



{"id":3952,"date":"2013-07-26T18:21:53","date_gmt":"2013-07-26T16:21:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3952"},"modified":"2013-07-27T10:29:20","modified_gmt":"2013-07-27T08:29:20","slug":"delits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3952","title":{"rendered":"Les scientifiques fraudeurs"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir appris en 2011 que le psychologue n\u00e9erlandais Diederik Stapel avait falsifi\u00e9 ses r\u00e9sultats de recherche, la communaut\u00e9 scientifique se montra choqu\u00e9e. Les m\u00e9dias s\u2019empar\u00e8rent de l\u2019affaire et les \u00e9diteurs de publications acad\u00e9miques publi\u00e8rent des notices de r\u00e9tractation pour 51 de ses articles, afin d\u2019avertir le lecteur que les informations contenues dans ces publications n\u2019\u00e9taient plus fiables.<\/p>\n<p>La chute de Diederik Stapel n\u2019est qu\u2019un exemple d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a pris une ampleur consid\u00e9rable ces derni\u00e8res ann\u00e9es: une \u00ab\u00e9pid\u00e9mie de r\u00e9tractations\u00bb, comme l\u2019\u00e9voquent le microbiologiste Ferric Fang et l\u2019immunologiste Arturo Casadevall, deux r\u00e9dacteurs en chef de journaux scientifiques inquiets face \u00e0 cette multiplication de comportements malhonn\u00eates. Les chiffres sont impressionnants: au d\u00e9but du mill\u00e9naire, seules quelques douzaines de notices de r\u00e9tractation \u00e9taient \u00e9mises chaque ann\u00e9e. En 2012, la base de donn\u00e9es PubMed, consacr\u00e9e aux sciences de la vie, en recensait plus de 500 (une croissance bien plus rapide que celle du nombre d\u2019articles index\u00e9s par la plateforme, qui n\u2019a que doubl\u00e9 durant la m\u00eame p\u00e9riode).<\/p>\n<p><strong>Publier ou p\u00e9rir <\/strong><\/p>\n<p>Ferric Fang et Arturo Casadevall y voient le sympt\u00f4me d\u2019une g\u00e9n\u00e9ralisation des comportements d\u00e9lictueux, d\u2019un manque de rigueur scientifique et d\u2019une perte de confiance dans la qualit\u00e9 des papiers publi\u00e9s. Les chercheurs sont soumis \u00e0 la pression croissante de \u00abpublier ou bien p\u00e9rir\u00bb, une contrainte impitoyable qui favorise la falsification de donn\u00e9es, soulignent les deux r\u00e9dacteurs en chef.<\/p>\n<p>Mais d\u2019aucuns estiment que la croissance du nombre de r\u00e9tractations repr\u00e9sente une \u00e9volution positive, qui refl\u00e8te simplement un examen plus minutieux des r\u00e9sultats des recherches. \u00abJe ne crois pas qu\u2019il y ait davantage de scientifiques malhonn\u00eates au XXIe si\u00e8cle, commente David Fernig, un biochimiste de l\u2019Universit\u00e9 de Liverpool qui tient un blog consacr\u00e9 aux r\u00e9tractations. Nous sommes simplement devenus plus dou\u00e9s pour les rep\u00e9rer.\u00bb Le plagiat, la manipulation d\u2019images, les statistiques trop belles pour \u00eatre vraies et m\u00eame les simples erreurs sont devenues plus faciles \u00e0 d\u00e9tecter gr\u00e2ce aux nouveaux outils \u00e9lectroniques, rel\u00e8ve Nicholas Steneck, un \u00e9thicien de la recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Michigan.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces progr\u00e8s, la proportion de papiers invalid\u00e9s (5 sur 10\u2019000) reste \u00e9trangement basse. Une \u00e9tude fr\u00e9quemment cit\u00e9e, publi\u00e9e dans \u00abPLOS One\u00bb en 2009, montre pourtant qu\u2019environ deux scientifiques sur 100 admettent s\u2019\u00eatre livr\u00e9s \u00e0 une fraude et 14 sur 100 \u00e0 avoir rep\u00e9r\u00e9 des irr\u00e9gularit\u00e9s dans les publications de leurs confr\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Des notices bien trop laconiques<\/strong><\/p>\n<p>Les notices de r\u00e9tractation sont cens\u00e9es nettoyer les publications scientifiques. Mais paradoxalement elles mettent aussi en lumi\u00e8re une nouvelle forme de malhonn\u00eatet\u00e9: sur la d\u00e9fensive, certains chercheurs et \u00e9diteurs de publications acad\u00e9miques tra\u00eenent les pieds lorsqu\u2019il faut nettoyer la litt\u00e9rature. Trop souvent, instituts de recherche et journaux scientifiques n\u2019expliquent pas pourquoi une publication a d\u00fb \u00eatre r\u00e9tract\u00e9e, souligne le journaliste Ivan Oransky, qui a cofond\u00e9 en 2010 le blog \u00abRetraction Watch\u00bb. Les notices d\u00e9taillant ces d\u00e9cisions sont excessivement br\u00e8ves et pleines d\u2019aphorismes. Parfois, elles se contentent de pr\u00e9ciser laconiquement que \u00abl\u2019article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tract\u00e9\u00bb &#8212; de quoi accro\u00eetre la m\u00e9fiance du public face \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la recherche, fait remarquer David Fernig.