



{"id":4039,"date":"2013-11-18T18:37:29","date_gmt":"2013-11-18T16:37:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4039"},"modified":"2013-11-20T00:50:11","modified_gmt":"2013-11-19T22:50:11","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4039","title":{"rendered":"Watson, le superordinateur qui joue au docteur"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Image_Jour_191113.png\" width=\"468\" border=\"0\" height=\"311\" title=\"Image_Jour_191113.png\" alt=\"Image_Jour_191113.png\" \/><\/p>\n<p>Dans un recoin du Thomas J. Watson Center, le quartier g\u00e9n\u00e9ral d\u2019IBM pour la recherche situ\u00e9 dans une petite banlieue au nord de New York, une porte discr\u00e8te m\u00e8ne vers une grande salle. On y trouve l\u2019un des ordinateurs les plus puissants de la plan\u00e8te. Ses serveurs remplissent l\u2019espace, couvrant plusieurs centaines de m\u00e8tres carr\u00e9s. Des ventilateurs soufflent bruyamment pour le refroidir. Cette masse noire de circuits \u00e9lectroniques repr\u00e9sente le nouvel espoir des m\u00e9decins am\u00e9ricains. Elle promet de m\u00e9tamorphoser le syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n<p>La machine est devenue une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en janvier 2011 quand elle a remport\u00e9 le fameux jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 Jeopardy. Capable de r\u00e9pondre aux questions formul\u00e9es par l\u2019animateur, Watson, c\u2019est son nom, avait syst\u00e9matiquement \u00e9cras\u00e9 ses concurrents humains. \u00abNous avons voulu montrer que notre ordinateur \u00e9tait capable de parler et de comprendre l\u2019anglais, et pas seulement de d\u00e9chiffrer des codes et des donn\u00e9es brutes, comme les autres ordinateurs, explique Adam Lally, l\u2019un des 12 membres de l\u2019\u00e9quipe originelle charg\u00e9e du d\u00e9veloppement de l\u2019ordinateur. Pour le concours, Watson avait lu et assimil\u00e9 pr\u00e8s de 200 millions de pages de texte, dont la totalit\u00e9 de Wikip\u00e9dia.\u00bb<\/p>\n<p>Au lendemain de cette victoire t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, il s\u2019agissait pour IBM de trouver un usage commercial pour la machine. \u00abSon utilisation en m\u00e9decine nous a sembl\u00e9 \u00eatre l\u2019\u00e9tape la plus logique\u00bb, explique Adam Lally. Ce nouveau projet est parti d\u2019un constat: \u00abLe nombre de donn\u00e9es brutes et d\u2019articles scientifiques augmente chaque ann\u00e9e, \u00e0 un rythme toujours plus soutenu, indique Marty Kohn, l\u2019homme responsable du programme m\u00e9dical de Watson. Aucun soignant n\u2019arrive \u00e0 utiliser ces informations, \u00e0 tout consulter.\u00bb<\/p>\n<p>Le superordinateur, lui, est capable de lire 60 millions de pages de texte par seconde et peut g\u00e9rer ces nouvelles informations instantan\u00e9ment. L\u2019objectif d\u2019IBM: assister les m\u00e9decins pour \u00e9tablir leurs diagnostics et leur sugg\u00e9rer les traitements les mieux adapt\u00e9s.<\/p>\n<p>IBM souhaite commercialiser ce service dans quelques ann\u00e9es. Watson et les ordinateurs du m\u00eame type seraient accessibles \u00e0 n\u2019importe quel m\u00e9decin sur la plan\u00e8te gr\u00e2ce au cloud computing, un syst\u00e8me de consultation en ligne. Aujourd\u2019hui, les comp\u00e9tences m\u00e9dicales de la machine sont test\u00e9es par le Sloan Kettering Memorial, un centre de traitement et de recherche sur le cancer bas\u00e9 \u00e0 New York, et par The Cleveland Clinic, un h\u00f4pital bas\u00e9 dans l\u2019Ohio. L\u2019assureur am\u00e9ricain WellPoint, quant \u00e0 lui, compte prochainement exploiter Watson pour analyser l\u2019efficacit\u00e9 des traitements qu\u2019il paie \u00e0 ses clients.<\/p>\n<p><strong>Un diagnostic sur mesure<\/strong><\/p>\n<p>Herbert Chase, professeur de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Columbia, qui collabore avec IBM sur le projet, d\u00e9taille les avantages de Watson: \u00abLa machine va permettre de personnaliser la prise en charge du patient comme jamais auparavant.