



{"id":3937,"date":"2013-07-04T18:20:28","date_gmt":"2013-07-04T16:20:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=3937"},"modified":"2013-07-16T12:17:42","modified_gmt":"2013-07-16T10:17:42","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=3937","title":{"rendered":"Gu\u00e9rir en dansant"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062013\/therapie_danse.jpg\" alt=\"therapie_danse.jpg\" title=\"therapie_danse.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Echanger son psy contre un pinceau ou un lecteur MP3? Tentant, mais malheureusement pas efficace. Ou plut\u00f4t, pas efficace tout seul. Actuellement, la combinaison entre les th\u00e9rapies alternatives (art th\u00e9rapie, musicoth\u00e9rapie\u2026) et la m\u00e9decine traditionnelle (m\u00e9dicaments, chirurgie, psychoth\u00e9rapie) gagne fortement en reconnaissance. Les barri\u00e8res entre pratiques m\u00e9dicales traditionnelles et compl\u00e9mentaires s\u2019estompent de plus en plus. Ce qui permet de personnaliser toujours davantage les traitements.<\/p>\n<p>Elodie L\u00e9vy Gerber, infirmi\u00e8re, th\u00e9rapeute avec le cheval et intervenante \u00e0 la Haute \u00e9cole de travail social et de la sant\u00e9 (EESP) \u00e0 Lausanne, voit dans ce qu\u2019on appelle le \u00abpluralisme m\u00e9dical\u00bb une solution d\u2019avenir. \u00abLe monde de la sant\u00e9 prend aujourd\u2019hui conscience que, lorsque les th\u00e9rapies classiques ne suffisent pas, il ne faut pas h\u00e9siter \u00e0 recourir \u00e0 des formes de prises en charge privil\u00e9giant d\u2019autres canaux de communication que le plan verbal. Pour certaines pathologies, notamment psychiques, il devient n\u00e9cessaire de se diriger vers un traitement pluridisciplinaire.\u00bb<\/p>\n<p>H\u00f4pitaux et m\u00e9decins sont nombreux \u00e0 avoir adopt\u00e9 cette philosophie \u00e9clectique de la m\u00e9decine. Au CHUV par exemple, les patients souffrant de troubles psychiques s\u00e9v\u00e8res peuvent assister \u00e0 des ateliers artistiques. \u00abQu\u2019il s\u2019agisse de peinture, de vid\u00e9o ou de sculpture, la cr\u00e9ation artistique repr\u00e9sente un moyen tr\u00e8s efficace d\u2019exprimer ses \u00e9motions, souvent davantage que la parole, note Charles Bonsack, m\u00e9decin-chef au D\u00e9partement de psychiatrie de l\u2019h\u00f4pital vaudois. Les travaux peuvent ensuite \u00eatre expos\u00e9s. Cette d\u00e9marche inclut ainsi un travail tant relationnel, \u00e9motionnel que psychologique avec le patient.\u00bb A noter que ce type de th\u00e9rapie ne concerne pas uniquement les troubles psychiques. Il contribue de plus en plus \u00e0 la gu\u00e9rison de pathologies physiques, en compl\u00e9ment \u00e0 une chirurgie ou une prise de m\u00e9dicament. \u00abL\u2019art ou la musique peuvent intervenir dans le processus de gu\u00e9rison de toute maladie qui bouleverse l\u2019identit\u00e9 du patient\u00bb, assure le m\u00e9decin.<\/p>\n<p>Les m\u00e9decines compl\u00e9mentaires ont \u00e9galement conquis les consommateurs. \u00abCes m\u00e9decines sont qualifi\u00e9es de douces, naturelles, soignant la personne tout enti\u00e8re, sur le long terme, et donc la cause profonde du probl\u00e8me\u00bb, explique H\u00e9l\u00e8ne Martin, professeure \u00e0 l\u2019EESP, qui a men\u00e9 une \u00e9tude sur la qualification sociale des m\u00e9decines non conventionnelles.