de la population\u00bb, en Valais, dans les Grisons et au Tessin. Au risque de se confronter aux limites du concept: comment pr\u00e9server le calme d\u2019un lieu tout en l\u2019utilisant pour attirer des visiteurs?<\/p>\n<p>La recherche scientifique commence, elle aussi, \u00e0 manifester son int\u00e9r\u00eat pour le lien entre silence et tourisme. En collaboration avec d\u2019autres chercheurs europ\u00e9ens, Rafael Matos-Wasem souhaite \u00e9valuer et cartographier la qualit\u00e9 sonore des paysages touristiques dans diff\u00e9rents pays.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>INTERVIEW<\/p>\n<p><strong>\u00abNous ne sommes pas \u00e9gaux face au bruit\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019omnipr\u00e9sence du bruit peut entra\u00eener troubles du sommeil, maladies cardiovasculaires et retards cognitifs. Entretien avec Mark Brink, psychologue, sp\u00e9cialiste du bruit.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quelles sont les cons\u00e9quences sanitaires d&rsquo;un environnement bruyant?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Pendant longtemps, on s\u2019est concentr\u00e9 sur les plus \u00e9videntes: les cons\u00e9quences auditives, comme la surdit\u00e9 ou les acouph\u00e8nes. Etre expos\u00e9 chaque jour pendant plus de quatre heures \u00e0 un volume sonore de 80 dB peut d\u00e9j\u00e0 engendrer des dommages auditifs. La limite de la douleur se situe quant \u00e0 elle \u00e0 120 dB. Mais ce n\u2019est qu\u2019il y a trente ans, avec la hausse du trafic routier, que l\u2019on a r\u00e9ellement commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux cons\u00e9quences non auditives, beaucoup plus graves. Le stress cr\u00e9\u00e9 par le bruit peut induire en premier des troubles du sommeil, mais aussi des maladies cardiovasculaires, et m\u00eame &#8212; on commence seulement \u00e0 l\u2019\u00e9tudier &#8212; du diab\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>Peut-on chiffrer cet impact?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019OMS le fait r\u00e9guli\u00e8rement. Elle utilise pour cela le syst\u00e8me des DALY (pour disability adjusted life years), qui repr\u00e9sente le nombre d\u2019ann\u00e9es perdues en raison d\u2019une mauvaise sant\u00e9, d\u2019un handicap ou d\u2019une mort pr\u00e9coce. Par exemple, pour l\u2019Europe occidentale, l\u2019OMS parvient \u00e0 la conclusion que le bruit fait perdre chaque ann\u00e9e pas moins de 900&rsquo;000 ann\u00e9es de vie en bonne sant\u00e9 en raison de troubles du sommeil, 22&rsquo;000 en raison d\u2019acouph\u00e8nes et probl\u00e8mes d\u2019audition et 61&rsquo;000 en raison de probl\u00e8mes cardiovasculaires.<\/p>\n<p><strong>Disposez-vous des chiffres pour la Suisse?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, l\u2019OFEV utilise le m\u00eame syst\u00e8me que l\u2019OMS au niveau national. Au total, ce sont 47&rsquo;500 ann\u00e9es de vie en bonne sant\u00e9 qui sont perdues chaque ann\u00e9e dans notre pays, uniquement en raison du bruit li\u00e9 au trafic. Les troubles du sommeil repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 de ces pertes.<\/p>\n<p><strong>En quoi le bruit est-il nocif pour notre organisme?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est sa permanence qui cr\u00e9e des probl\u00e8mes, notamment dans le cas des nuisances li\u00e9es au trafic, qu\u2019il soit routier, ferroviaire ou a\u00e9rien. Prenez les troubles du sommeil: les bruits de basse fr\u00e9quence du trafic sont mauvais pour la structure du sommeil et provoquent une augmentation du nombre de r\u00e9veils, dont nous ne nous souvenons pas forc\u00e9ment le lendemain matin. La formation de troubles cardiaques \u00e9galement ne peut \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e que sur le long terme par les \u00e9pid\u00e9miologistes: le bruit provoque une r\u00e9action de stress qui, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, a une cons\u00e9quence n\u00e9gative sur la structure des vaisseaux sanguins. Il faut absolument investiguer les effets sanitaires d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le bruit est pr\u00e9sent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans les ann\u00e9es 60, il y avait tr\u00e8s peu de trafic apr\u00e8s 23 heures sur les autoroutes. Aujourd\u2019hui, les riverains sont affect\u00e9s constamment!<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019impact du bruit sur l\u2019\u00e9quilibre psychologique?<\/strong><\/p>\n<p>Le bruit n\u2019est qu\u2019un des nombreux facteurs de stress qui affectent notre vie quotidienne. Il est donc difficile de relier un trouble mental \u00e0 un facteur de stress sp\u00e9cifique. La plupart des \u00e9tudes se concentrent plut\u00f4t sur la notion de g\u00eane due au bruit. Dans certains cas, cela peut conduire \u00e0 une forme d\u2019obsession pathologique. Mais les effets peuvent aussi \u00eatre tout simplement \u00e9conomiques: choisir de ne pas venir habiter dans telle rue bruyante, par exemple. Les valeurs limites de bruit autoris\u00e9es en Suisse, fix\u00e9es dans une ordonnance, se fondent d\u2019ailleurs sur des \u00e9tudes scientifiques sur la g\u00eane ressentie au bruit &#8212; et non sur la simple exposition au bruit: on fixe la valeur limite quand 25% des personnes sond\u00e9es se consid\u00e8rent d\u00e9rang\u00e9es par le bruit en question.<\/p>\n<p><strong>Des bruits de m\u00eame intensit\u00e9 peuvent-ils provoquer des r\u00e9actions diff\u00e9rentes?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, la question de la perception est essentielle. Le trafic a\u00e9rien est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus insupportable, devant la voiture et le train. Mais quelqu\u2019un qui travaille \u00e0 l\u2019a\u00e9roport et en d\u00e9gage une ressource financi\u00e8re sera moins intol\u00e9rant au bruit que les riverains. Autre exemple: les Suisses ont une tr\u00e8s bonne image du train, consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9cologique &#8212; contrairement \u00e0 l\u2019avion ou \u00e0 la voiture &#8211;, ce qui influence de mani\u00e8re positive la perception du bruit. Mais cette diff\u00e9rence s\u2019explique aussi g\u00e9n\u00e9tiquement. Nous ne sommes pas \u00e9gaux face au bruit.<\/p>\n<p><strong>Plus inqui\u00e9tant, le bruit aurait un effet sur le d\u00e9veloppement cognitif des enfants?<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il reste relativement faible, ce lien existe dans les statistiques. Une \u00e9tude de 2005 a \u00e9tudi\u00e9 les comp\u00e9tences en lecture d\u2019enfants de 9 \u00e0 10 ans habitant \u00e0 proximit\u00e9 des a\u00e9roports de Londres, d\u2019Amsterdam et de Madrid. Elle a conclu qu\u2019une \u00e9l\u00e9vation de 5 dB du niveau sonore dans l\u2019environnement scolaire pouvait dans certains cas conduire \u00e0 un retard de deux mois dans la compr\u00e9hension de texte.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Collaboration: Serge Maillard<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus d\u2019un million de Suisses sont expos\u00e9s chaque jour \u00e0 des nuisances sonores trop \u00e9lev\u00e9es. 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