\u00bb En plus d\u2019employer la litt\u00e9rature m\u00e9dicale la plus pertinente, Watson sera capable d\u2019utiliser les donn\u00e9es individuelles d\u2019un patient: \u00abLe diagnostic de la personne hospitalis\u00e9e sera taill\u00e9 sur mesure, en fonction de son pass\u00e9. Watson lira son dossier m\u00e9dical et conna\u00eetra ses allergies, les m\u00e9dicaments qu\u2019elle a ingurgit\u00e9s au cours de sa vie, m\u00eame ses particularit\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiques. Il sera capable de pr\u00e9voir les interactions entre diff\u00e9rents m\u00e9dicaments, m\u00eame lorsqu\u2019il y a en des milliers ou m\u00eame lorsqu\u2019elles sont quasi ind\u00e9celables. Le patient pourra aussi lui indiquer ses pr\u00e9f\u00e9rences de traitement et quels types d\u2019effets secondaires il est pr\u00eat \u00e0 supporter.\u00bb<\/p>\n<p>Les diagnostics de Watson devraient \u00eatre ainsi plus pr\u00e9cis que ceux de n\u2019importe quel m\u00e9decin aujourd\u2019hui. Selon The Institute of Medicine, une ONG am\u00e9ricaine sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de sant\u00e9, un diagnostic sur cinq est incorrect ou incomplet, et pr\u00e8s de 1,5 million d\u2019erreurs de m\u00e9dication ont lieu chaque ann\u00e9e aux Etats-Unis. \u00abWatson permettra de rectifier le tir\u00bb, assure Daniel Kraft, professeur \u00e0 la Singularity University, au c\u0153ur de la Silicon Valley, et directeur de FutureMed, une conf\u00e9rence sur l\u2019utilisation de nouvelles technologies en m\u00e9decine.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, l\u2019annonce du projet Watson a fait l\u2019effet d\u2019une bombe. Le monde acad\u00e9mique et les m\u00e9dias se sont interrog\u00e9s: ce robot va-t-il remplacer les m\u00e9decins? Vinod Khosla, l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres investisseurs en nouvelles technologies de la Silicon Valley, pense que oui. Il pr\u00e9dit que les ordinateurs et les robots pourront r\u00e9aliser la plupart des t\u00e2ches accomplies par les m\u00e9decins &#8212; et m\u00eame des op\u00e9rations chirurgicales &#8212; et vont ainsi remplacer quatre docteurs sur cinq aux Etats-Unis. Une th\u00e8se vivement attaqu\u00e9e par Abraham Verghese, auteur et m\u00e9decin \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stanford: \u00abLes personnes qui affirment cela ne savent pas ce qu\u2019est un traitement. Le travail de m\u00e9decin ne se limite pas au diagnostic. Il s\u2019agit essentiellement d\u2019accompagner psychologiquement nos patients. Et cela, un robot ne pourra jamais le faire.\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Marty Kohn, d\u2019IBM, calme le jeu: \u00abWatson ne se veut qu\u2019un outil d\u2019assistance. Il ne remplacera jamais le m\u00e9decin.\u00bbMais m\u00eame en tant que simple assistant, le superdordinateur devrait red\u00e9finir le r\u00f4le et les m\u00e9thodes de travail du personnel m\u00e9dical. \u00abLe m\u00e9decin prendra moins de temps et d\u2019\u00e9nergie \u00e0 diagnostiquer son patient et il pourra se concentrer sur son suivi psychologique\u00bb, dit John Eric Jelovsek, le directeur du centre de simulation de la Cleveland Clinic.<\/p>\n<p>Une transformation qui aurait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e, selon Thomas Gauthier, sp\u00e9cialiste des nouvelles technologies en m\u00e9decine de la Haute Ecole de gestion de Gen\u00e8ve: \u00abLe m\u00e9decin entre de plus en plus souvent dans une logique de m\u00e9diation ou de n\u00e9gociation. Fr\u00e9quemment, le patient arrive vers son m\u00e9decin avec une s\u00e9rie de pages Wikip\u00e9dia. Il a l\u2019illusion de savoir ce qui lui arrive, et refuse parfois les traitements propos\u00e9s par son docteur.\u00bb Pour Francesco Panese, professeur associ\u00e9 en sciences sociales et en m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, la culture m\u00e9dicale est en pleine transformation: \u00abLe paradigme du m\u00e9decin des ann\u00e9es 1960, qui diagnostiquait son patient et lui imposait un traitement, n\u2019existe plus. Nous allons entrer dans l\u2019\u00e8re de la \u00abclinique n\u00e9goci\u00e9e.\u00bb Les patients ont de plus en plus acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information. Ils veulent savoir ce qui advient de leurs corps.