



{"id":3947,"date":"2013-07-18T10:37:01","date_gmt":"2013-07-18T08:37:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3947"},"modified":"2013-07-19T10:02:12","modified_gmt":"2013-07-19T08:02:12","slug":"suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3947","title":{"rendered":"Des artistes qui s&rsquo;inspirent de la science"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/072013\/large20130718.jpg\" alt=\"large20130718.jpg\" title=\"large20130718.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><br \/>\nLes projets artistiques qui utilisent les nouvelles technologies ou s\u2019inspirent de la recherche scientifique abondent d\u00e9sormais en Suisse. \u00abLa science gagne en importance dans l\u2019art, car la technologie est plus pr\u00e9sente que jamais dans nos vies, observe Daniel Sciboz, responsable du Master en Media Design de la Haute \u00e9cole d\u2019art et de design Gen\u00e8ve (HEAD). Bien qu\u2019encore exploit\u00e9es de fa\u00e7on marginale, les neurosciences, les biotechnologies et l\u2019intelligence artificielle suscitent un int\u00e9r\u00eat grandissant.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9gration des technologies dans la cr\u00e9ation artistique est souvent associ\u00e9e \u00e0 un questionnement plus large sur leur impact soci\u00e9tal. A l\u2019image des chor\u00e9graphies \u00e9labor\u00e9es par Pablo Ventura, qui place c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te danseurs et robots. Avec cette association, il tente d\u2019attirer l\u2019attention sur les dangers potentiels caus\u00e9s par les machines. \u00abLes artistes peuvent agir en toute libert\u00e9 en d\u00e9tournant les fonctions originelles des technologies ou en donnant forme aux enjeux qui entourent la recherche fondamentale\u00bb, analyse Daniel Sciboz.<\/p>\n<p>Davantage qu\u2019une tendance, les relations entre l\u2019art et la technologie sont favoris\u00e9es par la multiplication des projets institutionnels m\u00ealant ces deux domaines, ainsi que par l\u2019ouverture des lieux de recherche \u00e0 la culture. Les \u00e9coles polytechniques et d\u2019autres \u00e9tablissements comme le CERN &#8212; dans le cadre de son projet Collide@CERN &#8212; accueillent ainsi r\u00e9guli\u00e8rement des artistes entre leurs murs. Des \u00e9changes que se charge notamment de promouvoir l\u2019organisation suisse Artists-in-Labs. \u00abDans ce d\u00e9cloisonnement, les nouveaux outils open source et la culture du partage en ligne jouent un r\u00f4le crucial\u00bb, souligne Daniel Sciboz.<\/p>\n<p>L\u2019engouement des artistes pour la science ne date toutefois pas d\u2019hier, rappelle Michel Vust, responsable du programme Culture digitale de Pro Helvetia: \u00abIls ont toujours \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9s par les technologies. La nouveaut\u00e9 r\u00e9side dans l\u2019omnipr\u00e9sence de ces outils \u00e0 chaque \u00e9tape de la cr\u00e9ation culturelle.\u00bb Dans les ann\u00e9es 1960 en effet, des artistes comme Jean Tinguely et Robert Rauschenberg avaient d\u00e9j\u00e0 collabor\u00e9, par exemple, avec l\u2019ing\u00e9nieur su\u00e9dois Billy Kl\u00fcver pour r\u00e9aliser des \u0153uvres hybrides, telle la fameuse machine autodestructrice de Tinguely.<\/p>\n<p>A l\u2019heure actuelle, ces pratiques, si elles se d\u00e9veloppent rapidement, peinent encore \u00e0 convaincre le march\u00e9 de l\u2019art. \u00abA Art Basel, par exemple, les technologies et la science sont tr\u00e8s peu pr\u00e9sentes\u00bb, constate ainsi Michel Vust. Des r\u00e9sistances en partie li\u00e9es au potentiel de commercialisation limit\u00e9 de certaines cr\u00e9ations, en particulier des \u0153uvres digitales. L\u2019autre grand d\u00e9fi reste celui de la formation. \u00abCroiser art et technologie implique d\u2019imaginer de nouveaux moyens d\u2019enseigner des connaissances sp\u00e9cifiques aux deux domaines et d\u2019encourager les approches ouvertes qui permettent de d\u00e9passer les enjeux propres \u00e0 une discipline, explique Daniel Sciboz, de la HEAD. Le d\u00e9fi consiste \u00e0 former des artistes et des designers capables de ma\u00eetriser ces diff\u00e9rents aspects.