



{"id":3965,"date":"2013-08-12T11:59:25","date_gmt":"2013-08-12T09:59:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3965"},"modified":"2013-08-15T09:52:01","modified_gmt":"2013-08-15T07:52:01","slug":"boucherie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3965","title":{"rendered":"Bell, la viande suisse sur le gril"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/072013\/Large20130812.png\" alt=\"Large20130812.png\" title=\"Large20130812.png\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>L\u2019Europe a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 prise de naus\u00e9es. L&rsquo;hiver dernier, des quantit\u00e9s de viande de cheval ont circul\u00e9 sur tout le continent sous l\u2019appellation 100% b\u0153uf. Ce hachis trompeur a notamment atterri dans les lasagnes de Findus et les boulettes d\u2019Ikea. A chaque nouvelle r\u00e9v\u00e9lation sur les dessous peu rago\u00fbtants du business de la viande, les consommateurs se d\u00e9tournent davantage des produits carn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, chez Bell, le leader des fournisseurs de viande en Suisse, la direction n&rsquo;a pas forc\u00e9ment vu d\u2019un mauvais \u0153il cette mauvaise publicit\u00e9 qui coupe l\u2019app\u00e9tit des consommateurs: en r\u00e9alit\u00e9, ce type de scandale permettrait m\u00eame \u00abd&rsquo;attirer l\u2019attention sur la viande suisse\u00bb, estime Lorenz Wyss, directeur de l\u2019entreprise, qui compte 6\u2019500 employ\u00e9s pour un chiffre d\u2019affaires annuel de 2,53 milliards de francs.<\/p>\n<p>Le patron de Bell parle d\u2019exp\u00e9rience: dans les ann\u00e9es 1990, le public s\u2019\u00e9tait alarm\u00e9 face aux images traumatisantes de b\u0153ufs affect\u00e9s par la maladie de la vache folle, et dont les membres \u00e9taient pris de spasmes incontr\u00f4lables. Quelques ann\u00e9es plus tard, la grippe aviaire avait cr\u00e9\u00e9 une nouvelle psychose collective. Au cours de ces \u00e9pisodes qui ont soulev\u00e9 de nombreuses inqui\u00e9tudes, Bell a essuy\u00e9 des pertes, mais dans une mesure nettement moindre que le reste du secteur. En p\u00e9riode de doute, le client fait beaucoup plus attention \u00e0 ce qu\u2019il ach\u00e8te, rel\u00e8vent les sp\u00e9cialistes. Le prix n\u2019est plus le seul facteur d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>La bonne r\u00e9putation de la viande suisse n\u2019est pas le fruit du hasard: la l\u00e9gislation sur la protection des animaux y est beaucoup plus stricte que dans beaucoup de pays europ\u00e9ens. Idem du point de vue des normes auxquelles est soumise la cha\u00eene agro-alimentaire. En Suisse, il para\u00eet impensable qu\u2019\u00e0 l\u2019instigation d\u2019un magouilleur hollandais, de la viande roumaine soit livr\u00e9e \u00e0 des fabricants fran\u00e7ais qui la commercialisent sans jamais aucun contr\u00f4le. Un petit pays est mieux arm\u00e9 qu\u2019un continent pour limiter les fraudes.<\/p>\n<p>Une situation qui profite \u00e0 Bell: l\u2019an dernier, avec 75,8 millions de francs, le groupe agroalimentaire a augment\u00e9 son b\u00e9n\u00e9fice net de pr\u00e8s de 6% par rapport \u00e0 l\u2019exercice pr\u00e9c\u00e9dent. En Suisse, la soci\u00e9t\u00e9 a b\u00e2ti au fil du temps une relation de confiance avec ses clients. C\u2019est en 1869 d\u00e9j\u00e0 que Samuel Bell-Roth ouvrait une premi\u00e8re boucherie bovine dans la Streitgasse de B\u00e2le. Aujourd\u2019hui, neuf Suisses sur dix connaissent la marque au logo rouge et vert, qui s\u2019est largement diversifi\u00e9e en ne proposant pas seulement de la viande et de la charcuterie, mais aussi du poisson, des salades, des sandwiches et m\u00eame du bircher m\u00fcesli.