<\/p>\n<p>M\u00e9decines conventionnelles et compl\u00e9mentaires ne jouissent en revanche pas du m\u00eame statut aupr\u00e8s de l\u2019assurance obligatoire des soins: en Suisse, seules cinq d\u2019entre elles (la m\u00e9decine anthroposophique, l\u2019hom\u00e9opathie, la th\u00e9rapie neurale, la phytoth\u00e9rapie et la m\u00e9decine traditionnelle chinoise) sont actuellement rembours\u00e9es et \u00e0 certaines conditions. Motif: \u00abA ce jour, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible de prouver que ces m\u00e9decines remplissent pleinement les crit\u00e8res \u00e9gaux d\u2019efficacit\u00e9, d\u2019ad\u00e9quation et d\u2019\u00e9conomicit\u00e9\u00bb, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 pour les th\u00e9rapeutes alternatifs, souvent r\u00e9unis en association par sp\u00e9cialit\u00e9, de prouver scientifiquement les performances de la m\u00e9thode qu\u2019ils pratiquent. Actuellement, plusieurs recherches en cours tentent de d\u00e9montrer l\u2019efficacit\u00e9 de ces m\u00e9decines compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>L\u2019Association suisse de th\u00e9rapie avec le cheval (A.S.T.A.C.) se bat par exemple pour faire reconna\u00eetre ses traitements. Sa pratique inclut l\u2019animal dans la prise en charge de patients souffrant de handicap physique ou mental, mais aussi de d\u00e9pendances ou de troubles alimentaires. \u00abIl s\u2019agit d\u2019un gros chantier qui avance progressivement, se r\u00e9jouit Elodie L\u00e9vy Gerber, membre du comit\u00e9 de l\u2019A.S.T.A.C. La recherche scientifique sur cette m\u00e9thode se d\u00e9veloppe et nous sommes toujours davantage sollicit\u00e9s, en tant que th\u00e9rapeutes, par les institutions de soins.\u00bb<\/p>\n<p>Alexia Stantzos, professeure \u00e0 la Haute \u00e9cole de sant\u00e9 Vaud (HESAV) et infirmi\u00e8re sp\u00e9cialiste au D\u00e9partement de psychiatrie du CHUV, m\u00e8ne de son c\u00f4t\u00e9 une \u00e9tude sur l\u2019impact de l\u2019\u00e9coute musicale dans les chambres de soins intensifs des h\u00f4pitaux psychiatriques. \u00abIl existe tr\u00e8s peu de donn\u00e9es s\u00e9rieuses sur le sujet pour l\u2019instant. Notre exp\u00e9rience a d\u00e9montr\u00e9 que la musique facilite la relation soignant-patient. Par exemple, lorsqu\u2019un infirmier entre dans la chambre, il peut poser des questions au patient sur la musique qu\u2019il a \u00e9cout\u00e9e (Quel titre avez-vous appr\u00e9ci\u00e9? Qu\u2019avez-vous ressenti?). La musique poss\u00e8de une capacit\u00e9 exceptionnelle de mobilisation des \u00e9motions dont nous pouvons tirer parti en soins infirmiers. Face \u00e0 une personne qui a du mal \u00e0 communiquer, cet art, qui v\u00e9hicule beaucoup d\u2019\u00e9motions, se r\u00e9v\u00e8le donc pr\u00e9cieux. Par ailleurs, le silence r\u00e9gnant dans la pi\u00e8ce peut parfois \u00eatre une source d\u2019angoisse, que le son peut \u00e9viter.\u00bb<\/p>\n<p>La prise en charge de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 par la danse fait aussi l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude. \u00abNous pensons que la danse est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la mobilit\u00e9 et \u00e0 la posture des personnes en surpoids\u00bb, note Lara Allet, professeure \u00e0 la Haute Ecole de sant\u00e9 (HEdS) \u00e0 Gen\u00e8ve, qui dirige un projet de recherche \u00e0 ce propos au sein des HUG. La danse th\u00e9rapie doit prouver scientifiquement que son utilit\u00e9 va au-del\u00e0 de la simple s\u00e9ance d\u2019exercice physique: \u00abCette m\u00e9thode semble aider les patients atteints de maladies chroniques, telles que diab\u00e8te, ob\u00e9sit\u00e9 ou d\u00e9pression \u00e0 se reconnecter avec leur corps\u00bb, observe la th\u00e9rapeute. Sans oublier le plaisir et la sociabilit\u00e9 que ces s\u00e9ances prodiguent.