



{"id":4020,"date":"2013-10-23T16:00:57","date_gmt":"2013-10-23T14:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4020"},"modified":"2013-10-23T18:00:09","modified_gmt":"2013-10-23T16:00:09","slug":"entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4020","title":{"rendered":"Au coeur de l&rsquo;innovation helv\u00e9tique"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.largeur.com\/wp-content\/uploads\/072013\/Large20131023.jpg\" alt=\"Large20131023.jpg\" title=\"Large20131023.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>La Suisse est sans conteste la championne du monde du \u00abGII\u00bb. Un sigle qui d\u00e9signe\u00a0le Global Innovation Index \u00e9tabli chaque ann\u00e9e par l&rsquo;Organisation mondiale de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, en collaboration avec l&rsquo;Insead et l&rsquo;universit\u00e9 Cornell. Et 2013 n&rsquo;a pas fait exception: en mati\u00e8re d&rsquo;innovation, les Helv\u00e8tes se hissent \u00e0 nouveau sur la premi\u00e8re marche du podium, devant les Su\u00e9dois et les Britanniques. Malgr\u00e9 la crise \u00e9conomique, note l&rsquo;\u00e9tude, les d\u00e9penses en R&#038;D d\u00e9passent les niveaux de 2008 dans la plupart des pays, et des p\u00f4les d\u2019innovation prosp\u00e8rent au niveau local.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des plus importants est le CSEM, nich\u00e9 en plein centre de Neuch\u00e2tel, qui s\u2019est profil\u00e9 comme un acteur incontournable de la recherche en micro et nanotechnologie. Son directeur depuis 2009, Mario El-Khoury, veut favoriser les transferts de technologie entre milieux acad\u00e9mique et industriel. Interview.<\/p>\n<p><strong>La Suisse occupe depuis plusieurs ann\u00e9es le premier rang de classements sur l\u2019innovation. Comment expliquer ce succ\u00e8s?<\/strong><\/p>\n<p>Une s\u00e9rie de facteurs concomitants participent \u00e0 cette situation: tout d\u2019abord, l\u2019excellence du milieu \u00e9ducatif, la dualit\u00e9 du syst\u00e8me de formation, le tout compl\u00e9t\u00e9 par des instituts universitaires de renom. Ensuite, le tissu industriel suisse, compos\u00e9 de multinationales qui investissent traditionnellement beaucoup dans la recherche &#8212; notamment dans le domaine pharmaceutique &#8212; et de PME dynamiques et innovantes. Un autre aspect de la r\u00e9ussite helv\u00e9tique tient \u00e0 sa comp\u00e9titivit\u00e9, garantie par sa stabilit\u00e9 politico-\u00e9conomique, la flexibilit\u00e9 de son march\u00e9 du travail et la qualification de sa main-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le jouent les partenariats public-priv\u00e9 dans l&rsquo;innovation?<\/strong><\/p>\n<p>Cette tradition helv\u00e9tique se trouve au c\u0153ur de notre performance en mati\u00e8re de recherche. Nous d\u00e9tenons le record mondial du nombre d\u2019articles co\u00e9crits par des chercheurs universitaires et industriels. Il s\u2019agit d\u2019une exception au niveau international puisque, g\u00e9n\u00e9ralement, un foss\u00e9 s\u00e9pare les activit\u00e9s et les int\u00e9r\u00eats de ces deux domaines.<\/p>\n<p>Le CSEM repr\u00e9sente un exemple de cette forme de collaboration typiquement helv\u00e9tique: nous sommes une soci\u00e9t\u00e9 anonyme d\u00e9tenue \u00e0 un tiers par les pouvoirs publics et aux deux tiers par le secteur priv\u00e9. Nous disposons ainsi de la flexibilit\u00e9 d\u2019une entreprise, tout en ayant l\u2019assurance de pouvoir d\u00e9velopper sur le long terme un savoir-faire scientifique et technologique de tr\u00e8s haut niveau, gr\u00e2ce au soutien d\u2019un financement public.<\/p>\n<p><strong>Justement, quel est le poids du priv\u00e9 dans l&rsquo;innovation?<\/strong><\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s important: environ deux tiers de la recherche en Suisse sont financ\u00e9s par les grandes soci\u00e9t\u00e9s multinationales. Ces structures \u00e9tant peu nombreuses, une \u00e9ventuelle d\u00e9localisation de leurs d\u00e9partements de R&#038;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger fragiliserait le pays, ce qui affecterait s\u00fbrement notre classement mondial dans le domaine de l\u2019innovation. Mais je fais confiance \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit suisse &#8212; si souvent critiqu\u00e9 &#8212; fait de modestie et de prudence qui nous pousse \u00e0 la circonspection: malgr\u00e9 les bons r\u00e9sultats du pays, nous ne nous reposons pas sur nos lauriers.