



{"id":4029,"date":"2013-11-05T16:04:40","date_gmt":"2013-11-05T14:04:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4029"},"modified":"2013-11-12T10:59:44","modified_gmt":"2013-11-12T08:59:44","slug":"communication","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4029","title":{"rendered":"Don d&rsquo;organes: des publicit\u00e9s qui ne marchent pas"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/102013\/Large20131105.JPG\" alt=\"Large20131105.JPG\" title=\"Large20131105.JPG\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Faute de donneurs, 53 personnes sur liste d\u2019attente d\u2019une greffe sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es en Suisse l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e. Et la situation ne s\u2019am\u00e9liore pas: en juin 2013, 1\u2019208 personnes attendaient une greffe dans le pays, soit 3,7% de plus qu\u2019un an auparavant. Afin de sensibiliser au sujet, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) produit r\u00e9guli\u00e8rement des campagnes nationales d\u2019information. Pour de maigres r\u00e9sultats: selon l\u2019enqu\u00eate de \u00abSwiss Monitoring of Potential Donors\u00bb de 2011-2012, le taux de refus des proches s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 53% en Suisse, alors qu\u2019il se situe \u00e0 30% en Europe.<\/p>\n<p>Manuel Pascual, chef du Service de transplantation au CHUV, explique toutefois que cette augmentation est due au nombre croissant de personnes en attente de greffe, et non pas \u00e0 une diminution des donneurs. \u00abLa population vieillit, ce qui implique que davantage de patients pr\u00e9sentent des probl\u00e8mes notamment vasculaires n\u00e9cessitant une transplantation.\u00bb Par ailleurs, les progr\u00e8s de la m\u00e9decine permettent d\u2019envisager une greffe sur toujours plus de personnes.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ce besoin croissant, un effort de solidarit\u00e9 exceptionnel serait n\u00e9cessaire. Or, le nombre de donneurs n\u2019augmente pas depuis dix ans et la liste d\u2019attente a quasiment doubl\u00e9 sur le m\u00eame laps de temps. En comparaison europ\u00e9enne, la Suisse poss\u00e8de parmi les statistiques les plus faibles. Selon Swisstranplan, la Fondation nationale suisse pour le don et la transplantation d\u2019organes, en 2011, on comptait 12,8 donneurs d\u00e9c\u00e9d\u00e9s pour un million d\u2019habitants en Suisse alors qu\u2019on en trouve 14,7 en Allemagne, 23,2 en Autriche et 35,3 en Espagne, le champion europ\u00e9en du don d\u2019organes.<\/p>\n<p><strong>Campagnes trop neutres<\/strong><\/p>\n<p>Les Suisses seraient-ils \u00e9go\u00efstes? \u00abJe ne le pense pas, car si l\u2019on regarde les chiffres concernant les dons d\u2019organes par des personnes vivantes, les Suisses se situent dans le haut du classement\u00bb, analyse Manuel Pascual. Chaque ann\u00e9e, en effet, plus d\u2019une centaine de personnes vivantes donnent un rein \u00e0 un membre de leur famille ou \u00e0 une de leurs connaissances. Ils prennent cette d\u00e9cision en d\u00e9pit des risques &#8212; aujourd\u2019hui minimes &#8212; li\u00e9s \u00e0 l\u2019op\u00e9ration.Outre la complexit\u00e9 logistique li\u00e9e au don ainsi que la difficult\u00e9 d\u2019avoir une organisation optimale entre toutes les r\u00e9gions de Suisse pour identifier tous les donneurs potentiels, Manuel Pascual met \u00e9galement en cause les campagnes diffus\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent en Suisse.<\/p>\n<p>\u00abElles sont per\u00e7ues comme d\u00e9stabilisantes par le public car elles ne s\u2019expriment pas clairement en faveur du don d\u2019organes. Dans l\u2019une d\u2019entre elles, des gens se succ\u00e9daient en exprimant leur opinion. Et la majorit\u00e9 des personnes semblait s\u2019y refuser. Cela ne refl\u00e8te pas l\u2019opinion g\u00e9n\u00e9rale, lorsque les gens sont correctement inform\u00e9s. Par exemple, quand on va voir des \u00e9tudiants et qu\u2019on leur explique la situation, presque tous ces jeunes affichent leur solidarit\u00e9. M\u00eame du point de vue religieux, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, le don d\u2019organes est aujourd\u2019hui largement accept\u00e9.