<\/p>\n<p>En attendant que les recherches en cours d\u00e9livrent leurs r\u00e9sultats, les bienfaits de la peinture ou de l\u2019\u00e9quitation pour une personne malade ne sont pas encore pris en charge par l\u2019assurance-maladie en Suisse. Le pluralisme m\u00e9dical, m\u00eame s\u2019il est pratiqu\u00e9 et reconnu par les m\u00e9decins et les patients, doit encore se faire accepter politiquement.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Trois questions \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne Martin, Sociologue et professeure \u00e0 l&rsquo;EESP<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous avez men\u00e9 une \u00e9tude sur l\u2019usage des m\u00e9decines compl\u00e9mentaires et scientifiques. Est-ce que ces pratiques int\u00e9ressent les Suisses?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, ce qui ne signifie pas que les personnes qui y recourent se d\u00e9tournent de la m\u00e9decine scientifique. Face \u00e0 une maladie jug\u00e9e grave, les patients se dirigent sans h\u00e9sitation vers les m\u00e9decines scientifiques, consid\u00e9r\u00e9es comme efficaces, chimiques et soignant rapidement le sympt\u00f4me. Ces m\u00e9decines restent donc une r\u00e9f\u00e9rence centrale en cas de maladie. Les m\u00e9decines compl\u00e9mentaires sont qualifi\u00e9es de plus naturelles, soignant la personne enti\u00e8re ou \u00aben profondeur\u00bb; elles sont plut\u00f4t utilis\u00e9es pr\u00e9ventivement ou pour accompagner un traitement en m\u00e9decine scientifique et en att\u00e9nuer les effets n\u00e9fastes.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquez-vous cette diff\u00e9rence?<\/strong><\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de repr\u00e9sentations est une expression des dichotomies socio-historiquement construites entre esprit et corps, science et nature, etc. Et le projet d\u2019int\u00e9grer ces paires oppos\u00e9es peut \u00eatre rattach\u00e9 au scepticisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des promesses du progr\u00e8s et de la science qui a \u00e9merg\u00e9 partout en Occident d\u00e8s les ann\u00e9es 1970. C\u2019est d\u2019ailleurs cette opposition id\u00e9ologique qui cr\u00e9e la compl\u00e9mentarit\u00e9, pr\u00f4n\u00e9e aujourd\u2019hui pour assurer un traitement \u00abcomplet\u00bb, justement.<\/p>\n<p><strong>En ne remboursant pas les m\u00e9decines compl\u00e9mentaires, l\u2019assurance obligatoire ne les consid\u00e8re pourtant pas comme n\u00e9cessaires au traitement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me suisse d\u2019assurance maladie fonctionne sur l\u2019id\u00e9e que les assur\u00e9s consomment les soins, un peu comme devant un buffet (plus il y a de choix, plus on se sert) et qu\u2019il faut les responsabiliser. Ce n\u2019est pas du tout ce qu\u2019on a observ\u00e9. Les assur\u00e9s sont assez perdus dans ce syst\u00e8me tr\u00e8s complexe, ne sachant souvent pas ce qui va ou non leur \u00eatre rembours\u00e9, ni par quelle assurance. Ils recourent aux diff\u00e9rentes m\u00e9decines en fonction non pas de crit\u00e8res \u00e9conomiques mais de convictions bas\u00e9es sur les repr\u00e9sentations dont nous venons de parler, se sentant responsables de pr\u00e9venir la maladie et s\u2019impliquant dans le processus de gu\u00e9rison. Parce qu\u2019il est peu lisible et qu\u2019il s\u00e9pare des m\u00e9decines utilis\u00e9es conjointement, on peut dire que le syst\u00e8me suisse d\u2019assurance-maladie est dysfonctionnel.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (volume 5).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9decins sont de plus en plus nombreux \u00e0 penser que la danse, la musique ou la peinture peuvent intervenir dans le traitement des maladies. 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