<\/p>\n<p><strong>Cette prudence helv\u00e9tique ne constitue-t-elle pas une entrave \u00e0 l\u2019entreprenariat?<\/strong><\/p>\n<p>Les choses sont en train de changer. Le patron d\u2019une start-up qui \u00e9choue n\u2019est d\u00e9sormais plus forc\u00e9ment vu comme un loser mais comme un winner potentiel. Heureusement, car son \u00e9chec lui apporte un bagage de connaissances important pour le lancement d\u2019un nouveau projet.<\/p>\n<p>Cela dit, les choses doivent encore \u00e9voluer au niveau des mentalit\u00e9s &#8212; nous restons encore loin des Etats-Unis. Il nous faut davantage soutenir les start-up et les entrepreneurs par le biais de mesures concr\u00e8tes. Celles-ci peuvent \u00eatre inspir\u00e9es de l\u2019\u00e9tranger, comme par exemple Isra\u00ebl et ses mesures d\u2019encouragement \u00e0 l\u2019intention d\u2019investisseurs et du capital-risque, ou la Cor\u00e9e du Sud qui donne la possibilit\u00e9 \u00e0 de jeunes entrepreneurs de suivre des programmes de formation pratique dans un environnement stimulant, comme \u00e0 Boston ou \u00e0 Singapour.<\/p>\n<p><strong>Quelle place occupe le CSEM dans l\u2019innovation suisse?<\/strong><\/p>\n<p>Le CSEM d\u00e9veloppe des plateformes technologiques pour aider les entreprises suisses \u00e0 renforcer leur avantage comp\u00e9titif. Dans la cha\u00eene de valeur de l\u2019innovation, nous transformons les d\u00e9couvertes scientifiques issues des milieux acad\u00e9miques en solutions technologiques viables et comp\u00e9titives. Nous assurons ainsi leur transfert efficace vers l\u2019industrie. Nous voulons pallier le goulet d\u2019\u00e9tranglement situ\u00e9 entre la recherche et l\u2019industrie, qui freine souvent la valorisation \u00e9conomique de r\u00e9sultats scientifiques prometteurs.<\/p>\n<p>Notre mission est indispensable pour renforcer l\u2019innovation technologique, surtout aupr\u00e8s des PME qui n\u2019ont a priori pas les moyens d\u2019exploiter les r\u00e9sultats de la recherche scientifique. Pour elles, investir directement dans ce type de projets peut repr\u00e9senter un risque \u00e9conomique trop important. Je tiens \u00e0 rappeler qu\u2019en Suisse l\u2019innovation n\u2019est ni un choix ni une option mais une n\u00e9cessit\u00e9 si nous souhaitons maintenir notre niveau de vie et donner une perspective \u00e0 nos jeunes. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side le principal avantage comparatif de notre pays.<\/p>\n<p><strong>Vous avez ouvert des antennes au Br\u00e9sil et aux Emirats arabes unis. Dans quel but?<\/strong><\/p>\n<p>Nos collaborations internationales nous permettent tout d\u2019abord de contribuer au rayonnement de la Suisse \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en particulier dans les domaines de la m\u00e9canique de pr\u00e9cision et de la miniaturisation. Les antennes au Br\u00e9sil et aux Emirats ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es sur l\u2019impulsion des autorit\u00e9s locales, qui financent enti\u00e8rement ces structures.<\/p>\n<p>Elles ouvrent de nouvelles perspectives de march\u00e9 \u00e0 nos technologies et \u00e0 nos partenaires industriels suisses, dans le secteur minier, l\u2019a\u00e9ronautique ou l\u2019agriculture au Br\u00e9sil, ou dans celui de l\u2019eau potable et de l\u2019\u00e9nergie solaire aux Emirats arabes unis. De surcro\u00eet, nous disposons l\u00e0-bas d\u2019un laboratoire id\u00e9al pour tester nos technologies solaires.<\/p>\n<p><strong>Quels sont vos prochains objectifs pour favoriser l\u2019innovation en Suisse?<\/strong><\/p>\n<p>Je souhaiterais que nous collaborions plus \u00e9troitement avec les hautes \u00e9coles, m\u00eame si nous avons fait des pas de g\u00e9ant ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous offrirons davantage de postes en double nomination entre le CSEM et les deux \u00e9coles polytechniques f\u00e9d\u00e9rales, tout en renfor\u00e7ant notre programme de placement de nos chercheurs en industrie.