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>DES OEUVRES HYBRIDES<\/p>\n<p><strong>La danse des robots<\/strong><\/p>\n<p>Sur sc\u00e8ne, un robot s\u2019anime au rythme d\u2019une bande-son sid\u00e9rurgique. A ses c\u00f4t\u00e9s, des danseurs aux gestes machinaux, baign\u00e9s d\u2019une lumi\u00e8re m\u00e9tallique. Cette chor\u00e9graphie, baptis\u00e9e \u00abZone\u00bb, est l\u2019\u0153uvre de Pablo Ventura: \u00abEn faisant danser les humains comme des machines et les machines comme des humains, je m\u2019interroge sur l\u2019impact des technologies dans nos vies et sur leurs dangers.\u00bb<\/p>\n<p>En 2007, apr\u00e8s quinze ans de danse contemporaine, ce Zurichois d\u2019origine espagnole a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 par le programme suisse Artists-in-Lab. Il \u00e9labore, avec des chercheurs du Laboratoire d\u2019intelligence artificielle de Zurich, des logiciels g\u00e9n\u00e9rant des chor\u00e9graphies al\u00e9atoirement. \u00abEnsuite, comme un DJ, je les mixe jusqu\u2019\u00e0 obtenir un r\u00e9sultat satisfaisant.\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, Pablo Ventura s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019interaction entre les danseurs et leur environnement visuel et sonore. Dans le cadre du projet Sinlab \u00e0 la Manufacture de Lausanne (Haute \u00e9cole de th\u00e9\u00e2tre de Suisse romande), il a notamment cr\u00e9\u00e9 des softwares permettant aux danseurs de composer de la musique et d\u2019agir sur les images gr\u00e2ce \u00e0 leurs mouvements.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Un miroir c\u00e9r\u00e9bral<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019artiste montr\u00e9alaise Marie-France Bojanowski travaille sur le neurofeedback dans le cadre d\u2019une r\u00e9sidence \u00e0 l\u2019Institute of Computer Systems de l\u2019EPFZ, entam\u00e9e en 2011. Cette technique, \u00e0 vocation th\u00e9rapeutique, permet de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 une personne son activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale en temps r\u00e9el, sous forme, notamment, d\u2019images ou de sons. Gr\u00e2ce \u00e0 un capteur plac\u00e9 sur le front et un dispositif ad hoc, l\u2019utilisateur parvient \u00e0 agir sur ces repr\u00e9sentations en modifiant son \u00e9tat mental.<\/p>\n<p>En collaboration avec les chercheurs de l\u2019\u00e9tablissement zurichois, Marie-France Bojanowski a d\u2019abord \u00e9labor\u00e9, pendant neuf mois, un syst\u00e8me d\u2019immersion vid\u00e9o fond\u00e9 sur ce principe. Actuellement, elle d\u00e9veloppe un objet interactif tenant dans une main, toujours bas\u00e9 sur le neurofeedback. \u00abIl s\u2019agit d\u2019un miroir du cerveau, explique l\u2019artiste. En se relaxant, on parvient, par exemple, \u00e0 r\u00e9duire les vibrations \u00e9mises par l\u2019objet.\u00bb<\/p>\n<p>Artiste pluridisciplinaire, dont les activit\u00e9s s\u2019\u00e9tendent du design industriel aux documentaires, Marie-France Bojanowski ne b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019aucune formation en neurosciences avant de se lancer dans ces projets. Elle a depuis acquis de solides connaissances dans ce domaine. Se consid\u00e8re-t-elle toujours comme une artiste? \u00abAu-del\u00e0 des \u00e9tiquettes, le statut se d\u00e9finit par l\u2019interlocuteur auquel on s\u2019adresse, r\u00e9pond-elle. Le public d\u2019une conf\u00e9rence scientifique n\u2019est pas le m\u00eame que celui d\u2019une installation artistique. Il faut savoir adapter son discours.