\u00bb<\/p>\n<p>Marty Kohn compte sur Watson pour faciliter cette transition vers la m\u00e9decine n\u00e9goci\u00e9e: \u00abLa machine pourra expliquer, en anglais, et pr\u00e9cis\u00e9ment, de quoi le patient souffre et quelles sont ses diff\u00e9rentes options de traitement. Il est prouv\u00e9 qu\u2019un traitement choisi en accord avec le patient est plus efficace. Nous voulons encourager cela.\u00bb<\/p>\n<p>Mais une crainte subsiste: que Watson mette en danger la relation entre malades et soignants. \u00abLe superordinateur pourrait briser la confiance plac\u00e9e dans le praticien, souligne Thomas Gauthier. Lorsque le champion du monde d\u2019\u00e9checs Kasparov avait perdu contre l\u2019ordinateur Deep Blue, l\u2019humanit\u00e9 s\u2019\u00e9tait rendu compte pour la premi\u00e8re fois qu\u2019une machine pouvait \u00eatre plus performante qu\u2019un \u00eatre humain. C\u2019\u00e9tait un choc. Le patient pourrait \u00eatre tent\u00e9 de se tourner vers la machine, ignorant le diagnostic du m\u00e9decin, car consid\u00e9r\u00e9 de moins bonne qualit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Watson sur le march\u00e9 aura aussi un impact sur la formation des m\u00e9decins. \u00abLes comp\u00e9tences n\u00e9cessaires aux futurs docteurs vont changer. La m\u00e9morisation sera moins importante, les capacit\u00e9s d\u2019analyse pour mieux comprendre les informations fournies par les ordinateurs le seront davantage, explique Daniel Kraft. L\u2019ordinateur se chargera de m\u00e9moriser tous les effets secondaires des m\u00e9dicaments, trop nombreux pour qu\u2019un m\u00e9decin les connaisse dans leur totalit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Responsabilit\u00e9s partag\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Benoit Dubuis, pr\u00e9sident de l\u2019association suisse BioAlps, redoute un autre effet: \u00abAvec l\u2019utilisation toujours plus r\u00e9pandue des nouvelles technologies, il y a de plus en plus d\u2019acteurs au sein de la cha\u00eene m\u00e9dicale. Des ing\u00e9nieurs et des math\u00e9maticiens s\u2019ajoutent aux m\u00e9decins et biologistes. Il faudra faire attention \u00e0 ne pas se retrouver dans une tour de Babel, o\u00f9 chaque acteur parle une langue particuli\u00e8re li\u00e9e \u00e0 sa sp\u00e9cialisation.\u00bb C\u2019est d\u2019ailleurs pour \u00e9viter ce probl\u00e8me que l\u2019EPFL a ouvert une facult\u00e9 des \u00abSciences de la vie\u00bb, qui cherche \u00e0 promouvoir la communication entre les ing\u00e9nieurs et les biologistes.<\/p>\n<p>Cette multiplication d\u2019acteurs remet en cause la responsabilit\u00e9 des m\u00e9decins. \u00abAujourd\u2019hui, le docteur porte la totalit\u00e9 de la responsabilit\u00e9 m\u00e9dicale. Mais qu\u2019en sera-t-il dans quelques ann\u00e9es? demande Francesco Panese. La responsabilit\u00e9 va aussi \u00eatre port\u00e9e par les personnes qui ont introduit les donn\u00e9es dans le syst\u00e8me informatique, ou par le cr\u00e9ateur d\u2019un algorithme. A l\u2019avenir, il ne serait pas impossible de voir un math\u00e9maticien compara\u00eetre devant une cour de justice \u00e0 la suite d\u2019une erreur m\u00e9dicale.\u00bb<\/p>\n<p>Watson pourrait-il lui-m\u00eame \u00eatre incrimin\u00e9? \u00abLe m\u00e9decin doit absolument garder le contr\u00f4le sur son diagnostic. Watson n\u2019est l\u00e0 que pour l\u2019aider. Il ne sera responsable de rien\u00bb, insiste Marty Kohn. Pour Thomas Gauthier, le danger r\u00e9side dans les formules math\u00e9matiques de ces nouveaux appareils: \u00abSi des engins comme Watson se transforment en \u00abbo\u00eete noire\u00bb, et que personne ne conna\u00eet son fonctionnement, il y a clairement un probl\u00e8me de responsabilit\u00e9. Les m\u00e9decins et le reste de la soci\u00e9t\u00e9 doivent r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019importance des machines en m\u00e9decine, et d\u00e9finir clairement leur r\u00f4le.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine<br \/>\nIN VIVO (n\u00b0 1). Pour vous abonner, cliquez <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec ses diagnostics d&rsquo;une pr\u00e9cision redoutable, la machine d\u2019IBM va transformer le r\u00f4le du m\u00e9decin. 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