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais m\u2019investir davantage dans le soutien de ces entrepreneurs qui cr\u00e9ent leurs propres start-up. Pour finir, je pr\u00e9vois d\u2019aller \u00e0 la rencontre des patrons de PME, surtout ceux qui ne nous connaissent pas ou qui n\u2019ont pas encore le r\u00e9flexe de faire appel \u00e0 nos services pour les soutenir dans leur d\u00e9marche d\u2019innovation. C\u2019est notre mission et notre raison d\u2019\u00eatre. Leur succ\u00e8s et celui de notre pays passeront par l\u00e0.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Entre recherche et industrie<\/strong><\/p>\n<p>Mario El-Khoury quitte le Liban en 1982, au plus haut de la guerre civile, afin d\u2019\u00e9tudier l\u2019ing\u00e9nierie \u00e9lectrique \u00e0 l\u2019EPFL. Il compl\u00e8te son cursus aux Etats-Unis \u00e0 la Carnegie Mellon University de Pittsburgh avant d\u2019obtenir son doctorat au d\u00e9partement de m\u00e9canique de l\u2019EPFL.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un passage dans l\u2019industrie chez le fabricant de moteurs miniatures Portescap \u00e0 La Chaux-de-Fonds, il entre au CSEM en 1994 et obtient un MBA \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. En 2009, Mario El-Khoury reprend la direction du CSEM \u00e0 46 ans. D\u2019une personnalit\u00e9 discr\u00e8te et pos\u00e9e, ce p\u00e8re de deux enfants d\u00e9fend des valeurs humanistes &#8212; et sa croyance dans l\u2019id\u00e9e que la technologie peut r\u00e9soudre les probl\u00e8mes auxquels fait face notre soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>De l\u2019horlogerie au photovolta\u00efque<\/strong><\/p>\n<p>Le Centre suisse d\u2019\u00e9lectronique et de microtechnique (ou CSEM) est un institut priv\u00e9 de R&#038;D vou\u00e9 au d\u00e9veloppement de nouvelles technologies et \u00e0 leur transfert vers l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Il propose des services de R&#038;D aux multinationales et PME et encourage la cr\u00e9ation de start-up et de joint-venture. Plus de 300 personnes travaillent \u00e0 Neuch\u00e2tel et une centaine sur les sites de Zurich, Muttenz (BL), Alpnach (OW) et Landquart (GR). Le centre s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 l\u2019international avec des filiales lanc\u00e9es \u00e0 Ras el-Kha\u00efmah (E.A.U.) en 2005 et \u00e0 Belo Horizonte (Br\u00e9sil) en 2006.<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 en 1984 par la fusion de trois soci\u00e9t\u00e9s de recherche actives principalement dans le domaine horloger, il s\u2019est depuis profil\u00e9 dans la micro et nanotechnologie, les microsyst\u00e8mes et le traitement de surface. Ses recherches trouvent des applications dans les secteurs de l\u2019\u00e9nergie, du cleantech et du medtech. Le centre des syst\u00e8mes photovolta\u00efques \u00abPV-Center\u00bb a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 avec un soutien de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 hauteur de 19 millions pour les quatre ans \u00e0 venir.<\/p>\n<p>L\u2019actionnariat du CSEM se compose \u00e0 environ 30% de pouvoirs publics (EPFL, canton de Neuch\u00e2tel, etc.) et \u00e0 70% d&rsquo;acteurs priv\u00e9s (industrie horlog\u00e8re, fondations et autres domaines industriels).<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex (n\u00b022).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse s&rsquo;illustre r\u00e9guli\u00e8rement dans les classements globaux sur les performances de la recherche. Directeur du centre de R&#038;D CSEM, Mario El-Khoury d\u00e9taille les raisons de ce succ\u00e8s. <\/p>\n","protected":false},"author":19538,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-4020","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-technophile","technophile"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4020","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19538"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4020"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4020\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4020"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4020"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4020"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}