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Des paysages sonores<\/strong><\/p>\n<p>Luca Forcucci \u00e9coute plus qu\u2019il n\u2019entend. De S\u00e3o Paulo en passant par les cr\u00eates du Jura, il tend l\u2019oreille &#8212; et le micro &#8212; pour capter des \u00abpaysages sonores\u00bb, du tumulte des m\u00e9gapoles au bruissement des for\u00eats. \u00abLe s\u00e9miologue Roland Barthes a \u00e9tabli une distinction entre le fait d\u2019entendre, un ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique, et celui d\u2019\u00e9couter, un acte psychologique, explique le Chaux-de-Fonnier depuis Shanghai, o\u00f9 il se trouve actuellement en r\u00e9sidence. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9coute a tendance \u00e0 se perdre, pollu\u00e9e par trop de stimulations visuelles.\u00bb<\/p>\n<p>En 2009, Luca Forcucci entame une r\u00e9sidence au Brain Mind Institute de l\u2019EPFL, o\u00f9 il d\u00e9veloppe plusieurs projets pour explorer la relation entre le son et l\u2019espace. Inspir\u00e9 par des recherches des scientifiques, il cr\u00e9e une installation m\u00e9langeant, au travers d\u2019une for\u00eat de haut-parleurs, des bruits urbains et des sons de l\u2019organisme &#8212; respiration, battements du c\u0153ur &#8212; pour abolir la scission entre le corps et l\u2019espace. \u00abEn g\u00e9n\u00e9ral, on entend soit l\u2019un, soit l\u2019autre, mais jamais les deux en m\u00eame temps.\u00bb<\/p>\n<p>Luca Forcucci rappelle qu\u2019auparavant l\u2019art et la science \u00e9taient des disciplines entrem\u00eal\u00e9es: \u00abOmar Khayyam, philosophe et po\u00e8te perse, \u00e9tait aussi astronome et math\u00e9maticien. Cette pluridisciplinarit\u00e9 s\u2019est perdue. A l\u2019heure actuelle, elle semble carr\u00e9ment avoir \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e. Mais si l\u2019on n\u2019est pas bouscul\u00e9 de temps en temps, on reste enferm\u00e9 dans les m\u00eames sch\u00e9mas.\u00bb<br \/>\n______<\/p>\n<p><strong>Le m\u00e9tro fant\u00f4me<\/strong><\/p>\n<p>A Lausanne existe une station de m\u00e9tro que Lalie S. Pascual est l\u2019une des seules \u00e0 conna\u00eetre. Elle ne fait partie ni du M1 ni du M2, et conduit tout droit \u00e0 Boston, aux Etats-Unis. Situ\u00e9e sur la place pi\u00e9tonne de la Palud, elle ne se d\u00e9voile qu\u2019\u00e0 travers le filtre d\u2019un smartphone, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e. L\u2019arr\u00eat fant\u00f4me a \u00e9t\u00e9 \u00abconstruit\u00bb r\u00e9cemment par l\u2019artiste dans le cadre du projet Metro-Next, en collaboration avec deux autres \u00abarchitectes\u00bb, le professeur John Craig Freeman et Caroline Bernard.<\/p>\n<p>\u00abLa technologie casse les fronti\u00e8res entre ce qui est r\u00e9el et ce qui ne l\u2019est pas, commente celle qui a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019art contemporain \u00e0 Boston puis \u00e0 Londres, avant de s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Lausanne en 2009. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019un objet n\u2019est pas visible \u00e0 l\u2019\u0153il nu qu\u2019il n\u2019existe pas.\u00bb Membre du Manifest.AR, un collectif international \u0153uvrant pour l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e, Lalie S. Pascual a r\u00e9alis\u00e9 d\u2019autres \u0153uvres virtuelles dans la capitale vaudoise, comme des oiseaux s\u2019envolant du lac L\u00e9man en direction de Los Angeles.<\/p>\n<p>Pour conceptualiser ces volatiles, elle s\u2019est appuy\u00e9e sur sa technique de pr\u00e9dilection: les collages digitaux. A partir de photographies qu\u2019elle r\u00e9alise elle-m\u00eame, elle isole des formes primitives gr\u00e2ce \u00e0 des logiciels informatiques, puis les assemble pour leur conf\u00e9rer de nouvelles identit\u00e9s, de mani\u00e8re al\u00e9atoire. \u00abJ\u2019aime l\u2019id\u00e9e de faire se rencontrer des \u00e9l\u00e9ments inattendus pour donner vie \u00e0 des ensembles in\u00e9dits, explique-t-elle. Pour cela, je m\u2019inspire des processus de la nature, souvent accidentels.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des robots danseurs au m\u00e9tro virtuel, de plus en plus de cr\u00e9ations se basent sur des outils sortis tout droit des laboratoires. 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