\u00bb Quoique vari\u00e9es dans leurs formes, leurs canaux de diffusions et leurs cibles, ces campagnes apparaissent dans leur ensemble purement informatives et neutres.<\/p>\n<p>Le sociologue lausannois Rapha\u00ebl Hammer, qui a travaill\u00e9 sur l\u2019impact de la couverture m\u00e9diatique du don d\u2019organes dans la presse romande, estime que l\u2019OFSP pourrait entrer davantage dans le vif du sujet \u00e0 travers ses campagnes. \u00abElles diffusent une information principalement proc\u00e9durale et peu substantielle. Tout en respectant le principe de la seule \u00ab\u00a0information au public\u00a0\u00bb, elles pourraient donner plus d\u2019\u00e9l\u00e9ments factuels positifs et n\u00e9gatifs, qui permettent au public de mieux se positionner.\u00bb<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 travers ces campagnes, l\u2019OFSP s\u2019en tient strictement \u00e0 l\u2019esprit de la loi de 2004. Le deuxi\u00e8me alin\u00e9a du premier article de cette loi indique que l\u2019Etat doit \u00abcontribuer\u00bb \u00e0 ce que des organes, des tissus et des cellules humaines soient disponibles \u00e0 des fins de transplantation et non pas \u00e0 \u00abfavoriser\u00bb les dons. Une subtilit\u00e9 s\u00e9mantique de laquelle il d\u00e9coule que l\u2019Etat limite son r\u00f4le \u00e0 r\u00e9glementer et \u00e0 informer.<\/p>\n<p><strong>Changement en vue<\/strong><\/p>\n<p>Un positionnement qui pourrait changer prochainement. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a en effet lanc\u00e9 au d\u00e9but 2013 un plan d\u2019action baptis\u00e9 \u00abPlus d\u2019organes pour des transplantations\u00bb, qui pourrait inclure une volont\u00e9 d\u2019augmenter l\u2019efficacit\u00e9 des campagnes d\u2019information. Manuel Pascual fera partie du comit\u00e9 de pilotage. \u00abCette collaboration avec les autorit\u00e9s est bienvenue et me r\u00e9jouit, note le m\u00e9decin. J\u2019esp\u00e8re que, d\u2019ici au printemps prochain, nous parviendrons \u00e0 lancer une campagne qui encourage davantage les dons.\u00bb<\/p>\n<p>Pourquoi cette restriction avait-elle \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e en 2004? \u00abA l\u2019\u00e9poque, le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Pascal Couchepin, qui a introduit cette loi, a d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne fallait pas cr\u00e9er de panique dans l\u2019opinion publique et qu\u2019il ne fallait surtout pas alimenter l\u2019impression que l\u2019Etat confisquait des organes \u00e0 ses citoyens, explique Nicholas St\u00fccklin, assistant dipl\u00f4m\u00e9 en sciences sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, sp\u00e9cialis\u00e9 en anthropologie du corps. Cette impression n\u2019\u00e9tait pas infond\u00e9e. Lors des premi\u00e8res greffes de c\u0153ur \u00e0 Zurich dans les ann\u00e9es 1960, on avait pr\u00e9lev\u00e9 des organes sans pr\u00e9venir les familles ce qui avait donn\u00e9 lieu \u00e0 des pol\u00e9miques. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019\u00e9viter d\u2019engager un d\u00e9bat public sur le r\u00f4le actif de l\u2019Etat dans l\u2019approvisionnement d\u2019organes, par crainte que cela puisse nuire \u00e0 ce que Pascal Couchepin appelait un \u00ab\u00a0climat de confiance\u00a0\u00bb.\u00bb<\/p>\n<p>A travers cette loi sur la transplantation, l\u2019Etat a donc cherch\u00e9 avant tout \u00e0 faire conna\u00eetre et \u00e0 diffuser plus largement la carte de donneur. De ce point de vue, les campagnes d\u2019information fonctionnent relativement bien, puisque, aujourd\u2019hui, 20 \u00e0 30% de la population suisse porte sur elle une carte de donneur remplie, contre 12% avant les campagnes. \u00abIl faut cependant attendre pour que cet accroissement des personnes titulaires d\u2019une carte se traduise par une augmentation des donneurs, car la mort c\u00e9r\u00e9brale, condition n\u00e9cessaire pour \u00eatre donneur, reste un \u00e9v\u00e9nement rare qui n\u2019arrive pas plus de 200 fois par an en Suisse\u00bb, note Karin Waefler, responsable des campagnes d\u2019information \u00e0 l\u2019OFSP. Le pari \u00e9tant qu\u2019une majorit\u00e9 des gens remplissant la carte s\u2019y pr\u00e9sente comme des donneurs potentiels.