<\/p>\n<p>Sur le plan comptable, l\u2019entreprise vend chaque seconde 50 produits Bell en Suisse. Coop, le principal actionnaire de l\u2019entreprise avec 66% des parts, n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 ce succ\u00e8s, puisque le distributeur se charge de garnir majoritairement ses rayons en articles fabriqu\u00e9s par Bell. C\u2019est ainsi que trois quarts des ventes de Bell en Suisse passent par Coop. En Allemagne, l\u2019entreprise tire avantage d\u2019un partenariat avec la cha\u00eene de distribution locale Rewe.<\/p>\n<p><strong>Perc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, on ne ressent presque aucun effet de la crise qui touche les voisins europ\u00e9ens. Le pouvoir d\u2019achat se maintient \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 et les consommateurs ne rechignent pas \u00e0 d\u00e9penser pour leur alimentation. Bell fait son lard de cette prosp\u00e9rit\u00e9 helv\u00e9tique. Reste qu\u2019avec une population de 8 millions d\u2019habitants, le march\u00e9 suisse n\u2019offre pas beaucoup de perspectives de croissance. Raison pour laquelle le groupe tente une perc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Depuis 2008, Bell s\u2019est lanc\u00e9 dans un programme d\u2019acquisitions. D\u2019abord en France, o\u00f9 l\u2019entreprise a rachet\u00e9 le Groupe Polette, puis en Allemagne, o\u00f9, de bon app\u00e9tit, Bell a englouti en l\u2019espace de quelques semaines les soci\u00e9t\u00e9s Zimbo et Abraham.<\/p>\n<p>Zimbo poss\u00e8de un bon positionnement sur tout ce qui concerne les produits de boucherie et de charcuterie pr\u00e9emball\u00e9s. Maison de tradition, la firme de Bochum exploite \u00e9galement des boucheries en Hongrie et en R\u00e9publique tch\u00e8que. Abraham, le principal producteur de jambon fum\u00e9 et de jambon cru en Allemagne, dispose \u00e9galement d\u2019unit\u00e9s en Espagne et en Belgique.<\/p>\n<p>Un r\u00e9seau dont Bell se sert activement: sur les 27 sites que l\u2019entreprise op\u00e8re, seuls dix se trouvent encore en Suisse. Les analystes financiers conseillent toutefois \u00e0 l\u2019entreprise de r\u00e9duire sa voilure apr\u00e8s cette brochette d\u2019achats. L\u2019an dernier, Bell a d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9 le site de Bochum, qui servait avant tout de si\u00e8ge administratif \u00e0 Zimbo, avec pour r\u00e9sultat une perte de 9 millions de francs.<\/p>\n<p><strong>Charcuterie haut de gamme<\/strong><\/p>\n<p>Hors des fronti\u00e8res, Bell se concentre sur la charcuterie haut de gamme. Son objectif est de compenser les \u00e9ventuelles restrictions auxquelles les clients suisses se soumettraient. L\u2019app\u00e9tit national pour les produits carn\u00e9s se r\u00e9v\u00e8le de toute mani\u00e8re assez limit\u00e9. Chaque Suisse consomme en moyenne 54 kg de viande par an.<\/p>\n<p>Au niveau europ\u00e9en, seuls les Finlandais sont moins carnassiers. Une mod\u00e9ration qui s\u2019explique par des prix au d\u00e9tail comparativement tr\u00e8s chers. C\u2019est le revers de la m\u00e9daille de la protection dont jouit le pays face au march\u00e9 agricole europ\u00e9en. En Suisse, le co\u00fbt du fourrage et des m\u00e9dicaments pour animaux est sensiblement plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019ailleurs; tandis que les importations, par exemple de viande de b\u0153uf, sont soumises \u00e0 autorisation. Ces m\u00e9canismes expliquent les \u00e9carts de prix avec le reste de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Quand donc un accord de libre-\u00e9change avec l\u2019Union europ\u00e9enne dans le secteur agroalimentaire va-t-il entrer en vigueur? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question reste encore incertaine. Mais chez Bell, on est convaincu que le march\u00e9 suisse va s\u2019ouvrir un jour ou l\u2019autre et on fait en sorte d\u2019\u00eatre pr\u00eat pour ce rendez-vous.<\/p>\n<p>Dans une vision \u00e0 long terme, la strat\u00e9gie suivie par le groupe appara\u00eet ainsi tout \u00e0 fait pertinente, m\u00eame si, \u00e0 court terme, elle fait flamber des sommes importantes. \u00abJusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, l\u2019expansion de Bell \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a surtout \u00e9t\u00e9 synonyme de d\u00e9penses\u00bb, rel\u00e8ve Daniel B\u00fcrki, analyste \u00e0 la Banque Cantonale de Zurich.<\/p>\n<p>La direction du groupe se montre pourtant confiante dans sa capacit\u00e9 \u00e0 boucler l\u2019exercice 2013 dans les chiffres noirs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Daniel B\u00fcrki s\u2019avoue plus sceptique: \u00abLe march\u00e9 allemand est tr\u00e8s disput\u00e9. Les discounters Aldi et Lidl poss\u00e8dent leurs propres fournisseurs et sont tr\u00e8s puissants. En outre, les Allemands, lorsqu\u2019il s\u2019agit de viande, ne sont pas pr\u00eats \u00e0 d\u00e9penser beaucoup d\u2019argent.\u00bb<\/p>\n<p>Pour sa part, l\u2019analyste de la banque Sarasin Patrick Hasenb\u00f6hler juge plut\u00f4t judicieuse l\u2019expansion \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et n\u2019estime pas que d\u2019autres march\u00e9s europ\u00e9ens seraient forc\u00e9ment plus faciles \u00e0 conqu\u00e9rir. En Europe de l\u2019Est et au Benelux, le chiffre d\u2019affaires du secteur \u00e9tait en recul l\u2019an dernier; il a l\u00e9g\u00e8rement progress\u00e9 en Allemagne, et de mani\u00e8re un peu plus nette en France. \u00abPour une croissance forte, il faut viser l\u2019Asie, mais Bell est une trop petite entreprise pour une telle aventure et il lui manque le savoir-faire n\u00e9cessaire. Ce serait beaucoup trop t\u00e9m\u00e9raire de s\u2019y risquer.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019analyste voit davantage de perspective de croissance dans le secteur dit des \u00abConvenience\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui regroupe les sandwiches, salades et autres snacks, ainsi que dans celui du poisson et des fruits de mer. En volume, ce dernier d\u00e9partement a progress\u00e9 de 15,2% en 2012, soit mieux que n\u2019importe quel autre secteur chez Bell.<\/p>\n<p>En 2011, le groupe avait d\u00e9j\u00e0 mis son d\u00e9partement Convenience sous la tutelle du sp\u00e9cialiste Hilcona. Dans le m\u00eame temps, il avait achet\u00e9 49% des actions de cette soci\u00e9t\u00e9 liechtensteinoise. Il compte grappiller encore 2% du capital en 2015. Cette coop\u00e9ration a pour but d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement du secteur. \u00abLors de la premi\u00e8re ann\u00e9e de collaboration, le franc fort a pes\u00e9 sur les r\u00e9sultats. A moyen terme, cette op\u00e9ration a du sens\u00bb, juge Patrick Hasenb\u00f6hler.<\/p>\n<p>Plus encore que l\u2019aversion des consommateurs pour les produits de l\u2019agro-business en r\u00e9action aux scandales comme celui de la viande de cheval, l\u2019\u00e9tat de la conjoncture sur le continent sera d\u00e9cisif pour Bell. Le groupe a besoin d\u2019un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ce dont il se passerait bien, ce sont de consommateurs pr\u00e8s de leurs sous en temps de crise.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine (2 \/ 2013).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux scandales alimentaires qui ont plomb\u00e9 cet hiver l&rsquo;image des produits \u00e0 base de viande, l\u2019entreprise b\u00e2loise Bell s\u2019abrite derri\u00e8re la r\u00e9putation suisse. 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