<\/p>\n<p>On pensait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019environ la moiti\u00e9 des papiers invalid\u00e9s l\u2019\u00e9tait en raison d\u2019un comportement d\u00e9lictueux (fraude ou soup\u00e7on de fraude, plagiat ou duplication des r\u00e9sultats). Mais en fait, plus de deux tiers des r\u00e9tractations sont dus \u00e0 une pratique interdite, ont d\u00e9couvert Ferric Fang et Arturo Casadevall apr\u00e8s avoir analys\u00e9 en d\u00e9tail plus de 2\u2019000 cas. Les erreurs involontaires ne repr\u00e9sentent qu\u2019un cinqui\u00e8me du total, le reste \u00e9tant constitu\u00e9 de fautes commises par l\u2019\u00e9diteur ou ne pouvant \u00eatre class\u00e9es. <\/p>\n<p><strong>La passivit\u00e9 des \u00e9diteurs<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi une attitude aussi g\u00e9n\u00e9reuse et un tel manque de transparence? Cela s\u2019explique par un m\u00e9lange de crainte face aux cons\u00e9quences l\u00e9gales, une r\u00e9ticence \u00e0 investir le temps et le travail n\u00e9cessaires pour enqu\u00eater sur les cas complexes et la honte de devoir admettre une erreur, estime Drummond Rennie, r\u00e9dacteur en chef adjoint du \u00abJournal of the American Medical Association\u00bb. <\/p>\n<p>Plus indulgente, la r\u00e9dactrice en chef de \u00abPLoS Medicine\u00bb, Ginny Barbour, rel\u00e8ve que la notion de r\u00e9tractation est nouvelle pour de nombreux r\u00e9dacteurs en chef. Ils ont en outre tendance \u00e0 m\u00e9nager les scientifiques en n\u2019insistant pas trop sur les d\u00e9tails, car ils savent que ces derniers veulent \u00e9viter \u00e0 tout prix la stigmatisation qui accompagne l\u2019invalidation d\u2019un article. <\/p>\n<p>\u00abCe terme est connot\u00e9 n\u00e9gativement, m\u00eame lorsqu\u2019il ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 une fraude\u00bb, note Ginny Barbour, qui se trouve \u00e9galement \u00e0 la t\u00eate du Comit\u00e9 d\u2019\u00e9thique des publications, bas\u00e9 \u00e0 Londres. Dans le monde acad\u00e9mique, publier est v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme un signe de r\u00e9ussite, et une invalidation peut \u00eatre per\u00e7ue comme un \u00abv\u00e9ritable coup de massue\u00bb, souligne l\u2019\u00e9ditrice. La sanction est d\u2019autant moins comprise qu\u2019il existe des alternatives comme publier des corrections ou appeler les lecteurs \u00e0 consid\u00e9rer un article avec circonspection.<\/p>\n<p>La solution passerait par une transparence compl\u00e8te. Les \u00e9diteurs devraient prendre leurs responsabilit\u00e9s et expliquer les raisons derri\u00e8re chaque r\u00e9tractation, m\u00eame si cela les oblige \u00e0 admettre parfois qu\u2019ils ignorent les raisons pr\u00e9cises d\u2019une erreur. Les scientifiques devraient \u00e9galement \u00eatre lou\u00e9s lorsqu\u2019ils r\u00e9tractent rapidement et de mani\u00e8re spontan\u00e9e leurs travaux en cas d\u2019erreur involontaire.<\/p>\n<p>Les r\u00e9tractations repr\u00e9sentent certes un probl\u00e8me mineur compar\u00e9 au d\u00e9fi d\u2019emp\u00eacher la survenue des fraudes et de lutter contre le biais de publication (le fait que les chercheurs ne publient que rarement des r\u00e9sultats n\u00e9gatifs). Mais elles constituent un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9: on ne fera jamais \u00e9merger une culture plus honn\u00eate dans le monde de la science si les \u00e9diteurs ne s\u2019attaquent pas s\u00e9rieusement aux erreurs que contiennent les journaux qu\u2019ils publient.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine Reflex.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les aveux d\u2019erreur et les comportements malhonn\u00eates se multiplient dans le monde de la science. Mais les \u00e9diteurs de publications acad\u00e9miques peinent encore \u00e0 bien les g\u00e9rer.<\/p>\n","protected":false},"author":20022,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-3952","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3952","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20022"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3952"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3952\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3952"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3952"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3952"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}