<\/p>\n<p><strong>Fausses croyances<\/strong><\/p>\n<p>Comment convaincre davantage de citoyens de donner leurs organes? Faudrait-il jouer sur les \u00e9motions en montrant des images de personnes en attente de greffes? Elargir le plan m\u00e9dia? Pour Christophe Girard, directeur artistique de l\u2019agence MC Saatchi \u00e0 Gen\u00e8ve, le sujet n\u00e9cessite un matraquage m\u00e9diatique: \u00abIl faut s\u2019inspirer de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pour la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re, par exemple avec la campagne Slow Down, qu\u2019on a vue partout. Le mod\u00e8le anglo-saxon, avec des publicit\u00e9s massives, fonctionne tr\u00e8s bien sur ces questions de soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Le sociologue Rapha\u00ebl Hammer met, lui, en garde contre l\u2019impact limit\u00e9 sur le long terme des campagnes \u00e0 teneur \u00e9motionnelle. \u00abDes \u00e9tudes montrent que la peur et l\u2019\u00e9motion n\u2019ont pas d\u2019effets durables. Il faut des ressorts plus profonds pour changer les attitudes dans des domaines aussi sensibles que le don d\u2019organes.\u00bb Manuel Pascual souhaiterait un message clair et sobre: \u00abIl faut rester pragmatique en expliquant que le pays poss\u00e8de une m\u00e9decine de transplantation de qualit\u00e9 et que la chance d\u2019\u00eatre receveur est 10 fois plus importante que celle d\u2019\u00eatre donneur. Et communiquer simplement en disant: je suis pour le don d\u2019organes et, surtout, je le dis \u00e0 mes proches.\u00bb<\/p>\n<p>Yves Rossier, chef de service adjoint au Service projets et organisations strat\u00e9giques au CHUV, a travaill\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re de favoriser le don d\u2019organes. A son avis, les campagnes devraient lutter contre certaines fausses croyances encore tenaces dans la population. \u00abIl faut rappeler que l\u2019accord des familles est n\u00e9cessaire m\u00eame si on a rempli la carte de donneur. Le concept de mort c\u00e9r\u00e9brale n\u2019est pas non plus acquis, certaines personnes craignent qu\u2019on pr\u00e9l\u00e8ve leurs organes avant qu\u2019elles ne soient d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. D\u2019autres imaginent que les co\u00fbts li\u00e9s aux pr\u00e9l\u00e8vements reviendraient \u00e0 leurs familles ou encore que leur corps servira \u00e0 la recherche m\u00e9dicale.\u00bb<\/p>\n<p>Yves Rossier propose aussi de cr\u00e9er des communaut\u00e9s dans les m\u00e9dias et sur les r\u00e9seaux sociaux afin d\u2019ouvrir davantage le d\u00e9bat autour de cette probl\u00e9matique trop peu connue. \u00abOn peut m\u00eame imaginer une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui voyagerait en Suisse dans les h\u00f4pitaux, les \u00e9coles et les associations.\u00bb Certaines de ces id\u00e9es seront ainsi discut\u00e9es ces prochains mois \u00e0 Berne. \u00abLa Suisse est signataire depuis 2010 d\u2019un trait\u00e9 europ\u00e9en qui l\u2019oblige \u00e0 se positionner en faveur du don d\u2019organes, rappelle Manuel Pascual. Il est temps de mettre la loi f\u00e9d\u00e9rale en conformit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Le Parlement d\u00e9bat aussi de la possibilit\u00e9 de modifier la loi, en faisant de chaque adulte un \u00abdonneur par d\u00e9faut\u00bb, sauf si celui-ci manifeste son envie de ne pas donner ses organes. L\u2019ensemble de ces initiatives t\u00e9moigne d\u2019une grande prise de conscience du besoin d\u2019agir. Ne reste plus qu\u2019\u00e0 esp\u00e9rer que ces efforts aboutissent.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine<br \/>\nIN VIVO (n\u00b0 1). Pour vous abonner, cliquez <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, la p\u00e9nurie de donneurs s\u2019explique aussi par des campagnes d\u2019information peu incitatives. 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